DE TA GANGITÈNE SPONTANÉE
poui' cause une inllammatioii des artères, proposa contre cette allection un traitement purement antiphlogistique. C’est ainsi qu'il lut amené à prescrire la saignée générale, qu’il répétait plusieurs jours de suite, si les forces du malade le lui permettaient. Nous avons vu plusieurs fois les douleurs se calmer, et la mortification s’arrêter définitivement sous l’intluence de cette médication. Dupuytren dit avoir guéri, à l’aide de ce traitement, les deux tiers et même les trois quarts de ses malades. « Nous avons vu, ajoute-t-il, des personnes qui avaient le gros orteil » tuméfié, violet, froid, d’autres qui l’avaient noir, revenir très rapide- » ment à la santé par les émissions sanguines. » [Leçons orales, t. III, p. 283.) D’autres praticiens, parmi lesquels nous citerons Broussais, Delpech et Dubrueil, MM. Bouillaud, Cruwilhier, ont depuis associé les émissions sanguines locales à la saignée générale. Des sangsues appliquées sur le trajet du vaisseau principal du membre ont souvent paru amener une modification favorable dans l’état du malade.
Tous les chirurgiens s’accordent à blâmer l’amputation, tant que la gangrène n’est pas bornée. MM. Victor François, Bérard et Denonvilliers la rejettent dans presque tous les cas, lors même que la gangrène a cessé de faire des progrès. (Voy. Considérations générales sur la gangrène).
§ II. — Gangrène spontanée produite par embolie.
Anatomie pathologique. — Nous avons fait voir plus haut que des concrétions développées dans l’une ou l’autre des cavités du cœur pouvaient, poussées par le torrent circulatoire, s’engager dans les vaisseaux artériels et déterminer la gangrène. Nous avons dit que les concrétions développées dans le ventricule droit déterminaient la gangrène du poumon, celles du ventricule gauche sont cause d’une mortification sendilable dans les organes alimentés par les vaisseaux oblitérés : c’est ainsi qu’il n’est pas très rare de trouver l’artère cérébrale moyenne obstruée, et qu’il en résulte des symptômes qui ont une grande analogie avec ceux de l’apoplexie; c’est ainsi que l’on observe des gangrènes des membres, dont nous devons surtout nous occuper ici.
Uemboiie s’arrête le plus souvent dans le point où existe une bifurcation de l’artère, ou bien dans celui où le vaisseau fournit une collatérale volumineuse, ou présente une inflexion considérable, ou un rétrécissement. Dès que le corps étranger a obturé l’artère, la circulation s’arrête, le. sang se coagule depuis la surface de la concrétion jusqu’au niveau de la première collatérale, absolument comme après la ligature du vaisseau, au-dessous de l’obstacle, l’artère se vide et se rétracte. Dans les premiers jours l’embolie n’agit que comme corps oblitérant, elle n’a contracté aucune connexion avec les parois du vaisseau ; mais peu a peu des adhérences s’établissent avec la tunique
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interne, la tunique externe ne tarde pas à s’enllaininer; on observe, en un mot, une artérite consécutive. Quant à la disposition du caillot, nous n’y reviendrons pas, ses caractères se trouvent exposés dans l’observation rapportée plus haut.
SViMPTOMATOLOGiE. — Au moment même où l’artère est oblitérée par une embolie, le mendjre devient pâle, d’un aspect cadavérique, s;i température s’abaisse ; le malade accuse de l’engourdissement, de la gêne dans les mouvements, quoique la sensibilité ne soit pas abolie; bientôt surviennent des élancements et des douleurs intolérables. Si l’on explore l’artère qui se rend à la partie alîectée, on constate l’absence de battements dans le tronc artériel, dans ses divisions; au-dessous du point occupé par le coagulum, on sent un cordon dur qui roule sous le doigt, c’est l’artère oblitérée.
Bientôtles douleurs augmentent, deviennent intolérables; le membre prend une teinte livide; des pblyctènes, des escbares noires se montrent sur la peau; le refroidissement persiste, la sensibilité tactile disparaît, les mouvements sont abolis, et l’on constate la gangrène du mend)re. Celle-ci se présente sous les deux formes que nous avons signalées, elle est sèche ou humide.
Ces phénomènes se présentent lorsque la circulation est définitivement arrêtée; dans des cas plus heureux, la circulation se rétablit peu à peu par les voies collatérales, la chaleur reparaît, la teinte cadavérique s’etîaee; le pouls se montre d’abord imperceptible, mais augmente graduellement de force; enfin les fonctions se rétablissent lentement et d’une manière plus ou moins complète.
A côté de ces accidents locaux, signalons des étouffements, de l’agitation, des vomissements, de la diarrhée, etc.
Pronostic. — 11 est très grave, non-seulement à cause de l’état local, car on voit quelques malades guérir après de semblables accidents, mais encore à cause de l’état du cœur et de la présence probable d’autres embolies dans l’appareil circulatoire.
Traitement. — Nous n’avons rien a ajouter à ce que nous avons dit dans les paragraphes précédents sur le traitement de la gangrène. Quant â l’affection du cœur, et c’est sur elle que doivent se diriger les efforts des praticiens, elle est jusqu’à présent au-dessus des ressources de l’art. Les alcalins, la digitale ont été administrés, nous ne pensons pas qu'on puisse légitimement leur attribuer la guérison d’affections de cette nature.
§ III. — De l’asphyxie locale et de la gangrène symétrique des extrémilés.
Nous avons dit plus haut ce que l’on devait entendre sous le nom d’asphyxie locale ; nous avons vu que cette afiection était le premier