DES ULCÈRES EN PARTICULIER
§ I. — Ulcères scrofuleux.
A défaut d’une définition meilleure, on donne le nom Ahdcères scrofuleux aux ulcères qui surviennent sans aucune autre cause appréciable chez les individus présentant tous les signes de la diathèse dite scrofuleuse.
Toutes les parties de notre corps peuvent être le siège de ces ulcères, mais on les rencontre principalement autour des ganglions lymphatiques et des articulations ; on les trouve surtout au cou,, sur les joues, assez fréquemment sur la lèvre supérieure et au pourtour des narines.
On a parlé encore d’ulcères scrofuleux siégeant au col de l’utérus et (ju’on aurait pris pour des ulcérés cancéreux ; mais on conçoit qu’il est assez difficile de déterminer la nature de ces ulcères. Sans les rejeter absolument, nous sommes loin d’admettre leur existence comme parfaitement démontrée.
Symptomatologie. — Les ulcères scrofuleux succèdent presque toujours à une intlammation chronique du tissu cellulaire et des gangliuns
NÈI.ATÜX. — l’ATM. ClllU., T. I. 25
DE L’ULCÉUATKIN ET DES IjECÈlŒS.
lymphatiques sous-cutanés, avec coexistence de tubercules disséminés dans ce tissu cellulaire ou dans ces ganglions; ils sont souvent aussi précédés par la formation d^un foyer purulent, plus ou moins étendu. Mais nous avons déjà dit qu’il se développe iiuehiuefois primitivement sur la peau des scrofuleux, et particulièrement sur celle de la face dorsale de la main et des doigts, du pied et des orteils, des gerçures (|ui donnent issue à une matière purulente (|ui s’épaissit, et représente des croûtes à la chute desquelles les ulcères se trouvent tout formés.
Quels que soient d’ailleurs les phénomènes qui ont précédé l’ulcère, celui-ci offre un fond d’un rouge pCde ou légèrement bleuâtre, les bourgeons charnus en sont ordinairement apparents. Ces ulcères ne fournissent pas de pus, mais un liquide peu consistant, ichoreux, quelquefois légèrement floconneux, quelquefois même entraînant de la matière tuberculeuse, d’une odeur acide. Leurs bords sont ordinairement mous, exempts de callosités, et d’une coloration bleuâtre d’un rouge terne.
La peau qui les limite est quelquefois livide, amincie, décollée même dans une étendue assez considérable.
Ces ulcères sont indolents, mais ils deviennent très douloureux lorsqu’ils sont accidentellement le siège d’une inflammation aiguë.
On a encore noté le développement anormal du système pileux sur la partie qui présente ces ulcères.
Abandonnés à eux-mêmes, les ulcères scrofuleux affectent une marche essentiellement chronique. La cicatrisation s’en opère très lentement, et lorsqu’elle a eu lieu, il reste des cicatrices irrégulières, successivement saillantes et déprimées en diflérents points de leur étendue, enfoncées au-dessous du niveau de la peau, ce qui tient à la fois ' à la perte de substance des téguments, du tissu cellulaire, des ganglions lymphatiques, et aux adhérences que contractent les bords des ulcères avec les tissus sous-cutanés ; hiles conservent longtemps une teinte bleuâtre, et restent comme des traces indélébiles de la maladie. Cette persistance des cicatrices, que l’on considère dans le monde comme le signe d’une mauvaise constitution, est une chose fâcheuse, surtout pour les jeunes personnes du sexe. Ddit-on s’étonner dès lors si des chirurgiens ont été appelés à les faire disparaître au prix même d’une opération ?
Si l’ulcère est dans le voisinage d’un os, on voit quelquefois ce dernier et son périoste légèrement tuméfiés; quelquefois aussi ces ulcères coexistent avec des affections plus graves du périoste et des os, telles qu’une carie, une nécrose, etc. Ils sont alors la cause ou la conséquence de ces affections.
L’étiologie des ulcères scrofuleux est la même que celle de la maladie
DJiS ULCÈRES EN l'ARTICULlEll.
générale (jui a présidé à leur déveIoj)pemenL. Nous renvoyons à l’artide Scrofules.
Le diagnostic de ces ulcères serait souvent chose tort embarrassante, si Ton avait à examiner ces ulcères seuls, abstraction laite de l’individu qui les porte, mais on ne se trompera pas si Ton examine avec soin l’état général du malade, et si l’on s’enquiert des causes sous l’intluence desquelles ces ulcères se sont formés, et de la série des phénomènes par lesquels ils ont passé pour arriver à leur développement.
Pronostic. — Lorsqu’il existe depuis longtemps, l’ulcère scrofuleux est une affection difficile à guérir, surtout lorsqu’elle occupe le visage et que la maladie a commencé dans la peau de cette région; ôn voit quelquefois de ces ulcères ayant plusieurs années d’existence, s’arrêter dans leur marche, et rester quelque temps stationnaires, puis reprendre ensuite leur marche lente et progressive.
Traitement. — Combattre la cause générale qui a présidé à la formation de ces ulcères est la première indication à remplir; aussi s’attachera-t-on de prime abord à modifier par des moyens convenables la constitution vicieuse du malade. Le traitement local n’est qu’accessoire.
Le traitement général se compose de deux ordres de moyens : 1° les moyens hygiéniques, 2“ les moyens pharmaceutiques.
Les moyens hygiéniques consistent à soustraire le malade aux conditions qui favorisent le développement de la maladie, et à le placer dans des conditions contraires. Il habitera un logement salubre, bien aéré, exposé au soleil. 11 fera usage d’une bonne alimentation, et mangera de préférence des viandes noires et rôties ; parmi les légumes, il choisira ceux qui sont sapides, non farineux, amers et aromatiques, tels que la chicorée sauvage, le cresson et d’autres plantes de la famille des crucifères.
Il prendra des boissons excitantes, du vin vieux, de la bonne bière,
I de l’infusion de houblon, de baies de genièvre, unie au sirop de gentiane, etc.
On stimulera les fonctions de la peau ; pour cela, on conseillera ; les frictions sèches, aromatiques, l’insolation, l’exercice en plein air, • les bains puissamment excitants, les bains de mer, les bains froids et les bains alcalins; on s’est aussi très bien trouvé des bains de sable I pris sur le rivage de la mer. Delpech prétendait que ceux de la Médi- I teiTanée étaient préférables à ceux de l’Océan; l’influence d’une femj pérature douce et d’un ciel pur doit rendre en effet les premiers ; plus efficaces; cependant cette efficacité plus grande, quoique probable, I n est pas encore bien démontrée, et l’on aurait tort d’envoyer les babiji bints du nord ou de l’ouest de la France chercher fort loin un bénéfice ^ douteux.
DE l’lLCKUATION ET UES ILCÈUES.
A ddaul (le bains naturels^ on se trouve bien des bains arliliciels pcijpaiajs avec de l’iodhydrale de potasse, etc. On a beaucoup vante les bains sulfureux naturels, et notamment ceux de lJar()ges, ainsi que les bains ferrugineux naturels ou artificiels.
Tous ces moyens sont excellents lorsqu’ils ne sont pas contre-indiqueis jiar un (itat fébrile.
A l’intérieur, on a employé les amers unis aux alcalins; l’élixir de Dubois n’est autre chose que de la racine de gentiane avec des carbonates alcalins. On y a associé le sirop de gentiane pour les estomacs débiles et irritables ; c’est aussi pour ces derniers qu’on a conseillé le vin antiscorbutique. Le suc de cresson, récemment préparé, convient parfaitement aux enfants.
Les médecins qui ont admis que les scrofules étaient une affection syphilitique dégénérée ont préconisé les mercuriaux. M. Ricord pense (lue les parents qui sont affectés d’accidents tertiaires ne transmettent pas la syphilis à leurs enfants, mais les scrofules. Dans ce cas, ce sont les préparations iodées qu’il faudrait employer, et à leur tête, l’iodure de potassium.
Les expériences tentées par Raudelocque à l’hôpital des Enfants, et par iM. Velpeau, à la Charité, ont démontré l’inutilité des préparations d’or, que M. Chrestien (de Montpellier) avait vantées contre les scrofules.
11 n’en est pas de môme des préparations martiales, qui produisent d’excellents effets ; l’huile de foie de morue, d’une saveur détestable, mais à laquelle on finit cependant par s’habituer, et qu’on parvient même à masquer aujourd’hui, en l’administrant sous forme de capsules • gélatineuses, a été beaucoup vantée dans ces derniers temps. Les résultats que nous en avons obtenus n’ont pas justifié les éloges qu’en ont : laits plusieurs médecins; nous en dirons autant du sirop de noyer que Négrier considère presque comme le spécifique des affections scro--i fuleuses.
Les malades se trouveront bien des purgatifs pris à petites doses, et ; ^ parmi les purgatifs, le calomel, la rhubarbe, le jalap, auront la préférence.
Traitement local. — On se bornera à panser l’ulcère avec de la charpie sèche ou trempée dans de Teau chlorurée. Les pansements avec la teinture d’iode appliquée directement sur la solution de continuité, la eau- i térisation de la surface de l’ulcère produisent d’excellents effets. L’incision ou l’excision de certaines portions de peau décollée et amincie est souvent nécessaire, et hâte beaucoup la cicatrisation. Quant aux substances emplastiques, elles doivent être bannies du traitement des ulcérés scrofuleux.
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DES riXÈnES EN l‘AHTir,t’LTER.
§ II. — Ulcères scorbutiques.
\Julch'6 scovbutiçiHc pst tfintôt l’pffôt immédifit de Ici nifilfidie générulp qu^on nomniB scovbut, tcintdt il rôsultp d’une plaie simple^ produite accidentellement, qui, sous l’influence des causes qui produisent le scorbut, s’est changée en ulcère.
Cet ulcère peut se développer sur diverses parties du corps, particulièrement dans l’intérieur de la bouche, sur les gencives, à la surface interne des joues, sur les membres inférieurs, et plus souvent à la face dorsale du pied, qu’en tout autre point de ces derniers. On le trouve quelquefois sur les parties génitales, où il simule, à s’y méprendre, une ulcération vénérienne : il n’est pas indifférent ici d’éviter l’erreur, car les ulcères scorbutiques s’exaspèrent sous l’influence d’un traitement mercuriel.
On doit le rapporter aux ulcères dits atoniques, aux ulcères produits par une cause interne.
Symptomatologie. — On reconnaît cet ulcère aux signes généraux du scorbut, et aux signes qui sont particuliers à l’ulcère lui-même : il est question des premiers dans la Pathologie médicale de Requin ; il nous reste à parler des derniers. — Lorsqu’il est l’effet immédiat du scorbut, une tache livide, ni saillante ni rugueuse, apparaît d’abord ; cette tache, formée par du sang, en partie infiltré et en partie réuni en petits foyers, s’étend peu à peu, gagne insensiblement les parties voisines, et n’est accompagnée d’aucun signe d’inflammation ; ou bien il se forme une foule de petites ecchymoses semblables à des piqûres de puce ; puis une bulle se crève, qui donne issue à une humeur roussâtre, et il reste un ulcère.
D’autres fois, il n’est pas rare de voir, sur un sujet scorbutique, une blessure tout à fait accidentelle, et qui en toute autre occurrence aurait constitué une plaie simple, prendre certains caractères particuliers ; la plaie s’élargit, gagne en profondeur, devient blafarde et violacée, et, comme dans le cas précédent, un ulcère scorbutique se trouve formé.
Cet ulcère offre une coloration brun noirâtre, et ne fournit, au lieu de pus, qu’une sanie putride, sanguinolente ; les bords en sont livides, le fond spongieux, saignant spontanément ou au moindre contact ; il est recouvert de fongosités exubérantes, ([ui se l’eproduisent très promptement lorsqu’on les enlève. D’un pansement à l’autre il se forme des chairs qui excèdent les bords de la plaie. Ces ulcères ont une grandetendance à se gangrener ; ils ne sont pas douloureux ; la peau des environs est bleuâtre ou plombée.
Ces ulcères font des progrès rapides qu’il importe d’arrêter, car