‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource]Chapitre 71 sur 112 · HYPERTROPHIE BU TISSU CELLULAIRE. — LIPOME · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE BU TISSU CELLULAIRE. — LIPOME

Le lipome est une tumeur graisseuse résultant de l’hypertrophie plus ou moins circonscrite du système cellulo-adipeux.

Anatomie pathologique. — Siège. — La plante des pieds et la paume des mains paraissent être les seules régions sur lesquelles on n’ait jamais observé de lipome ; encore lit-on dans les mémoires de Pelletan l’observation d une tumeur de cette nature située sur la surface interne du pouce, qui empiétait un peu sur l’éminence thénar. M. Robert en a observé un a la lace palmaire de la main; M. Folliu en a vu un sur le doigt médius, il adhérait ci la gaine dos tendons lléchîsseurs qu’il fallut ouvrir pour faire l’extirpation. Les régions abondamment jiourvuos di^ • issu cellulaire, telles que le cou, la surface du thorax, les épaules, le

AFFECTIONS «U TISSU CELLULAIRE, dos, en sont le siège le plus ordinaire; la plupart des lipomes se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané, cependant on les rencontre quelquefois au-dessous des muscles. On en a vu de recouverts par le muscle trapèze, par le muscle deltoïde. Liston en a vu un qui se prolongeait dans les régions profondes du cou, du côté de la trachée et de Toesophage. Delpech a vu une tumeur graisseuse se développer dans l’épaisseur des grandes lèvres, et Pelletan dans l’épaisseur même de la cloison recto-vaginale. Les deux faits cités par ce dernier auteur sont remarquables par la procidence des tumeurs lipomateuses à travers les grandes lèvres, procidence qui imitait en partie celle d’un polype utérin. Liston parle d’un lipome du nez; les lipomes développés dans les cavités splanchniques et dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ne sont pas très rares; nous en avons constaté un dans l’épaisseur de l’os maxillaire supérieur. M. Jobert (deLarnballe) a extrait une tumeur semblable de l’os maxillaire inférieur d’un jeune homme de quinze ans.

JSombre. — Le lipome se montre ordinairement sur un seul point; les circonstances où il a été permis d’en compter plusieurs sur le même individu ne sont pas cependant très rares. Marjolin a vu à l’hospice de la Salpêtrière une femme chez laquelle la face, le cou, le tronc, les bras et les cuisses étaient couverts de plus de cent lipomes pédiculés. Alibert a fait graver, dans sa Nosologie naturelle, le portrait en pied d’un homme dont le corps en était tout couvert. M. R. Marjolin a vu à l’hôpital Saint-Antoine une femme qui portait sur le tronc, les cuisses, les avant-bras, une trentaine de petits lipomes. 11 n’est pas très rare de voir, dans les cas de lipomes multiples, la disposition symétrique des tumeurs sur les deux côtés du corps.

Forme. — Ces tumeurs sont, en général, demi-sphériques, mais elles sont assez souvent pyriformes, tantôt conoïdes, cylindroïdes, ovalaires, etc. ; la seule différence qu’elles nous présentent sous ce point de vue est l’existence ou l’absence d’un pédicule, car le danger qui les accompagne est proportionné moins à leur volume qu’à l’étendue de la surface par laquelle elles s’insèrent à la surface du corps.

Volume. — Leurs dimensions varient jusqu’à l’infini : les plus petites présentent le volume d’une noisette; mais elles peuvent atteindre et môme dépasser beaucoup le volume de la tête d’un adulte. Pelletan a opéré avec succès une jeune femme qui portait à la base de la poitrine un lipome dont le pédicule présentait un diamètre de à3 centimètres. Chopart a vu à Paris un indigent qui portait sur le dos une tumeur de cette nature si monstrueuse, qu’il était obligé de la retenir par un lien.

Poids. — Malgré la légèreté spécifique du tissu adipeux, les lipomès, lorsqu’ils deviennent volumineux, constituent pour les malades de véritables fardeaux; il est fréquent d’en rencontrer dont le poids s’élève

lIVrEllTHOlMIlE DE TISSU CELEULAIUE. — LIPOME.

à 3 OU U kilogrammes: nous avons assisté à rexlirpation (rune de ces tumeurs qui avait son siège à la partie latérale gauche du thorax, et dont la masse fut évaluée à près de 6 kilogrammes; deux autres, enlevées, kune par Pelletan, et Tautre par J. L. Petit, pesaient, la première ■H, et la seconde 22 kilogrammes; Rhodius en aurait même vu une du poids énorme de 30 kilogrammes.

Struclure. — Deux éléments composent ces tumeurs, Pun celluleux, l’autre adipeux; le premier manque quelquefois, de sorte que le lipome se continue sans ligne de démarcation avec les tissus voisins, mais le plus souvent la tumeur se trouve enveloppée par une lame celluleuse qui devient assez consistante pour prendre l’apparence fibreuse. Cette enveloppe n’est pour ainsi dire qu’une grande cellule, continue par sa face externe avec un tissu cellulaire filamenteux qui l’unit lâchement aux parties voisines, et projetant de sa face interne une fôule de lames qui traversent la masse adipeuse dans tous les sens, la divisent et la subdivisent en masses plus petites; ces cloisons s’entrecroisent de manière à constituer des cellules incomplètes, qui logent tous ces lobes et lobules; on voit quelquefois ces lamelles très nombreuses et très résistantes : on a fait de cette variété une espèce particulière désignée sous le nom de tumeur fîbro-qraisseuse. Quand le lipome est sous-cutané, sa capsule est ordinairement plus adhérente à la peau au niveau de ces cloisons. Ce tissu offre donc dans le lipome la même disposition que dans toutes les masses graisseuses ; il n’en difière un peu que par la largeur de ses mailles, l’amplitude de ses alvéoles, qui semblent s’être dilatés, et dont les parois sont plus épaisses et plus résistantes. L’élément adipeux offre tous les caractères qui le constituent à l’état normal : M. Verneuil a constaté que les vésicules adipeuses de ces tumeurs étaient plus volumineuses que les vésicules de la graisse normale; les auteurs s’accordent à le considérer comme un peu plus consistant; mais on sait combien cette consistance varie dans les diverses régions. Les vaisseaux qui alimentent le lipome se ramifient dans la capsule avant de pénétrer dans la masse graisseuse.

Symptomatologie. — Le lipome est une affection constamment indolente, par conséquent il ne fixe l’attention du malade qu’à une époque plus ou riioins tardive, et lorsque, par ses dimensions {irogressivement accrues, il est devenu bien manifeste. La peau qui recouvre la tumeur est sans aucune altération, aussi unie et aussi régulièrement étalée que celle qui recouvre le sein. Si on la saisit en masse, on parvient facilement à la détacher des parties profondes, ou à lui imprimer de légers déplacements, qui prouvent qu’elle n’adhère pas plus aux parties qui la supportent qu’aux téguments qui la recouvrent. Les lipomes sont souples au toucher, sans être ni rénitents ni [lâteux ; Sous ce point de vue encore, nous ne saurions mieux les comparer

NKLATON. — PATII. CIIIll., T. I. |}3

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qu’au sein, dont la sou|)losse ticnf du l'esle à la même cause.

11 peut conserver lonytcni[)s un petit volume^ et môme demeurer ainsi stationnaire pendant toute la durée de la vie, ou bien faire des progrès très lents pendant une longue suite d’années, et prendre ensuite subitement un développement rapide. Un lipome du poids de 3 kilogrammes, que nous avons vu opérer par Sanson, présenta ce dernier phénomène : les règles s’étant supprimées, il prit en peu de temps un grand accroissement. Il est probable qu’il n’y avait pas ici une sinqde coïncidence, on peut du moins supposer un rapport de causalité, car plusieurs auteurs ont rapporté des faits analogues; mais le plus souvent aucune cause ne peut rendre raison de cette inégalité dans le mouvement de nutrition, qui préside au développement de ces tumeurs. Entin ce qu’on observe le plus fréquemment est un accroissement lent, uniforme et incessant.

Le lipome peut-il, après avoir présenté pendant un laps de temps variable les caractères anatomiques qui lui sont propres, les perdre pour revêtir ceux qui ont été attribués au séatome? En d’autres termes, l’attection décrite sous le nom de stéatome peut-elle être considérée comme une période plus avancée, un mode de terminaison, une dégénérescence du lipome? Disons tout de suite que le stéatome est un cancer encépbaloïde ; par conséquent ces deux affections, le lipome et le stéatome, qu’on a longtemps regardées avec Littré comme deux périodes d’une môme maladie, sont deux maladies essentiellement diüérentes. Aujourd’hui, en effet, que les progrès de l’anatomie pathologique ont permis d’étudier avec précision toutes les propriétés du tissu encéphaloïde, on. ne saurait méconnaître, dans les descriptions du stéatome que les meilleurs auteurs nous ont données, les principaux caractères de ce tissu. « Le stéatome, dit Boyer, est formé par une graisse dégénérée, devenue blanche et dure, contenue dans les loges du tissu cellulaire distendu, et jointe à une plus ou moins grande quantité de lymphe. Il se présente sous la forme d’une tumeur plus ou moins volumineuse, dure, inégale, mobile sous les doigts, mais peu compressible, et surtout peu élastique; on sent au toucher qu’elle est formée de plusieurs lobes, et l’on distingue même à travei’S la peau les intervalles qui les séparent. » Dans le grand Dictionnaire des sciences médicales, nous lisons' les lignes suivantes : « Le stéatome est formé par l’assemblage de noyaux durs, irréguliers, contenant une matière épaisse, lardacée ou grisâtre; la tumeur est inégale, mobile sous les doigts, et permet de sentir les lobules agglomérés. » Nous pourrions multiplier ces citations, mais celles-ci nous paraissent établir suliisamment que les caractères anatomiques et pathologiques attribués au stéatome sont identiquement les mômes que ceux que nous attribuons aujourd’hui au cancer cérébriforme, et que par conséquent toutes les tumeurs dites stéatomateuscs

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doivent être considérées connue des productions primitivement et exclusivement cancéreuses. Il faudra donc désormais proscrire le mot sléatome comme vide de sens. De ces considérations, nous sommes loin de vouloir conclure que le lipome ne peut jamais dégénérer en cancer; les dégénérescences encéphaloïdes qui affectent le tissu cellulaire souscutané peuvent se montrer sur toutes les régions du corps ; pourquoi ne se montreraient-elles pas aussi dans le lipome, qui n^’est rien autre chose que ce même tissu hypertrophié? Mais alors ce ne sera plus une maladie qui succédera à une autre, comme un effet succède à la cause ; ce sera une affection siii generis qui viendra se joindre à une affection également spéciale : ces deux maladies se superposeront pour ainsi dire, se compliqueront mutuellement. Leur réunion est donc possible, mais est-elle réelle ? Existe-t-il dans la science des faits qui la démontrent d’une manière incontestable ? Plusieurs observations disséminées dans les auteurs tendent à le faire croire ; mais dans aucune, les détails relatifs à Tanatomie pathologique ne sont donnés avec assez de précision pour nous permettre de résoudre cette question d’une manière complètement satisfaisante. Nous pensons que la plupart de ces lipomes que l’on dit être dégénérés n’étaient primitivement que des cancers que l’on n’avait pas reconnus.

Étiologie. — L’étiologie de ces tumeurs présente la plus grande obscurité : presque tous les malades parlent de coups, de chutes, de contusions. Assurément, la valeur de toutes ces violences, comme causes déterminantes des lipomes, est très problématique; cependant, en considérant : 1“ que les grandes masses adipeuses qui ont été observées se sont presque constamment montrées à la surface du corps; 2“ que les individus sur lesquels les lipomes se développent sont ordinairement doués delà santé la plus heureuse; 3“ que ces tumeurs appartiennent spécialement à l’câge adulte; k° qu’elles sont pendant toute leur durée essentiellement locales, nous ne sommes pas éloigné de leur accorder i quelque influence.

I Diagnostic. — Lorsque tous les signes que nous avons exposés sont I réunis et bien tranchés, ils suffisent en général pour faire reconnaître I l’existence d’un lipome ; mais la plupart d’entre eux appartiennent à

i J d’autres tumeurs,, et s’ils cessent d’être bien caractérisés, le chirurgien reste dans le doute ; ou s’il se prononce, il s’expose à commettre une erreur. Nous avons vu k l’hôpital Cochin une tumeur du volume du poing, située à la partie latérale du thorax d’un homme adulte, quipréïientait tous les signes que nous avons reconnus au lipome, et n’en offrait aucun autre bien manifeste; nous crûmes k un lipome. A l’autopsie Ü (cet homme avait succombé k une phthisie aiguë), nous trouvâmes une très belle tumeur érectile. Une jeune fille se présenta k la consultation ** de Dupuytren, portant au grand angle de l’ceil une petite tumeur qui

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olTi’iiit la réunion des inênios caractères, et dont la veine angulaire contournait la base. Dupuytren jugea cette tumeur de nature érectile mais l’opération démontra que c’était un lipome. Les recueils scientifiques contiennent un très grand nombre d’exemples de ces erreurs de. diagnostic, commises souvent par les hommes les plus recommandables. Mais c’est moins la sagacité du chirurgien qu’il faut accuser dans cette circonstance que l’imperfection de la science. Du reste, ce n’est pas seulement avec les tumeurs érectiles que les lipomes peuvent être confondus, mais encore et surtout avec le cancer cérébriforme, avec les abcès froids. Afin d’indiquer les caractères différentiels de ces trois espèces de tumeurs, nous allons comparer successivement le lipome :

aux tumeurs encépbaloïdes, et 2" aux abcès.

Une ponction exploratrice montrera tout de suite si l’on a affaire à un lipome ou à un abcès froid; dans le premier cas elle laissera couler dui sang, dans le second du pus. Mais ce moyen ne sera plus suffisant pour différencier un cancer encépbaloïde ramolli d’avec un lipome; car, dans ces deux cas, la ponction exploratrice ne donnera que du sang.

Les tumeurs lipomateuses et encépbaloïdes se développent sans cause-» connue, sont l’une et l’autre sous-cutanées, arrondies, souples au toucher, sans altération de la peau, qui glisse à leur surface ; toutes deux peuvent affecter des volumes infiniment variables, et exister assez long-^ temps sans exercer aucune influence sur la santé ; tels sont les caractère^-j communs. Les caractères propres ou différentiels appartenant au tissu encépbaloïde se tirent : 1® de la configuration de la tumeur, qui esiarrondie dans son ensemble, mais inégalement bosselée et déprimée sur plusieurs points ; 2° de la nature de la douleur qui l’accompagne ; 3“du sentiment de fluctuation qu’elle donne au toucher, et une sorte d(. résistance qui s’éloigne de la souplesse caractéristique du lipome. MaLi l’aspect bosselé manque quelquefois, ce qu’on observe lorsque le tissu encépbaloïde est enkysté ; la douleur peut aussi ne pas exister ou être très faible. Le sentiment de fluctuation et la résistance constituent ur phénomène différentiel plus concluant; mais un chirurgien oserait-i fonder son diagnostic sur un caractère aussi insidieux? Quelquefois 1» lipome laisse aussi percevoir de la fluctuation ; il peut donc se présente des circonstances telles, qu’il devient véritablement impossible d'd distinguer ces tumeurs l’une de l’autre, et cependant cette distinctioi est éminemment utile; car si l’on peut souvent abandonner un lipome ; lui-même, il importe d’extirper le plus tôt possible une dégénérescenc» cancéreuse. Pour arriver à ce résultat, nous proposerons un moyen qu pourra souvent éclairer le diagnostic dans les cas difficiles.

Ce moyen consiste à plonger dans la tumeur un trocart fin, oi une aiguille à acupuncture, et à imprimer à l’extrémité profonde de 1 tige métallique un mouvement de circumduction; la facilité aveclaquell

llVl'EUÏUOPmE DU TISSU CELLULAIRE. — Lll’OME. 517

on exécutera ce mouvement, ou l’impossibilité de l’exécuter leva reconnaître la nature de la tumeur. Ce mode d’exploration a été recommandé pour distinguer le cancer cérébritbrme des tumeurs humorales : on supposait que le mouvement de circumduction devait être impossible au sein d’une masse encéphaloïde ; mais l’expérience a démenti cette hypothèse. M. Lisfranc, après avoir plongé un trocart dans un testicule atiécté de cancer cérébriforme, a pu faire exécuter à l’extrémité profonde de la canule des mouvements circulaires très étendus. M. Robert rapporte un fait semblable. Un troisième, rapporté par M. Laborie, se trouve consigné dans les Bulletins de la Société anatomique. Ce moyen est donc loin de réaliser les espérances que l’on en avait conçues ; mais s’il ne peut servir à distinguer les tumeurs humorales de l’encéphaloïde, il peut par cela môme être utilisé pour différencier l’encéphaloïde ramolli du lipome, puisque les mouvements de circumduction sont possibles dans les tumeurs du premier genre, et constamment impossibles dans celles du second.

Il reste enfin l’examen à l’aide du microscope; la nature des tissus que l’on peut extraire par la canule du petit trocart explorateur est trop différente pour que dans l’immense majorité des cas une erreur soit possible.

Traitement. — Les lipomes ne disparaissent point spontanément : l’élimination à l’aide d’une opération est le seul moyen qui puisse en débarrasser le malade lorsqu’ils deviennent incommodes par leur poids et leur volume, et qu’ils continuent de faire des progrès. Pour cette élimination on peut recourir aux procédés suivants :

1“ Cautérisation. — Ce moyen consiste à détruire la tumeur à l’aide de fragments de potasse caustique introduits dans la masse ; il ne pourrait être mis en usage que pour les lipomes d’un très petit volume : la douleur, les accidents qu’il détermine, la lenteur de son action, l’ont fait proscrire pour les tumeurs plus considérables, et doivent même le faire rejeter entièrement.

T Ligature. — Elle n’est applicable qu’aux lipomes pédiculés ; pour la pratiquer, on jette autour de ce pédicule un lien de métal, de lin, de chanvre ou de soie, près de son insertion, et assez résistant pour l’étreindre au point de supprimer l’abord du sang dans la masse adipeuse, et d’en déterminer la mortification ; ainsi appliqué, ce lien constricteur provoque des douleurs extrêmement vives, et une inflammation qui s’étend quelquefois au loin sous forme d’érysipèle. C’est pourquoi nous conseillerons, avec Boyer, de détruire préalablement la peau sur toute la circonférence du pédicule, à la hauteur où le lien sera placé, par une cautérisation circulaire avec la potasse caustique, ou mieux avec la pâte de Vienne ; après cette escbarification, la constriction du lien ne détermine ni douleur ni accidents inllammatoires.

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Co moyen est moins expéditif que ceux dont il nous reste à parlermais il est le seul que le chirurgien puisse employer, lorsque la pusillanimité du malade ne lui permet pas de recourir à rinstruinent tranchant.

Amputation. — Lorsque le lipome est jiédiculé, et que ce pédicule présente un petit diamètre, la section de celui-ci, prés de son implantation, constitue le procédé le plus simple, le plus rapide et le meilleur qui puisse être mis en usage.

li° Extirpation. — Le chirurgien pratique sur la tumeur une incision simple suivant son plus grand diamètre, ou bien fait une incision en T, ou une incision cruciale, dissèque chaque lambeau, et détache peu il peu toute la masse adipeuse des parties ambiantes. Cet isolement est en général facile ; un tissu cellulaire lâche et filamenteux étant le principal moyen d'union du lipome avec les organes sous-jacents, il suffît souvent de soulever la tumeur dans un sens, et de repousser en même temps les parties profondes dans le sens opposé pour en opérer la séparation. Pelletan a pu, à l’aide du simple décollement, détacher la plus grande partie d’un énorme lipome qui occupait la partie latérale du cou, et qui reposait immédiatement sur les vaisseaux. Après l’extirpation, on rapproche les lambeaux, qui sont d’abord, malgré la rétraction de la peau, plus étendus que la plaie qu’ils doivent recouvrir, mais cette rétraction continuera les jours suivants, et permettra aux téguments de reprendre graduellement leurs premières dimensions. La réunion est opérée à l’aide de bandelettes agglutinatives et favorisée par une compression douce, qu’on pratique avec un bandage circulaire, après avoir matelassé toute la surface correspondante à la plaie d’une quantité suffisante de charpie. Lorsque la peau a été fortement distendue, elle devient quelquefois sillonnée par des vergetures tout à fait semblables à celles qu’on observe sur le ventre des femmes qui ont eu plusieurs enfants.

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ARTICLE IL

TUMEURS SQUIRRHEUSES ENKYSTÉES.

Ces tumeurs, décrites sous les noms de tubercules, de ganglions ner- ■ veux, ont pour siège exclusif le tissu cellulaire ; il importe de ne point les confondre avec celles qui se développent sur le trajet môme des cordons nerveux, et qui constituent les névt'omes : ces deux espèces de tumeurs diffèrent, en effet, par leur siège, leur nature et la plupart des ■ pnénomènes qu’elles présentent. Dupuytren, le premier, les isola tout à tait, et posa nettement leurs caractères distinctifs,

Tt'MEURS SQUlimnEURES ENKYSTEES.

Anatomie PATnoLorriQiiE. — Ces tumeurs peuvent être sous-aponévrotiques, mais presque constamment elles occupent le tissu cellulaire sous-cutaoé; les membres, et particulitirement les membres inférieurs, en sont le siège de prédilection, et sur ceux-ci elles se montrent plutôt dans les régions où les téguments reposent sur un plan osseux ainsi, autour des malléoles, autour du genou, sur le grand trochanter ou l’iscbion,à la périphérie du poignet ou du coude ; on les a observées aussi à la face, sur la mamelle, sur le dos et sur le scrotum. Elles sont presque toujours solitaires, et remarquables par l'a petitesse de leur volume, dont la plus grande dimension atteint rarement celle d"un centimètre. Tantôt elles s'étendent en longueur et prennent la forme ellif)soule d'’un grain de blé, tantôt en surface, et sont alors semblables à une lentille, à un grain de café, quelquefois dans tous les sens à la fois, et revêtent l’aspect régulier d'une petite sphère. Considérées à l'extérieur, elles sont opaques, lisses, très dures. Si on les laisse tomber d’une certaine hauteur, dit Dupuytren, elles rebondissent à la manière des corps élastiques ; leur tissu est homogène, d'un blanc terne, d'une consistance fibreuse ou fibro-cartilagineuse. Lorsqu'on les coupe, on voit qu’elles sont formées de plusieurs couches concentriques, unies entre elles par un tissu cellulaire dense et serré ; les couches extérieures sont les plus denses. L'ongle enfoncé dans l’épaisseur de ces corps fait entendre un léger craquement. Ce tissu cellulo-fibreux est pénétré d’alhumine et entouré d'un kyste, dont les parois denses, opaques, très résistantes et d'une épaisseur variable, paraissent être aussi de nature squirrheuse.

Dupuytren n’a jamais constaté de filets nerveux dans ces petits corps. Cependant les auteurs décrivent des tumeurs semblables à celles dont nous nous occupons ici, qui renferment des filets nerveux et sont accolées à des nerfs de second ordre ; il nous paraît évident que l'on a confondu sous une même dénomination deux sortes de tumeurs, les unes que nous décrivons, les autres qui sont de véritables névromes dont nous aurons à nous occuper ultérieurement.

Étiologie. — Les causes de ces tumeurs sont inconnues ; dans quelques cas, elles semblent avoir succédé à des piqûres; le plus grand nombre des malades les attribuent à un coup ou à une chute ; on les observe plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes, et surtout de trente-cinq à soixante ans.

Symi’TOmatologie. — La douleur est le premier phénomène qui annonce leur développement. Longtemps avant que le toucher puisse en constater l’existence, le malade éprouve des élancements qui reviennent a intervalles plus ou moins longs et irréguliers, et restent pendant uneduréede plusieurs mois, etmêmede plusieurs années, faibles, vagues, ou [)lus vils et très rares. Cette douleur, après un laps de temps 1res

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variable^ iiugineiite et (leviont cxtrômement aiguë, se déclare par accès irréguliers, ou se montre continue; quelquefois elle rayonne dans divers sens ou se propage sur le trajet d’une branche nerveuse; mais elle ne présente ce dernier caractère que lorsque la tumeur occupe le voisinage d’un nerf, sur lequel elle exerce un elfet purement mécanique.

Le simple contact des vêtements, ou le plus léger mouvement imprimé à la région sur laquelle repose la tumeur, l’exaspère vivement; la pression surtout lui communique une extrême acuité. Cette douleur, chez les individus irritables, a pu donner lieu quelquefois à des mouvements convulsifs, et chez d’autres, lorsqu’elle est presque continue, elle aiçène un dépérissement général par le trouble qu’elle jette dans l’accomplissement de la plupart des fonctions.

En explorant la région qui est le siège d’une douleur si vive, on trouve immédiatement au-dessous de la peau une petite tumeur; celle-ci est dure et mobile; la peau qui la recouvre ne lui adhère point, et ne présente aucune trace d’altération. Le noyau squirrheux et sous-cutané peut exister très longtemps sans produire d’autres phénomènes que ceux qui viennent d’être énumérés, mais après une durée indéterminée il contracte des adhérences avec la peau; celle-ci change d’aspect et devient violacée au niveau de ces adhérences; plus tard, elle participe à la dégénérescence squirrheuse, et devient le siège d’un petit ulcère cancéreux. Une semblable terminaison étant l’issue naturelle de ces tumeurs, on conçoit combien il importe de ne point les confondre avec des tumeurs d’un autre genre, afin de leur appliquer le plus tôt possible un traitement capable de prévenir cette ulcération et les dangers qu’elle entraîne.

Les maladies avec lesquelles ces tumeurs pourraient être confondues sont les névralgies et surtout les névromes.

Les douleurs névralgiques occupent le trajet des nerfs; elles sont vives, mais non lancinantes, reviennent par accès plus ou moins réguliers, n’augrnentent point à la pression, ne présentent pas pourpoint de départ une petite tumeur sous-cutanée, dure, roulant sous le doigt, et permettent au chirurgien de limiter le siège de la douleur avec une extrême précision.

Ce que nous venons de dire de la douleur provoquée par les névralgies s’applique également aux névromes, par conséquent les tumeurs des nerfs diffèrent dfîjà d’une manière notable de celles qui font le sujet de cet article. Mais la marche de l’affection est bien différente : d’un côté nous voyons l’augmentation de l’engorgement, l’envahissement de la peau, la propagation de l’affection aux ganglions lymphatiques, enfin l’ulcération des téguments ; de l’autre, des masses dures conservant indéfiniment le même aspect, le même volume, la même consistance, tout en [)i’oduisant des douleurs intolérables. Ainsi donc, si les tumeurs s([uirrbeuses enkysté/^ peuvent être- confondues au début avec us

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iiévi’omes, il est dans leiu* marche et leurs symptômes des signes qui peuvent les taire distinguer, et surtout qui légitiment la distinction que nous avons faite entre ces deux espèces de tumeurs.

Traitement. — Il consiste à détruire ces tumeurs par l’emploi des caustiques, ou à les enlever à l’aide de l’instrument tranchant. Les caustiques ont été mis en usage plusieurs fois avec succès ; mais l’extirpation constitue, dit Dupuytren, le procédé le plus sûr, le plus prompt et le moins douloureux. Pour la pratiquer, on fait une simple incision aux téguments; à l’aide d’une érigne, on saisit la tumeur et on l’attire au dehors, pendant qu’on détruit avec le bistouri les faibles adhérences celluleuses qui l’unissent aux parties voisines. La plaie est ensuite réunie immédiatement à l’aide d’une simple bandelette agglutinative. Lorsque la tumeur est ulcérée, convient-il encore d’en pratiquer l’ablation ? Dupuytren conseille de s’abstenir de toute opération lorsque la maladie est parvenue à une période aussi avancée ; il a vu constamment survenir, dans oette circonstance, l’engorgement des ganglions et la diathèse cancéreuse. La maladie, qui ne présente aucun danger tant que la tumeur est dure, isolée de tout organe important, et sans adhérence à la peau, se montre presque constamment funeste, quel que soit le traitement qu’on lui oppose, lorsque le ramollissement s’en est opéré.

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