CHAPITRE XI
DES KYSTES
On donne le nom de kystes à des tumeurs constituées par une poch.'i ou cavité sans ouverture, et renfermant des matières molles ou solides Il est facile de voir par cette définition, que les atiections dont nou avons à nous occuper ici sont extrêmement vaiâées, aussi ne devra-t-ow pas être surpris que les auteurs qui ont écrit sur ce sujet aient adopt des classifications très diftérentes. Les uns ont divisé les kystes d’aprè ' leur contenu ; mais il suffit de savoir que le contenu d’un kyste se me difie complètement sous l’influence de causes en apparence des plusniii nimes et même par suite de la marche de la maladie, pour comprendr i (ju’un semblable caractère qui a certainement une grande importance a
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point (le vue patliologi(|ue, ainsi que nous aurons o(;casion de le rappeler dans cet ouvrage, ne saurait servir de base à une classification anatomopathologique ; d’autres ont divisé ces tumeurs en kystes simples et kystes composés, ou bien ont décrit successivement les kystes des parties molles et ceux des parties dures, etc. Nous n’insisterons pas sur ces diverses classifications, et nous adopterons celle qui a été proposée par M. Ci’uveilhier (1), il divise les kystes en : 1“ ky stes préexistants, dire constitués par le développement d’une cavité normale préexistante : S" kystes consécutifs ou adventifs dans lesquels la poche se forme autour des coi'ps étrangers solides ou liquides. Les kystes préexistants renferment deux genres : dans le premier la tumeur est formée par le développement de poches ou de cavités closes normales, dans le second la cavité est formée de toute pièce aux dépens du tissu cellulaire.
.\vanl d’aller plus loin nous devons appeler l’attention sur ce fait, à savoir qu’il existe des espèces de tumeurs qui quelquefois sont entourées par une enveloppe complète plus ou moins résistante, les cancers par exemple ; ces tumeurs ne doivent pas être considérées comme des kystes, mais bien comme un état particulier du cancer; de même on ne range pas parmi les kystes, les épanchements généraux ou partiels que l’on observe dans les cavités splanchniques.
Dans toute espèce de kyste on a à considérer la poche et la matière contenue, nous étudierons ces deux points au fur et à mesure que nous passerons en revue les différentes espèces de kystes.
§ I. — Kystes préexistants.
M. Cruveilhier en décrit six espèces : 1“ kystes folliculeux sébacés ou cutanés; 2° kystes folliculeux muqueux; 3° kystes glanduleux ; k° kystes ovariques; 5" kystes synoviaux ; 6“ kystes vasculaires ; nous réunirons les kystes ovariques aux kystes glanduleux.
r. — Kystes folliculeux sébacés ou cutanés.
Ces tumeurs sont constituées par la rétention de la matière sébacée dans les follicules qui la sécrètent.
On les a observées sur tous les points de la surface du corps, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds; leur siège de prédilection estait cuir chevelu, elles constituent là des tumeurs qui se trouvent décrites sous le nom de loupes, nous aurons à y revenir lorsque nous décrirons les affections du cuir chevelu; on les trouve encore fré-
(1) Cruveilhier, Trailè d’anaUmic pathologique générale, l. 111, p. 330. Paris, 18r)G.
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quemment aux bords dos paupièros, on en a constaté au sein, au prépuce, h la grande lèvre, etc.
Parois du Ja/ste. — La paroi du kyste sébacé paraît au premier abord j très épaisse; mais on reconnaît facilement qu’elle est constituée par deux . |i membranes, l’une externe, très mince, formée par le follicule trèsdéve- h loppé, l’autre, interne, très épaisse, coriace, d’un blanc cartilagineux et ii n’oifrant pas d’adbcrences avec la membrane externe; c’est cette coque, qu’il faut énucléer pour obtenir la guérison, car, agissant comme un . véritable corps étranger, elle s’oppose à la réunion des parois, lorsqu’on': a enlevé les matières liquides ou demi-liquides qu’elles renferment.
2" Matière contenue. — Les kystes sébacés ne contiennent autre ^ chose que le produit de la sécrétion du follicule plus ou moins altéré, cette matière ressemble à du miel, è de la bouillie ou à de la cire, de. là les noms de méhcéris, dJathêromes, de stéatomes donnés à cette espèce, de tumeur. M. Cruveilbier a vu de ces kystes renfermer une matière, analogue à de l’buile ou à du beurre. Il est assez fréquent de rencontrer des kystes renfermant de la cbolestérine. M. Lebert désigné sousle nom de cholestéatomes ceux où la cbolestérine domine. On trouve., encore dans ces tumeurs une assez grande quantité de cellules épitbé-i liales mêlées à la matière grasse. La matière contenue est quelquefoiss solide et disposée en couches concentriques parfaitement régulières; Ic' centre est moins compacte que la circonférence.
Tl n’est pas très rare de rencontrer surtout à la paupière supérieure.' des kystes sébacés sur la paroi interne desquels sont implantés deS' poils plus ou moins longs.
Au début, ces kystes n’adhèrent à la peau qu’au niveau des follicules' dont ils sont le développement; plus tard, par suite de leur augmen- i tation de volume, la peau se distend, devient très adhérente et l’on i est forcé de l’exciser dans une certaine étendue pour enlever la tumeur, i Lorsqu’ils se montrent dans une région où le tissu cellulaire est lâche, ils s’accroissent par leur face profonde dans le tissu cellulaire sous-cutané. Dans les cas où la peau résiste au cuir chevelu, par exemple, il n’est ' pas rare de voir une dépression, quelquefois très profonde, sur les os du crâne; M. Chassaignac (1) a observé un cas dans lequel l’os avait été perforé par la tumeur qui datait de trente ans. On comprend à quelles erreurs de diagnostic expose une semblable disposition.
Il est extrêmement facile de comprendre le mode de développement ' de cette espèce de kyste. L’orifice du follicule s’oblitère et le produit de sécrétion s’accumulant d’une manière incessante, le follicule se distend. L’oblitération du follicule est donc un fait constant dans cette affection : tantôt celle-ci est complète et l’on ne peut reconnaître cet orifice que
(1) Bulletins de la Société anatomique, 1850, p. 236. ,
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par une légère dépression, d'aulres fois il y a simplement obturation par de la matière sébacée solidifiée.
' Nous n’avons que peu de chose i\ dire relativement aux symptômes de ces tumeurs, nous aurons à y revenir lorsque nous décrirons les j kvstes sébacés des diverses régions; rappelons cependant qu’elles ne gênent que par leur poids et la diflbrmité qu’elles provoquent. Quelquesuns de ces kystes restent stationnaires, mais généralement ils augmentent incessamment de volume, et il arrive un moment où ils s’enflamment, suppurent, se vident plus ou moins complètement, et l’on observe une fistule qui persiste jusqu’à ce que les parois internes de la poche aient contracté des adhérences entre elles.
Le pronostic et le troitement seront décrits lorsque nous étudierons ces kystes en particulier.
n. — Kystes folliciileux muqueux.
Les kystes folliculeux muqueux ont la plus grande analogie avec les précédents, ils sont formés aux dépens d’un follicule muqueux oblitéré.
On les observe sur la surface interne des membranes muqueuses. Les kystes muqueux des paupières, développés aux dépens des glandes de Meibomius sont très fréquents; ils paraissent beaucoup plus près de la peau que de la membrane muqueuse, mais ce phénomène tient à ce que la présence du globe de l’œil les empêche de s’accroîre en arrière. Si on veut les extirper par leur face cutanée il faut traverser non-seu- I lementla peau et le tissu cellulaire sous-jacent, mais le muscle orbicu- ^ laire des paupières. On a rencontré ces espèces de tumeurs dans le sinus maxillaire (Giraldès), sur le plancher de la bouche ; certaines espèces de grenouillettes ne paraissent pas avoir une autre origine, on les observe encore à l’orifice du vagin, dans la cavité utérine, dans la vessie, sur toute la longueur du tube digestif ; ceux du rectum ont été étudiés avec soin par MM. Robert et Bourgeois (d’Étampes).
Leurs parois sont extrêmement minces et olîrent l’aspect d'une membrane séreuse. Ils contiennent un liquide filant comme du blanc d’œuf, ils peuvent s’enflammer et se transformer en kystes purulents. Ils sont toujours uniloculaires, quelquefois cependant ils sont cloisonnés ou oflrent la forme d’un bissac. Leur volume est variable, rarement il dépasse celui d’un œuf de poule. Ils s’accroissent en général très lentement.
Ces kystes seront ultérieurement étudiés dans chacune des régions où ils se développent.
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ni. — Kystes glanduleux.
Ces kystes sont constitués par la flilatation d’un ou de plusieurs acini ' des glandes, ou par celle du conduit excréteur.
Les kystes qui se développent dans les glandules buccales, labiales, , vulvaires, etc., présentent un grand intérêt au point de vue chirurgical; : ils se produisent tous par le même mécanisme. Le liquide sécrété est i retenu par le canal excréteur oblitéré, le dilate au point que l’on voiti bientôt apparaître une tumeur qui fait saillie du côté de la membrane* muqueuse; les parois sont donc constituées par le canal lui-même, eti sur la tumeur on voit quelquefois un petit pertuis très fin à travers le-quel on peut faire sortir par la pression un liquide filant, visqueux; ; c’est le confenu du kyste.
La dilatation des canaux des grosses glandes peut aussi produire des' kystes lorsque le canal vient à être oblitéré ü sa partie périphérique ; ; nous n’avons pas à insister sur cette espèce dont le mécanisme et l’ana-tomie pathologique sont les mêmes que dans l’espèce précédente, etsi-i l’on constate des caractères spéciaux à ces tumeurs suivant les régions oiiu on les observe, il faut surtout invoquer les fonctions et les rapports des-l organes glanduleux ; contentons-nous donc de les mentionner, car ces>^ tumeurs seront successivement étudiées lorsqué nous examinerons lesaffections chirurgicales de cliaque région.
Enfin a\ix kystes glanduleux appartient encore cette espèce qui ser développe dans les grains glanduleux eux-mêmes, tels sont, par exemple, , les kystes du corps thyroïde, du foie, du rein, de l’ovaire, du testicule, etc, . Un grain glanduleux vient-il à se dilater, on observe une poche plus ou ! moins vaste renfermant un liquide dont la nature est variable, tantôt’ c’est une sérosité limpide, tantôt un liquide filant comme du blanc* d’œuf. Ce liquide est de coloration très variable, il n’est pas très raren d’en rencontrer présentant une coloration qui rappelle celle du marc* de café, cet aspect est dû à la matière colorante du sang. Souvent plusieurs acini subissent la transformation kystique, chacune de ces poches > s’accole à la poche voisine, il en résulte un kyste multiloculaire, c’est-àdire que la tumeur totale est séparée à son intérieur par des cloisons qui isolent complètement chacune de ces poches secondaires; dans quelquescas ces cloisons sont plus ou moins largement perforées, le kyste prend alors la forme aréolaire.
La surface interne de certains kystes et surtout des kystes glanduleux ! est quelquefois le siège d’une organisation toute spéciale : tantôt on voit ' i des productions épithéliales d’un médiocre volume, tantôt une masse beaucoup plus considérable qui a la plus grande analogie avec le tissu * de la glande au milieu de laquelle le kyste s’est développé, tantôt enfin i
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} cettu masse est oonstituée par du tissu fibroïdc. Cette variété de kyste a i:: reçu le nom de ki/stes proligères, ou les observe surtout à la mamelle, au fi corps thyroïde, quelquefois à la prostate, aux grandes lèvres. Cette pro- 5i diiclion se développe quelquefois assez pour oblitérer complètement la cavité du kyste, et convertir une tumeur liquide en une tumeur solide. I Quelquefois la pardi se perfore spontanément et le produit pathologique ■ vient faire saillie à l’extérieur. Ces kystes doivent être extirpés de bonne 1 heure; ils ont une grande tendance à récidiver.
j IV. — Kystes séreux.
On désigne sous ce nom les kystes qui se développent dans les cavités séreuses normales ou accidentelles.
Doit-on considérer comme des kystes ces cavités formées aux dépens d’une portion de membrane séreuse séparée par des adhérences du resté de la membrane? Certainementil estpermis d’admettre par analogie des kystes péritonéaux et pleuraux, c’est-à-dire dans lesquels l’épanchement plus ou moins étendu est circonscritde tout côté par des adhérences,mais l’on ne considère en général comme de véritables kystes des membranes séreuses que ceux qui se montrent dans le cordon testiculaire [hydropisie enkystée du cordon) ou dans le canal de Nuck, autour du ligament rond, ce qui constitue V hydrocèle de la femme. On doit encore décrire sous le nom de kystes ces tumeurs séreuses que l’on observe chez les individus affectés de spina bifida, alors que l’orifice de communication du kyste avec la cavité arachnoïdienne est oblitéré. La science possède plusieurs faits de cette nature.
Les kystes synoviaux appartiennent également aux kystes séreux, on les rencontre ;
1“ Autour des articulations ; tels sont, par exemple, les kystes que l’on observe à la région poplitée, sur le dos de la main au niveau du carpe, etc. Ils sont formés, soit par une hernie de la membrane synoviale à travers i une éraillure aponévrotique résultat d’un violent effort ou de la distension 'de la capsule fibreuse par une bydarthrose, soit par le développement (des follicules synoviaux. Le développement de ces follicules peut (donner naissance à des kystes intra-articulaires, mais les faits constatés
Î lpar M. Gosselin (1) etM. Cruveilhier (2) ont démontré que ces petits orfganes en se développant finissaient en général par faire saillie sous les I téguments.
2® Autour des tondons ; les remarques que nous venons de faire pour
!(l) Gosselin, Recherches sur les kystes synoviaux du poignet et de la main, in Mé- ^ moires de l’Académie de médecine, 1852, t. XVI, p. 367.
^ Cruveilhier, loc. cil,, t. III, ji. 46i.
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les kystes péri-arliculaires sont egalement applicables aux kysles {xh-i- ; tendineux; s’ils sont souvent la conséquence d’une hernie de la syno- i viale à travers les tissus fibreux qui constituent la gaine tendineuse, ils | peuvent aussi reconnaître pour origine le développement des cryptes i synoviaux. Ces tumeurs se montrent principalement à la région anté- i rieure, inférieure et externe de l’avant-bras, au-dessous de l’articulation i du poignet; souvent, ainsi que nous le verrons plus tard, ils ont la forme' I d’un bissac. Us font, par la pression, éprouver une sensation particu- I lière comme si de petits corps durs se déplaçaient en même temps que le liquide, et frottaient les uns contre les autres ; en effet, on trouve dans i ces tumeurs de petits corps semblables à des pépins de poire, a des . grains de riz.
3“ On voit souvent à la suite de chocs, de pressions prolongées, etc., les bourses séreuses de glissement se remplir de liquide, cette affection i constitue l’hydropisie des bourses séreuses, Vhygroma. Nous ne faisons -i qu’indiquer ici cette espèce de kyste dont nous aurons à nous occuper q d’une manière spéciale. i
On doit encore signaler ici les kystes qui se forment dans les bourses-i séreuses accidentelles, ils ne diffèrent en rien de ceux qui se développent: i dans les bourses séreuses normales.
Enfin des kystes séreux peuvent se former de toute pièce dans les -i organes ou dans les tissus aux dépens du tissu cellulaire. La poche j kystique, dans ces cas, ne préexiste qu’à l’état rudimentaire, elle est con- i stituée par une cavité cellulaire qui ne devient une véritable cavité close-q que par suite de l’état pathologique qui a provoqué sa transformation, j La membrane d’enveloppe est constituée par une lame séreuse ou fibroséreuse adhérente aux parties voisines par sa face externe, le liquidé* est de la sérosité. Dans quelques cas elles paraissent destinées à remplir des vides, des interstices; M. Cruveilhier en a observé un cas chez un enfant idiot âgé de quinze mois dans les circonvolutions des deux hémi- :| sphères cérébraux qui étaient atrophiés. Ces tumeurs sont quelquefois ! très nombreuses, il y a une véritable diathèse kysteuse ; ce fait a été fré- 1 quemment observé chez les ruminants. j