‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 30 sur 225 · FONGUS DE LA VESSIE · texte numérisé non relu

FONGUS DE LA VESSIE

confondre avec les colonnes charnues de- la vessie ; il n’y a que les symptômes locaux et généraux qui puissent mettre sur la voie, et on sait que rarement ils fournissent des données certaines.

Pronostic. — Les fongus de la vessie doivent être considérés comme graves. Non seulement ils compliquent d’une manière fâcheuse les atfections de la vessie, déjà sérieuses par elles-mêmes, comme les calculs, le catarrhe vésical, etc., mais encore ils provoquent par leur présence des troubles fonctionnels importants, ils gênent l’excrétion, ils peuvent par leur développement remplir plus ou moins complètement la vessie et donner lieu à des accidents semblables à ceux que nous avons constatés dans l’hypertrophie de cet organe, avec diminution de sa capacité ; enfin, en s’ulcérant, ils provoquent parfois des hématuries extrêmement abondantes qui peuvent compromettre les jours des malades.

Traitement. — Le traitement des fongus de la vessie est palliatif ou curatif.

Le ù'aitement palliatif cov[%\s,\,e dans les précautions capables d’entretenir le libre cours de l’urine, dans les médications propres à calmer la douleur ou à combattre les complications qui pourraient survenir, et dans des soins hygiéniques propres à prévenir l’inflammation de la vessie. C’est le seul traitement que conseillaient Ghopart, Desault, Boyer. 11 n’existe en effet aucun traitement interne qui puisse, nous ne dirons pas faire disparaître les fongus, mais empêcher leur accroissement, prévenir la dilatation des vaisseaux ou leur ulcération. Ghopart conseille, dans lecasoù le col de la vessie serait complètement obstrué par un fongus, de le traverser avec une sonde à dard. Cette méthode nous semble des plus dangereuses, non seulement à cause de l’incertitude du diagnostic, mais à cause des fausses routes qui peuvent être le résultat de semblables manœuvres.

Traitement curatif. — Déjà Nicod avait extrait par fragments des polypes de la vessie, à l’aide d’une sonde métallique et avait, au moyen delà cautérisation du pédicule, achevé de les détruire; cette méthode était insuffisante pour faire disparaître les tumeurs trop résistantes, les fongus; mais les instruments de lithotritie ont bientôt permis d’attaquer directement ces derniers et d’en faire le broiement ou l’extraction. Sur un malade qui portait une tumeur de ce genre, M. Civiale (1) fit pénétrer le fongus entre les branches du litholabe : l’instrument fut serré et la tumeur broyée. Cette opération ne détermina pas de douleur; il y eut un léger écoulement de sang, et dans la journée la tumeur frappée de mort sortit avec l’urine. Mais il existait une autre tumeur

(1| Civiale, Traité des maladies des organes génito-urinaires. Paris, 18^1, t. Ill

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de môme nature : celle-ci fut saisie de la môme manière, elle resta entre les mors de l’instrument, qui la ramena au dehors. Les fonctions de la vessie se régularisèrent; il resta un peu de paresse qui fut combattue avec les injections d’eau froide.

Chez la femme, il est quelquefois possible d’arriver jusqu’au fongus en dilatant l’urèthre et le col de la vessie. Nous avons rapporté plus haut le fait de Warner, qui put ainsi lier unpolype de la vessie : dans le cas de fongus, on ferait une opération analogue.

Les opérations que nous venons d’indiquer s’appliquent aux fongus proprement dits; il est bien entendu que, s’il s’agissait de tumeurs cancéreuses, de semblables tentatives ne feraient que hâter les progrès du mal.

Y. — Tubercules de la vessie.

L’histoire des tubercules de la vessie est de date toute récente, et nous ne pourrions mieux en donner preuve qu’en rappelant la phrase par laquelle nous commencions l’article publié dans notre première édition. (( Les tubercules de la vessie ne sont pas extrêmement rares; ils se développent sous l’influence de la diathèse tuberculeuse ; aussi sontils presque constamment accompagnés de production du même genre, développés dans le poumon, le mésentère, l’intestin... Nous n’avons pas à insister, ajoutions-nous, sur ce genre d’affection qui est plutôt médical que chirurgical. »

Aujourd’hui, grâce aux travaux de MM. Guyon, Tapret, Monod, la tuberculose urinaire a pris un rang important dans la pathologie. Si, dans beaucoup de cas, on trouve des altérations tuberculeuses des voies urinaires chez des individus mourant de tuberculose généralisée, il faut savoir que souvent le tubercule se trouve limité aux organes génito-urinaires, et que lui seul domine tout la scène pathologique. En se plaçant au 'point de vue clinique, il faudrait écrire un article intitulé : de la tuberculose génito-urinaire, qui présente un tableau très complet; mais la forme de ce traité s’y oppose, et nous ne nous occuperons ici que du tubercule yésical; mais, en parlant du diagnostic, nous insisterons sur tes lésions concomitantes des organes annexes que nous étudierons plus longuement aux articles Prostate et Testicule.

Anatomie pathologique. — Les tubercules peuvent envahir la vessie tout entière, mais ils se rencontrent beaucoup plus souvent au niveau du col de la vessie, du bas-fond de la vessie, principalement â l’embouchure des uretères.

M. Tapret a insisté sur les différents aspects que peut présenter le tubercule dans la vessie: 1" la granulation disséminée; 2“ des ulcéra-

tubercules de la vessie.

lions intéressant la partie superficielle de la muqueuse et ressemblant à de l’herpès génital; ce sont plutôt des exulcérations isolées ou confluentes dont le caractère tuberculeux échapperait sans la présence des granulations environnantes; 3® des élevures à base indurée comparables aux pustules varioliques suivant l’expression de M. Parrot; 4“ enfin de véritables ulcérations irrégulières, d’un jaune grisâtre, mal limitées : la muqueuse environnante présente cette teinte grise, ecchymosée, que nous avons signalée dans la cystite chronique.

Ces formes se rencontrent presque toujours réunies chez les individus qui succombent à la tuberculose urinaire.

Outre ces lésions vésicales, on rencontre souvent des inflammations perivésicales qui ont donné quelquefois naissance à des abcès périnéaux. Dans un cas recueilli dans le service du docteur Horteloup à l’hôpital du Midi, une granulation tuberculeuse, située au sommet de la vessie, avait amené une adhérence et ensuite une perforation avec la partie inférieure de l’S iliaque. Les gaz passaient dans la vessie et sortaient par le canal de l’urèthre â chaque miction ; dans ce cas très curieux, qui a été présenté à la Société anatomique par M. Terrillon, le malade avait des tubercules de la prostate qui s’étaient compliqués d’un abcès que l’on pouvait constater au-dessus de l’arcade de Fallope. Cet abcès, qui avait longé le canal déférent, contenait, grâce à cette perforation, des gaz qui donnaient une sensation de crépitation aérique des plus originales.

Symptomatologie. — Les symptômes du tubercule vésical sont bien difficiles à préciser ; car, sauf de la douleur et des hématuries qui sont constantes dans le développement de tout tubercule, il n’y a aucun signe pathognomonique. Mais, ainsi que nous l’avons dit, le siège de prédilection du tubercule vésical est le col de la vessie et le trigone vésical; or ce siège donne alors des signes importants à étudier par les troubles apportés dans la miction.

L^hématurie est constante dans la tuberculose urinaire, et souvent c’est le premier signe qui attire l’attention du malade. Quelquefois très abondante, elle présente les caractères d’un véritable pissement de sang; d’autres fois, et c’est la majorité, elle est peu abondante et présente l’aspect d’une épistaxis se produisant goutte à goutte. Suivant le siège des tubercules, le sang se trouve mélangé à l’urine (tubercule du corps de la vessie) ou s’écoule après la miction (tubercule du { col).

Les troubles de la miction sont des envies fréquentes d’uriner,

P quelquefois toutes les demi-heures ; ces envies fréquentes tiennent à 1 de la contracture du corps ou du col de la vessie, à laquelle Dolbeau et

^ M. Guyon accordent une importance prépondérante pouric diagnostic

I des tubercules vésicaux. Cette contracture du col produit souvent de

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la rétontion occasionnée par des caillots inlravésicaux. M. Taprel rapporte, d’après M. Gartaz, une observation dans laquelle ce fut une incontinence qui fut le premier symptôme de l’altération vésicale.

A ces envies fréquentes d’uriner vient bientôt s’adjoindre une douleur qui présente le plus ordinairement son maximum d’intensité

la (in de la miction.

Les urines, d’abord claires, deviennent rapidement troubles; on constate un dépôt purulent plus ou moins abondant.

L’examen de la vessie avec la sonde ne donne aucun signe positif, mais le passage de la sonde au niveau du col détermine quelquefois une douleur assez vive pour permettre de porter le diagnostic de tubercule du col (Dolbeau).

Le palper abdominal détermine quelquefois par la pression une sensation douloureuse, mais qui perd beaucoup de valeur, car elle peut accompagner d’autres lésions.

M. Terrillon a appelé l’attention sur la présence de petites végétations polypiformes développées à l’orifice de l’urèthre des femmes atteintes de cystites tuberculeuses, dont il explique la formation par l’irritation occasionnée par le passage de l’écoulement dû à l’urétlirite tuberculeuse.

Etiologie. — La tuberculose vésicale est une maladie de l’âge adulte de vingt à quarante ans et elle est beaucoup plus rare chez la femme que chez l’homme.

Quant à pouvoir lui attribuer une véritable étiologie, c’est actuellement impossible, mais on peut dire que toutes les causes d’épuisement en facilitent le développement.

Marche, terminaison, pronostic. — La tuberculose vésicale a une marche excessivement variable. Lorsqu’elle n’est qu’une complication d’une tuberculose générale, elle vient apporter sa part d’affaiblissement et active la terminaison fatale. Lorsqu’elle est au contraire une affection isolée, sa marche peut être lente, et surtout elle peut présenter des périodes de calme qui font presque croire à une guérison. Le siège du tubercule joue un grand rôle dans le pronostic; lorsque le col de la vessie est principalement atteint, les douleurs excessives, les hématuries fréquentes amènent plus rapidement la mort que lorsque le corps est seul envahi.

Diagnostic. — Lorsque, chez un individu de vingt à quarante ans, on voit survenir subitement un pissement de sang, on doit penser de suite à la tuberculose.

11 faut de suite passer en revue les organes génitaux, car, ainsi que nous le verrons plus loin, les testicules et la prostate sont déjà le siège de noyaux tuberculeux ou même d’abcès ; enfin un examen sérieux

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