IM.AIES
celle qui avait déjà servi, pour remployer de nouveau : la p(nirriUirc devint extrêmement commune alors ; on employa l’étoupe cardé<!, (d ’a Iréquencc de la maladie diminua sensiblement.
7" Tendant (pie Delpech faisait à Toulouse ses premières recherches sur cette atléction, un cordonnier, atteint d’une plaie à la main, <(ui néc(!ssita l'amputation du pouce, vint réclamer ses soins; tous les jours il venait se faire panser à l’hôpital oii étaient les blessés atteints de pourriture, mais jamais il n’approcha de la salle qu’ils habitaient ; il apportait avec lui tout ce qui était nécessaire. Un jour il manqua de charpie, et Delpech recouvrit la plaie avec celle qu’il avait dans son tablier à pansement, et qui venait de séjourner dans les salles; les jours suivants, les symptômes ordinaires de la pourriture se déclarèrent. Sur un étranger auquel il avait fait la castration, et qui vivait loin du foyer de l’infection, au milieu des conditions les plus hygiéniques, la pourriture se développa, et le même auteur, d’abord surpris et embarrassé d’expliquer ce fait, finit par reconnaître que Thahit de drap qu’il portait habituellement pendant la visite des malades, avait contracté l’odeur de la pourriture, et qu’il était imprégné d’émanations putrides.
8° Les chirurgiens attachés au service des malades, quoique parfaitement sains, et n’ayant avec eux ([ue des rapports de quehiues instants, en ont été atteints quelquefois, lorsqu’ils portaient aux doigts d(‘ très petites blessures : c’est ainsi que Fouteau, qui s’était blessé au doigt •umulaire de la main droite avec la pointe d’un scalpel, fut affecté de pourriture d’hôpital, après avoir pansé trois malades dont les plaies étaient envahies par cette complication.
9“ Dans une salle de blessés, on a vu la maladie communiquée à des })laies saines par l’élève qui venait de panser des plaies infectées.
Toutefois il n’est pas extrêmement rare de voir des blessés, placés au centre même du foyer d’infection, et entourés de toutes les conditions capables de développer la pourriture d’hôpital, n’en être |)as atteints ; mais ce lait est commun à toutes maladies contagieuses, à la syphilis, à la variole, etc., et ne suffit point pour nous faire refuser à cette complication la funeste proj)riété de se transmettre par contagion.
En résumé, de toutes les considérations dans lesquelles nous sommes entré, il résulte : que l’encombrement des malades, et toutes les in-
lluences délétfères qui en découlent, donnent naissance à la pourriture d’hôpital; 2" que cette maladie, une fois développée, se propage par voie de contagion; que cette contagion s’opère, soit par l’application du virus à la surface d’une plaie à l’aide de c.harpie, d’éponges, de compresses ou de toute autre substance qui en a été primitivement chargée, soit par le contact de Tair saturé d’émanations putrides provenant du lover d(' l’infection, soiteidin par le sinq)l(' voisinage d’citoflés ou de
ACf.lPENTS nn l'KEVKNT COMPJ.lUI'Kll 1.KS l'LAIES. 107
iualit'‘i-os spongieusos qui s(i sont impréifiiéos dos inAinos dmanutions à la suite d’un séjour proloni^é dans uno salle infectée.
FküiNUSTic. — La pourriture d^hùpital s’arrête bien rarement dès son début; on voit alors cà et là les j)etites ulcérations qui avaient paru sur les tissus entlaniinés se combler peu à peu, la douleur disparaître, et la plaie reprendre son état primitif. Si elle s’était montrée sous laforme pulpeuse, la pseudo-membrane diminue d’épaisseur, les bourgeons charnus reprennent leur couleur rouge vermeille, et la maladie ne laisse aucune trace ; souvent elle présente cette bénignité lorsqu’elle atteint des individus sains d’ailleurs, vivant isolément au milieu de conditions favorables; elle revêt ordinairement ce même caractère dans les rares apparitions qu’elle fait aujourd’hui dans nos hôpitaux. Mais lorsque cette complication apparaît au milieu d’un grand rassemblement de blessés exposés à l’action de toutes les eauses d’insalubrité qui peuvent favoriser son développement, elle devient une maladie des plus graves ; elle peut entraîner des pertes de substance considérables. Sur un Allemand qui portait une petite plaie à la région du grand trochanter, Delpech l’a vue entraîner la destruction de tous les muscles fessiers, et mettre à nu l’articulation coxo-fémorale. Elle produit aussi des hémorrhagies foudroyantes. En outre, si le malade échappe à une première attaque, il peut succomber à une seconde ou à une troisième. Dans les cas mêmes où il n’y a pas de rechutes, la terminaison peut être fatale: en effet, la peau peut être détruite sur une très grande étendue; le tissu cellulaire avoir été miné dans l’intervalle des muscles ; ces organes eux-mêmes peuvent avoir disparu en partie au moins; rien n’est plus commun que la destruction détendons; les articulations les plus grandes (‘t les plus importantes sont souvent perforées et désorganisés ; les os sont dépouillés et nécrosés, etc. Il résulte donc de cette maladie des plaies énormes que la nature ne peut cicatriser, des suppurations iiitarissahles, l’atrophie, la paralysie, l’impotence des membres, des ankylosés, des nécroses fort étendues et entraînant parfois des suites fort dangereuses : telles sont souvent les conséquences de cette affection lorsqu’elle est abandonnée à elle-même, et pour prévenir de si grands flésordres l’amputation est souvent nécessaire.
Tuaitkmknt. — 11 est curatif et préservatif. Le traitement curatif se compose de moyens locaux et généraux. La pourriture étant une maladie essentiellement et primitivement locale, il est important de modifier d’abord les tissus dont elle s’est emparée; c’est sur une modification prompte et radicale des tissus que le chirurgien doit fonder toutes ses espérances de succès. Entre tous les moyens capables d’o[)érer convenablement cette modification, la cautérisatif>n tient le premier rang : elle a «dé pratiquée avec l’azotate d’argent ; mais les eschares obtenues a l’aide de ce caustique sont fro|)superficie.lles, et sf>n enqiloi ne convient
Pf.AIKS.
qu’au début de la maladie, loi’squ’elle se mniili’o srujs lu forme ulcéreuse. Les acides minéraux ont plus de puissance ; mais ils sont dilliciles Remployer, inüdèlcs, souvent paralysés dans leur action par la masse de matières putrides qu’ils ont à traverser avant d’arriver aux parties vivantes. La potasse caustique, est plus heureuse dans ses effets : on l’enfonce par fragments dans la masse putrilagineuse, jusqu’à ce que le sang, par son apparition, donne la certitude qu’ils ont atteint les parties vivantes. C’est ainsi qu’elle a été employée par Delpech, qui en a retiré le plus grand succès. Mais la cautérisation avec le fer rouge se présente comme le moyen le plus expéditif et le plus héroïque ; une seule application suffit le plus souvent : le succès est assuré toutes les fois qu’on peut porter le cautère sur toutes les parties ulcérées. La sécheresse de l’eschare fournie par le cautère actuel est le signe le plus certain que le fer a détruit tout ce qui avait éprouvé les effets de la contagion. Un point humide décèle ce qui échappe à l’action du calorique, et indique la nécessité d’une nouvelle application. Si ia pourriture d’hôpital a son siège dans une région très vasculaire et dans le voisinage d’un gros vaisseau, la cautérisation devient alors une opération très délicate, qui exige de la part du chirurgien autant de courage que de prudence. Lorsque la maladie a fait des progrès tels que l’amputation est devenue nécessaire , le fer rouge est encore utile pour assurer le succès de l’opération. Les muscles ne sauraient être détruits dans toute l’étendue de la jambe, par exemple, sans qu’il en résulte un engorgement considérable de la cuisse; si l’on pratique l’amputation de celle-ci, l’expérience prouve que le tissu cellulaire du moignon se mortifie et se détache en eschare grisâtre; par suite, les muscles sont isolés, l’os dénudé devient saillant, et le malade ne tarde pas à périr, épuisé par une abondante suppuration; mais si le cautère actuel est promené sur la partie voisine du point où l’on se propose d’amputer, bientôt l’engorgement se dissipe, et ^amputation peut être faite en toute sûreté.
Lorsque la maladie est à son début, on peut employer pour modifier les tissus, l’acide citrique, l’acide acétique, ou bien les acides sulfurique! et chlorhydrique étendus d’eau; alors ils réussissent souvent. Les pansements à hi glycérine ont été conseillés à la même période de la maladie. M. Payan a obtenu à l’hôpital d’Aix de très beaux résultats de l’application de cataplasmes vineux; enfin, on s’est bien trouvé de toucher les plaies avec la teinture d’iode. Si l’alléction est plus avanc(‘e, l’emploi de ces moyens demeure sans résultats, sans doute à cause de l’interposition de la couche pulpeuse.
La poudre de charbon a quelquefois de bons etléts, mais son efficacité est bornée, comme celle du vinaigre, du jus de citron et de tous les acides minéraux alfaiblis, à la forme ulcéreuse ; elle détruit la fétidité.
.VCniDKXTS Ol'f PEUVENT COArPUOUKU UES PLAIES, 199
f.o (|uinqiiinaeii poudro ti joui d’uno grando véputation d'antipulvido, d’aidigangrûnoux, basée probablement sur les propriétés loniriues quil possède. Un grand nombre de praticiens Tout employé pour recouvrir les blessures envabies par la pourriture d'hôpital. Cette poudre, par son mélange avec Tessence de térébenthine, forme à la surface des plaies une sorte de mastic, sous lequel séjourne Tichor dans la forme ulcéreuse. Dans la seconde forme, la masse pulpeuse s’interpose de la même manière au.K tissus et au quinquina; et dans l’un et l’autre cas, les effets toniques de celui-ci ne sauraient s’exercer. L’expérience n’a point justifié les effets merveilleux que quelques praticiens lui avaient attribués. On peut en dire autant de la pâte de froment en fermentation.
Le traitement général se réduit à soutenir les forces débilitées du malade par un régime tonique. Le quinquina donné à l’intérieur paraît avoir une grande utilité. Un purgatif doux sera nécessaire, s’il existe un embarras gastrique; il agira alors d’autant plus favorablement, qu’en dissipant cet état, il pourra provoquer le retour de l’appétit, ou lui donner plus d’énergie.
L’énumération que nous avons faite de toutes les circonstances qui peuvent contribuer à développer la pourriture d’hôpital, et à la propager une fois qu’elle a pris naissance, nous dispense d’entrer dans de grands détails sur le traitement prophylactique de cette complication des plaies. Il en est une conséquence facile à déduire ; il faut isoler les blessés. Malheureusement, les causes mêmes qui font naître l’encombrement rendent presque toujours cet isolement impossible. Pour procurer à l’air un accès plus facile autour du lit des malades, on enlèvera les rideaux qui les emprisonnent chacun dans une atmosphère plus ou moins insalubre; on aura recours à la ventilation. Dans le même but, on allumera des feux disposés de manière à provoquer de grands courants d’air. Les émanations putrides dont l’atmosphère est chargée seront décomposées à l’aide de fumigations de chlore, et mieux encore à l’aide de fumigations d’acide azotique. On entretiendra surtout autour des malades une extrême propreté.
§ VII. — Diathèse purulente.
On désigne sous ce nom une affection caractérisée par la production de collections purulentes, ordinairement multiples, dans divers points de l’économie, aflcction qui se montre le plus souvent à la suite d’une plaie, soit accidentelle, soit produite par le chirurgien, et qui trèsprobahlementse dtiveloppe f[uelquefois spontanément. Les noms iVinfeetim purulente, reaorplion purulente, de métnatnses purulentes, ont encore etc employés pour désigner celte maladie; nous préférons le nom de
diathèitc qiii^ ne préjugeant rien sur la nalure de cet étal
morbide, ne nous expose point àeonsacrer une erreur.
Anatomie patholooique. — Des collections purulentes disséminées dans divers points de réconomie constituent le caractère anatomique propre à cette alfection. Ces collections purulentes, désignées sous le n nom dVt^cè.s métastatiques, se montrentle plus souvent dansles viscères : le poumon en est le siège de prédilection; vient ensuite le foie, puis la rate; le cerveau, les reins, le cœur se rangent ensuite à peu près sur ' la même ligne sous le rapport de la fréquence de leurs altérations. 11 n’est pas rare d’en voir se développer dans le tissu cellulaire, dans la . cavité des mendiranes synoviales ou des membranes séreuses, dans les j gaines tendineuses. On les observe moins souvent dans les muscles et le j tissu spongieux des os. j
Quelquefois on ne rencontre qu’une seule de ces collections puni- ; lentes; mais presque constamment elles sont multiples; on les trouve j souvent au nombre de dix, quinze, vingt; quelquefois elles se présentent • en bien plus grand nombre encore, et tous les tissus en contiennent. ' Tantôt elles occupent un seul organe, tantôt elles en afléctent plusieurs ^ à la fois. Cette génération purulente semble choisir de préférence les organes riches en vaisseaux, tels que le poumon, le foie, la rate; et • dans ces organes elle occupe ordinairement les points les plus vasculaires : la substance grise dans le cerveau, la substance spongieuse dans • les os, la substance corticale dans le rein ; toutefois cette préférence pour les tissus vasculaires a été exagérée. Ces abcès sont rarement profondément situés dans l’épaisseur des organes; ils se voient beaucouj) plus fréquemment à leur surface, immédiatement au-dessous de leur j membrane d’enveloppe. Lorsque celle-ci est une membrane séreuse, et que ces abcès sont très multipliés, ils deviennent une cause d’irri- | talion, ou plutôt d’inflammation qui s’étend à la séreuse; et ainsi .1 surviennent des pleurésies, des péritonites, des aracbnitis, (jui sont consécutives à la formation des abcès, mais qui, quelquefois aussi, sont . , primitives.
Ces abcès présentent des dittérences de forme, de volume, de couleur dans les divers organes; mais, quelque rapide que soit leur développement, il n’est jamais instantané; il est constamment le résultat d’une élaboration locale analogue à celle qui préside au développement des abcès phlcgmoneux ordinaires, en sorte que leur évolution présente la succession des phénomènes suivants, nettement formulés par Tessier : 1“ injection vasculaire; 2“ infiltration sanguine avec ramollissement delà trame organique; 3° infiltration purulente; collection du pus en foyer avec disparition de la trame organique; 5° circonscription du foyer par une membrane pyogénique.
Dans les poumons, les abcès méta-statiques se montrent d abord sous
ACf.lDKNTS ijn l'KUVHiNT COMJ'J.KJII Kll LliS l’J.AIKS.
la lofim* lie noyaux noirs formés par rintîll.ration du sang cl sa curnbii! liaison intime avec le tissu de Torgane. Ces noyaux sont durs, friables ;
' ils se ramollissent ensuite, pâlissent, deviennent gris cendré, puisjauj nàtres, et constituent, lorsqu’ils ont atteint le dernier terme de leur évolution, une petite collection purulente, autour de laquelle on trouve I un cercle inttammatoirc quelquefois fort apparent. Ils sont ordinairement multiples et situés h la surface de l’organe, où ils forment un relief d’autant plus apparent, que le poumon sain dans leur voisinage revient davantage sur lui-même. La plupart des auteurs disent qu’ils occupent ordinairement la base des poumons; Tessier les a vus plus souvent en arrière et au sommet de ces organes. — Dans le foie, on observe de petites ecchymoses, des taches noires, des foyers sanguins qui deviennent gris, puis jaunes, à mesure qu’ils se ramollissent ; parvenus à l'état purulent, ils tranchent par leur couleur sur le fond brun du foie ; ils ne font jamais à la surface de l’organe ce relief que l’on constate sur la périphérie du poumon toutes les fois qu’un abcès est superficiellement situé, et cela se comprend facilement. Ces abcès, en parcourant leur période de ramollissement, se rapprochent, se confondent, et donnent ainsi naissance à des collections considérables, dans lesquelles on trouve toujours, ainsi que l’a constaté M. Louis, une membrane pyogénique très manifeste. — Les abcès de la rate sont beaucoup plus rares que ceux du poumon et du foie ; ils sont presque toujours peu nombreux, assez étendus, souvent altérés par leur mélange avec la substance splénique. — Autour du centre nerveux, on voit, suivant Tessier, le pus se former dans les mailles de la pie-mère, s’infiltrer au loin ; une suppuration diffuse occuper toute la base du cerveau, s’étendre de là ilans l’intérieur des ventricules, et môme se propager autour de la moelle jusqu’au sacrum, en sorte que tout l’encéphale plonge dans un bain : imrulent. Lorsque le pus occupe la substance cérébrale, il constitue des abcès très petits et très multipliés, infiltrés à la manière de goutte- ■ lettes purulentes, qui suintent de toutes parts à la surface des coupes que l'on pratique. Ces foyers, qu’on a observés plus fréquemment dans ; la substance grise corticale, dans les corps striés, les couches optiques, ont été vus aussi dans la substance médullaire, plus rarement dans le , cervelet et la protubérance; ils n’ont pas encore été trouvés dans la moelle épinière. — De tous les abcès viscéraux, ceux du rein et du : cœur sont les plus rares : dans les reins ils sont petits, superficiels et ; situés dans la substance corticale; dans le cœur, on les rencontre soit , dans l’épaisseur des parois ventriculaires, soit dans l’épaisseur de là cloison, soit dans les colonnes charnues; à leur niveau les fibres musculaires sont interrompues. — Dans le tissu cellulaire, de simples taches, des ecchymoses multipliées, des noyaux rouges et durs, sont les premières alterations i|u(' l’on constate; chaque noyau, chaque ecchyrnosi'
^02 l'JiAlKS.
KO convfti’Uf, i)vnmpl,ement on un petit, alicôs. Ces abcès sont f|uolquotbis isolés, ou lar^foment disséminés; d'autres fois, si rapprochés et si nomhreux, qu’il en résulte de vastes suppurations diffuses. — Dans les muscles, on observe assez rarement des foyers purulents ; lorsque ces j foyers existent, les fibres musculaires sont coupées nettement autour de ! la cavité occupée par le pus, qui sendjle être le résultat du ramollisse- • j ment et de la fonte purulente des fibres auxquelles il est interposé. — Dans les os, le pus se montre, soit au-dessous du périoste, qu’il décolle, et à la surface du tissu compacte, qu’il frappe de mort dans une étendue variable, soit dans le canal médullaire, soit surtout dans le tissu spongieux. — Quelquefois le pus forme des tumeurs fluctuantes autour des articulations; mais il est peut-être plus ordinaire de le voir s’accumuler dans l’intérieur même de la synoviale : les principales altérations s’observent alors à la circonférence des cartilages, autour desquels les capillaires forment une sorte de couronne radiée; ces altérations consistent en de petites ecchymoses, un ramollissement, une destruction partielle de cartilage ; en même temps lasynovie devient plus jaune, puis lactescente, mêlée à des flocons blanchâtres, et enfin purulents ; alors les cartilages deviennent rugueux, se détachent, et laissent voir la surface osseuse envoie de suppuration. Ces désordres s’étendent souvent â plusieurs articulations. — Lorsque le pus s’épanche dans les cavités séreuses, il donne naissance à de vastes collections; l’empyème purulent reconnaît assez fréquemment cette origine; dans le péritoine et dans l’arachnoïde surtout, les épanchements purulents sont plus rares.
— On les a vus plus rarement s’effectuer dans les gaines tendineuses et dans les bourses synoviales.
Etat du sang. — La présence du pus dans le sang a été constatée beaucoup plus tard et avec beaucoup plus de peine que dans les solides. Ce fait trouve une explication naturelle dans la difficulté avec laquelle il manifeste sa présence, lorsqu’il se trouve mélangé avec du sang; avant l’époque où l’observation à l’aide du microscope fut devenue réellement sérieuse, on ne pouvait le reconnaître que quand les globules purulents étaient très nombreux, ou bien lorsqu’ils étaient réunis en foyers au centre d’un caillot. Aujourd’hui personnelle saurait contester la présence du pus dans le sang; c’est dans le sang veineux que l’on rencontre le pus; on possède bien à la vérité quelques observations dans lesquelles ce liquide a été trouvé mélangé au sang artériel ; mais ces faits [appartiennent-ils bien réellement à la maladie qui nous occupe? Son existence a été constatée, soit dans le sang fluide, soit dans le sang coagulé! Dans certains cas, les parois veineuses examinées dans les pointsj^oiijse (roiivait le pus, n’ont présenté aucune altération, aucune I Irace d’inflammation; dans d’aufres on trouve la veine entlamiiK-e, ' obstruée par un coagnlnm sanguin, et oblitérée.
ACCrilENTS on rET'VENT COMPMOÏ'Ell LES PLATES.
Dans son remarquable articb' Pns du Dictionnaire en 30 volumes, F, Dérard signale un cas dans lequel il a constaté l’existence du pus dans la veine iliaque d’un entant de douze ans, amputé de la cuisse et mort d'une infection purulente; mais la crainte de confondre les globules de pus avec les globules blancs du sang ne lui fit accepter ce fait qu’avec une certaine réserve; quelques années plus tard il nous a été donné de constater dans notre service une quantité considérable de pus dans les veines et même dans les artères d’un homme qui succomba à une infection purulente provoquée par un vaste anthrax de la paroi abdominale. Cette observation, recueillie avec le plus grand soin par un de nos internes les plus distingués, le docteur Morvan, ne peut laisser aucun doute. Mais le microscope, en indiquant d’une manière précise les caractères différentiels des globules de sang et des globules de pus, a permis de constater d’une manière irréfragable l’altération dont nous nous occupons. On sait, en effet, que les globules de pus sont beaucoup plus volumineux que les globules blancs du sang, qu’ils sont chagrinés à leur surface, tandis que les autres sont lisses, enfin qu’ils sont pourvus de deux ou trois noyaux distincts, tandis que les globules du sang n’ont pas de véritables noyaux.
M. Sédillot a constaté que les globules de pus mêlés au sang étaient d’autant plus nombreux que l’on se rapprochait davantage du point enflammé : ainsi très nombreux dans le point où la veine était en suppuration, ils devenaient d’autant plus rares qu’on s’en éloignait dtavantage. Ce fait est parfaitement exact, si l’on examine le liquide dans les premiers jours de l’iufection purulente, car au début on ne trouve de pus qu’au voisinage de la partie malade ; mais plus tard lorsque l’affection est pleinement confirmée, le pus se trouve disséminé dans toutes les parties de l’organisme où il a été transporté par la circulation.
M. Piorry a plusieurs fois constaté la présence du pus mêlé à des caillots formés dans la palette à la suite d’une saignée. Suivant cet auteur, la surface du caillot est de couleur verdâtre ; il offre des granulations nombreuses, grisâtres, du volume d’un grain de millet ou d’une tête d’épingle, saillantes sur les bords de la déchirure du caillot auquel elles adhèrent sans pouvoir en être sépai’ées.
SY.MrTO.MATOLOGiE. — C’est Ordinairement du dixième au douzième jour après l’opération ou la plaie qui doit donner lieu à la diathèse purulente, qu’apparaissent les premiers symptômes de cette affection. Uuelqueiois cependant ceux-ci se montrent beaucoup plus tôt, vers le troisième jour par exemple, ou au contraire beaucoup plus tard, vers la tin de la seconde ou de la troisième semaine. Ces symptômes se présentent dans l’ordre suivant. Le blessé, dont l’état paraissait satisfaisant, éprouvé tout a coup un frisson très |)rononcé, avec frembleimml géné-
i-al, clatiiiniHonl des dents ; en mémo temps sa jiliysionomic! s’alloio, sa peau se couvre d’une sueur abondante. Ce frisson dure un quart d’heure, une demi-licure, rarement plus, ha chaleur revient, la sueur se prolonge pendant une ou deux heures, et tout rentre dans l’ordre. Pendant cet accès, le pouls ne présente rien de particulier, ou bien il est accéléré, })etit, concentré. Ces frissons se renouvellent les jours suivants il des heures qui n’ont rien de fixe ; il n’est pas rare de voir deux ou même trois de ces accès dans les vingt-quatre heures. Quelquefois, iiu contraire, ils affectent une sorte de périodicité, reviennent c'iux mômes heures, de manière à simuler des accès de fièvre intermittente.
Kn même temps la plaie devient blafarde, la suppuration est moins iihondante, le pus sanieux et fétide. Si les lèvres de la plaie étaient en partie réunies, elles se séparent. Les lambeaux deviennent livides et llottants.
L’altération profonde de la physionomie, apparente dès les premiers instants, se prononce de plus en plus. La peau prend une teinte plombée et le plus souvent ictérique; souvent elle se couvre de sudamina. Les conjonctives présentent la même coloration; mais celle-ci, de mênu* que celle de la peau, est rarement aussi prononcée que dans l’ictère proprement dit. — Un sentiment de faiblesse, de prostration, s’empare du malade, qui souvent est plongé dans un demi-sommeil, livré à des rêvasseries continuelles, en proie à un délire vague, tranquille, qui augmente pendanUla nuit. Cependant, si on l’interroge, on voit qu’il conserve toute son intelligence ; il répond avec précision à toutes tes (juestions qu’on Uii adresse; il n’accuse point de douleur.
La respiration est en général accélérée, les inspirations larges, profondes, s’élèvent quelquefois à trente ou quarante par minutes, sans que la percussion ou l’auscultation puissent donner l’explication de ce phénomène; il existe souvent un peu de toux suivie de l’expectoration de ([uelques crachats blancs mousseux, ou légèrement teints en rouge brun par une petite quantité de sang, ce qui est rare : ces symptômes ne s’ohservcmt guère que lorsqu’il existe dans le poumon des abcès métastatiques. Quelquefois le malade éprouve une douleur assez vive dans un des côtés de la poitrine : cela indique (pie la plèvre participe à l’inllannnation. Une semblable douleur se fait sentir dans la région du foie, lorsque l’inllammation qui entoure les collections de pus s’étend jusqu’au péritoine périhépatique. — Le pouls est petit, fréquent, facilement dépressible. — Des troubles fonctionnels se montrent également dans les organes digestifs; la langue est molle, humide pendant les premiers jours, recouverte d'un enduit blanchâtre ; mais bientôt elle .se sèche, se recouvre, ainsi que les dents, d’un enduit fuligineux. I/appétitestnul; souvent il existe du dévoiement.
Il n’est pas rare de, voir un malade qui présente toute la série des
A('X;il»JiNTS IJUI l'KUVJilN'J' t;UiVll*JJOCJÜll l>J.AIJiS. ‘2U5
svinptùuics (lue nous venons de passer en revue, accuser tout a coup une (fouleur exti‘(}menient vive dans un point (iiielcon((ue du corps, souvent au niveau d’une articulation, au cou-de-pied par exemple, au genou, au I |)oianet. Cette douleur est alors la seule chose dont il se plaigne. Quel- ; (]uetbis cette douleur se présente avant tous les autres symptômes qui ! appartiennent à la diathèse purulente. Si l’on examine le point doulou- I reux, on y découvre un empâtement, une sorte de tuméfaction (cdé- I mateuse qui a pour siège le tissu cellulaire sous-cutané. Bientôt la peau t rougit, la Iluctuation devient manifeste, et les choses se passent comme i dans un accès phlegmoneux. D’autres fois c’est dans une articulation {;. que se fait cette accumulation de pus : on voit alors la poche articu- ^ laire se distendre peu à peu ; en même temps les mouvements, d’abord i douloureux, deviennent impossibles. — Un fait remarquable sur lequel ^ Bérard a surtout appelé l’attention, c’est l’odeur désagréable que répan- ) dent les malades affectés de diathèse purulente. Enfin la faiblesse aug- 1 mente, la respiration s’embarrasse, et le malade meurt.
Cette fatale terminaison peut avoir lieu au bout d’un temps variable. Il (îst rare que la vie se prolonge au delà du douzième jour après l’époque oii s’est montré le premier frisson. Quelquefois, cependant, un premier frisson se montre ; puis il se passe deux, trois, quatre jours, et même plus, sans qu’un autre frisson revienne. Pendant ce temps, le blessé I reste dans un état que l’on serait tenté de croire satisfaisant, si l’expérience n’avait point appris que tôt ou tard les symptômes de 1a diatbèse nîparaîtront et feront périr le malade. D’autres fois la maladie marche avec beaucoup plus de rapidité. Un jeune maçon tombe du haut d’un tichafaudage; il est apporté à l’hôpital de la Clinique, ne présentant d’autres symptômes que ceux d’une commotion cérébrale. A. Bérard, (diargé alors du service, lui fait pratiquer une saignée du bras; le lendemain, on constate que la veine saignée s’est cntlammée; les symptômes de la diathèse purulente ne tardent point à paraître, et la mort , arrive à la fin du quatrième jour. L’autopsie montre, dans le foie et ; dans les poumons, de vastes ahcès métastatiques.
Etiologie. — Nous avons dit que c’est ordinairement à la suite des ' ])laies ou de certaines opérations que se montre presque constamment ' la diathèse purulente; mais toutes les plaies, toutes les opérations n’y 1 exposent pas également. La nature des tissus divisés paraît avoir plus d’inlluence sur sa production que l’étendue de la solution de contij nuité. — On regarde généralement les plaies des veines, les opérations ! ([ui se pratiquent sur ces canaux sanguins, ou sur les tissus qui po.sj sèdent un système veineux très abondant, comme occupant le premier j rang parmi les (pauses de la diathèse purulente. Et, en ett'et, cette cause ne saurait être méc.oimue lorsqu’on voit tous les accidents propres à cetfe atlection se développer à la suile d’mie <h‘ e.('s saignées pratiquées
*206 l’LAlES.
chez un individu sain (railleurs, et (jue l’cjii désigne sous le nom de saignée de précaution.
Les plaies, et surtout les dénudations du tissu osseux, exercent encon* une inlluence manifeste : aussi les altérations anatomiques propres à la diathèse purulente (telles que les abcès du foie) ont-elles de tout temps été ol)servées à la suite des plaies à la tête, qui, plus souvent que celles de toutes les autres régions du corps, sont accompagnées de dénudation du tissu osseux. Les fractures compliquées de plaies et d’issue des fragments, les amputations dans la continuité des membres, nous en four- ^ Hissent souvent des exemples. Il est vrai (jue, dans ce dernier cas, il i n’y a pas simplement dénudation du tissu osseux, les veines sont égale- 1 ment divisées. Peut-être est-ce à 1a réunion de ces deux causes qu’il ] faut attribuer l’extrême fréquence des accidents de la diathèse purulente j
à la suite des amputations pratiquées dans la continuité des membres, j
supposition qui acquiert un plus haut degré de probabilité lorscjae l’on ; considère que ces accidents sont plus rares à la suite des amputations faites dans la contiguïté. — Les plaies pénétrantes des articulations doivent encore être énumérées parmi les lésions qui donnent souvent naissance à la diathèse purulente. C’est ainsi que l’on a vu souvent périr des sujets à qui on avait pratiqué une incision en apparence trèssimple pour leur extraire des corps étrangers articulaires. En résumé, lésion des veines, dénudation des os, plaie des articulations, telles sont les lésions physiques dont l’influence paraît le mieux démontrée. Mais est-il possible de classer ces diverses causes d’après leur degré d’intluence, de mettre, par exemple, les plaies des veines au premier rang, comme n’hésitent point à le faire la plupart des chirurgiens de nos jours qui se .sont surtout préoccupés des lé.sions veineuses? C’est ce que nous \ n’oserions faire ; car s’il est vrai que nous voyons bien plus souvent les i abcès métastatiques à la suite des lésions veineuses, combien aussi : voyons-nous de plaies des veines pour une seule plaie des articulations, pour une dénudation des os !
Ce qu’on ne saurait contester, c’est que l’infection purulente est produite par la présence du pus dans le sang.
L’expérimentation a appris comment se comportait le pus lorsqu'il était introduit dans le sang et quelle action il avait silr nos organes : toutes les fois qu’on a injecté du pus dans les veines des animaux, ou bien le liquide a été poussé en petite quantité, alors les animaux ont, en général, été guéris après avoir présenté des accidents plus ou moins graves d’infection purulente, ou bien le pus a été injecté en grande quantité, les animaux sont morts très rapidement. Dans le premier cas, le liquide toxique a fini par être éliminé; dans le second, la dose a etc assez considérable pour provoquer rapidement la mort. M. Sédillot a imaginé d’injecter successivement de petites quantités de pus, imitant
.VCCIDÜNTS (JUI PKUYENT COAll'LIULfKU LES l'LAlES.
K ius(iua un certain point la sécrétion qui se fait dans les veines enllain- 1 niées, et est parvenu à provoquer des symptômes semblables à ceux qui ' caractérisent binfection purulente, et a trouvé à bautopsie, entre autres f lésions, les poumons l’emplis d’abcès métastatiques à divers degrés !■ d’évolution.
C’est encore à l’expérimentation que l’on doit de savoir quelle est la ; partie constituante du pus qui provoque l’infection purulente; il résulte [, en etlét, des expériences faites sur les animaux, que le pus phlegmo- \ lieux, non altéré, injecté dans les veines, produit directement l’intection purulente ; que le pus altéré détermine de la gangrène et une \ sorte d’intoxication putride; que la sérosité injectée ne provoque que des accidents sans gravité lorsqu’elle n’est pas altérée, mais que dans ■ le cas contraire elle détermine de la gangrène.
.A.UX causes précédentes il faut joindre, comme prédisposant à cette attéction d’une manière toute spéciale : 1“ le séjour et l’encombrement ) des blessés dans les hôpitaux. En effet, les mêmes opérations, les ampu- » tâtions, par exemple, sont plus rarement suivies des accidents de la i diathèse purulente dans la pratique civile que dans les hôpitaux, où ) l’on voit quelquefois l’infection purulente régner d’une manière épidéf mique. 2“ M. Sédillot pense que la rétention du pus sur la surface des 1 moignons a une grande influence sur le développement de l’infection 1 purulente. 3® L’àge paraît n’être pas sans influence ; les enfants sem- I blent moins que les adultes exposés à cette atïection. h° Enfin, nous ne * ferons que mentionner ici l’état puerpéral. Requin, dans ses Éléments ï de pathologie médicale, ayant traité tout ce qui est relatif à ce sujet ï dans des articles spéciaux.
Diagnostic. — Le diagnostic de la diathèse purulente peut rarement ^ rester douteux. L’apparition subite d’un frisson, huit à dix jours après I une amputation, par exenqfle, permet le plus souvent d’annoncer avec ■; certitude le début de ladiathèse purulente. Cependant nous rappellerons qu’un érysipèle traumatique ou spontané peut également être précédé d’un frisson que l’on pourrait prendre pour le frisson d’invasion de la diathèse purulente (voy. Erysipele traumatique). Toute phlegmasie, soit interne, soit externe, un phlegmon diffus, une phlébite, peut également être précédée d’un frisson. La même phlegmasie, si elle se développe dans le voisinage de la plaie, peut modifier le travail de suppuration, 3 qui jusqu’alors s’accomplissait régulièrement à sa surface. Mais, dans I ces cas, l’erreur ne sera pas de longue durée : le frisson, précurseur de l’érysipèle, ne se renouvellera pas, l’érysipèle se montrera et fera cesser tous les doutes. Il en est de même des autres phlegmasies que ' nous avons citées ci-dessus.
La régularité des frissons a pu faire croire quelquefois à l’existence d’une fièvre intermittente, mais la marche dh la maladie ne tarde pas à
l’L.UliS.
l(3ver tous les doutes. Itappeluiis eiiliii que les douleurs artieulaires oui pu eu imposer pont’ une ati'ection rhumatismale. I/inl'ectiou purulentene saurait être eonlonduc avec V infection putride, nous reviendrons sur ce point lorsque nous traiterons des abcès par congestion.
Pronostic. — La diathèse purulente est presque constamment mortelle. A coté de cas incontestables de guérison, il en est d’autres qui peuvent laisser du doute à un observateur sévère, et nous ne sommes pas éloigné do croire que, dans quelques-uns des cas de guérison que l’on a publiés, on a pu s’en laisser imposer par quelques-unes des circonstances que nous avons indiquées comme pouvant faire commettre une erreur de diagnostic.
'fRAiTEMENT. — Nous n’avous quc peu de chose à dire des mesures préventives à diriger contre l’invasion de la diathèse purulente. 11 faut avant tout éviter les causes qui semblent la provoquer, et principalement l’encombrement ; l’aération, la propreté, la bonne alimentation des blessés et des opérés seront particulièrement recommandées. Les pansements, sans être trop fréquents, seront assez souvent renouvelés pour que le pus ne stagne pas à la surface des plaies. On surveillera attentivement les sujets chez lesquels on aura tenté la réunion immédiate, car souvent les bords de la plaie sont réunis et le pus s’accumule dans le fond.
Les chirurgiens se sont demandés s’il, ne serait pas possible de rendre moins fré{[uente l’infection purulente en modifiant le manuel opératoire, c’est-à-dire en substituant au bistouri les caustiquc.s, ou la section par compression, c’est-à-dire par l’opération désignée sous le nom d’écrasement linéaire. Les opérations pratiquées à l’aide des caustiques semblent être moins souvent suivies d’infections purulentes que celles qui sont faites avec le bistouri; mais cette méthode n’est applicable qu’à un nombre de cas assez restreint; d’ailleurs le nombre de faits entre lesquels il a été possible d’établir une comparaison rigoureuse est encore trop faible pour que l’on puisse formuler une opinion absolue. Nous dirons la même chose de l’écrasement linéaire, qui ne met pas il l’abri de l’infection purulente aussi complètement qu’on l’avait supposé lors de la généralisation de cette méthode.
Le traitement à diriger contre la diathèse purulente consiste en des moyens locaux et généraux.
1“ Moyens locaux. — Partant de ces faits, à savoir ; 1“ qu’une petite quantité de pus injecté dans les veines d’un chien déterminait des accidents plus ou moins graves, mais qu’au bout d’un certain temps l’animal finissait par guérir; 2" que l’injection successive d’une quantité minime de pus finissait par provoquer des accidents d’infection purulente, les chirurgiens, et principalement Bonnet et M. Sédillot, se .sont demandé s’il ne serait pas possible d’an-êter la maladie dans sa marclu'
ACCIDENTS (jn 1-ELVENT Cü.MTEIUCEll LES J'EAIES. 2Ü1)
empêchant la matière purulente de passer clans le torrent circulatoire,
I ou bien en supprimant pour un temps la sécrétion du pus dans la j plaie.
! ■ Pour empêcher le pus de s'engager dans Féconomie, M. Sédillot a i; conseillé de faire sur le trajet des veines c(ui partent du foyer purulent I des cautérisations en raies ou ponctuées, afin d’en déterminer l’oblitéi ration. Nous iFavons pas besoin cFinsister sur ce moyen dont on peut
1 immédiatement comprendre toute Finsufiisance : en effet, on est loin d’être certain d’obtenir l’oblitération des veines par ce procédé; ne sait-on pas d’un autre coté que le pus pénètre tout aussi bien par les k veines superficielles que par les veines profondes, et la cautérisation ne i saurait avoir d’action sur ces dernières. Ce procédé ne nous paraît
Idonc pas applicable.
Quant au conseil que donne Bonnet de cautériser toute la surface en suppuration, il doit être pris en considération. Deux observations de succès, publiées par le chirurgien de Lyon et une autre par M. Follin, viendraient à l’appui de cette méthode. Toute la surface suppurante, mise ► complètement à découvert, sera recouverte d’une couche de 2 milli- ^ mètres d’une pâte au chlorure de zinc. Le caustique sera laissé en place il pendant quatre heures; il en résulte une eschare sèche qui tombe au il bout d’un temps variable, laissant au lieu d’une plaie grisâtre une surli face bourgeonnante rosée. Si la cautérisation a escharifié toutes les I extrémités vasculaires qui plongeaient au milieu du pus, si elle a détruit ^ les extrémités veineuses enflammées, et si la quantité de pus introduit i dans l’économie n’est pas trop considérable, on peut, en s’appuyant sur \ la théorie que l’expérimentation permet de proposer, espérer quelques guérisons. Malheureusement on ne peut souvent pas atteindre toutes les veines enflammées; la propagation du pus dans l’économie a déjà provoqué des désordres au-dessus des ressources de Fart, aussi n’est-il pas surprenant que dans une foule de circonstances, les prévisions du chirurgien ont été trompées. Mais considérant que l’on a affaire à une affection des plus graves, il paraît sage de recourir à ce moyen qui ne fait courir au malade aucun danger nouveau, et peut concourir à la guérison, car, ainsi que nous allons le voir, les moyens généraux n’ont jusqu’à présent donné que des résultats bien imparfaits.
2® Moyens généraux. — On a employé contre cette maladie les médications les plus variées; les saignées locales et générales, les purgatifs, l’émétique à doses élevées ; les sudorifiques, les toniques, et principalement le sulfate de quinine ou le quinquina en poudre. Ce dernier médicament a été surtout préconisé par Dumas (de Montpellier), dans un mémoire inséré parmi ceux de la Société médicale d’émulation. Ce mémoire a pour titic . Disse^'tation su7’ la nature et le traitement des fièvres rémittentes qui compliquent les grandes plaies; mais il est aisé de
NKLATON. — l’ATH. CIIIH., TI. {h
l’LAlüS.
voir^ d’après la description de la maladie, que cette fièvre rémittente est bien réellement notre diathèse purulente; peut-être pourrait-on essayer de nouveau ce dernier moyen. Cependant il faut avouer qu’il est permis de douter de son etiicacité; nous avons vu employer et nous avons employé nous-même le sulfate de quinine à très haute dose, 3 à k grammes par jour, dans des cas de diathèse purulente bien constatée, et constamment la maladie s’est terminée par la mort. Le camphre, l’éther, les préparations opiacées, l’acétate d’ammoniaque ; les grands vésicatoires aux jambes, aux cuisses, sur les parois de la poitrine pu de ^ l’abdomen, sur tous les points douloureux, tandis que l’on faisait prendre à l’intérieur des diurétiques, des sudorifiques, passent aussi pour avoir procuré quelques guérisons. Cependant les cas où l’on a pu croire à leur utilité sont extrêmement rares. Aussi est-ce moins pour en conseiller l’usage que nous avons fait l’énumération des moyens qui ont été employés jusqu’à ce jour, que pour inviter les praticiens à expérimenter d’autres méthodes thérapeutiques. L’alcoolature d’aconit à la dose de 1 à à grammes par jour dans une potion nous a paru utile dans un certain nombre de cas.
Rappelons, en terminant, l’inlluence funeste, pour un bon nombre | de blessés, du séjour dans un hôpital; et espérons que l’administration I supérieure, qui a déjà tant fait pour améliorer le sort des pauvres malades, ne sera pas moins heureuse pour combattre dans sa cause ^ une affection à laquelle succombent un si grand nombre de nos amputés.
Diverses théories admises pour expliquer la diathèse purulente.
La théorie des accidents de la diathèse purulente a beaucoup occupé les chirurgiens de notre époque. M. Velpeau (1) le premier, en 1823, époque à laquelle le solidisme régnait exclusivement dans nos écoles, avança que ces accidents dépendaient d’une altération du sang; plus tard, en 1826, il reproduisit et développa la même idée. Vers le même temps, M. Cruveilhier, Blandin, Dance, Maréchal, Legallois, publièrent sur cette question des travaux importants. En 1838, parut le mémoire de Tessier. Enfin, dans l’article Pus du nouveau Dictionnaire de médecine, t. XXVI, Bérardaîné a passé en revue et soumis à une critique aussi éclairée que judicieuse toutes les doctrines professées de nos jours sur ce point de la pathologie.
Les circonstances dans lesquelles se développent les accidents de la diathèse purulente ont de tout temps fait croire que le pus joue un certain rôle dans leur production, et la supposition d’un mélange de ce
(1; Velpeau, Clinique ckifurgiealo, 1841, l. 111, [i. i ù93.
ACCIUENTS Um rüUVENT CÛAll'LlUUEK LES l’LAlES. ‘ill
liquide avec le sang devait se présenter à l’esprit, comme une explication toute naturelle de ces accidents. Cette supposition une fois admise, une première question se présente ; par quelle voie, par quel mécanisme le pus s’introduit-il dans l’économie ? Deux doctrines régnent aujourd’hui dans la science : l’une suppose que le pus est introduit dans l’économie par voie d’absorption ; l’autre enseigne que le pus sécrété dans une veine se mélange avec le sang. Nous allons examiner ces deux théories, que l’on peut désigner par les noms de doctrine de r absorption, et doctrine de laphléùite.
1“ Doctrine de Vabsorption. — Une plaie fournit une suppuration abondante ; la sécrétion purulente s’altère et diminue ; la mort arrive, et l’autopsie montre des collections de pus dans les divers organes. Les anciens n’hésitaient point alors à déclarer qu’il y avait métastase, reflux de la suppuration, c’est-à-dire absorption du pus sécrété à la surface de la plaie et transport de ce pus vers les organes intérieurs. Parmi les modernes, ceux qui croient à cette résorption en nature s’appuient sur les faits et les raisonnements suivants :
1” La suppuration se supprime à la surface des plaies, donc le pus se porte au dedans de l’économie, puisqu’il cesse de se porter au dehors. 2" Le pus pénètre dans le torrent circulatoire, car on le retrouve au milieu des caillots sanguins. 3“ Le pus mêlé au sang constitue un corps étranger dont celui-ci tend à se débarrasser; c’est pourquoi il le dépose çà et là au milieu des organes ; et ce qui prouve que ces collections sont de simples dépôts, c’est qu’on ne trouve autour d’elles aucun signe d’inllammation. Les abcès métastatiques s’accompagnent de phénomènes généraux très graves, et jamais de phénomènes locaux : l’existence des premiers s’explique par l’introduction du pus dans le sang, et l’absence des seconds par le défaut d’inflammation. 5° Ces abcès sont très prompts dans leur formation, parce que le pus qui les compose est tout formé d’avance. 6" Les organes les plus riches en vaisseaux sont plus souvent le siège de ces abcès, parce que la quantité de pus qui arrive à un organe est proportionnelle à la quantité de sang qui le traverse. 7" Si le poumon est le siège ordinaire des dépôts métastatiques, ce n’est pas seulement parce qu’il est le plus vasculaire de tous les organes, mais aussi parce que le sang qui le traverse est chargé d’une plus grande quantité de matière purulente, puisqu’il n’en a encore déposé nulle part.
Telles sont les raisons que les partisans de l’absorption purulente ont fait valoir en faveur de leur opinion. Parmi ces raisons, il en est une très impoitante, 1 absence d inflammation autour des foyers purulents, que nous avons rélutée d avance, en montrant que ces abcès dits métastatiques présentent, dans le cours de leur développement, toute la séiie des phénomènes qui caractérisent l’élaboration du pus phleg-
l’LAlKS.
moneux. Si tous les auteurs n’ont point aperçu cette inllanunation autour des abcès, c’est parce qu’ils les ont observés dans la dernière période de leur Ibrmation, et alors, en effet, cette inflammation est quebjuefois à peine apparente.
Mais le fait capital de cette théorie, c’est l’absorption du pus en nature; si cette absorption est réelle, on est autorisé à lui attribuer tous les phénomènes de l’infection purulente; si elle est illusoire, toute cette théorie croule par sa base. Or, cette question de l’absorption est un problème dont la solution appartient à la physiologie, et la physiologie nous apprend que si cette absorption a lieu, elle s’exerce sur les éléments du pus préalablement décomposé, et non sur le pus en nature. On trouvera tous les développements que comporte cette proposition tout à fait capitale pour la question que nous traitons dans l’article Pus (1) de Bérard aîné. Concluons donc que l’absorption ne saurait introduire dans l’économie du pus tout formé.
Les éléinents dissociés du pus peuvent seuls rentrer dans la circulation. Ce fait suflirait pour renverser la doctrine de l’absorption. Nous ajouterons cependant pour terminer : 1“ que si la suppuration vient à se tarir à la surface d’une plaie, au lieu de dire, avec les partisans de l’absorption, que le pus rentre dans l’économie, il serait bien plus simple d’admettre une diminution ou une cessation dans la sécrétion purulente ; 2“ que les globules purulents sont plus volumineux que ceux de la lymphe et du sang, dont le diamètre est en rapport avec celui des plus petits vaisseaux, en sorte que l’introduction de ces globules dans les capillaires sanguins et lymphatiques paraît physiquement impossible (P. Bérard). D’ailleurs, lorsqu’une collection de pus se trouve reprise par l’absorption, comme cela s’observe surtout dans certains abcès froids, et même dans quelques abcès phlegmoneux, on n’observe point alors les accidents qui appartiennent à la diathèse purulente, point ‘d’abcès métastatiques; le malade peut bien alors éprouver la série des symptômes que les anciens ont décrits sous le nom de fièvre hectique de résorption, et que P. Bérard désigne par la dénomination beaucoup plus exacte d’infection putride ; mais ces symptômes diffèrent essentiellement de ceux de la diathèse purulente.
Les veines béantes à la surface d’une plaie peuvent-elles absorber le pus, comme le pensait Maréchal ? Nous n’hésitons pas à nous prononcer pour la négative. En effet, ces veines sont ordinairement oblitérées à leur extrémité lorsque la suppuration s’établit, et, en outre, quelle est la puissance qui forcevait le pus à s’introduire dans leur cavité? L’aspiration exercée par certaines veines placées dans le voisinage de la poitrine pourrait rendre compte de ce phénomène; mais on ne
(1) üiclionnuire ik mcckcine, t. XXVI, p.
ACOTDENTS OH l’El’VENT COMPÎ.TQnîn LES PLAIES, 21 ">
saurait invoquer la nii'me cause pour ce qui concerne les veines des nieinbres.
Ce que nous venons de dire des veines s’applique en partie aux vaisseaux lymphatiques; nous devons donc l’ejeter également l’absorption par les vaisseaux lymphatiques divisés.
'2° Doctrine de la phlébite. — Dès que Drescbet eut fait connaître en France les travaux de Hunter sur l’inflammation des veines^ on admit : 1“ que le sang en rapport avec les parois veineuses enflammées se coagulait; 2“ que le caillot disparaissait peu à peu pour faire place au pus qui remplissait la veine dans une étendue égale à celle que le sang coagulé avait d’abord occupée ; 3° que ce pus était entraîné par le sang i qui revenait des extrémités, et porté ensuite dans toutes les parties de
j l’appareil circulatoire ; h° que le sang, altéré par son mélange avec le
j pus, devenait plus fluide; 5“ que ce sang plus fluide s’extravasait çà et
! là dans les organes ; 6° que ces noyaux, formés par le sang infdtré,
i devenaient autant de corps étrangers qui développaient autour d’eux
I une inflammation très circonscrite, et, par suite, de la suppuration et
( des abcès.
' Cette théorie laissait peu de chose à désirer ; rien n’était plus facile I que de comprendre avec elle le mélange du pus avec le sang. La phlé-
I bite, coexistant fréquemment avec la diathèse purulente, en est ainsi
I devenue une explication naturelle, et cette explication, développée par
j Dance, avait le grand avantage de ne heurter aucun fait connu : aussi
I parvint-elle à rallier promptement autour d’elle la plupart des bons
j esprits; et elle régnait à peu près exclusivement dans la science lors-
qu’en 'ISSS elle a été à son tour violemment attaquée et menacée dans son principe fondamental (1). En effet, cette théorie suppose que, dans i une phlébite avec suppuration dans la cavité de la veine, le mélange du [i pus avec le sang est toujours possible ; or c’est cette proposition qui a \ été puissamment combattue. Tessier, se fondant sur des dissections nombreuses des veines enflammées, crut pouvoir établir que lorsque, du pus est contenu dans une veine, il existe toujours en même temps I dans cette veine une phlébite adhésive ; qu’il se forme dans sa cavité f un coagulum sanguin adhérent à ses parois, et que ce coagulum, déve- ^ loppé sur les limites du point oi'i le pus est rassemblé en foyer, empêche ►. ce liquide de se mélanger au sang resté iluide au-dessus de lui.
A cette objection, on a répondu que cette oblitération n’est pas con- I starité, ; ce qui est vrai ; mais enfin, lorsqu’elle existe, et que le sujet a
I succombé aux accidents de la diathèse purulente, on est bien alors
forcé de convenir que ces accidents peuvent se montrer alors même
(1) Tessier, Eoeposé el examen critique des dactrincs delti phlébile et delà résorplion ’ mrulente (f Expérience, juin 183H).
• PLAIES
que le mélange du pus avec le sang est impossible, et qu’ils reconnaissent nécessairement alors une autre cause que ce mélange.
En vain objectera-t-on que la phlébite se borne à produire des désordres locaux tant que le pus se trouve emprisonné dans la veine et que les symptômes généraux n’apparaissent qu’avec la destruction du caillot oblitérateur. Mais ceux mômes qui défendent cette opinion nous rapportent des observations dans lesquelles nous voyons que des malades, qui ont présenté toute la série des symptômes généraux qui appartiennent à la diathèse purulente, sont morts avec des abcès métastatiques ; et, chez ces malades, on n’a trouvé qu’une phlébite avec oblitération de la veine rendant impossible le mélange du pus avec le sang.
Dira-t-on alors que le caillot, interposé entre le pus et le sang, permet un échange par endosmose des globules des deux liquides? Mais ce caillot présente-t-il bien les conditions voulues pour constituer une membrane endosmotique, et l’endosmose peut-elle s’exercer suides globules? Dira-t-on que le pus a été fourni par une veine non oblitérée qui a échappé à nos recherches; que le pus a été sécrété et mélangé au sang avant la formation du caillot?
Les adversaires de la doctrine de la phlébite demanderont la preuve de ces assertions ; ils citeront bon nombre d’observations qui nous montrent tous les accidents de la diathèse purulente, bien que l’examen le plus attentif n’ait fait découvrir de phlébite dans aucune veine ; ils en rappelleront d’autres dans lesquelles l’autopsie a montré dans les veines un mélange de pus et de sang, dont la libre circulation était possible, et dans lesquelles cependant les accidents généraux de la diathèse et les abcès métastatiques ne se sont pas développés ; enfin, ils invoqueront le résultat des expériences faites sur les animaux sur lesquels on n’a pas pu, à l’aide d’injections de pus dans les veines, développer d’abcès métastatiques.
En résumé, la doctrine de l’absorption ne peut soutenir l’analyse physiologique, ainsi que l’a si bien démontré Bérard aîné; il en est de même de l’aspiration veineuse et lymphatique. La doctrine de la phlébite présentait sans doute quelque chose de plus satisfaisant ; mais il faut reconnaître qu’on peut cependant lui adresser plusieurs objections ditliciles à résoudre.
On no s’est pas borné à expliquer l’altération générale du sang par le fait de son mélange avec le pus ; on a en outre cherché une explication toute physique de la formation des abcès métastatiques. Ainsi, on a dit que le pus, tout formé dans le sang, s’arrêtait dans certains points, s’y accumulait et formait ainsi un foyer, un véritable abcès: telle est la doctrine développée', par Maréchal. Mais pourquoi le pus se ressemblet-il en foyer au lieu de se distribuer dans toute l’économie ? Comment