CHAPITRE Vlli
DE l’ulcération ET DES ULCÈRES.
ARTICLE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l’uLCÉRATION.
On donne le nom d’ulcération à un travail morbide, accompli par les seules forces de l’organisme, et qui a pour effet de produire des solutions de continuité ordinairement superficielles, et accompagnées d’une sécrétion de matière puriforme ou ichoreuse ; ces solutions de continuité portent le nom d’ulcères.
L’ulcération, telle que nous venons de la définir, diffère donc essen tiellement de ce travail pathologique en vertu duquel s’accomplit la migration des corps étrangers au sein de nos tissus : dans l’une, il y a perte de substance, sécrétion purulente ; dans l’autre, les fibres de nos tissus semblent être seulements écartées, il n’y a point de suppuration
Si l’cfci excepte l’épiderme et ses appendices, les ongles et les poils, tous les tissus organiques peuvent être affectés d’ulcération, sans qu’il soit possible de poser aucune loi concernant les dispositions anatomiques et physiologiques qui prédisposent spécialement à cette altération. En effet, nous voyons ce travail morbide se manifester sur des tissus dont l’organisation est essentiellement différente : sur les tissus très vascu-
(1) Thoinson’s, Lectures on inflammation.
:57/| DE l’ULCÉRATJON et des l’LCÈRES.
laires, comme les membranes muqueuses et la peau; sur les tissus où l’on ne voit point de vaisseaux, comme les cartilages diartbrodiaux, la cornée, etc. ; sur les tissus les plus mous, la pulpe cérébrale par exemple, et sur ceux qui présentent une dureté considérable, tels que les os; sur les surfaces tégumentaires exposées au contact de l’air, comme sur celles des organes splanchniques. Enfin, l’ulcération se développe fréquemment sur les tissus accidentels, tels que le squirrlie, le tissu encépbaloïdc; le tissu cicatriciel y est surtout exposé. C’est sans doute ce qui a fait dire à J. Hunter que toutes les parties qui n’entrent point dans la structure originelle du corps sont plus faibles que les autres organes, et par cela môme plus disposées à l’ulcération et à la mortification.
Suivant M. le professeur Cruveilhier, certains tissus peu vasculaires, comme les tendons et les cartilages, ne seraient point primitivement affectés d’ulcérations; ce travail morbide serait précédé de la formation d’un appareil vasculaire interposé aux fibres des tendons; ces vaisseaux deviendraient l’organe par l’opération duquel les tissus disparaissent.
Phénomènes propres à l'ulcération. — L’ulcération est toujours précédée et souvent accompagnée d’un travail phlegmasique dans le point correspondant à l’ulcère et dans ses environs ; c’est ce qui autorise à décrire l’ulcération comme une modification de l’inflammation à laquelle on donne le nom ^’ulcévative. Cette inflammation, qui prépare pour ainsi dire l’ulcération, donne lieu à des phénomènes variables : tantôt la peau rougit, puis elle prend une teinte violacée, livide; l’épiderme est soulevé par une certaine quantité de sérosité ichoreuse, il se rompt et laisse à nu la surface externe du corps muqueux et du derme, qui sécrètent une matière puriforme. D’autres fois l’ulcération est précédée par une collection de pus plus ou moins étendue, l’abcès s’ouvre, son ouverture s’agrandit rapidement, livre passage à une eschare provenant de la mortification d’une portion de tissu cellulaire ou des téguments. Dans quelques cas, la peau rougit, se gerce, laisse sourdre par les fissures qu’elle présente un liquide transparent, concrescible, qui se dessèche par le contact de l’air, et qui forme une ou plusieurs croûtes adhérentes sous lesquelles l’ulcération se propage. Dans tous les cas, que l’ulcération ait été précédée par un abcès, une a^ection érysipélateuse, ou par des gerçures des téguments, ses progrès et sa marche ultérieure sont les mômes. — La solution de continuité s’agrandit chaque jour ; en môme temps elle gagne en profondeur; les tissus successivement envahis par l’ulcération sont détruits et disparaissent sans laisser de détritus, caractère distinctif de l’ulcération. Enfin, il arrive un moment où le travail de désorganisation s’arrête, soit spontanément, soit par le fait d’un traitement convenable; la surface ulcéree se recouvre de granulations pyogéniques qui fournissent un pus de bonne
CONSIDÉIlATIOiNS aÉNKRAIÆS SUR L’üLCÉRAÏION.
natupo. Dès lors la solution de continuité tend à pester stationnaire pendant un certain temps, ou bien elle se recouvre d’une cieatrice qui se forme ici comme à la surface de toute plaie qui suppure (voy. Plaies, J Phénomènes consécutifs).
^ La désorganisation, la destruction des parties s’opère quelquefois * avec une effrayante rapidité ; d’autres fois, au contraire, avec une ex- •! tréme lenteur : dans le premier cas, il n’est pas rare d’observer la mort; tification des couches superficielles de l’ulcère qui sont successivement ' éliminées; le travail d’ulcération est alors pour ainsi dire combiné avec I la gangrène. On peut dire d’une manière générale que les progrès de I l’ulcération sont d’autant plus rapides que les tissus affectés sont plus
B mous et plus vasculaires. Certains tissus résistent pendant très longtemps à la désorganisation : ce sont les ligaments, les tendons, les aponévroses; mais voici ce que l’on observe alors : l’ulcération envahit avec r rapidité tous les tissus qui entourent ces organes, détruit les vaisseaux I qui pénètrent dans leur intérieur, et leur apportent les matériaux né- . cessaires à leur nutrition : ces parties sont alors frappées de gangrène.
Causes de l’ulcération. — Nous ne savons que très peu de chose sur 1 les causes de l’ulcération; cependant on peut dire d’une manière géné- I raie que lorsqu’une circonstance locale vient mettre obstacle à la guérison d’une plaie, l’inflammation adhésive ou cicatrisante, comme l’apî pelle Gerdy, tend à être remplacée par une inflammation ulcérative;
c’est ainsi qu’un corps étranger retenu dans une plaie développe sou- '! vent autour de lui un travail d’ulcération : c’est là ce qui nous explique !î comment les ligatures d’attente déterminent l’ulcération du vaisseau f sous lequel on les a placées. Tous les chirurgiens ont vu les tissus réu- • nis par des points de suture, divisés en quelques jours ; or, cette divi- !> sion n’est point le résultat de l’action toute mécanique des fils ou des J aiguilles sur nos tissus, mais bien du travail ulcératif déterminé par la I présence du corps étranger.
Ajoutons encore que certains virus appliqués sur les membranes muf queuses, sur les téguments privés de leur épiderme, ou sur une surface saignante ou suppurante quelle qu’elle soit, ont pour effet d’y produire une inflammation ulcérative. Certaines affections cutanées, le pemphi- 1 gus, le rupia, ont aussi pour caractère de donner naissance à une ulcération (voy. les Éléments de pathologie médicale de Requin, t. I, p. 554 et 619).
I Théorie de l ulcération. — La théorie de l’ulcération a subi les vicissi- I tudes éprouvées par les doctrines médicales de chaqqe époque: c’est ) ainsi que l’on a successivement attribué la destruction des tissus à l’action corrosive de certaines humeurs âcres, acides, alcalines, à un ferment délétère, etc. Depuis les travaux de Hunter, la doctrine de l’absorption graduelle des tissus a prévalu; mais on est loin.de s’entendre
37() DE l’ELCÉHATION et des DLCÉllES.
sur cotto absorplioii, ot d’abord quels en sont les agents? les lympba- ; tiques, les veines? Ouelles preuves apporte-t-on? Ce n’est certainement [ pas donner une preuve bien concluante en faveur de l’absorption vei- | neuse que de dire que les veines sont dilatées autour des ulcères. Au- i rait-ori admis théoriquement et sans plus ample informé un système de ' vaisseaux absorbants, à l’elfet d’expliquer un phénomène dont on ne pouvait que difficilement se rendre compte? Gomment, en outre, con- ■ cevoir que ces vaisseaux qui disparaissent avec la trame organique qu’ils traversent, puissent s’absorber eux-mômes? Vidal fait remar- j quer avec raison qu’il existe entre l’ulcération et la gangrène de nom- ; breux points de contact; ces deux états pathologiques lui paraissent ; avoir entre eux d’étroites aflinités. Ce ramollissement extrême qui précède toute ulcération est certainement, dit-il, une forme de la mortifi- i cation; l’épiderme qui se soulève, la préférence qu’affectent la plupart i des ulcères pour les parties affaiblies; l’âge avancé, la faiblesse des su- i jets qui en sont le plus souvent affectés, rendent cette opinion très |i soutenable : pour lui, l’ulcération ne serait qu'une gangrène pour ainsi i dire moléculaire; les tissus, au lieu d’être absorbés, comme l’enseigne i la théorie de Hunter, seraient éliminés d’une manière insensible. Ne [i pourrait-on pas appliquer à l’ulcération la théorie professée par Du- ( puytren pour expliquer la destruction de la trame organique dans les [i abcès? D’après cette théorie, les tissus seraient détruits à leur surface j par un travail inflammatoire qui aurait pour effet de les convertir en i sanie purulente, j
ARTICLE IL I
A la rigueur, on ne devrait désigner sous le nom (ïulcères que les | solutions de continuité produites par le travail d’ulcération, tel que nous ( venons de le décrire; mais l’usage a étendu le sens de ce mot. Ainsi j Boyer définit Vulc'e7'e une solution de continuité des parties molles plus I ou moins ancienne, accompagnée d’un écoulement de matière purulente, et entretenue par un vice local ou une cause interne, La plupart des auteurs dogmatiques de ce siècle donnent de l’ulcère une définition qui s’éloigne peu de celle de Boyer; cependant B. Bell et quelques autres chirurgie'ns rangent parmi les ulcères toutes les solutions de | continuité suppurantes; nous rejetons cette définition, qui tendrait à faire comprendre sous une même dénomination deux choses essentiel- || lement différentes. La plaie qui suppure tend â la cicatrisation, l’ulcèro
OONSIIIKUATIONS (iKNÉRAl.ES Sl’l\ LES ULCÈnES.
tpnd on général à se perpétuel* indélininient ou à s’ae.croUre par un travail de désorganisation progressif.
11 ne sera question dans cet article que des ulcères développés sur la I surface tégumentaire externe.
On trouve dans les anciens traités de chirurgie de longs chapitres i consacrés à la description des ulcères, dont on admettait alors une foule de variétés: c’est ainsi que Ton décrivait des ulcères simples, cutanés, atoniques, gangréneux, œdémateux, fongueux, vermineux, calleux, fistuji leux, etc. 11 est facile de voir, d’après cette énumération, que l’on ad- I mettait comme espèces distinctes des ulcères présentant certaines com- [ plications qui peuvent d’ailleurs se montrer dans toutes les variétés : ^ tels sont la gangrène, l’œdème, les fongosités, etc.; nous n’aurons donc pas à traiter d’une manière spéciale des ulcères gangréneux, fongueux, atoniques, œdémateux, vermineux; les ulcères vénériens, dartreux, cancéreux, ne pourraient sans inconvénient être séparés de l’histoire de la syphilis, des dartres et du cancer. Les détails relatifs aux ulcères cutanés se trouvent en grande partie compris dans l’histoire générale des abcès auxquels ils succèdent toujours, et ce qui les concerne sera d’ailleurs complété par ce que nous dirons des ulcères scrofuleux. Après avoir fait toutes ces éliminations, il nous restera donc à décrire comme espèces distinctes : 1“ l’ulcère simple, dont la description se trouvera faite dans nos considérations générales sur les ulcères; 2® l’ulcère scrofuleux, 3“ scorbutique, k° calleux, 5° variqueux.
Quant aux ulcères fistuleux, lisseront l’objet d’un chapitre particulier f\’oy. Fistules).
Les ulcères peuvent se développer sur presque tous les points de la surface tégumentaire externe. Mais les membres abdominaux, et spécialement la partie inférieure des jambes, le voisinage des malléoles, en sont le siège le plus habituel, ce que l’on explique par la gêne plus ou moins grande qu’éprouve la circulation veineuse de ces parties, et par la fréquence des causes d’irritation auxquelles elles sont exposées.
Symptomatologie. — Lfn ulcère exempt de complication se présente avec les caractères suivants ; Il existe sur la partie une solution de continuité superficielle dont l’étendue peut varier depuis quelques centimètres jusqu’à 1 ou 2 décimètres; c’est ainsi que l’on voit des ulcères qui enveloppent la partie inférieure de la jambe dans presque tout son pourtour, qui descendent sur les malléoles, sur la face dorsale du pied, et qui remontent jusque vers le milieu de la jambe.
Loyer fait remarquer qu’il ne faudrait pas juger de l’étendue de la perte de substance par celle de la surface suppurante; en effet, lorsque les parties qui entourent l’ulcère sont tuméfiées, tendues par l’engorgement des tissus sous-cutanés, le fond de l’ulcère éprouve la même tension, ses bords sont attirés excentriquement, ils s’écartent; mais ils ne
DE l’l'LOÉUATION ET DES ELCÈUES.
tardent pas à so rapprocher lorsque le dégorpeinent alleu, et l’on voit alors rétenduo réelle de la perte de substance.
La forme des ulcères n’est pas moins variable que leur étendue; ils sont tantôt irréguliers, oblongs, circulaires; celte dernière forme est réputée défavorable à la guérison.
Le fond de l’ulcère est formé par une couche de granulations pyogé- ■ niques, d’un rouge vif, semblables à celles qui recouvrent toute solution i de continuité suppurante; ces granulations, plus ou moins mollasses, . saignent facilement, elles prennent un aspect violacé par le fait de lu . stase du sang veineux, lorsque le membre est dans une position déclive; ; elles sont insensibles au toucher.
Le fond de l’ulcère se trouve è peu près sur le môme plan que les téguments sains avec lesquels il se continue à l’aide d’une pellicule épidermique, d’un gris rosé, indiquant ün commencement de cicatrisation; quelquefois cependant il s’élève légèrement au-dessus; sa surface est couverte par une couche de pus peu abondante, quelquefois de bonne nature, tantôt séreux, ordinairement mêlé de sang, lorsque le malade marche, ou que la partie malade est soumise à quelque frottement.
En général, ces ulcères sont peu douloureux, quelquefois môme complètement exempts de douleur; mais il n’en est plus de môme lorsqu’il survient quelque complication. Chez plusieurs malades on observe une influence manifeste de la part du régime; quelques-uns éprouvent les douleurs les plus vives aussitôt qu’ils prennent une nourriture excitante, qu’ils boivent du vin ou des liqueurs acooliques, môme en petite quantité.
Cette affection peut rester ainsi stationnaire pendant un temps fort long : nous voyons tous les jours, dans nos salles, des vieillards qui portent leurs ulcères depuis dix, quinze et vingt ans; cependant il est* l’are que l’ulcère reste absolument stationnaire pendant tout ce laps de temps; on le voit dans certains moments se recouvrir d’une cicatrice, puis celle-ci se détruit, soit spontanément, soit à l’occasion de quelques violences extérieures; l’ulcère s’ouvre de nouveau; et ces alternatives d’ulcération et de cicatrisation peuvent se succéder ainsi à plusieurs reprises.
L’affection qui nous occupe se borne ordinairement à produire les désordres locaux que nous venons de mentionner : les sujets qui portent ces ulcères jouissent souvent d’ailleurs de la santé la plus parfaite, et même pour quelques-uns l’existence d’une suppuration habituelle semble être une condition de santé; des accès de dyspnée, des symptômes de congestion pulmonaire ou cérébrale, s’observent aussitôt que la cicatrisation s’opère. Ces cas sont d’ailleurs beaucoup plus rares qu’on ne le croit généralement.
Complications. — Los complications que peuvent présenter les ulc^res ont : 1“ l’inllammation, 2“ la gangrène, 3" les fongosités.
1“ Inflammation. — Elle est une complication assez fréquente des Icèros, la plus fréquente peut-être j cela se conçoit lacilcment, lorsjue l’on considère que c’est dans la classe indigente que cette affection observe ordinairement, et que les malheureux malades sont souvent bligés de se livrer à leur travail habituel, sans pouvoir le plus souvent rotéger leur plaie par un pansement convenable ; celle-ci se trouve dors exposée aux frottements rudes de vêtements malpropres qui hirrient et ne tardent pas à y faire naître une inflammation ; toutes les subtances irritantes, certains onguents faits avec des graisses rances, les uiles essentielles, les substances résineuses balsamiques, certaines olutions salines, enfin toutes ces substances emplastiques dont on a si ongtemps abusé dans la pratique cbirurgicale, peuvent également rriter, enflammer la surface d’un ulcère; les écarts de régime, l’abus leboissons alcooliques peuvent encore produire le même effet. Boyer met n outre l’embarras gastrique au nombre des causes, capables de proluire l’inflammation d’un ulcère; cela nous paraît au moins conestable.
Cette complication s’annonce ordinairement par des douleurs qui se ont sentir dans les parties ulcérées et dans leur voisinage ; la suppuraion s’altère, elle devien-t séreuse, sanguinolente, elle exhale une odeur xtrêmement fétide, et se supprime quelquefois complètement. Le fond e l’ulcère présente alors une couleur rouge brunâtre, il se dessèche ; es bords sont tendus, luisants, ils présentent une rougeur érysipélateuse ui s’étend plus ou moins sur les parties voisines ; quelquefois même Is sont envahis par un phlegmon, accompagné d’une tuméfaction conidérable.
2“ Gangrène. — Sous le nom diulcère gangréneux, on a décrit deux hoses différentes : 1“ les ulcères à la surface desquels se développe ne véritable gangi’ène ; 2° les ulcères compliqués de pourriture d’hôital. Il ne sera point question dans cet article de cette dernière omplication; nous renvoyons pour ce sujet à ce que nous en avons lit dans le chapitre des Plaies. La gangrène qui se montre sur les Icères est ordinairement précédée par une inflammation plus ou oins intense, et reconnaît pour cause toutes les circonstances capales de produire cette inflammation; on a cependant remarqué que ette complication s’observe le plus ordinairement chez des sujets faites, débilités par des maladies antérieures, des privations. Aux symtêmes qui appartiennent à une simple inflammation succèdent ceux ]ui annoncent la gangrène ; l’ulcère fournit une suppuration extrêmenent fétide, son fond prend une teinte grise verdâtre, et si l’on exa- Tnine attentivement, on reconnaît qu’il est constitué par des tissus
DE l/VECKHATION ET DES T’EEÈnES.
niorlifuis^ par une véritahlo escliare qui est encore adliércntc aux par- j ties voisines; celte eschare s’agrandit clmque jour, envahit les parties i qui avaient d’abord été épargnées, s’étend même sur la peau qui entoure i l’ulcère : ce travail de désorganisation s’accompagne ordinairement de | douleurs extrêmement vives qui se font sentir principalement la nuit. | Enfin, soit par le fait d’un traitement convenable, soit par la soustrac- j tion des causes qui avaient provoqué la gangrène, les eschares se sépa- j rent, le fond de l’ulcère se recouvre de bourgeons charnus de bonnenature, et il est dès lors ramené à l’état de simplicité.
3® Fongosités. — Nous avons dit que le fond des ulcères simples est' recouvert d’une couche de bourgeons charnus; quelquefois ceux-ci i prennent un développement considérable, ils deviennent exubérants.-j mollasses, quelquefois œdémateux; ils forment une sorte de cbampi-i gnon présentant une coloration violacée, blafarde, et le moindre con- j tact les fait saigner, quelquefois môme le sang s’écoule spontanément. ! Lorsqu’un ulcère présente cette complication, il n’offre aucune ten-J dance à la cicatrisation, il fournit indéfiniment une matière séro-puru-;j lente ichoreuse. On a remarqué que ces fongosités se développent fré-i quemment sur les ulcères que l’on a pansés pendant fort longtemps i avec des topiques gras et relâchants, chez les sujets débilités et d’uni tempérament lymphatique.
Boyer blâme avec juste raison la dénomination d’ulcère vermineua>. par laquelle on a voulu désigner une espèce particulière d’ulcère où. l’on voit se développer des larves d’insectes. C’est, dit-il, une circonstance purement locale qui peut se présenter dans toutes les espèces.'l et qui dépend de l’usage de charpie ou de linges malpropres, chargéî-' d’œufs, que la chaleur et l’humidité font éclore.
Vétiologie, le diagnostic et le pronostic des ulcères ne se prêtent point à une exposition générale ; ces points seront traités à l’occasion i des variétés dont nous avons cru devoir faire l’histoire détaillée.
Traitement des ulcères. — Une première question se présente : Doit-on toujours chercher à obtenir la guérison d’un ulcère? Lorsquecelui-ci est récent, qu’il a été provoqué et qu’il est entretenu par unt cause locale, il est avantageux de le guérir, cela ne peut être l’objel ’ d’aucun doute; mais lorsque l’ulcère est très ancien, en est-il de même? Les recueils 'scientifiques fourmillent d’observations où l’on voit quf des accidents graves se sont développés à l’occasion de la suppression de l’écoulement purulent fourni par un ulcère ; mais cette suppression doit-elle être considérée comme l’effet plutôt que comme la cause de la maladie grave que l’on a observée? C’est là ce qu’il est difficile de déterminer. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que nous avons souvent à traiter des vieillards qui portent des ulcères très anciens; que, dans tous les cas, nous cbcrchons à faire cicatriser ces ulcères, et que nous y par-
fft
CÜ.NS11»K11AT10-\S (.tKNÉUALES SL'R LES ULCÈRES. 381
venons souvent, et cependant nous n’avons pas encore vu survenir ces accidents formidables dont parlent les auteurs. Quelques-uns, et ce sont là certainement de rares exceptions, se sont plaints d’éprouver un peu de gène dans la respiration et quelques étourdissements ; mais ces accidents ont toujours cédé à l’emploi de légers dérivatifs sur le canal intestinal. D’ailleurs, comme le fait judicieusement observer Vidal, on n’a point à craindre, comme on le dit, une cicatrisation prompte, une suppression brusque de l’écoulement purulent, car la cicatrisation s’opère ordinairement avec lenteur. La guérison nous paraît donc devoir être tentée dans tous les cas, quelle que soit l’ancienneté de la maladie. Un exutoire devra être appliqué pour prévenir les accidents que nous venons de mentionner; et si malgré ce moyen ils deviennent inquiétants on pourrait, comme dernière ressource, rendre à l’ulcère ses dispositions premières à l’aide d’un vésicatoire appliqué sur la cicatrice.
Les moyens employés pour le traitement des ulcères sont très nombreux. Ceux qui sont le plus généralement conseillés sont : r les antiphlogistiques locaux, 2“ le repos, 3“ la position horizontale, h” les excitants locaux, 5® la cautérisation, 6“ la compression.
1“ Traitement antiphlogistique. — Il comprend les émissions sanguines locales, les lotions et fomentations émollientes, l’application de substances grasses, simplement relâchantes ou unies à quelque préparation narcotique. Lorsque le chirurgien pense que les émissions sanguines doivent être employées, c’est aux sangsues qu’il donne généralement la préférence. Celles-ci sont appliquées à une certaine distance des bords de l’ulcère sur les téguments enflammés. 11 est bien rare que l’on ‘soit obligé d’avoir recours à ce moyen ; le plus souvent les fomentations émollientes d’eau de guimauve, de sureau, etc., les cataplasmes de farine de graine de lin, ou mieux de fécule, suffisent pour dissiper rapidement l’inflammation et ramener l’ulcère à son état de simplicité ; mais l’expérience a prouvé que ces moyens, continués pendant longtemps, finissent par amener dans les tissus un état de mollesse et d’atonie peu favorable au travail de cicatrisation. 11 en est de même de toutes les pommades et des topiques relâchants, axonge, cérat simple ou opiacé, huile d’olive, huile d’amandes douces, etc. ; leur usage ne sera indiqué que pendant un temps assez court.
2® Le repos est le plus puissant auxiliaire du traitement antiphlogistique et de la plupart des méthodes curatives employées contre les ulcères situés aux membres inférieurs. C’est assez dire que le chirurgien devra le plus souvent le prescrire à son malade comme une des conditions indispensables pour saguérison ; le repos doit d’ailleurs être uni à une position convenable du membre.
3 La situation la plus favorable consiste à mettre la partie (jui présente 1 ulcère dans une position qui facilite le retour du sang veineux
DE L’ULCÉUATIÜN ET DES LLCÈUES. f
vers le centre circulatoire : ainsi les nieinhres abdominaux seront tenus , [
dans une position horizontale; on pourrait même les placer sur un | f,
l)lan incliné, de telle sorte que le pied fût plus élevé que la racine du iii membre ; cependant les avantages que l’on pourrait retirer de cette | k position ne compenseraient peut-être pas la gêne qu’elle cause néccs- ^ 1 sairement. i I?
La compression est un des moyens qui ont été le plus vantés. Pour apprécier au juste sa valeur, Gerdy a cherché à l’employer seule, 11
plaça sur la partie malade un linge fin enduit de cérat destiné à pré-
venir l’adhérence du linge; il recouvrit l’ulcère avec des compresses i et un bandage spécial; il laissait d’ailleurs à ses malades la faculté de se lever et- de marcher. Ces expériences ont été répétées plusieurs fois et n’ont point donné de résultat satislaisant, car au bout de quinze jours il n’y avait pas de progrès sensibles vers la guérison. La compression combinée avec le repos et le décubitus horizontal lui a paru plus favorable ; mais la guérison exige encore un temps assez long. |
La compression est plus efficace lorsque, au lieu d’une simple bande, i
on se sert, pour l’exercer, de substances emplastiques, de sparadrap simple, ou de Vigo, qui, outre la compression qu’ils exercent, agissent en outre directement sur l’ulcère par leur propriété médicamenteuse.
Cette méthode de traitement, inventée par Baynton, fut importée en i France par Roux, qui la fit connaître en 18 U, à la suite de son voyage i chirurgical à Londres; mais elle ne devint, pour ainsi dire, d’un usage général que depuis la publication du rapport que Ph. Boyer fit au conseil des hospices sur le traitement des ulcères. Voici d’ailleurs comment Baynton conseille d’exercer cette compression. Il taille des bandelettes de sparadrap larges de 5 centimètres et d’une longueur telle qu’après avoir fait le tour du membre, il reste encore un bout long de 12 à 15 centimètres. Le milieu de la bande ainsi préparée est appliqué sur le point diamétralement opposé à l’ulcère et au niveau de sa partie inférieure^ de manière que son bord inférieur puisse être placé à 2 centimètres environ au-dessous de la surface suppurante ; les deux extré- j mités sont alors ramenées vers le point malade et croisées à sa surface, en exerçant une pression assez forte. La seconde bandelette est appli- |
quée comme la première, qq’elle doit recouvrir dans la moitié de sa S
largeur; elle est elle-même couverte en partie par la troisième, et l’on \ continue ainsi cette application jusqu’à ce que toute la surface de l’ulcère j i se trouve complètement recouverte. Il faut ensuite entourer toute la J jambe avec un bandage compressif étendu depuis les orteils jusqu’au I genou. — Les bandelettes aussi larges que celles conseillées par Baynton s’appliquent souvent avec diliiculté. Ph. Boyer ne leur donne que 2 ou 3 centimètres de largeur ; il supprime généralement le bandage compressif et prescrit la marche à tous ses malades; ce pansement nC
Jio
fi.Ji
CONSIDÉaATlONS GÉNÉllALES SUll LES ULCÈUES.
doit être renouvelé que tous les deux ou trois jours. Pour enlever les bandelettes on les coupe toutes, avec des ciseaux mousses, dans le point
opposé à l’ulcère.
Pendant les premiers jours le malade ressent quelquefois des douleurs assez vives, mais celles-ci ne tardent pas à s’apaiser. La partie se dégorge, la coni{)ression diminue par conséquent; la sécrétion puriforme et sanieuse qui se faisait à la surface de l’ulcère est remplacée par la formation de pus de bonne nature; la surface de l’ulcère se couvre de bourgeons charnus d’un rouge vif, et l’on ne tarde pas à voir apparaître au pourtour de l’ulcère ce cercle blanchâtre qui indique un commencement de cicatrisation; les dimensions de l’ulcère diminuent assez rapidement, et la cicatrice est bientôt complète. Suivant Boyer, cette méthode est applicable à tous les cas, aux ulcères simples, variqueux, calleux, etc., aux. ulcères compliqués de fongosités ou envahis par la pourriture d’hôpital, à ceux qu’entoure une éruption eczémateuse, et, enfin, alors même qu’ils sont entretenus par une cause interne; mais il fait alors en même temps un traitement général... Il faut cependant reconnaître que ce traitement ne peut pas être supporté par tous les malades: chez quelques-uns il provoque des douleurs intolérables qui forcent à y renoncer; chez d’autres, il fait naître autour des ulcères un eczéma qui persiste tant que l’on fait usage de bandelettes. On dit avoir vu l’application prolongée de bandelettes de sparadrap sur une surface suppurante très étendue déterminer des accidents d’intoxication saturnine.
Pour obvier à ces accidents, d’ailleurs excessivement rares, Gerdy propose de recouvrir préalablement l’ulcère avec un linge enduit de cérat. Mais on se prive alors de l’nction spéciale du diachylon ; il n’y a plus qu’une simple compression. Or nous avons vu que ce moyen est presque entièrement dépourvu d’efficacité.
L’appareil ouaté de Burggrave ne saurait être trop recommandé pour exercer la compression des ulcères rebelles (voyez, à l’article Fractures, la description de cet appareil).
Quelques auteurs ont proposé, pour comprimer la surface de l’ulcère^ d’y appliquer une feuille d’or ou une lame de plomb, recourbée de ma-
nière à s’adapter exactement cà la forme.de la partie; cette plaque est maintenue à l’aide d’un bandage légèrement compressif. Ce moyen amène une diminution rapide dans la sécrétion purulente, et la cicatrice se forme avec régularité (Reveillé-Parise).
5“ Losmoijens excitants consistent dans des topiques de diverse nature, qui ont pour effet de modifier la surface de la plaie et de la disposer à la cicatrisation. Ces topiques sont nombreux; on les emploie sous la forme pulvérulente, a l’état d’onguent, ou en solution dans un liquide, hes premiers, tels que la poudre de quinquina, la poudre de charbon.
38^1 ui; l’ulckuatiün et des l'ecèues,
diverses poudres aromatiques, forment, en se imMant avec la sanie (jui
s’écoule à la surface de la plaie, une croûte plus ou moins compacte audessous de laquelle séjourne des liquides putrides. Ils sont rarement utiles. — Les onguents excitants, tels que le diacliylon, le styrax, l’on- j guent napolitain, les pommades au précipité rouge, etc., employés sanscompression, modifient la surface de l’ulcère, ils y excitent une suppu-, ration abondante; mais cependant la cicatrisation tarde beaucoup à se faire. — Les liquides excitants que l’on conseille le plus ordinairement sont ; 1“ la solution plus ou moins étendue de chlorure de soude;; 2“ l’eau acidulée avec l’un des acides azotique, cblorhydrique, acétique; . 3“ le jus de citron ; U° le vin aromatique; 5° l’acétate de plomb liquide; ; 6“ la solution faible d’azotate d’argent, la décoction de certaines substances végétales, telles que l’écorce de quinquina, les feuilles de noyer. Les gens du peuple accordent une grande confiance à l’urine, qu’ils emploient d’ailleurs dans le traitement de presque toutes leurs plaies. . Pour faire usage des liquides que nous venons de mentionner, on: trempe de la charpie dans ces liquides, et on la dépose à la surface de' l’ulcère, où elle doit former une couche assez épaisse pour conserver, longtemps son humidité; il faut en outre avoir soin de l’humecter fré-" quemment avec le liquide que l’on a choisi, et pour cela il suffit de le': verser avec précaution sur la charpie, qui se laisse facilement imbiber. .
La solution étendue de chlorure de chaux nous a paru préférable à toutes les autres préparations excitantes que nous venons d’énumérer ; ; elle convient surtout pour les ulcères compliqués de pourriture d’hôpital ou de gangrène superficielle; on parvient souvent, à l’aide de ceimoyen, à changer complètement dans l’espace de vingt-quatre heures: l’aspect de ces ulcères. Les Anglais préconisent beaucoup l’eau fraîche, appliquée comme nous venons de le dire, avec la précaution de pré- • venir l’évaporation à l’aide d’un morceau de taffetas ciré qui enveloppe la partie.
M. Hervieux a institué un mode de traitement qui est appelé à.. rendre des services réels. 11 consiste à tenir constamment appliquée sur la plaie une éponge imbibée d’eau et de chlorure de chaux dans la. proportion de 1 partie de chlorure sur 10 à 15 parties d’eau, suivant: les cas. Cette éponge est recouverte d’une toile cirée et fixée par quelques tour des’ bande. Cette opération doit être renouvelée quatre ou. cinq fois par jour (1).
6“ La cautérisation se pratique soit avec le cautère aetuel, soit avec les divers caustiques solides ou liquides. Le fer rouge ne doit être employé que dans les cas où un ulcère compliqué de pourriture d’hôpital n’aurait pu être débarrassé de cette complication par les caustiques ou
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(1) Hervieux, Du Irailcmenl des ulcères graves {Union médicale, 1860 et 1861).