III. — Étranglement du pénis par des coi'ps éti'angers
Il n’est pas très rare d’observer des cas dans lesquels la verge se trouve étranglée par des corps étrangers appliqués à son extérieur ; quelquefois l’étranglement est produit par une corde, un ruban de fil avec lequel les enfants compriment leur urèthre afin de ne pas uriner au lit pendant le sommeil ; mais le plus souvent les accidents sont déterminés par des corps plus solides, dans lesquels les sujets passent leur verge presque toujours par libertinage. Il serait aussi fastidieux qu’inutile de rappeler les différentes espèces de corps étrangers trouvés autour de la verge; contentons-nous d’en citer quelques-uns, afin de faire mieux ressortir la variété des moyens qu’exige leur destruction. Chez un garçon tonnelier, Dupuytren trouve la verge engagée dans une bobèche de chandelier en fer. Chez un jeune homme adonné à la masturbation, Larrey (2) trouve un anneau d’or autour du pénis; le même auteur cite le fait de deux soldats qui avaient passé leur verge, l’un dans la douille d’une pelle à feu, l’autre dans la douille d’une baïonnette. Legros (3) a vu un jeune collégien de seize ans dont le pénis était introduit dans le goulot d’un flacon à essence. Cbassaignac a vu un malade qui s’était étranglé la verge avec une douille de robinet de bain.
Quel que soit l’agent constricteur, on observe les phénomènes suivants : le pénis se gonfle d’abord au-dessus du lien, puis la partie inférieure de la verge se tuméfie à son tour ; bientôt le corps étranger se trouve caché dans un sillon profond formé par les parties molles
(1) Dict. de inéd. en 30 vol., t. XXIIl, p. 430.
(2) Revue médicale, 1837, p. 79.
(3) Expérience, 1838, p. 253.
612 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE l’uOMME.
gorgées de liquide ; le pénis devient livide et est menacé de gangrène ; l’urèthre comprimé ne peut laisser passer l’urine; on observe tous les symptômes de la rétention de ce liquide. Si l’étranglement n’est pas levé, les accidents augmentent; la gangrène s’étend à toute la partie antérieure de la verge, l’urèthre se perfore; les fistules urélhro-péniennes observées à la suite d’un accident de ce genre ne sont pas extrêmement rares. Les corps caverneux sont quelquefois divisés par Tulcération, et si la verge n’est pas compromise, il reste une difformité qui rendra le coït très pénible et gênera l’excrétion du sperme et de l’urine. Il importe donc de détruire au plus tôt l’étranglement.
Deux moyens se présentent. Le premier consiste à faire diminuer le volume de la verge, afin de la dégager de l’agent constricteur ; c’est ce que fil Legros. Craignant, en brisant le flacon, de blesser le pénis, il huila le pourtour du goulot, appliqua des compresses froides sur le pubis, sur les bourses et les parties non emprisonnées de la verge; en même temps des applications chaudes 'furent faites sur le cul du flacon ; après quatre minutes le malade sentit une détente et bientôt on put dégager l’organe. Les applications de glace permirent au soldat de Larrey de retirer la verge engagée dans une douille de baïonnette. On peut avec avantage comprimer la verge en avant du lien constricteur avec une bande de caoutchouc. Malgaigne a appliqué dans CCS cas le procédé d’Oribase ou d’Aétius pour retirer des bagues des doigts.
Souvent ces moyens sont insuffisants ; il faut faire la section de l’anneau constricteur. On conçoit que les moyens doivent varier avec la nature de la substance qui cause l’étranglement. Il ne faut pas croire que celte opération soit des plus simples : en effet, nous avons vu (jue le corps étranger se trouvait au fond d’un sillon profond ; que là il échappait à la vue, et à plus forte raison ne pouvait être atteint par les inslrumenls capables de le détruire; le chirurgien devra donc d’abord s’attacher à découvrir le corps étranger. Quelquefois il suffit de déplisser les deux bourrelets par des tractions exercées sur le pénis; dans des cas plus graves, on peut diminuer le gonflement au moyen des réfrigérants; quelquefois enfin on est contraint de pratiquer des mouchetures et des scarifications sur les parties tuméfiées. Lorsque l’on aura ainsi rendu le corps étranger accessible, on le brisera; mais souvent il se présentera une autre difficulté: en effet, il est quelquefois nécessaire d’employer un moyen assez violent, tel que les cisailles, la lime; il devient alors nécessaire d’engager entre le pénis et le corps étranger une petite plaque de bois ou de carton, afin de protéger les parties molles. Les moyens que nous avons indiques plus haut seront donc continués, afin d’obtenir assez d’espace pour arriver à ce résultat.
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Quant aux procédés qu’exige la section, il est à peine possible de les énumérer. S’agil-il d’un lien de fil, de soie, il suffit d un coup de ciseau ou de bistouri; s’agit-il d’un cercle d’ivoire ou de corne, on emploie des cisailles dont la force est en rapport avec la résistance de l’agent constricteur; quant aux anneaux en métal, ils seront coupés avec dé fortes cisailles ; quelquefois on est obligé de faire usage de la lime : dans ces cas, l’anneau doit être solidement maintenu avec deux étaux à main. Chez le malade de Dupuytren cité plus haut, ce chirurgien coupa d’abord le pavillon de la bobèche avec une tenaille incisive, puis avec deux spatules glissées sous le cylindre, fit éclater celle-ci dans la soudure : l’urine s’échappa par un jet aussitôt que l’étranglement fut levé.
§ III. — Affections inflammatoires du pénis.