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DE LA GANGRÈNE PRODUITE PAR LE SEIGLE ERGOTÉ

Le seigle ergoté, introduit dans les voies digestives en quantité suffisante, fait naître chez l’homme et chez plusieurs animaux des accidents variés. Parmi ces accidents, les uns consistent en des troubles qui portent spécialement sur les fonctions du système nerveux : ce sont des convulsions, des vertiges, du délire, etc. C’est ce groupe de symptômes qui a été désigné sous le nom à’ergotisme convulsif, affection qui fait partie du domaine de la médecine, et qui est traitée par Requin, dans ses Eléments de pathologie médicale. D’autres fois, ce sont les phénomènes de la gangrène que l’on voit se manifester sous une des formes que nous avons décrites sur différents points du corps, et particulièrement sur les extrémités inférieures. C’est là Vergotisme gangréneux, le seul qui doit nous occuper ici.

Historique. — Il est permis de croire, avec Read [Traité du seigle ergoté, Metz, 177à), que l’on a observé dans les temps les plus reculés les accidents produits par le seigle ergoté. Suivant cet auteur, c’est à cette cause qu’il faudrait rapporter l’épidémie qui sévit à Athènes au temps de Périclès, et dont Thucydide nous a conservé la description. Plusieurs épidémies observées dans la Lorraine, le Dauphiné, la Provence, ainsi qu’à Paris, depuis le x® jusqu’au xvi" siècle, reconnaîtraient aussi la môme cause. Cependant ce ne fut qu’à la suite des épidémies qui désolèrent la Hesse en 1596 et 1597, que les médecins de Hambourg

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commencèrent à croire que c’était à l’usage du seigle ergoté qu’il fallait attribuer ces gangrènes dont on n’avait pas encore jusque-là soupçonné la cause. A partir de cetle époque, la plupart des observateurs qui ont été témoins de ces épidémies ont porté le même jugement sur l’inlluence du seigle ergoté. Nous citons particulièrement, parmi les auteurs dont les recherches ont le plus contribué à nous faire connaître cette affection, Thuilier, Perrault, Tfourdelin, Conrad, Brunet, Noël (d’Orléans), Nicolas Langius (de Salerne).

Symptomatologie. — Une chose qui frappe tout d’abord, lorsqu’on lit la description des épidémies do gangrène produite par le seigle ergoté, c’est la diversité des symptômes mentionnés par les observateurs; et, pour le dire en passant, c’est là une circonstance qui rend diflicile une exposition dogmatique des symptômes de cette affection. Nous exposerons donc d’abord les symptômes qui ont été notés dans la plupart des cas, et nous mentionnerons, à titre de symptômes exceptionnels, ceux qui n’ont été observés que dans certaines épidémies.

Les malades éprouvent d’abord un sentiment de faiblesse, de lassitude dans les membres inférieurs ; bientôt apparaissent des douleurs, des élancements profonds dans ces parties : c’est sans doute ce qui a fait dire que la gangrène commence par la profondeur du membre. La cbaleuT du feu et celle du lit exaspèrent ces douleurs, qui durent de huit à quinze jours ; un léger gonflement se montre aux orteils, aux pieds, à la jambe; la peau offre une teinte pâle, livide, ou, suivant quelques auteurs, une rougeur érysipélateuse; elle se couvre de phlyctènes, et bientôt elle est convertie en eschares noires, sèches et dures. La gangrène se propage assez lentement des extrémités vers le tronc. C’est surtout dans cette affection que l’on a vu plusieurs fois les membres se séparer spontanément dans leurs articulations, séparation qui s’opère sans donner lieu à aucune perte de sang.

Les troubles fonctionnels qui accompagnent cette altération locale sont très variables; la gangrène est ordinairement précédée de vertige, d’hébétude, d’un état d’ivresse, surtout après les repas; les fonctions digestives s’accomplissent, en général, avec régularité ; quelquefois il y a de la diarrhée; le pouls est petit, la peau est sèche : quelques malades cependant sont couverts de sueur. Les uns accusent une sensation de chaleur intérieure excessivement vive, d’autres perdent le sommeil, et sont en proie à un délire qui souvent ne cesse qu’avec la vie.

Outre les symptômes précédents, observés dans presque tous les cas, certaines épidémies ont présenté plusieurs phénomènes particuliers.. C’est ainsi que Noël (d’Orléans), dans le mémoire qu’il adressait à l’Académie des sciences en 1710, rapporte que la maladie commençait par une sensation de chaleur extrêmement vive, cpii disparaissait fout à coup

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