I.’lU.CÉIlATION ET DES UJ.CÈDES
(1 autres accidents, et des accidents graves, viendraient s’ajouter à ceux qui existent déjà. On a vu dans quelques cas les ulcères de l’intérieur de la bouche perforer la joue, dénuder les os maxillaires qu’ils nécrosent.
Un pouls fréquent, une soif vive, viennent s’ajouter à ces complicationà: cette fièvre qui accompagne le scorbut est le type des fièvresadynamiques.
Tiuitement. — !• Traitement prophylactique. — Soustraire le malade à l’action des causes qui peuvent donner lieu à cette affection, telle ■ est la première indication. L’hygiène ici remplit le rôle le plus iinportant.
2" Le traitement CMraO/ comprend deux ordres de moyens : 1* desy moyens généraux, 2“ des moyens locaux.
A. Les inoyens généraux sont sans contredit les plus importants, puis qu’ils attaquent la maladie générale qui a présidé au développement dei ces ulcères.
Le malade se nourrira de végétaux, et notamment de végétaux acides,, le citron, l’oseille, l’orange, etc., et de quelques-unes des espèces de la; famille des crucifères, la choucroute, le cresson, le cochléaria, etc.,, qu’il faut suspendre dès qu’ils occasionnent la diarrhée.
On recommande les boissons amères et fermentées, comme la bière,', le cidre.
Le malade fera usage de vins généreux, et se trouvera bien également des liqueurs alcooliques prises en petite quantité.
Le sirop et le vin antiscorbutiques, mais surtout le quinquina, sont des agents très puissants dans le traitement du scorbut.
Dirons-nous enfin qu’un équipage entier, affecté du scorbut, s’est très bien trouvé de l’usage des pommes de terre crues T
B. Traitement local. — La bouche présente des ulcérations graves,avons-nous dit, des ulcérations qui peuvent devenir gangréneuses, mettre à nu les os maxillaires, et donner lieu à leur nécrose. Quand l’affection n’a pas fait beaucoup de progrès, on peut se contenter de gargarismes préparés avec des infusions aromatiques, le miel rosat, la teinture de cresson, de graine de moutarde, ou de cochléaria, etc.
Lorsqu’elle est un peu plus avancée, on peut ajouter à ces collutoires un peu de sulfate d’alumine, de borate de soude ; le vinaigre convenablement étendu forme un bon collutoire, qu’on rend plus épais en le mélangeant avec le miel, en même temps qu’on facilite son contact plu5. prolongé avec les gencives.
Ces moyens deviennent insuffisants lorsqu’il y a menace de gangrène .' il faut alors employer l’eau de chaux, le chlorure de soude, cautérisai les surfaces ulcérées avec un mélange de miel rosat et d’acide chlorhydrique ; enfin, si des lambeaux de membrane muqueuse pendaient daiD
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la bouche, il laiKli'iiit les exciser avec des ciseaux cl riM’onunander ensuite Tusage fréquent des collutoires. ,
On traite tes ulcères des membres d’après les mêmes principes, avec des topiques stimulants, l’onguent de styrax, les applications de compresses trempées dans du vinaigre camphré, et des ablutions avec la décoction de quinquina.
On emploie encore comme topiques les préparations de fer, de zinc, les infusions aromatiques, la menthe, la mélisse, le suc de cresson, etc.
On panse quelquefois avec avantage les ulcères scorbutiques avec la pulpe de citron et d’orange. Ce moyen réussit bien. Il est préconisé contre la pourriture d’hôpital, affection qui a quelque analogie avec les ulcérations scorbutiques.
Quelquefois on est forcé, pour arrêter les hémorrhagies, de recourir au fer rouge; heureux encoi’e si, malgré ces moyens, l’hémorrhagie ne fait point périr le malade. Cela s’est vu plusieurs fois.
Ainsi traité, l’ulcère scorbutique, si la maladie n’a pas fait de trop grands progrès, se dissipe avec les autres signes de l’affection générale ; sa couleur devient moins foncée, les chairs plus consistantes, la suppuration, meilleure et plus abondante; la cicatrice se forme lentement, et offre des caractères particuliers; elle se rompt avec facilité, a une teinte bleuâtre, et l’ulcère reparaît de nouveau pour peu que les malades ne soient pas radicalement guéris.
§ III, — Uloèrei calleux.
Boyer définit les ulcères calleux de la manière suivante : ulcère dont le fond, les bords et les environs sont durs et dans un état habituel d’intlammation chronique.
Il attribue cette dureté à la résolution incomplète de phlegmasies fréquemment répétées; d’après lui tout ce qui donne lieu à l’inflammation et à des récidives fréquentes, l’exercice, les écarts de régime, les applications irritantes, peut les produire. Mais cela ne suffît pas pour expliquer la formation des ulcères calleux. Tous les jours, au Bureau central, se présentent une foule d’individus qui portent des ulcères aux membres inférieurs; ce sont des ouvriers ; presque tous se livrent à des travaux pénibles, à des exercices violents, à des marches forcées. Tous sont soumis à peu près au même régime, font usage d’une même alimentation ; or, parmi ces individus vivant dans des conditions presque identiques, quelques-uns portent des ulcères calleux, mais le plus grand nombre ont des ulcères sans callosités. Il est donc fort difficile de concilier avec les opinions de Boyer cette rareté des ulcères calleux dans les cas. que je viens de supposer. Une inflammation aiguë, affectant à
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plusieiu’s reprises un ulcère, et se résolvant iiicoinpléiteuicnt, [jcuI hion produire quelques duretés, mais sutlil-elle pour produire un ulcère calleux? Cela nous paraît fort douteux. Nous disons qu’en dernière analyse, nous ignorons complètement pourquoi certains ulcères présentent des callosités, pendant que d’autres qui se sont développés dans les mêmes circonstances, chez des individus vivant dans les mêmes conditions, n’en présentent pas.
Les ulcères calleux sont assez rares chez les jeunes sujets, heaucoup plus communs chez ceux qui ont passé l’âge adulte.
Ils siègent constamment aux jambes, principalement à leur partie interne et autour des malléoles.
SymptomatoloCtIe. — Ces ulcères représentent une sorte de brèche j)lus ou moins profonde. Il semble qu’on ait enlev('î la peau et une portion des tissus sous-jacents, sans qu’il se soit établi sur la surface mise à nu aucun travail réparateur; cependant, comme nous l’avons déjà dit, la perte de substance n’est pas aussi considérable que semblerait le faire croire la diflérence de niveau entre le fond et les bords de l’ulcère.
Quoi qu’il en soit, le fond de l’ulcère est très déprimé; il est grisâtre, et à peine recouvert d’une couche très mince de bourgeons charnus, fournissant, non pas du pus, mais un liquide fétide, séro-purulent. Il est d’une dureté considérable, presque cartilagineuse, non œdémateuse : c’est la dureté du squirrhe.
Les bords de l’ulcère sont tuméfiés, irréguliers, comme taillés à pic, et présentent la même dureté que le fond.
Cette dureté s’étend fort loin ; j’ai vu à l’hospice de Bicêtre un ulcère situé au niveau d’une malléole, accompagné, d’une dureté qui s’étendait sur toute la face dorsale du pied, comprenait même les orteils, et remontait sur la jambe à un décimètre au-dessus des malléoles.
Indépendamment de cette dureté remarquable qui, jointe au volume excessif que présente quelquefois le membre, permet de les comparer à l’éléphantiasis, le pourtour de ces ulcères nous présente encore une absence complète d’élasticité; toutes ces parties sont insensibles, pâles ou d’une coloration légèrement rosée; elles semblent complètement exemptes d’inflammation.
Sur les membres où ces ulcères existent depuis longtemps, le système pileux a subi un développement remarquable. On voit quelquefois autour de ces ulcères des croûtes sèches, grisâtres, ressemblant à du pus concret, que l’on parvient à détacher en les grattant avec l’ongle : ce sont, comme on peut s’en assurer, en les enlevant ainsi, des plaques très épaisses d’épiderme, dont la sécrétion se trouve considérablement accrue.
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Les ulcères calleux sont, iiulolenls ou Irès peu douloureux ; cependant lorsqu’une cause, accidentelle d’irritation agit sur eux, ils peuvent devenir le siège tle douleurs assez vives.
La marche de l’ulcère calleux est essentiellement chronique, et entièrement subordonnée au traitement qu’on lui applique. S’il est abandonné à lui-même, ou si le malade continue à marcher, à se livrer à la fatigue, l’ulcère tendra à persister et à s’agrandir; si, au contraire, on lui applique un traitement convenable, on en obtient la cicatrisation, et quelquefois même avec une promptitude inattendue.
Alors son fond se déterge, devient vermeil, se recouvre de bourgeons charnus sur lesquels s’étend une cicatrice qui recouvre d’emblée toute la surface ulcérée, sans dégorgement préalable du fond et des bords de l’ulcère. Ces callosités persistent encore très longtemps après la guérison, 11 reste au lieu qu’occupait l’ulcère une excavation très prononcée, qui ressemble à une brèche qu’on aurait faite aux téguments par un coup de hache, par exemple.
Diagnostic. — La dureté du fond et des bords de cet ulcère suffit pour le faire reconnaître et distinguer de tous les autres.
Traitement. — On a considéré ces callosités comme la cause de ces ulcères. C’est sous l’empire de cette préoccupation que les auteurs ont recommandé, les uns les émollients, les relâchants, etc., et que d’autres ont conseillé de les scarifier, et même d’appliquer des sangsues au fond de la plaie produite par les scarifications. Mais il est aujourd’hui reconnu que les callosités ne sont point la cause qui entretient ces ulcères.
Quels sont donc les moyens curatifs de l’ulcère calleux? Voici la méthode de Boyer. Le malade doit rester au lit ; on applique sur l’ulcère un plumasseau enduit d’un digestif simple, et Ton couvre les environs d’un cataplasme émollient; on règle le régime et Ton écarte toute cause d'irritation. On peut de bonne heure supprimer le digestif pour lui substituer la charpie sèche; mais il faut continuer longtemps l’usage des cataplasmes, jusqu’à ce que les callosités des bords et des parties voisines soient complètement dissipées, et que leur souplesse naturelle soit parfaitement rétablie.
Mais la guérison par ce mode de traitement est lente; la cicatrice en général très facile à déchirer; le repos absolu nuit toujours considérablement aux grandes fonctions, et d’ailleurs nous avons dit que l’espoir de rendre aux parties leur souplesse et de résoudre les callosités était illusoire; que la guérison n’était pas moins solide malgré la persistance des callosités.
Les excitants locaux, un pansement simple avec de la charpie, préalablement trempée dans de Teau chlorurée pure ou étendue d’eau, le tout
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aidé d’uno légère compression : voilà les moyens auxquels on devra recourir pour combattre les ulcères calleux.
§ IV. — Ulcères variqueux.
Les ulcères variqueux sont entretenus par la dilatation variqueuse des veines de la partie affectée, et surtout par l’engorgement auquel donne lieu cette dilatation.
Les ulcères variqueux sont fort communs aux extrémités inférieures : c’est aussi là le siège le plus ordinaire des varices.
Us surviennent surtout à une époque avancée de la vie, et affectent principalement les hommes qui, par profession, sont obligés de faire lentement de longs voyages : tels sont les rouliers. Les deux professions qui y prédisposent le plus sont la profession d’imprimeur et celle de blanchisseuse.
Toutes choses étant égales d’ailleurs, la présence de varices sur un membre est une circonstance défavorable à la guérison des plaies dont il peut être affecté. La peau qui le recouvre a perdu cette coloration pâle, cet aspect mat qui lui est naturel; elle est devenue brunâtre, lisse, polie à sa surface, et adhérente au tissu cellulaire sous-jacent. Dès lors elle ne peut plus se prêter aux efforts d’une distension un peu forte ; elle cède avec la plus grande facilité, et, la moindre solution de continuité, la moindre gerçure, venant la surprendre en cet état, elle dégénère en ulcère.
En outre, les veines variqueuses sont souvent irritées par une trop grande distension, ou par du sang qui, après avoir séjourné longtemps dans leur cavité, finit par se vicier, par s’altérer; leurs parois s’enflamment, la phlegmasie se communique au tissu cellulaire, à la peau, et se termine par suppuration ou gangrène; la veine s’ouvre, la peau se déchire, et il se produit une hémorrhagie veineuse qui n’affaiblit pas le malade ; car, suivant l’ingénieuse explication de J. L. Petit, ce sang qui s’épanche était en quelque sorte étranger à la circulation, c’était une saignée faite depuis longtemps ; mais après la sortie du pus ou la séparation des eschares gangréneuses il reste un véritable ulcère.
Nous avons dit que c’était surtout sous l’influence de l’engorgement auquel donne lieu la dilatation variqueuse, que naissent les ulcères en question. Cela est aisé à comprendre. Qu’une plaie suppurante existe sur un membre ainsi engorgé, l’engorgement empêche l’affaissement, le rapprochement des bords, et s’oppose par conséquent à sa cicatrisation (Boyer).
Symptomatologie. — La surface de cet ulcère est d’un rouge pâle, livide, ne fournit pas une véritable suppuration, mais ordinairement
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un liquide tbriiiû par une sérosité roussàtre ; il est quclquelbis sanieux et peut même donner issue à du sang pur, lorsque le liquide qui suinte par la varice percée s’écoule dans l’ulcère ; les parties environnantes présentent une coloration brune. L’ulcère peut être douloureux, mais il est en général indolent, simple ou compliqué de callosités. Lorsqu’il dure depuis quelque tenqis, on trouve à sa base, à son pourtour, des duretés qui permettraient quelquefois de le confondre avec l’ulcère calleux, n’était la coexistence des varices sur le membre, l’engorgement de celui-ci, etc.
L’ulcère variqueux n’est nullement [dangereux, il est même facile à guérir, quand on le traite convenablement ; mais si on l’abandonne à lui-même, il continue toujours à faire des progrès. Quand il est guéri, la cicatrice qui le remplace est très mince, très facile à rompre ; sa guérison d’ailleurs n’est point absolue, car à la moindre cause d’irritation la peau se déchire et l’ulcère reparaît.
Tmitement. — Pour guérir radicalement les ulcères variqueux, il faudrait détruire les varices, qui en sont souvent la cause immédiate, et qui toujours déterminent l’engorgement du membre; mais la majorité des praticiens pense, et avec raison, qu’on ne peut guérir radicalement les varices : on devra donc s’attacher à diminuer leur influence sur la production de ces ulcères; dissiper, s’il est possible, l’engorgement du membre, et traiter ensuite ces ulcères comme de simples plaies suppurantes.
La cautérisation des tumeurs variqueuses parle caustique devienne, l’injection de perchlorure de fer dans les veines qui sont en communication avec les bords de l’ulcère, favorisent singulièrement le travail de cicatrisation, mais l’ulcération revient avec les varices qu’on ne peut faire disparaître d’une manière définitive ; aussi, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles, nous leur préférons la compression pour des raisons que nous détaillerons en traitant des varices. On devra donc panser simplement avec de la charpie sèche, protéger les hords de l’ulcère avec des bandelettes enduites de cérat, et exercer sur le membre une compression légère, régulière, uniforme, au moyen (l’une bande roulée ou d’un bas lacé à coutures plates et à œillets rapprochés.
Lorsque l’ulcère n’est point enflammé, on a conseillé avec raison d’entourer le membre avec des bandelettes agglutinatives. Ces bandelettes ramollissent les bords de l’ulcère, les rapprochent, et empêchent l’engorgement du membre. On modifierait préalablement l’ulcère, s’il était enflammé, au moyen de cataplasmes émollients, du repos, etc. Cela fait, on pourrait sans danger aucun procéder au traitement curatif.
Quelques praticiens prétendent avoir guéri des ulcères variqueux, non point par des irrigations d’eau froide, mais par des bains de ri-
PATllOLOOIE DES CICATIUCES.
vièi’fi pi'is dans un courant d’eau fort rapide. Ce moyen peut agir , comme répercussif, tonifier les parties malades, leur donner de la vifa- ; lité; il peut même faire guérir radicalement des varices légères ; quel- ■ ques malades s’en sont réellement bien trouvés. On pourrait donc con- i seiller ces bains, sinon comme traitement curatif, du moins commcfi moyen accessoire, adjuvant. '
On rencontre quelquefois des ulcères variqueux qui datent de sept ou. i huit ans. Ces ulcères, ayant été négligés pendant tout ce temps, ont il fait tellement de progrès, qu’ils ont fini par ne faire de la jambe qu’unc' 1 1 plaie étendue depuis le genou jusqu’aux malléoles. La peau estentiè-J rement détruite, et ces ulcères sont devenus incurables; ils exigent’ I alors de grands soins de propreté, un pansement renouvelé plusieursv I fois par jour en été, car ils sécrètent une sanie dont on peut combattrci' la fétidité avec des lotions aromatiques, de chlorure de chaux, etc. Un bon régime et les amers sont indispensables. '
Quelquefois on ne parvient à calmer les douleurs qu’au moyen dertopiques opiacés. On voit aussi quelquefois les malades affectés de ces< ulcères maigrir, décliner, épuisés qu’ils sont par une fièvre bectiquef et par une abondante suppuration; les douleurs qu’ils éprouvent sont! vives, et dès lors l’amputation est devenue indispensable : on ampute.' donc, bien que les os, les nerfs et les artères soient dans un état d’inté-grité parfaite; on ampute pour cela seul qu’il n’y a plus de peau sur: le membre, et qu’il est impossible d’en faire naître. Ces cas sont très:^ rares, heureusement.
Il est des malades auxquels on est obligé, après la guérison de leurS' ulcères, de pratiquer quelques saignées révulsives. Ces ulcères donnaient du sang, et ce sang ne pouvant plus sortir par cette voie, se porte, dans les organes splanchniques, où il produit des congestions. — Il importe aussi, après la guérison, de continuer l’usage de la compression, pour prévenir la récidive.