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DES ABCÈS FROIDS

avec un kyste, un lipome, une tumeur encéphaloïde (voyez pour le diagnostic comparatif de ces diverses affections, les chapitres Kystes, Cnncor). Il nous suffira de rappeler ici que l’on a confondu avec des abcès froids des tumeurs formées par la vésicule biliaire dilatée, ainsi que nous l’apprend J. L. Petit ; une hernie de la vessie, méprise dont le meme auteur fut témoin ; unegrenouillette; une dilatation singulière de rurètbre, dont Boyer nous a conservé l’histoire.

Pronostic. — Si l’on n’a égard qu’à l’altération locale, un abcès froid n’est point en général une affection grave, mais il indique souvent une mauvaise disposition de l’organisme. Le siège, l’étendue de la collection purulente, font d’ailleurs varier le pronostic.

Traitement. — Le traitement des abcès froids comprend deux indications principales : 1° combattre la disposition générale qui a donné naissance à l’abcès; 2“ évacuer le pus qu’il contient, ou provoquer sa résorption graduelle.

On satisfera à la première indication à l’aide d’un traitement général approprié à la cause présumée du mal.

Pour ce qui concerne la seconde, si l’on veut provoquer la résorption gi’aduelle du pus, on appliquera successivement à la surface de la tumeur plusieurs vésicatoires volants, ainsi que le conseille M, Velpeau. On peut encore badigeonner la surface de la tumeur avec de la teinture d’iode. Si l’on s’aperçoit que la tumeur diminue, on pourra insister sur ces moyens; mais si elle reste stationnaire, ou si elle augmente, ainsi que cela s’observe le plus souvent, il faut y renoncer, et recourir tout de suite à une méthode de traitement plus efficace, c’est-à-dire à l’évacuation du liquide contenu dans le foyer.

Divers moyens ont été employés jiour pratit|uer l’ouverture des abcès froids. Ce sont :

•1“ La ponction. — Cette opération peut être pratiquée avec un trocart ou mieux avec un bistouri étroit; mais si l’on se borne à une simple ponction, l’ouverture artificielle se referme presque immédiatement après la sortie du liquide, et ordinairement le foyer ne tai’de pas à se remplir. Bien que l’on n’obtienne que très rarement une guérison complète à l’aide de la ponction, cependant ce moyen n’est pas sans utilité : en effet, lorsque l’abcès est très vaste, on peut, à l’exemple de Boyer, le ponctionner à plusieurs reprises, en ayant soin de revenir à cette opération avant que le foyer ait acquis le développement qu’il avait à 1 époque de l’opération précédente. Celui-ci revient alors graduellement sur lui-môme, et lorsqu’il est réduit à des dimensions moins considérables, on peut employer avec succès un des moyens dont il n’eût pas été prudent de laire l’application sur un vaste foyer.

Lu effet, bien que cette opération n’entraîne généralement aucun accident, cependant dans quol([ues cas rares on voit se développer après

1‘2G UES l’HLEEMASIES HELAtlVES A I.A PATHOLOGIE r.HIUEftGlCALE.

la ponction une innanimation de la surface interne du foyer. Cette intlamniation s’annonce par une douleur locale, des frissons bientôt suivis de chaleur à la peau, d'accélération du pouls. Le pusdevientextrêinenienl fétide, le malade commence h éprouver tous les accidents qui caractérisent rintoxication putride. Ces accidents sont ils déterminés par la décomposition du pus, ou bien sont-ils la consé([uence de l’inllammation du foyer? Sans nous prononcer d’une manière absolue, nous pensonsqu’il faut surtout invoquer la putridité du pus ; nous reviendrons d’ailleurs sur ce sujet lorsque nous décrirons l’infection putride. Pour se ; mettre k l’abri de ces accidents attribués par la plupart des chirurgiens' ; à l’introduction de l’air (jans le foyer, M. J. Guérin a proposé de pra- ; tiquer une ponction sous-cutanée déjà conseillée d’ailleurs par Boyer. Cette opération se fait' à l’aide d’une canule aplatie, munie d’un robinet, et contenant dans son intérieur une tigLi dont l’extrémité, semblable à la lame d’une lancette, dépasse la canule d’un centimètre environ. L’opé- ( rateur fait un pli au niveau de la base de la collection purulente, puisqi il plonge la canule k la base de ce pli, de manière k le traverser avant tf d’arriver dans le foyer de l’abcès. La lame est alors retirée, le liquide s’écoule par la canule k l’aide d’une pression légère et continue exercée ! sur la tuipeur. Lorsque celle-ci est complètement vidée, l’opérateur-i ferme le robinet ; puis il abandonne le pli formé à la peau, retire dou-B cernent la canule en ayant soin de comprimer successivement avec i plusieurs doigts les points qu’elle abandonne, jusqu’à ce que celle-cii|' soit complètement retirée. On peut encore, k l’exemple de Boyer, pra- i tiquer la ponction de la manière suivante. La peau qui recouvre l’abcès- 1 est attirée vers un des cotés de la tumeur, et maintenue dans cette | position pendant qu’avec un bistouri étroit on fait une ponction. On , laisse le liquide s’écouler ; puis, lorsque la poche est vide, on cesse de J maintenir la peau; celle-ci reprend ses rapports primitifs avec la tu- I meur ; le parallélisme de l’ouverture interne et externe se trouve détruit, i et l’entrée de l’air dans le foyer est impossible.

On a maintenant complètement abandonné la ponction faite a. : l’aide du cautère-aiguille et la ventouse, comme la pratiquait Marc- I Antoine Petit.

'1° L’incision. — Elle se pratique comme nous l’avons indiqué eu t traitant de l’ouverture des accès pblegmoncux. Mais cette incisioim ne présente pas ici les mêmes avantages : ou l’ouverture qui a donné J issue au pus se referme et l’abcès se remplit de nouveau, ou bien cettf i ouverture persiste; mais les pai’ois du foyer continuant toujours à sé- < créter du pus, il reste une fistule intarissable. C’est ce qui a engagi i M. Flaubert (dcBouen) k pratiquer sur ces abcès une large incision, i ; les ouvrir même par une incision cruciale, afin de mettre k nu la surface interne du foyer, et de la modifier par le contact de corps étrangersi^

DKS AlU’.KS l'uorns. 127

tels que de l'agaric, de la charpie sèche ou imbibée d*iin liquide irritant ou même caustique (1). Ces larges incisions amènent ordinairement une guérison complète; mais on conçoitque l’on ne peut, sans inconvénient, les pratiquer dans toutes les régions, et qu’il ne faut y avoir recours (|u’après avoir employé sans succès des moyens moins énergiques. Elle nous parait spécialement applicable lorsque les dimensions de l’abcès sont peu considérables, ou lorsque, après plusieurs ponctions successives, le foyer a été réduit à de petites dimensions.

3“ IJ excision de la paroi svperficielle du foyer. — Opération qui présente beaucoup d’analogie, quant a ses résultats et ses inconvénients, avec la méthode des grandes incisions; on peut en outre lui reprocher de laisser une cicatrice étendue, conséquence nécessaire de la perte de substance des téguments. Nous pensons donc qu’elle ne doit être employée que lorsque les téguments sont notablement altérés, et que leur recollement paraît impossible.

h° Les caustiques. — Ils sont employés pour ouvrir les abcès froids, de la même manière que pour les abcès phlegmoneux ; l’ouverture qui succède à leur application présente l’avantage de ne point se refermer immédiatement, et de plus l’action du caustique, s’étendant aux parois du foyer, y détermine une inflammation légère qui les met dans des conditions semblables, jusqu’à un certain point, à celles des abcès phlegmoneux. Ce procédé est souvent employé avec succès,

Le séton et les injections. — C’est encore dans le but de modifier la surface interne du foyer, en y excitant une intlammation, que l’on a con.scillé de le traverser à l’aide d’un séton ; d’y faire des injections avec des décoctions vineuses et aromatiques, avec des solutions légèrement caustiques. On a également préconisé les injections chlorurées, lorsque la poche ne se vide pas bien, que le pus séjourne dans ses anfractuosités et s’y altère; on peut également, et dans les mêmes circonstances, laver plusieurs fois par jour l’intérieur du foyer, en y faisant une sorte d’injection continue avec de l’eau tiède. Tous ces moyens comptent des succès, il est donc bon de les connaître; mais les injections que nous ne saurions trop recommander sont les injections iodées, c’est-à-dire avec un quart, un tiersetmême moitiéde teinture d’iode dans del’eau distillée tenanten dissolution unepetite quantité d’iodure de potassium. Comment agit la teinture d’iode? Il est incontestable que parmi les antiputrides l’iode doit être placé au premier rang: ainsi donc la teinture d’iode préviendra la putridité du liquide contenu dans le foyer, et même la tera disparaître si le pus a déjà éprouvé un commencement de putréfaction; de plus l’action excitante ou même légèrement caustique de I iode exerce une influence très heureuse sur les parois de la poche et

(t) Voyez la thèse de Bailleul .S’jo- te.t abcîis froids. Piiris, IS'iü, n" !>(i.

128 DES PllLEGMASIES RELATIVES A LA rATlIOLOGIE CIIlRmGlGALE. favorise la cicatrisation ; nous aurons d’ailleurs occasion de revenir sur ce point (voyez Infection puh'ide).

Si, après avoir employé un des moyens que nous venons de faire con- i naître, on voyait se développer dans les parois de l’abcès une inflammalion très intense, annoncée par une douleur très vive dans la tumeur, et de la chaleur accompagnée d’une réaction fébrile très prononcée, on devrait traiter cette inllammation comme celle de toulaulre organe. Les émissions sanguines locales ont été surtout conseillées par Lisfranc, qui dit en avoir tiré de grands avantages ; on recouvre ensuite la partie avec des fomentations ou des cataplasmes émollients.

Il faut bien se garder de confondre l’intoxication putride avec l’inflammation du foyer purulent, car le traitement qui convient dans un cas serait désastreux dans l’autre. Rappelons encore que dans la plu-* part des cas les accidents consécutifs à l’ouverture des abcès froid» i sont, dans l’immense majorité des cas, produits par la décomposition du pus.

Abcès SOUDAINS. — Delpech a décrit sous ce nom des collections' purulentes qui se montrent tout à coup dans le tissu cellulaire souscutané ou intermusculaire, sans avoir été précédées d’inllammalioni ■ manifeste. Ces abcès se développent chez les sujets affaiblis par l’âge,, la misère, les privations ou des maladies antérieures ; ils s’accroissent! : avec une rapidité étonnante, prennent un grand volume, et exercentt alors sur toute l’économie une influence lâcheuse. La fièvre s’allume; le* pouls esf petit, serré, inégal; la peau chaude et aride, la langue rouge ; et sèche, la face pâle, grippée, les yeux éteints. Il survient souvent un: : dévoiement séreux, fétide, abondant. Si l’abcès s’ouvre spontanément,, i ce qui est rare, ou si l’on en pratique l’ouverture, il sort une grande* quantité de pus fétide, bien qu’il présente les apparences de pus debonne nature. Tantôt la plaie fournit chaque jour une quantité prodi— I gieuse de matière purulente, moins consistante ; tantôt, au contraire,. i l’écoulement tarit tout à coup, et de nouveaux abcès se forment et peu-vent se multiplier à l’infini. Le malade, épuisé par l’abondance de bu suppuration et par la diarrhée, s’affaiblit rapidement, et il succombe dans le marasme. J’ai eu l’occasion d’observer deux fois cette terrible maladie. Les deux malades, dont l’un était un des internes les plus distingués des hôpitaux, ont succombé dans le marasme le plus complet..

Delpech, à qui nous devons la première mention de ces abcès, dit ne connaître aucune méthode de traitement qui leur soit applicable; il a. employé, sous les yeux de Barthez, les acides minéraux et le quinquina.: avec une apparence de succès. Mais ce moyen ne peut, dit-il, dompten la maladie, qui a toujours une terminaison funeste.

DK 1,’KnYSII'KLE TUA KMATIOI'K.

AHTICLE IV.

DE I.’KUA’Sri'Èl.E TUAUMATIOllE.

On donne le nom A’èrysipèle tramnatiqiie à celui qui se développe îi l’occasion et comme complication d'une plaie. Cette variété présente la plus grande analogie avec l’érysipèle spontané; aussi n’aurons-nous que fort peu de chose à en dire, attendu que son histoire se trouve implicitement comprise dans celle de cette dernière affection, qui a été décrite avec tous les détails nécessaires par Requin, dans ses Eléments de pathologie médicale (tome I", chap. iv, art. 3]. C’est dans cet article que l’on trouve un exposé complet de tout ce qui a rapport à la nosologie, H l’étiologie et à la thérapeutique de cette maladie : nous nous bornerons à faire quelques remarques tendantes à faire ressortir ce que présente de spécial l’érysipèle traumatique.

Les plaies contuses sont celles à la suite desquelles on observe le plus souvent cette complication. Celles de la face, du cuir chevelu, des oreilles, y donnent lieu très fréquemment. Rien que plus rarement remarquée à la suite des plaies produites par des instruments tranchants, cette affection s’observe encore assez fréquemment dans cette circonstance. Ainsi rien n’est plus commun que de voir, surtout dans les hôpitaux, un érysipèle se développer à la suite de certaines opérations, telles que l’extirpation des tumeurs, les amputations, etc. Parmi les causes qui ont le plus d’inlluence sur sa production, il faut noter l’absence d’un pansement méthodique, ou l’application sur les lèvres de la plaie de substances irritantes. Cette cause paraît surtout agir sur les femmes dont la peau est très fine. Combien de fois n’avons-nous pas vu les bandelettes de diachylon, appliquées sur les lèvres d’une plaie pour les réunir après une amputation de la mamelle, développer un érysipèle qui ne tardait pas k couvrir une grande étendue de la poitrine?

Comme l’érysipèle spontané, l’érysipèle traumatique est ordinairement précédé de symptômes fébriles ; cependant cela n’est pas constant : le malade, qui semblait marcher régulièrement vers la guérison, éprouve tout k coup un frisson, qui tantôt dure k peine quelques instants, tantôt se prolonge pendant une demi-heure ou même plus. On est alors fort end)arrassé, car on ne sait si ce frisson doit être considéré comme l’avant- coureur d’un érysipèle ou d’une infection j)urulente. Au frisson succède de la chaleur, de. la céphalalgie, une accélération notable du pouls, qui donne rarement moins de 110 pulsations par minute; enfin l’erysipèle se montre et vient faire cesser les doutes. D’après les recher-

NÉI.ATON. — P.vril. r,HlU.,T. I. ‘J

130 DES l'IILEGMASlES RELATIVES A LA PATHOLOGIE CIIFRmOIGALE.

elles statistiquos de INI. Feiiger (1), reclierclios qui sont basées sur robservation de 217 cas d’érysipèles ambulants, traumatiques et spontanés, il résulte que ces symptômes fébriles ont une durée moindre dans l’érysipèle traumati(|ue que dans l’érysipèle spontané; jamais il ne les a vus persister pendant plus de trois jours.

Cet érysipèle se développe ordinairement sur les bords des lèvres de la solution de continuité ; le malade ressent des douleurs assez vives dans cette partie; la surface de la plaie, qui, jusqu’à ce moment, avait fourni une suppuration de bonne nature, devient brfilante et sèche, elle ne sécrète plus qu’un liquide clair et aqueux. Si les lèvres de la plaie sont déjà agglutinées et réunies par une cicatrice immédiate, qui n’a pas encore acquis une grande solidité, on voit peu à peu cette cicatrice se détruire, les lambeaux s’écarter, et laisser à nu une surface suppurante blafarde. Cet accident s’observe souvent dans les amputations; très souvent il vient compromettre le succès de ces opérations qui exigent une réunion immédiate, telles que le bec-de-lièvre, les restaurations qui s’obtiennent à l’aide de l’autoplastie, etc.

Le traitement doit d’abord consister à prévenir le début de l’érysipèle, et pour cela on aura soin d’appliquer sur la plaie un pansement convenable. Dans les dernières années de sa vie, Sanson avait presque complètement renoncé à appliquer les bandelettes de diachylon pour réunir les lèvres des plaies chez les femmes jeunes, et dont la peau était fine.

Dans ces derniers temps, M. le président Velpeau a fait des recherches thérapeutiques sur l’érysipèle; il dit avoir employé sans succès la compression, les vésicatoires volants, l’azotate d’argent, le fer rouge, l’onguent napolitain, le précipité blanc, lesacides chlorhydrique, sulfurique, tartrique, l’azotate acide de mercure, le camphre avec les mouchetures; il donne la préférence aux lotions faites sur la partie affectée d’érysipèle avec une forte solution de sulfate de fer (30 grammes de sulfate de fer pour un litre d’eau), ou aux onctions avec la même préparation ferrugineuse incorporée à l’axonge (8 grammes de sulfate de fer pour .30 grammes d’axonge). On emploie encore avec avantage le collodion élastique, c’est-à-dire dans lequel on a incorporé une petite quantité d’huile de ricin. Il faut remarquer que l’érysipèle traumatique, étant une maladie provoquée par une cause locale, semble mieux se prêter à la médication répercussive que l’érysipèle spontané.

Blandin a formulé de la manière suivante son opinion sur la nature et le traitement de l’érysipèle traumatique :

(1) De erysipelale mnbulanti dhquisUio, quam ad aimmos iti medicina rite oblinen dos, publico erudiloruni examini subiiiiltcl. C. E. tenger, lie. med. et chinirgus secundarius noscornii regii Fredcriciani (lli.fnin!, 1 812). — Cetlo thèse est Ir.iduite dans VExpé. ricnr.e, G'’ année, n"'' 280, 281, 282.

Iili l‘lll.b;(i.MUN DIITI'S.

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