DE LA C4ANDRÈNE SPONTANÉE
état d’une espèce de mortification qui difi’érait par ses causes et par sa nature des espèces de sphacèle que nous venons de passer en revue.
Syaiptümatologie. — L’asphyxie locale débute presque toujours par les extrémités, par un doigt; elle constitue une affection assez commune, connue sous le nom de doigt mort. La peau prend une teinte d’un blanc mat, parfois jaunâtre; elle paraît exsangue, la sensibilité y semble anéantie. Cet état est de courte durée ; au bout de quelques niinutes, quelquefois d’une heure ou deux, les parties rentrent dans leur état normal, la réaction est dans certains cas accompagnée d’une douleur assez vive. Lorsque cet état, au lieu d’être limité à un, à deux doigts, s’étend à toute une section d’un membre, on constate un affaiblissement de la circulation artérielle. Dans des cas un peu plus graves, la peau prend une teinte d’un blanc bleuâtre, violacée, ardoisée ; des marbrures veineuses, livides, se dessinent à des hauteurs variables; la sensibilité cutanée est abolie, néanmoins les malades accusent une douleur souvent très vive; bientôt la réaction se produit, les taches perdent leur lividité, la peau reprend peu à peu sa coloration normale, et tout rentre dans l’ordre.
Lorsque des accidents de gangrène doivent se montrer, les choses se passent de la manière suivante : Tantôt les extrémités deviennent pâles, exsangues, ou prennent une teinte lilas; les malades accusent des fourmillements, des élancements; plus tard la peau et les ongles ont une couleur violacée, ces parties sont d’un froid glacial. Tantôt la peau est violette dès le début; le malade a des démangeaisons, il croit avoir des engelures, mais cette démangeaison est bientôt remplacée par de la douleur qui prend parfois une très grande acuité. Bientôt des marbrures livides se montrent le long des doigts et remontent parfois aune très grande hauteur sur le membre correspondant; la teinte brune augmente et les doigts sont complètement noirset insensibles; de petites phlyctènes se montrent à l’extrémité de la |)balangette, elles se rompent et laissent le derme à nu. Cette petite ulcération persiste pendant quelques jours ; d’autres fois la phlyctène se dessèche sur place, mais la gangrène ne s’étend pas, la plaie au contraire se cicatrise en laissant un petit tubercule conique plus ou moins saillant. La même série de phénomènes se présente, soit au même doigt, soit aux doigts voisins. Lorsque ce travail s’est renouvelé souvent sur le même doigt, celui-ci devient remarquable par la forme effilée de son extrémité, par la dureté de sou tissu, par son aspect flétri, comme chagriné. Chez quelques sujets, le doigt prend d’emblée cette forme parcheminée, la peau est d’un jaune fauve, et au bout de quelque temps on voit se détacher par lambeaux des pellicules épaisses et très dures.
Dans d’autres cas, la gangrène offre dès le début toute son intensité ; l’ongle est entièrement noir, la i)halangette a une teinte de
GANGnÈNES.
plus en plus foncée; il y a une véritable mortification, mais cette altération n’est pas profonde : au bout de riuelques jours un travail d’élimination commence, et l’on ne tarde pas à voir se détacber des eschares de 1 à 2 millimètres d’épaisseur, laissant à nu les papilles sur lesquelles se développent des bourjreons charnus; la cicatrisation ne se fait pas attendre. Très souvent cette mortification se montre parallèlement aux doigts correspondants ; quelquefois on l’a constatée aux quatre membres, de là le nom de fjangrène symétrique qui lui a été donné par M. Raynaud. Il n’est pas très rare de voir des taches de cette nature se montrer symétriquement aux deux talons. Chez quelques sujets, tous ces divers états peuvent se montrer en même-temps. Cette mortification s’observe quelquefois au nez, au pavillon de l’oreille.
Ces espèces de gangrènes ne déterminent aucun trouble général. A part la douleur, qui est quelquefois intolérable, le pouls ne cesse jamais d’être perceptible aux artères des membres malades; quelquefois il y a un peu d’accélération, très rarement on a constaté de l’irrégularité.
Cette affection se prolonge quelquefois pendant un temps fort long, soit que les eschares mettent beaucoup de temps à se détacher, soit que le travail de, cicatrisation se prolonge outre mesure. 11 n’est pas rare de voir une croûte se former sur la cicatrice ; cette croûte tombe et laisse à nu une ulcération qui se couvrira d’une nouvelle croûte. Quelquefois de nouvelles taches gangréneuses se montrent sur des parties qui avaient été épargnées.
Diagnostic. — Il est en général facile : la teinte livide des téguments du doigt peut faire croire à l’existence d’engelures, mais les démangeaisons de ces dernières diffèrent essentiellement de la douleur propre à la gangrène ; d’ailleurs tout le doute cesse dès que la mortification est confirmée.
On ne confondra pas la gangrène symétrique avec les deux formes que nous venons d’étudier; la lenteur avec laquelle se développent les accidents la distingueront facilement de la gangrène produite par une embolie, ou de la gangrène sénile; d’ailleurs nous savons que dans ces dernières la circulation est arrêtée dans les artères du membre, tandis que le contraire a lieu dans la gangrène symétrique. Enfin, dans la gangrène sénile, la maladie est toujours assez étendue, la marche de l’affection est le plus souvent envahissante, tandis que dans la forme qui nous occupe la mortification se localise dans le point (|ui a été frappé.
Pronostic. ■ — De toutes les formes de gangrène celle-ci est incontestablement la moins grave; elle est superficielle, c’est-à-dire qu’elle dépasse très rarement l’épaisseur du derme. .4près la chute des eschares il est rare qu’il reste des mutilations sérieuses; cependant le chirurgien devra toujours être réservé dans son pronostic, car nous avons dit que la maladie se reproduisait, jiar conséquent pouvait se prolonger peu-
DK LA GANlillÈNE PRODUITE PAR LE SEIGLE ERGOTÉ.
dant longtemps; des malades peuvent succomber à l’épuisement; enfin les douleurs atroces que l’on constate assez souvent peuvent provoquer des troubles généraux très sérieux,
ÉTIOLOGIE. — Cette affection a été surtout observée chez les femmes, 20 femmes pour 25 cas; on l’a constatée principalement entre dix-huit et trente ans, chez les sujets à constitution lymphatique; elle a paru dans beaucoup de cas se montrer sous l’inffuence d’un abaissement de la température.
Traitement. — Nous n’avons que peu de chose à dire du traitement de cette affection : les parties malades seront recouvertes de liquides aromatiques, et par conséquent un peu excitants; dans un cas on a obtenu un certain avantage de l’application de l’électricité par induction.
A l’intérieur on administrera de l’opium, et si ce médicament n’agit pas pour prévenir ou guérir la gangrène, il aura du moins l’avantage de calmer les douleurs.
ARTICLE VI