AFFECTIONS DU VAGIN. — KYSTES DU VAGIN
le liquide est muqueux, épais, visqueux et filant ; la teinte brune est due au dépôt de globules sanguins. — liuguier y a rencontré un tissu mou, tremblotant comme la gélatine.
La paroi interne est plus vasculaire, et l’on rencontre souvent dans la cavité de petits tubercules fibrillaires qui la convertissent en une série d’alvéoles remplis du liquide précédent. liuguier, par l’examen de la face interne, a pu distinguer l’orifice du canal excréteur de la glande altérée. — Euslacbe, au contraire, pense que ces petites tumeurs sont formées aux dépens de la tunique épithéliale, soit par prolifération hyperplasique de ses éléments, soit par soulèvement de ses couches les plus superficielles, et n’hésite pas à les ranger dans la eatégorie des myxomes.
Les kystes p?'o fonds ou sous-muqueux s’observent dans la moitié supérieure de la paroi antérieure du vagin et dans le voisinage du col de l’utérus (1). Rarement multiples, à leur début ils sont sessiles, sphériques ; plus lard ils deviennent ovalaires, piriformes, se pédiculisent, s’allongent et pendent hors de la vulve. — Leur volume est plus considérable, et varie depuis la grosseur d’une noix jusqu’à celle d’une poire. Parle fait de leur accroissement, le tissu du vagin se laisse distendre et la muqueuse devient lisse. — Le kyste se présente alors sous l’aspect d’une tumeur très proéminente, rosée, dont la coloration est en rapport avec la nature du liquide qu’il renferme. Généralement ils sont opaques ; leur contenu est visqueux, filant, et rappelle le mucilage de gomme ; mais il n’est pas rare d’y rencontrer un liquide brun, couleur chocolat. — Si le liquide est séreux et transparent, on peut comparer ces kystes à de vrais ganglions ou hygromas (Eustache). — On trouve souvent dans les parois, qui ont une épaisseur variant de 1 ou 4 millimètres à 1 centimètre (G. Ruge), des vaisseaux assez gros pour donner lieu à de petites hémorrhagies, quand on fait l’extirpation de ces tumeurs.
La face extérieure de la paroi kystique est constamment tapissée par Vépithélium pavimenteux stratifié du vagin : cette paroi est constituée par du tissu connectif, et dans les cas où elle est très épaisse, il s’y joint même des faisceaux lisses musculaires. La face interne est le plus souvent tapissée d’une couche épithéliale cylindrique, quelquefois pavimenteuse, stratifiée ou non; on trouve aussi dans le même kyste tes deux variétés d’épithélium, le pavimenteux paraissant être le résultat d’une transformation de l’épithélium cylindrique (G. Ruge .
(I) Sur 61 faits: paroi antérieure, 29 cas; paroi postérieure, 21 cas; parois laténles 1 1 cas (Max. Græfe.).
8Ü8 AFFECTIONS DES OllGANES GÉNITAUX DE LA FEMME.
Vorigine des kystes du vagin a été bien étudiée par Max. Græfe (1) , selon cet auteur, elle serait très variable :
a. Dilatation des vaisseaux lymphatiques (Klebs), très rare.
b. Œdème, contusions, épanchements sanguins dans le tissu sousmuqueux (Winckel). Cette origine s’applique aux cas peu nombreux où le revêtement épithélial interne fait complètement défaut.
c. Kystes par rétention, formés aux dépens des glandes du vagin : l’existence de ces glandes, bien qu’exceptionnelle, a été démontrée par Preuschen. Ce mode de formation s’applique aux kystes superficiels à parois minces.
d. Kystes développés aux dépens d’un débris du conduit de Millier (Freund) ou aux dépens des canaux de Gartner (Veit). Cette hypothèse s’appliquerait surtout aux kystes à parois épaisses, qui sont généralement les plus gros.
Une variété toute particulière est celle décrite, dans ces temps derniers, sous le nom de kystes gazeux du vagin, emphysème vaginal (P. Zweifiel (2), ou colpo-hyperplasie cystique, ou colpite vésicdeuse par Winckel, Nîicke, Spiegelberg, C. Ruge, Eppinger, A. Lebedeff (3) : — cette variété est spéciale à la femme enceinte, et caractérisée par la production de petits kystes ne dépassant pas le volume d’un pois, confluents et à contenu liquide et gazeux. — Cet état cesse le plus souvent avec la grossesse. — Spiegelberg croit à une dilatation des lymphatiques, mais cette opinion n’est guère admise. Selon Eppinger, les gaz de ces kystes seraient l’air atmosphérique aspiré par le vagin et refoulé à travers de petites fissures épithéliales jusque dans le tissu connectif. — A. Lebedeff et Zweifiel admettent au contraire le développement endogène de ces gaz : selon eux, il y a congestion passive du vagin, ectasie des veines et des capillaires, formation de thromboses veineuses et de foyers hémorrhagiques autour des capillaires; puis développement, dans ces foyers, de gaz qui ne seraient qu’un produit de régression du sang épanché.
Symptômes. — Les kystes du vagin forment, dans l’intérieur de ce conduit, une tumeur dont le volume varie avec le degré de développement du kyste et avec son siège. Cette tumeur est indolente, molle, élastique ou fluctuante. Le doigt, appliqué fortement sur la partie saillante, repousse le liquide et vient toucher la paroi profonde du kyste. Si la tumeur est pédiculée, pendante et rattachée à la paroi
(1) Max. Græfe, Zehn Falle von Vaginalkysten (dix cas de kystes vaginaux), in Zeitschrift fur Gehurtshülfe und Gynœlcologie, Band VIII, Ilcft 2, et Revue des sciences méd. de G. Ilayern, 15 oct. 1883, n° U, t. XXII, 2“ fasc., p. 581.
(2) P. Sweifiel, JJe l'emphysème vaginal et de la présence de la Iriméthylammine dans le vagin, in Revue des sc. méd. de G. Ilayern, 15 juillet 1883, p. 2.1-7.
(3j A. Ledebcff, Arch. fur Gynœkol, 1881, Band XVHl, Huit d, p. 132, et Contribution à l’étude des kystes du vagin, in Revue de G. Ilayern, 15 juillet 1883, p. 2.48.