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CHAPITRE VII

Toutes les recberches faites depuis le commencement de ce siècle sur là^structure des ganglions lymphatiques, soit dans l’homme, soit dans les trois premières classes d’animaux vertébrés, tendent à démontrer que ces ganglions ne sont rien autre chose qu’un simple pelotonnement de vaisseaux lymphatiques, et qu’ainsi ces deux parties d’un même système, les vaisseaux et les ganglions, sont identiques en ce qui concerne leur élément essentiel ; cependant, malgré cette analogie, les maladies dont ils sont le siège offrent entre elles de grandes dilîérences. Nous les étudierons donc isolément, et nous exposerons d’abord celles qui peuvent intéresser les vaisseaux proprement dits.

ARTICLE PREMIER

Ces affections ont été le sujet d’un assez grand nombre d’écrits; mais toutes ces recherches sont loin d’avoir introduit dans leur élude ces

AFFECTIONS UES VAISSEAUX LVMi'JiATlUUES. 7Ûl

notions précises que nous possédons aujourd’hui sur l’altération des artères et des veines. La chirurgie expérimentalCj qui a tant contribué à éclairer les atfections des vaisseaux sanguins, n’a rien fait encore pour celles des vaisseaux lymphatiques. Le peu de danger qui accompagne l’intlammation de ces vaisseaux ou qui suit leurs blessures, autant sans doute que leur ténuité et la ditliculté oute spéciale qui s’attache à leur injection, nous explique cette espèce d’abandon et semble nous annoncer que les vides nombreux qu’on trouve dans l’bistoire de leurs maladies ne se combleront que lentement. La pathologie de ces vaisseaux comprend : 1“ leur intlammation, 2” leurs plaies, 3“ leur dilatation ou varices, h° leurs dégénérescences.

g I, Inflammation des vaisseaux lymphatiques.

L’intlammation des vaisseaux lymphatiques, appelée d’al^ord lymphatite, a été décrite par M. Velpeau sous le nom ^angioleucite, mot plus régulièrement formé et qui est aujourd’hui généralement accepté; nous adopterons donc cette dénomination, qui repose d’ailleurs sur le même principe que celles qui ont été imposées aux phlegmasies des artères et des veines.

Anatomie patholooique. — Les altérations constatées à la suite de l’inflammation des vaisseaux lymphatiques s’observent tantôt' dans le liquide qui les parcourt, tantôt sur leurs parois, mais le plus souvent sur l’un et l’autre simultanément. — 1“ Lymphe. Le premier effet de cette inflammation paraît être la coagulation du fluide en circulation dans le vaisseau. Ce phénomène a été observé par Teissier, qui, le premier, a bien démontré l’étroite analogie qui existe, sous ce point de vue, entre l’angioleucite et la phlébite. Ce coagulum présente une coloration d’un blanc rosé; il est adhérent aux parois de la cavité vasculaire et constitue un obstacle pour la progression de la lymphe, qui reflue facilement dans les vaisseaux voisins lorsqu’ils sont libres, mais qui stagne lorsque la phlegmasie se communique à un grand nombre de troncs lymphatiques; de cette stase résulte quelquefois un léger œdème. Trois phénomènes différents peuvent se passer dans ce caillot lymphatique. Dans le cas le plus simple il diminue, disparaît peu à peu, et le vaisseau redevient libre. D’autres fois ses éléments séreux sont absorbés, il se condense en attirant sur lui les parois vasculaires qui lui adhèrent intimement, et l’oblitération, qui était d’abord accidentelle et temporaire, devient définitive. Cette adhésion mutuelle des parois d’un vaisseau lymphatique a été observée plusieurs fois sur le canal thoracique, où elle est plus facile à constater; elle a été également signalée par plusieurs auteurs dans les vaisseaux superficiels des membres. Hall parle d’utie oblitération semblable qui occupait tous les troncs lymphatiques du pli de l’aine; mais

7/|2 AFFECTIONS DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIQUES, la plupart de ces faits ont été si vaguement exposés, que leur valeur est à peu près nulle, en sorte que ce phénomène d’oblitération, consécutif à l’intlammation, n’a été clairement démontré que dans le canal thoracique. Enfin le caillot peut se ramollir du centre à la circonférence, et se convertir en pus. Tessier a reproduit, à ce sujet, l’assertion fondamentale qu’il a émise dans son travail sur la diathhe purulcrde : le pus, emprisonné dans la cavité du vaisseau par des caillots obturateurs placés aux limites de l’inllammation, ne peut point se mêler à la lymphe, et par conséquent pénétrer dans le torrent circulatoire. Nous ne reviendrons point sur cette question, que nous avons discutée dans une autre partie de cet ouvrage ; nous ajouterons seulement que le pus qui succède au ramollissement du caillot ne tarde pas à augmenter de quantité par l’exhalation qui s’accomplit sur les parois du vaisseau, et que celles-ci. peu à peu distendues, donnent à la cavité vasculaire un diamètre quelquefois assez considérable pour simuler un petit abcès. Cette dilatation trouve d’ailleurs dans la théorie développée par Tessier une heureuse explication. — 2“ Parois. Elles sont épaissies, moins résistantes, opaques, d’apparence tomenteuse à l’intérieur, et entourées extérieurement par un tissu cellulaire infiltré d’un liquide séro-albumineux demi-concret; ordinairement elles sont plus ou moins dilatées, et ces dilatations se produisent surtout au niveau des valvules et des anastomoses, en sorte que l’inflammation des vaisseaux lymphatiques a pour eft'et de rendre plus manifeste leur aspect moniliforme. Si la distension des parois devient trop considérable, celles-ci se perforent sur un point de leur circonférence, et le pus s’épanche alors dans le tissu cellulaire voisin, où il constitue un abcès, dont on a pu quelquefois constater la communication avec l’épanchement purulent intra-vasculaire. Lorsque l’inflammation est ancienne, les altérations par lesquelles elle se manifeste portent ordinairement sur une partie très limitée du vaisseau, mais sur plusieurs points à la fois. A. Cooper a trouvé les valvules du canal thoracique épaissies, abaissées, et contenant dans leur duplicature de petits épanchements séro-purulents. Dans une autre circonstance cet auteur a vu le même canal obstrué de distance en distance par des fongosités implantées sur ses parois. Sur la surface externe d’un intestin affecté d’ulcérations tuberculeuses, M. Andral a observé des vaisseaux lymphatiques qui partaient de ce point pour aller se rendre aux ganglions du mésentère, et qui présentaient d’espace en espace de petits épaississements dans leurs parois.

Symptomatologie. — Les symptômes de l’angioleucite sont locaux et généraux. Les premiers diffèrent avec le siège de l’angioleucite, qui peut être sous-cutanée ou sous-aponévrotique. — Lorsque l’iidlamination occupe les lymphatiques superficiels, elle débute ordinairement par un changement dans la coloration de la peau, qui rougit, et dont la couleur

varie du rose tendre au rouge vif; s’il existe une plaie, on voit cette rougeur partir de ce point sous la forme de lignes ou de bandes colorées pour se diriger ordinairement du côté des ganglions; ces lignes sont légèrement sinueuses, se rapprochent, s’écartent, s’entrecroisent, et représentent parfaitement la direction et le nombre des vaisseaux envahis par l’inllammation; elles s’élargissent au niveau des anastomoses, et dans les régions où ces anastomoses sont plus multipliées, dans celles surtout où les vaisseaux convergent en grand nombre sur un espace très limité, on les voit se confondre par leurs bords, former çà et là de petites îles, et parfois de véritables nappes érysipélateuses. Ces érysipèles sont remarquables par la rapidité avec laquelle ils se forment, puis se décomposent pour aller se reconstituer sur un autre point. Ils sont mal circonscrits, d’une coloration plus vive que celle des rubans linéaires qui marchent isolément, et pourraient être facilement pris pour une simple inflammation de la peau, si l’observation ne fait découvrir entre eux des bandes moins colorées qui les réunissent, et conservent ainsi à la maladie son caractère essentiel et primitif.

Une douleur vive, de la même nature que celle de l’érysipèle, se manifeste au niveau de chaque traînée rouge dès son apparition, en sorte que ces deux phénomènes sont ordinairement simultanés et étroitement liés l’un à l’autre. La douleur est presque toujours très aiguë lorsque la coloration de la peau est très vive, et à peine sensible lorsque la rougeur tranche à peine sur la couleur des téguments; cette douleur s’exaspère à la moindre pression, par le simple contact des vêtements ou de tout autre corps étranger, ainsi que par les mouvements imprimés à la partie malade.

Une tuméfaction très légère accompagne les traînées rouges, et donne au toucher la sensation d’un cordon plus ou moins grêle. Elle est inégalement développée, à peine sensible sur quelques points, plus manifeste au niveau des anastomoses où elle devient globuleuse. Cette tuméfaction linéaire dépend de la présence d’un caillot dans la cavité du vaisseau, et surtout de l’épanchement d’un liquide coagulable dans le tissu cellulaire qui lui sert de gaîne : aussi n’est-elle point perceptible dès le début; mais dès que cette double coagulation s’est opérée, le toucher permet de constater sur les vaisseaux un engorgement cylindroïde, sur les anastomoses un engorgement fusiforme, sur les taches érysipélateuses un engorgement général surmonté de saillies inégales.

Pendant que ces phénomènes se montrent sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, on voit les ganglions placés à leur point de terminaison se tuméfier et devenir douloureux. Cette inflammation consécutive des ganglions constitue, par sa constance et la rapidité de son apparition, l’un des symptômes les plus caractéristiques de l’angioleucite.

Ces symptômes locaux existent également lorsque l’inllammation occupe le plan profond dos vaisseaux lymphatiques; mais ils ne sont plus aussi tranchés et no se succèdent pas dans le même ordre. Le premier phénomène qui se manifeste est la douleur, qui est vive, lancinante, profonde, limitée à un point, ou disséminée sur plusieurs points isolés, ou bien enlin développée sur toute une fraction d'un membre; le second qui apparaît, est la tuméfaction des ganglions lymphatiques profonds : leur position sous-aponôvrotique rend leur développement moins apparent; mais leurs dimensions, en général plus considérables que celles des ganglions superficiels, permettent le plus souvent de constater cette augmentation de volume. A cette époque le toucher fait quelquefois reconnaître sur le trajet des gros vaisseaux sanguins des noyaux d’engorge.ment, tantôt circonscrits et tantôt diffus ; alors aussi survient un œdème plus ou moins considérable. Quant à la rougeur de la peau, elle se montre toujours d'une manière tardive, s'étale régulièrement, et dépasse rarement la nuance du rose pâle. Si les deux plans étaient affectés simultanément, dans un môme membre, on reconnaîtrait l'inflammation des vaisseaux lymphatiques profonds à la tuméfaction générale, au siège de la douleur, à l'engorgement de tous les ganglions, et celle des vaisseaux lymphatiques superficiels à la rougeur vive et linéaire des téguments.

Les symptômes généraux acquièrent quelquefois, dans l'angioleucite, un grand développement, et alors ils forment un contraste frappant avec la simplicité apparente des phénomènes locaux. Le malade, après vingtquatre ou quarante-huit heures de malaise, de faiblesse, d'inappétence, éprouve une transpiration légère, puis des frissons, à la suite desquels |a peau demeure chaude et sèche; le pouls est plein, dur et fréquent, la soif vive, le sommeil pénible et agité. Dans le cas le plus général, l'agitation peut produire l'insomnie et le délire ; plusieurs fois alors on voit l'angioleucite entraîner une terminaison fatale. Ces symptômes généraux ont été divisés en deux périodes : l'une en rapport avec l'inflammation locale, et ayant pour caractères les signes ordinaires d'une simple réaction inflammatoire; l'autre, consécutive au mélange de pus avec le sang, et offrant les phénomènes d'une infection générale. Mais nous avons vu que le passage du pus dans le sang est loin d'être démontré, et que, jusqu'à ce jour du moins, on peut le contester. Les deux périodes seraient donc arbitrairement établies.

L'angioleucite se termine ordinairement par résolution, quelquefois par suppuration, et, dans certaines circonstances très rares, par la mort du malade. Dans le premier cas, on voit la rougeur de la peau perdre de son intensité, disparaître graduellement sur quelques points d'abord, puis sur tous; les foyers érysipélateux redeviennent de simples réseaux formés paf les traînées linéaires; ces traînées elles-mêmes s'effacent.

AFFECTIONS DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES. Ik’S

et la peau reprend sa coloration naturelle; la douleur s’affaiblit et cesse avec la même rapidité; l’engorgement correspondant aux vaisseaux et celui des ganglions se dissipent quelques jours après la disparition des autres symptômes, lorsque l’inflammation a duré peu de temps, et lorsqu’elle a été modérée. Dans l’angioleucite profonde, la douleur disparaît d’abord, puis l’engorgement ganglionnaire, et enfin la tuméfoction diffuse de toute la région parcourue par les vaisseaux. La suppuration a lieu, lorsque la phlegmasie présente dès son début une grande intensité dans sa marche et résiste à tous les moyens qu’on lui oppose; des horripilations, de légers frissons, et la plupart des autres phénomènes généraux qui persistent et s’aggravent, annoncent le plus souvent le mode de terminaison ; la rougeur de la peau se maintient, les noyaux d’engorgement les plus apparents prennent une consistance pâteuse. Cependant, tant que le pus n’a point franehi l’enceinte du vaisseau, tous les signes locaux propres à caractériser la suppuration restent très vagues. Aussitôt que ce liquide a perforé les parois vasculaires et a formé de petits épanchements dans le tissu cellulaire, cette terminaison devient plus manifeste, sans être encore certaine; car la suppuration s’opère quelquefois primitivement dans la gaine du vaisseau, et le pus que la fluctuation fait reconnaître pourrait être celui d’un abcès idiopathique. Mais toutes les fois que l’angioleucite a débuté franchement, et que l’inflammation du tissu cellulaire ambiant a été consécutive, dès que le pus se forme dans ce lieu, on peut croire, avec une très grande vraisemblance, qu’il existe aussi dans les troncs vasculaires. Lorsque la mort doit être la conséquence de cette affection, elle est annoncée par le développement des phénomènes généraux les plus alarmants ; la fréquence et fa petitesse du pouls, l’altération profonde des traits de la face, des frissons répétés, une agitation générale et le délire. A cette période d’excitation, on voit quelquefois succéder une sorte d’anéantissement qui peut précéder la fin du malade de plusieurs jours.

} Étiologie. — Le jeune âge, le sexe féminin et le tempérament lymphatique ont été considérés comme une prédisposition à cette affection; mais les assertions émises à ce sujet reposent moins sur l’observation que sur des idées préconçues. Si nous pouvions nous appuyer sur le petit nombre de faits qu’il nous a été permis d’observer, nous dirions que l’angioleucite est une maladie de l’âge adulte, qui se montre le plus souvent chez des individus fortement constitués, alors même qu’elle est spontanée.

Les causes déterminantes de cette affection sont externes ou internes. Les premières, qui senties plus fréquentes, peuvent toutes être rapportées à une violence extérieure, laquelle agit, tantôt par ses efl'ets primi. tifs, tantôt par ses phénomènes consécutifs. C’est ainsi que les plaies

746 AFFECTIONS DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIQUES, qui s’étendent jusqu’aux aponévroses, et qui par conséquent coupent les vaisseaux lynipluitiques, deviennent pour eux une cause d’inflammation immédiate. Les blessures qui développent le plus souvent ce phénomène sont les excoriations produites par le frottement brusque d’un corps rugueux, comme celles qui succèdent quelquefois k un coup, à une chute ; ou môme par le frottement d’un corps doux et poli lorsqu’il est longtemps continué. Ces excoriations occupent ordinairement les pieds, les genoux, les coudes, en un mot le voisinage des articulations où les vaisseaux lymphatiques se pressent en grand nombre. Après ces plaies superficielles il faut placer les simples piqûres faites par la pointe d’un instrument, d’une épine, d’une esquille osseuse, etc.; elles ont presque toujours leur siège à la main, et surtout à l’extrémité des doigts, et c’est dans cette région seulement qu’elles sont fréquemment suivies d’angioleucite. De semblables piqûres auraient sans doute le môme résultat si elles avaient pour siège le pied ou les orteils ; mais la protection que ces organes reçoivent des chaussures soustrait les lymphatiques du membre inférieur à cette cause d’inflammation. Les instruments piquants peuvent développer l’angioleucite lors même qu’ils ne sont imprégnés d’aucun principe délétère ; mais c’est surtout dans cette dernièi’e circonstance, que les plaies qu’ils occasionnent deviennent souvent funestes. Enfin, après les excoriations et les piqûres, nous rangerons toutes les solutions de continuité dont les bords sont mâchés, déchirés, contus, et la surface anfractueuse, et celles encore qui sont compliquées du décollement des téguments, ou de la présence de corps étrangers. Toutes les causes qui précèdent portent surtout leur action sur le plan superficiel des vaisseaux lymphatiques. L’angioleucite profonde peut présenter la même origine ; mais il est plus fréquent de la voir succéder aux plaies avec écrasement d’un os, aux fractures comminutives dont les esquilles deviennent une cause vive et incessante d’irritation.

Les causes internes de l’angioleucite sont plus obscures. Ainsi on voit quelquefois cette maladie se développer en l’absence de toute violence extérieure et de toute affection générale ou locale ; on dit alors qu’elle est spontanée, c’est-à-dire qu’elle est due à une cause interne qui nous échappe. Un grand nombre d’auteurs ont avancé que les vaisseaux lymphatiques pouvaient absorber en nature le sang épanché, le pus, 1 urine infiltrée, et s’enflammer ensuite par le contact de ces liquides étrangers. Des faits nombreux et bien observés ne nous permettent plus maintenant d’admettre cette absorption en nature. Ces liquides subissent une décomposition préalable ; mais après avoir été décomposés au moment de leur introduction dans les vaisseaux absorbants, ils pourraient encore constituer une cause d’irritation. On ne saurait nier la possibilité de ce phénomène ; si Ton considère, en effet, que souvent une plaie n’occa-

sionne point l’inflammation des vaisseaux lymphatiques^ et que cette inflammation, dans quelques circonstances, ne s’est développée que dix ou quinze jours plus tard, à la suite de la déposition dans la solution de continuité d’un poison septique ou d’un principe virulent, on sera porté à admettre que l’angioleucite a été le résultat, non de la plaie, mais de l’absorption de ces fluides, et que puisque ceux-ci ont produit un effet semblable, d’autres peuvent le produire aussi.

Lorsqu’un organe est affecté d’une dégénérescence cancéreuse ou tuberculeuse, une irritation chronique semble s’emparer des vaisseaux lymphatiques et se propager de proche en proche jusqu’aux ganglions. Plusieurs faits tendent à démontrer l’existence de ce mode de propagation de l’angioleucite, mais ils manquent de précision, et ne sauraient sutlire pour nous permettre d’avancer que telle est la marche ordinaire du cancer et des tubercules lorsqu’ils viennent à envahir le système lymphatique. Mais l’angioleucite naît manifestement sous l’influence d’une cause interne, lorsque celle-ci produit l’inflammation de tout un organe : dans ce cas, les lymphatiques qui entrent dans la structure de l’organe affecté participent h cette inflammation; tantôt alors on voit l’angioleucite ne pas dépasser les limites de la surface enflammée, tantôt on la voit s’étendre au loin. Tel est le mode de développement de l’angioleucite utérine, si souvent observée dans la métro-péritonite ; telle est aussi l’origine de l’angioleucite des membres affectés d’érysipèle, d’inflammation phlegmoneuse, d’œdème douloureux spontané; tel estle point de départ de l’inflammation des vaisseaux lymphatiques, du cordon spermatique à la suite de l’orchite simple ou blennorrhagique, etc.

On peut admettre, avecM. Velpeau (1), que, sous l’influence des différentes causes que nous venons d’énumérer, l’angioleucite se développe de trois manières différentes: 1“ de proche en proche, pour se diriger, tantôt vers la terminaison des vaisseaux, tantôt vers leur oiâgine, et quelquefois dans ces deux directions simultanément: ainsi se développe l’angioleucite qui succède à une simple excoriation, et en général aux causes externes; 2° par irritation interne, lorsque l’absorption a introduit dans le canal du vaisseau un liquide dont les parois ne peuvent supporter le contact: l’inflammation nous semble offrir ce point de départ lorsqu’elle succède à l’introduction d’un poison septique ou d’un principe virulent; 3“ de l’extérieur à l’intérieur, ou par l’intermédiaire des liens celluleux et vasculaires qui unissent le vaisseau aux parties voisines affectées d’inflammation. Ce troisième mode de développement appartient spécialement aux angioleucites de cause interne.

Diagnostic. — Deux maladies, la phlébite et l’érysipèle, pourraient être facilement confondues avec l’angioleucite. L’inflammation des

(1) Velpeau, Clinique chirurgicale, t. III, p. 235.

748 AFFECTIONS DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYAU'IIATIOUES. veines et celle des lymphatiques succèdent le plus habituellement, l’une et l’autre, à une plaie ou à toute autre violence extérieure, présentant pour caractères une rougeur superficielle, (jui suit la même direction pour toutes deux dans toutes les régions; une douleur vive qui s’exaspère au toucher, une tuméfaction cylindroïde correspondant à une traînée rouge, des phénomènes généraux identiques. Mais: l"dans l’angioleucite, les traînées linéaires sont multiples, moins larges, plus sinueuses et entrelacées ; 2“ ces traînées vont se terminer aux ganglions superficiels qui sont engorgés, alors même qu’elles n’arrivent pas jusqu’à eux, et que l’inflammation paraît très modérée ; 3° la tuméfaction n’existe point au début, et, lorsqu’elle se montre, elle est toujours très faible, tandis que dans la phlébite le caillot, qui est de trente ou quarante fois plus considérable, donne au toucher la sensation franche d’un cordon cylindrique ; k° la réaction générale est presque toujours plus vive. Ces signes différentiels ne s’appliquent qu'à la première période de ces deux maladies, c’est-à-dire à celle qui est essentiellement caractérisée par la coagulation du liquide intra-vasculaire. Lorsqu’elles sont parvenues à la période suppuratiye, leur distinction devient beaucoup plus difficile; des abcès multiples, irrégulièrement disséminés, et coïncidant avec l’engorgement des ganglions, feront présumer une angioleucite suppurée. Si le diagnostic de ces deux affections, dans leur seconde période, ne peut pas toujours être établi sfirement lorsqu’elles occupent les vaisseaux superficiels, les difficultés qu’il présente sont bien autrement grandes lorsqu’elles siègent sur les veines et les lymphatiques profonds. L’engorgement des ganglions lymphatiques serait le seul symptôme qui pourrait faire distinguer l’angioleucite de la phlébite sous-aponévrotique ; mais cet engorgement se montre dans la plupart des phlegmasies qui peuvent affecter les membres, en sorte que ce caractère est tout à fait insuffisant, et que ces maladies seront le plus souvent confondues. Mais cette erreur aura peu d’importance, puisque le pronostic et le traitement demeurent les mêmes dans l’une et l’autre.

De grandes analogies rapprochent également l’angioleucite de l’érysipèle, et nous devons rappeler à cette" occasion l’opinion de Blandin, qui place le siège de cette dernière maladie dans le réseau lymphatique superficiel de la peau, en sorte que l’érysipèle deviendrait ainsi une simple variété de l’affection qui nous occupe. Mais, même dans cette hypothèse dont nous sommes disposé à reconnaître la vraisemblance, il faut admettre des différences essentielles entre cette espèce d’angioleucite réticulaire, dont les phénomènes s'accomplissent a 1 origine môme des vaisseaux lymphatiques, et celle qui en affecte les principaux troncs. Voici quelles sont ces différences: 1® dans l’érysipèle, la rougeur est uniforme, disposée par plaques, et non linéaire; 2® cette lougeur se développe, en s’irradiant autour d’un point central, et non sui

Ift trajet d’iine ligne; 3" elle ne s’accompagne pas constamment de l’engorgement des ganglions; h° il n’existe aucune tuméfaction cylindroïde.

Pkonostic. — L’angioleucite n’entraîne le plus souvent aucun danger; mais les phénomènes qui l’accompagnent, malgré leur simplicité qui éloigne de l’esprit du malade toute inquiétude, peuvent prendre en quelques heures un grand développement, et devenir rapidement alarmants; le caractère insidieux, propre à la marche de cette maladie, doit tenir en éveil l’attention du chirurgien, et imprimer à ses jugements une certaine réserve.

Traitement. — Il est général et local: les moyens généraux ne deviennent utiles que lorsque la maladie a pris quelque intensité ; un régime doux, des boissons adoucissantes, un repos complet, de doux laxatifs, et, dans des circonstances plus rares, une ou deux saignées générales, sont ceux qu’il convientde mettre en usage. Le traitement local compte cinq méthodes différentes, savoir : les antiphlogistiques, les réfrigérants, les vésicatoires volants, les frictions mercurielles et la compression. Les antiphlogistiques recommandés sont : les topiques émollients, simples ou laudanisés ; les bains locaux, souvent répétés, et les sangsues, qui doivent être appliquées en grand nombre. Les réfrigérants ont été peu employés; mais la position superficielle des vaisseaux lymphatiques, en les soumettant à leur inlluence presque immédiate, laisse bien augurer de leur emploi. L’irrigation continue est le mode de réfrigération qui nous paraîtrait le plus convenable. M. Velpeau a eu recours deux fois à ce traitement; il s’est servi de compresses trempées dans l’eau froide et souvent imbibées, mais sans succès. Ces deux faits ne sont pas suffisants pour faire apprécier la valeur de ce moyen, et, en outre, une semblable réfrigération est toujours intermittente, ou au moins inégale: il importe qu’elle soit continue. Les vésicatoires volants, les frictions mercurielles et la compression, dès le début de l’angioleucite, ont été conseillés et employés également par M. Vel- -peau, qui en a retiré le plus souvent de bons résultats.

§ II. — Plaies des vaisseaux lymphatiques.

Les piqûres et les coupures des vaisseaux lymphatiques sont fréquentes; elles ont lieu presque constamment dans la saignée du bras. Au pied, il existe un tronc lymphatique formé par la réunion de la plupart des vaisseaux qui naissent de la région plantaire ; ce tronc, qui égale souvent le volume d’une plume de corbeau, monte au devant de la malléole interne accolé à la veine saphène,’ et peut être très facilement divisé dans la phlébotomie malléolaire. Ces blessures, suivant Sœmmering, Wuck, et quelques autres auteurs, sont suivies d’un écoule-

ment de lymphe entre les bords de la plaie. Assalini dit avoir vu une petite solution de continuité de la cuisse fournir dans l’espace de trois jours, par un écoulement continu, 2 kilogrammes et demi de lymphe. Cette espèce d’hémorrhagie serait reconnaissable, suivant les auteurs qui en ont parlé, à la facilité avec laquelle on peut la supprimer en comprimant les vaisseaux lymphatiques entre la plaie et leur origine. Que se passe-t-il dans ces vaisseaux après leur blessure? La science ne possède sur ce point aucune observation : l’analogie nous autorise à penser qu’ils deviennent le siège d’une angioleucite oblitérante; mais alors cette oblitération devrait se montrer au niveau de la plupart des cicatrices. Cependant il nous a été permis plusieurs fois d’observer les vaisseaux lymphatiques qui correspondent aux cicatrices consécutives à la saignée du pli du bras. Ces cicatrices sont assez souvent très multipliées sur la veine médiane céphalique; un grand nombre de lymphatiques montent obliquement entre cette veine et les téguments, sur tous les points où elle est accessible à la lancette; cependant nous n’avons jamais constaté dans ces vaisseaux une oblitération, et trois fois nous avons rencontré, au niveau même de ces cicatrices, une dilatation variqueuse qui offrait une étendue de 1 à 2 centimètres, et 1 diamètre de 3 à ù millimètres. Cette varice aurait pu être blessée dans l’opération de la saignée, et serait alors devenue la source d’un écoulement plus ou moins manifeste de lymphe. Dans l’hypothèse où la veine se serait dérobée à la lancette, cet écoulement aurait constitué une véritable saignée blanche. Les phénomènes qui se passent dans les vaisseaux lymphatiques lorsqu’ils sont blessés sont donc encore peu connus. Ces blessures n’ont d’autres inconvénients que celui de devenir quelquefois une cause d’angioleucite.

§ III. — Dilatation variqueuse des vaisseaux lymphatiques.

Les varices des vaisseaux lymphatiques ont été depuis longtemps signalées. Le fait le plus remarquable que possède la science sur ce sujet, est celui qui a été observé par M.. Amussat, et que Breschet a fait représenter dans sa thèse : cette dilatation variqueuse comprenait, non-seulement le canal thoracique, qui en est le siège le plus ordinaire, mais encore tous les vaisseaux lombaires, iliaques, et les lymphatiques profonds de chaque cuisse. Sœmmering a trouvé plusieurs varices sur les vaisseaux lymphatiques superficiels de la cuisse, sur ceux qui partent du sein pour se rendre aux ganglions axillaires. Nous avons rencontré cette disposition variqueuse à la jambe et sur le cordon des vaisseaux spermatiques. Ces varices semblent offrir les mêmes caractères que celles des veines. Lorsqu’on les pique, dit Sœmmering, la lymphe s’en échappe sous la forme d’un jet; si leur existence pouvait être constatée, un bandage compressif serait le seul traitement à leur opposer.

§ rV. — Dégénérescences des vaisseaux lymphatiques.

1® Dégénérescence cancéi'eme. — Les vaisseaux lymphatiques voisins d’un organe dégénéré participent à cette dégénérescence, mais on ignore s’ils peuvent en devenir le siège primitif. M. Andral a observé de la matière encéphaloïde dans les parois du canal thoracique, chez une femme qui avait succombé à une affection cancéreuse de l’utérus. Legendre, chez une femme qui présentait une dégénérescence cérébriforme des ganglions du mésentère, a trouvé de la matière encéphaloîde libre dans la cavité du même canal. De nombreux auteurs pensent que dans cette circonstance, et dans quelques autres analogues, la présence de cette matière dans les vaisseaux était le résultat d’un véritable transport; mais des observations précises ont établi que le sang peut être le siège primitif de la transformation cancéreuse; dès lors U paraît vraisemblable que la lymphe coagulée est susceptible de subir la transformation, et que la matière encéphaloïde trouvée dans le canal thoracique par Legendre a été le résultat de cette dégénérescence locale. S’il en était ainsi, les faits rapportés précédemment démontreraient que le cancer des vaisseaux lymphatiques peut débuter, tantôt par leurs parois, et tantôt par le liquide contenu dans leur cavité.

2® Dégénérescence tuberculeuse. — M. Cruveilhier a vu, chez un phthisique dont les ganglions mésentériques étaient blancs et durs, les vaisseaux chylifères qui se rendaient à ces ganglions, opaques, indurés et remplis par une matière tuberculeuse qu’on faisait sortir par la pression, et qui laissait voir ensuite l’orifice des vaisseaux libre et béant. M. Andral rapporte aussi une dégénérescence de cette nature.

3® Dégénérescence calcaire. — Ainsi que les artères, mais beaucoup moins fréquemment, les vaisseaux blancs peuvent être envahis par le phosphate calcaire qui se dépose dans l’épaisseur de leurs parois, et peut s’y amonceler en assez grande quantité pour les transformer en un cylindre inorganique. Charton a vu le canal thoracique entièrement ossifié ; Walther, Mascagni, etc., ont égalemènt observé ces ossifications.

ARTICLE II

§ 1. — Inflammation des ganglions lymphatiques.

L’inflammation des ganglions lymphatiques est connue sous le nom d’adénite (1) ; elle est beaucoup plus fréquente que celle qui intéresse

(1) Velpeau, Clinique chirurgicale, t. III, p. Iâ7.

752 AFFECTIONS DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIQUES, les vaisseaux; telle cause qui sera trop légère pour enflanimerles troncs vasculaires suffira souvent pour déterminer un engorgement inllammatoirc plus ou moins passager des ganglions.

Anatomie pathologique. — On peut distinguer, dans les altérations que présente un ganglion atteint d’inllammation, trois états successifs, que nous désignerons sous les noms A'induralüm, de ramollissement et de suppuration. Dans la première période, le ganglion acquiert des dimensions plus considérables, et peut doubler ou tripler de volume; il est ferme, dur, roule sous le doigt qui cherche à le presser; incisé, il présente une surface d’un rouge brun, sur. laquelle apparaissent çà et là des points d’une rougeur plus vive, et de très petits épanchements sanguins, dont le siège ne saurait être rigoureusement déterminé. M. Gendrin a cherché à en injecter les vaisseaux sanguins, et les a trouvés imperméables. Vainement aussi le même auteur a-t-il tenté de faire arriver du mercure dans l’intérieur de ces ganglions indurés : le métal, après avoir rempli les vaisseaux obturés, s’arrêtait à quelque distance sans jamais les pénétrer. Nous avons pu faire souvent la même observation ; et, en effet, puisque la coagulation du liquide est le premier phénomène que détermine rinflammation dans les artères, les veines et les vaisseaux lymphatiques, on comprend que ces derniers, qui constituent essentiellement le ganglion, doivent participer à l’inflammation, et par conséquent s’oblitérer. Cette période est donc remarquable par la succession des phénomènes suivants : afflux du sang et de la lymphe, coagulation de ces liquides, suppression du mouvement circulatoire, stase de la lymphe, et enfin œdème lorsque l’induration porte sur un grand nombre de ganglions. L’inflammation peut ne point dépasser ce premier état, et se dissiper ensuite peu à peu; le ganglion reprend alors toutes ses propriétés normales; mais, si elle continue, on voit les liquides, coagulés à l’intérieur des vaisseaux, perdre de leur consistance, et l’adénite passer à la seconde période. La surface du ganglion incisé paraît alors piquetée de points gris, jaunes, blancs, semés de petits foyers purulents; mais ce pus est encore mal élaboré. La consistance du ganglion est alors comparable à celle de la rate; il se laisse facilement déchirer ou écraser. Dans la dernière période, ces petites collections purulentes s’étendent par les progrès du ramollissement, se confondent, et produisent de véritables abcès. Les phénomènes ultérieurs diffèrent suivant la marche que suit la maladie. Si l’inflammation est aiguë, le ramollissement et la fonie purulente, partis du centre du ganglion, ne tardent pas à parvenir jusqu’à sa périphérie, et à le transformer en une sorte de coque qui est bientôt elle-même perforée sur un ou plusieurs points; le pus s’épanche dans le tissu cellulaire voisin, s’y infiltre ou s’y amasse en collection et forme des abcès. Si rinflammation est lente, la suppuration s’opère très régulièrement du centre à la circonférence.

et détruit l’organe tout entier sans s’épancher dans le tissu cellulaire; la tunique celluleuse du ganglion, plus ou moins hypertrophiée, lui forme un véritable kyste.

Symptomatologie. — Les phénomènes qui caractérisent l’inllammation des ganglions se montrent un peu différents lorsqu’elle est intense et rapide dans ses progrès, ou obscure et lente dans son développement. De là deux variétés d’adénite bien distinctes : Vadénite aiguë, et Vadénite chronique.

La première est annoncée par l’apparition de tumeurs multiples, que leurs formes arrondies, leur consistance ferme, leur siège, leur peu d’adhérence à la peau et à toutes les parties voisines, font facilement reconnaître pour des ganglions engorgés. A ce signe, qui est constan t et qui peut exister seul dans les cas les plus simples, vient bientôt se joindre une douleur faible d’abord, puis graduellement plus vive, et enfin extrêmement aiguë et lancinante lorsque l’engorgement devient très considérable. Dans ce cas, le tissu cellulaire environnant participe à l’intlammation et se tuméfie; toute la région est rouge, chaude, tendue; ou bien 1a phlegmasie se limite à une petite surface si un ou deux ganglions seulement sont affectés, comme le'coude en offre quelquefois un exemple après l’absorption d’un principe septique, et l’aine après celle du virus syphilitique. Lorsque la phlegmasie se propage au tissu cellulaire, l’engorgement de ce tissu rend moins manifeste la tuméfaction des ganglions; mais il est encore possible de sentir çà et là des points plus durs, plus élevés, arrondis, qui signalent la présence des tumeurs ganglionnaires irrégulièrement disséminées dans le foyer inflammatoire. Ces phénomènes ont lieu pendant la période d’in^iration, dont la durée varie de huit à quinze jours. A cette époque, si la phlegmasie persiste, les douleurs deviennent plus franchement lancinantes; la rougeur est toujours vive; le toucher ne fait plus constater la présence d’un corps dur et mobile, mais un noyau d’engorgement, adhérent à la peau et aux parties profondes, offrant sur quelques points une consistance pâteuse; un peu plus tard il fait reconnaître, au sommet de l’engorgement, un point dépressible, qui présente une rénitence particulière, et indique au centre du ganglion une petite collection purulente . La fluctuation devient de plus en plus manifeste, lestégumentss’amincissent en prenant une coloration bleuâtre, et s’ouvrent enfin pour donner issue au pus. Tantôt alors le pus s’échappe en petite quantité, c’est ce qu’on observe lorsque la suppuration n’a pas franchi les limites du ganglion; tantôt il se répand au dehors en quantité plus considérable que le volume de la tumeur ne le faisait prévoir. Ce phénomène a lieu dans les circonstances où le liquide s’est amassé en foyer dans le tissu cellulaire. Dans le premier cas, la solution de continuité est adhérente au ganglion; ses lèvres sont proéminentes et renversées en sens contraire,

NÉLATON. — PATU. OIIIH. , ï. 1. ZjS

15U AFFECTJONS DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIQUES, comme si celui-ci les avait refoulées de dedans en dehors pour s’échapper entre elles. Le liquide cesse peu ii peu d’être purulent pour devenir simplement séreux ; la cicatrisation est toujours lente, mais la cicatrice peu apparente. Dans le second, les téguments sont décollés, les bords de la solution de continuité sont (lottants, bleuâtres, plus ou moins amincis, et menacés d’une gangrène partielle; la guérison est souvent plus rapide, mais la cicatrice est beaucoup plus apparente.

Les phénomènes qui accompagnent l’adénite, aiguë oifrent tous les signes ordinaires d’une réaction générale modérée.

L’adénite chronique, qui constitue quelquefois un mode de terminaison de l’adénite aiguë, est le plus souvent primitive. L’indamrnation débute d’une manière sourde par la tuméfaction des ganglions, qui est alors d’autant plus facile à reconnaître qu’elle est strictement limitée à l’organe. Ces engorgements ganglionnaires chroniques sont durs, peu ou point douloureux, môme à la pression, et se montrent souvent sur plusieurs régions simultanément; la peau qui les recouvre conserve toutes ses propriétés et demeure mobile à leur surface. Lorsqu’elle est modérée et limitée à un petit nombre de ganglions, elle constitue ii peine une maladie, et le malade lui-même l’ignore souvent. Mais lorsque plusieurs ganglions, dans une même région, sont alfectés, ils se réunissent, forment une seule tumeur inégalement bosselée, et peuvent occasionner des accidents de plusieurs genres. Ceux qui occupent la glande parotide en déterminent l’atrophie; au cou, on les voit comprimer la trachée ou l’œsophage, et mettre obstacle à la respiration ou à la déglutition. Chez un malade que nous avons observé, la punart des ganglions profonds du cou étaient ainsi indurés ; la compression qu’ils exerçaient sur la trachée et le larynx était telle, qu’elle déterminait parfois des accès de suffocation. Ce fâcheux eflèt disparut dès que par la section sous-cutanée du muscle sterno-mastoïdien nous eûmes permis à la masse ganglionnaire de se reporter en dehors. L’adénite chronique se termine quelquefois par résolution; ce mode de terminaison a surtout lieu chez les enfants, aux approches de l’âge de la puberté. La suppuration en est aussi une terminaison fréquente : nous avons dit que le ganglion, dans cette circonstance, se transforme ordinairement en un abcès enkysté.

Étiologie. — Les causes de l’adénite lymphatique sont le plus souvent externes; tantôt elles agissent directement sur les ganglions, telles sont les contusions et les plaies; tantôt indirectement. Ces dernières comprennent toutes les affections qui, placées au voisinage ou à une certaine distance des ganglions, peuvent se communiquera ces organes, soit par continuité de tissu, soit par des liens sympathiques. C’e.st ainsi que l’adénite succède à un phlegmon diffus développé dans le voisinage de ces ganglions ; c’est ainsi que l’adénite inguinale succède â l’orchite.

AFFECTIONS UES ItANGLIONS LHIPHATIQUES. 730

l’adénite sous-maxillaire à une glossite, l’adénite axillaire à une affection cancéreuse du sein, etc. Cette inflammation est aussi f[uelcjuefois le résultat d’une marche forcée, d’une attitude verticale trop prolongée. Les causes internes sont peu connues ; tout ce qui peut concourir a débiliter la constitution prédispose aux phlegmasies glandulaires. Cette prédisposition, que les enfants présentent à un degré remarquable, se dissipe à l’époque de la puberté.

Diagnostic. — Ces deux variétés d’adénite sont en général faciles a distinguer. Une tumeur simple ou multiple, du volume d’une noisette ou d’une noix, de consistance dure, de forme globuleuse, mobile sous le doigt, et située dans une région où existent des ganglions, annonce une adénite. L’ancienneté de ces tumeurs, leur indolence presque complète, leur volume parfaitement circonscrit, et l’absence de toute trace d’inflammation, caractérisent l’adénite chronique ; des caractères opposés appartiennent à l’adénite aiguë.

Pronostic. — L’inflammation des ganglions lymphatiques est en général une maladie peu grave. L’adénite aiguë, alors môme qu’elle devient très intense, donne rarement lieu à des phénomènes généraux inquiétants. L’adénite chronique est une affection souvent plus fâcheuse, non-seulement parce qu’elle se lie en général à une constitution maladive ou débile, mais parce qu’elle résiste le plus souvent à tous les moyens qu’on lui oppose, et peut devenir la source d’une suppuration de très longue durée.

Traitement. — On amis en usage contre l’adénite aiguë: 1° les moyens antiphlogistiques, les topiques émollients, les sangsues, et, dans quelques cas plus graves, la saignée générale; 2" les frictions mercurielles, dont M. Velpeau a obtenu quelquefois de bons résultats / 3“ la compression; h° le vésicatoire volant, conseillés et employés l’un et l’autre parle même chirurgien. Le dernier moyena paru souvent arrêter les progrès de l’inflammation, et dans les circonstances où son efticacité est impuissante à produire ce dernier résultat, il a hâté le moment de la suppuration; c’est surtout dans la première période de l’adénite syphilitique que son emploi a été avantageux. Lorsque la suppuration n’a pu être prévenue, il importe de donner issue au pus; mais les chirurgiens sont encore partagés d’opinion sur le moment où il convient de pratiquer cette opération. Les uns la conseillent dès que la suppuration devient manifeste ; les autrespréfèrent attendre que la fonte purulente du ganglion soit complète. Nous pensons que ces deux époques sont, la première trop hâtive, la seconde trop tardive. En ouvrant un abcès lorsque la suppuration a détruit la plus grande partie du ganglion, alors qu’elle donne une fluctuation bien évidente, et que le pus ne s’est pas encore épanché dans le tissu cellulaire voisin, on évite les inconvénients d’une cicatrisation très longue et d’une cicatrice très apparente.

Les moyens employés pour ouvrirai! pus une issue iiFextérieur ont aussi varié. Quelques auteurs accordent la préférence aux caustiques, dans le triple but de détruire la peau lorsqu’elle estamincieetdécollée, comme on l’observe assez souvent, d’assurer le libre écoulement du pus en lui ouvrant une large voie, et enfin de limiter rintlammation en la concentrant autour de l’escbare; maison se sert plus généralement du bistouri, même lorsque le pus a fusé dans le tissu cellulaire voisin et produit le décollement de la peau: seulement, dans cette dernière circonstance, au lieu d’une simple incision, on a recours à l’ablation de toutes les parties de la peau qui seraient trop amincies pour qu’on pût espérer leur recollement.

Dans l’adénite ebronique, la compression, les frictions mercurielles, le vésicatoire volant, sont également recommandés. Mais d’autres moyens ont encore été proposés; tels sont: l’écrasement, conseillé par M. Malgaigne ; le séton, employé par M. Lavanier, et l’extirpation, pratiquée d’abord par M. Velpeau, et récemment par quelques autres chirurgiens. Dans l’écrasement, on réduit en grumeaux le ganglion engorgé, dans l’espérance que l’absorption s’exercera sur ces débris avec plus d’énergie que sur l’organe conservé intact. Par ce procédé, MM. Malgaigne et Velpeau sont parvenus quelquefois à obtenir la résolution d’engorgements ganglionnaires qui avaient résisté à tous les autres pioyens; mais l’écrasement n’est pas toujours suivi de la résolution de la tumeur, assez souvent il occasionne une suppuration diffuse et des décollements étendus de la peau. Le séton consiste à traverser le ganglion avec un simple fil; si l’engorgement est considérable ou multiple, on passe plusieurs fils dans divers sens, à travers la tumeur. Quant à l’extirp-ation, on la pratique d’après les règles connues; elle est en général facile; on peut réunir tout do suite ou faire suppurer la plaie. M. Velpeau, ayant observé que la suppuration a presque constamment lieu, conseille de remplir la plaie avec des bourdonnets de charpie, qu’on enlève le troisième ou le quatrième jour. On évite ainsi les fusées purulentes et les clapiers, auxquels expose une réunion primitive incomplète.

§ II. — Plaies des ganglions lymphatiques.

Les plaies des ganglions ont été peu étudiées. L’écoulement de la lymphe, observé après la section des vaisseaux lymphatiques, ne se présente pas à la suite de la coupure de ces organes d’une manière aussi apparente, ce qu’il faut sans doute attribuer à l’excessive petitesse des vaisseaux divisés, vaisseaux qui sont aux troncs lymphatiques afférents ou eüérents ce que les veines de la peau sont aux veinules sous-cutanées des membres. L’écoulement de la lymphe peut avoir lieu en nappe

AKKKCTIONS DES (JANGUONS LY.Ml'll ATKJl'ES. 757

comme celui du sang après une blessure qui n’intéresse que des capillaires sanguins; mais^ dans les deux caSj l’écoulement qui se produit, masqué par le sang au moment môme de l’accident, ne tarde pas à s’arrêter spontanément aussitôt que l’inllamniation se développe, et môme bien auparavant, par la simple coagulation du liquide.

Cependant il importe de rappeler que les abcès des ganglions ouverts prématurément sont très lent-s à se cicatriser, et que le liquide qui s’échappe par la solution de continuité est plutôt sanieux que purulent. Un suintement de la lymphe semble, dans cette circonstance, mettre obstacle aux progrès de la cicatrisation, et donne à ces plaies un caractère particulier qui les rapproche de certains ulcères. Le phénomène essentiel de ces plaies est donc l’inttammation du ganglion. On ignore si après la cicatrisation la continuité des vaisseaux se rétablit. On applique à ces blessures le traitement de l’adénite.

§ 111, — Dégénérescence des ganglions lymphatiques.

Les ganglions peuvent être aüéctés de dégénérescence tuberculeuse, cancéreuse, mélanique et calcaire.

1® Dégénérescence tuberculeuse. — La matière tuberculeuse se présente dans les ganglions, de même que dans les autres organes, à l’état d’infiltration ou de masse, et passe successivement par les périodes de crudité et de ramollissement, pour constituer tantôt une substance d’apparence caséeuse, tantôt un liquide semblable au pus de bonne nature; dans ce dernier cas, l’abcès tuberculeux est entouré d’un kyste formé par la tunique du ganglion qui de celluleuse est devenue fibreuse. Les ganglions qui sont le plus souvent affectés de tubercules sont ceux du thorax et de l’abdomen; viennent ensuite les ganglions des parties latérales du cou, de la base de la mâchoire, de la glande parotide.

Les ganglions envahis par la matière tuberculeuse augmentent de volume au point d’acquérir des dimensions beaucoup plus considérables que celles qu’ils offrent à l’état normal ; en sorte que cette dégénérescence s’annonce par une tumeur dont les caractères diffèrent suivant la période à laquelle elle est parvenue. Dans la première période, cette tumeur est dure, indolente, mobile, sans changement de couleur à la peau, régulièrement arrondie lorsqu’elle est constituée par un seul ganglion, inégalement bosselée et déprimée lorsqu’elle est formée par plusieurs ganglions agglomérés. Dans la seconde période, des douleurs surviennent, la tuméfaction perd de sa dureté pour offrir au toucher une sorte de résistance moins élastique que celle que présente le cancer encéphaloïde; k une époque un peu plus avancée, la tumeur devient manifestement Iluctuante; l’irritation se communique au tissu cellulaire, à la peau, qui contracte dt.'s adhérences avec le noyau de l’engorge-

758 AFFECTIONS DES VAISSEAUX E'T UES tiANGLIO.NS LV.Ml’llATlOÜES.

ment, s’endamme, s^ulcère, et laisse écouler le pus tuberculeux, tantôt par une seule ouverture, tantôt par plusieurs. En général, l'évacuation complète de la matière tuberculeuse est longue, surtout lorsque la tumeur est formée par une agglomération de ganglions dégénérés. iJe là il résulte que ces ouvertures prennent l’aspect des oriüces fistuleux ; quelquefois cependant elles se cicatrisent rapidement, mais alors d’autres ne tardent pas à leur succéder. La suppuration, c’est-à-dire l’élimination de la matière tuberculeuse, est donc le mode de terminaison de cette dégénérescence; mais cette terminaison est-elle la seule possible? On a observé quelquefois chez des individus qui avaient présenté tous les caractères extérieurs de cette affection les ganglions atrophiés, réduits à un petit noyau de substance crétacée ou pierreuse. Ces observations semblent indiquer que la maladie peut aussi, dans de rares circonstances, se terminer par résolution. C’est surtout à l’époque de la puberté qu’on a vu disparaître spontanément ces engorgements' d’apparence tuberculeuse.

Les tumeurs formées par la transformation tuberculeuse des ganglions peuvent être confondues dans leur première période : l°avec un engorgement simplement inflammatoire; 2“ avec un cancer encéphaloïde; et dans la seconde, avec un abcès froid. La distinction de l’adénite chronique et de la dégénérescence tuberculeuse est toujours difiicile et souvent impossible; leur marche et leurs principaux symptômes sont les mêmes; peut-être même l’adénite chronique n’est-elle que le premier état par lequel passe l’affection tuberculeuse. D’étroites analogies rapprochent donc et semblent confondre en une seule ces deux maladies. Mais alors même qu’il serait démontré qu’une inflammation chronique précède toujours le développement des tubercules dans les ganglions, il n’importerait pas moins de distinguer ces deux états l’un de l’autre, puisque le premier est susceptible de résolution, et que le second se termine presque nécessaii’ement par la fonte tuberculeuse et une suppuration intarissable; ils different essentiellement par leurs caractères anatomi-

ques et les dangers qu’ils présentent. L’absence des phénomènes généraux qui caractérisent la constitution scrofuleuse, une douleur vague, l’affection d’un organe qui a des rapports de circulation lymphatique avec les ganglions engorgés, et enfin la cause locale qui a occasionné le développement de la tumeur, indiqueront une adénite chronique; des circonstances opposées feront croire à une affection tuberculeuse. Quant aux tumeurs encéphaloïdes, elles difl'èrent des masses ganglionnaires tuberculeuses : 1° par leur douleur lancinante; 2“ par leur ré-

sistance plus élastique; 3“ par l’état général de la constitution, bien différent dans le cancer et les tubercules; 4“ par la présence d’autres tumeurs semblables, sur des points on il n’existe aucun ganglion; mais ce dernier caractère manque souvent, et les autres peuvent être peu

Al'h'ECTIONS DES (iANCiLlONS LYMIMIATIUUES.

fl’ancliés, en sorte que le diagnostic manque alors de données sullisantes et demeure douteux. Dans la période de suppuration, la dégénérescence luherculeuse ditfère de l’ahcès froid par rengorgement des ganglions voisins, dans lesquels le ramoirissemcnt no s'est point encore opéré, ou s'est opéré d’une manière incomplète.

Cette dégénérescence doit être considérée comme une maladie grave. Los craintes qu’elle lait naître dépendent moins de l'envaliissenient des ganglions par la matière tuberculeuse que de la présence même de cette matière au sein de l’économie; de plus, par le fait de leur développement dans les ganglions, les tubercules occasionnent une tuméfaction qui peut gêner les fonctions des organes voisins, en devenant pour eux une cause de compression. Au cou, ils apportent un obstacle à la respiration, à la déglutition, au retour du sang veineux, à l’abaissement de la mâchoire inférieure, et par conséquent à la mastication; on les a vus aussi produire des douleurs vives à la suite du déplacement et du tiraillement de branches nerveuses. En 1839, à l’hôpital Saint-Louis, une tumeur de cette nature, située à la cuisse, détermina rulcération de l’artère crurale, et cette ulcération fut suivie d’une hémorrhagie mortelle. Mais ce fait est tout à fait exceptionnel ; il est très fréquent de voir des artères complètement entourées de ganglions dégénérés se conserver parfaitement intactes.

Le traitement de cette affection consiste à combattre par les moyens convenables le vice général de la constitution, et à donner issue au pus lorsque le ramollissement de la matière tuberculeuse est complet. Pour hâter ce moment, on a conseillé l’écrasement des ganglions dégénérés ou le massage de la tumeur : ce moyen peut être utile lorsque l’affection ne porte que sur un petit nombre de ganglions superficiellement placés.

2“ Dpgénérescence cancéreuse. — Cette maladie est extrêmement fréquente; mais le plus souvent elle est consécutive à uns aüéction semblable, située dans le voisinage des ganglions, et sur un organe qui a des rapports vasculaires avec eux. Un engorgement inflammatoire se manifeste d’abord, et, après un laps de temps variable, à cette adénite chronique succède la transformation, soit encépbaloïde, soit squirrbeusè. La première variété est celle qu’on trouve le plus souvent dans les ganglions qui ont été primitivement envahis par le cancer.

3“ Dégénérescence mélanique. — La mélanose a été observée dans les ganglions situés à la bifurcation de la trachée et des bronches; elle est très rare dans les ganglions qui occupent les autres régions du corps. Cependant elle a été rencontrée dans les ganglions du cou, et Bresebet en a rapporté un exemple relatif aux ganglions de l’aine.

l\° Dégénérescences calcaire. — Des incrustations irrégulières se forment quelquefois autour des ganglions. Ordinairement limitées à un

points elles peuvenl s’étendre à toute la surface et les entourer d’une coque inorganique. Dans quelques cas rares on a trouvé le ganglion tout entier envalii par des dépôts irréguliers de phosphate calcaire, contenu dans un tissu fibreux qui avait conservé en partie la forme de l’organe. Ces dégénérescences calcaires coïncident ordinairement avec la dégénérescence tuberculeuse.

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