AFFECTIONS INFLAMMATOIHES DES MUSCLES
La myosite se développe aussi par contiguïté de tissus : c’est ainsi que le phlegmon périnéphrétique amène l’inflammation du muscle carré des lombeSj que le muscle psoas etl’iliaque sontsouvent affectésàla suite du phlegmon des fosses iliaques. Les affections des os^ les phlegmons diffus peuvent être la cause de myosites suppurées.
Le traumatisme peut encore être cause de myosite : telles sont les contusions du tissu musculaire, les fractures avec rupture ou déchirures des muscles, les dénudations musculaires à la suite d’opérations chirurgicales ou de désordres jésultant de plaies par arrachement, etc.
Enfin, oïl a considéré la syphilis comme cause de myosite : nous aurons à revenir sur ce sujet lorsque nous traiterons de la rétraction musculaire et des tumeurs syphilitiques des muscles. Est-il besoin d’ajouter que les propositions relatives au siège de la myosite spontanée, à l’àge, à la profession des sujets, cessent d’être exactes pour les myosites qui se développent sous l’influence de§ derniers ordres de causes que nous venons de passer en revue.
Diagnostic. —Le diagnostic de la myosite n’est pas toujours facile, cependant' la forme parfaitement limitée de la tuméfaction, la dureté toute spéciale du muscle malade, permettront de distinguer cette affection du rhumatisme musculaire qui seul peut être confondu avec elle.
Pronostic. — Il est en général peu grave, puisque presque toujours la maladie se termine par résolution, et que si dans les cas les plus sérieux on a observé de la suppuration, celle-ci a guéri encore assez rapidement, et la légère atrophie musculaire qui a été constatée ne parut pas avoir apporté d’obstacle aux fonctions départies à ce muscle. La forme chronique serait la plus sérieuse en raison de sa durée indéterminée.
Traitement. — Les traitements dirigés contre la myosite n’ nt pas jusqu’à présent donné des résultats bien satisfaisants ; on a conseillé les applications de sangsues dès le début, les frictions mercurielles, mais ces moyens ne paraissent pas avoir réussi à empêcher le gonflement du muscle, ni même la suppuration. Dans un cas de ce genre, les onctions mercurielles avaient été poussées jusqu’à produire la salivation ; on a appliqué sans plus de succès des vésicatoires volants; il faut dire cependant que les sangsues appliquées en quantité suffisante font disparaître la tension et la rougeur de la peau. Dans l’état chronique, on tirerait quelque avantage des scarifications, répétées tous les deux ou trois jours, des bains et des douches de vapeur; on pourrait s’aider encore de l’application de pommades résolutives.
Lorsque les muscles se prennent par continuité, il peut être utile de faire des incisions prématurées, et d’évacuer de bonne heure le pus dont la présence peut favoriser l’inflammation des muscles; les lavages fréquents, les contre-ouvertures, le drainage chirurgical, peuvent rendre de véritables services.
§ 11, — Abcès des muscles.
Les abcès des muscles sont assez rares : ils succèdent, les uns à la myosite; d’autres sont symptomatiques de l’infection purulente ou de la morve, d’autres enlin sontidiopatliiques ; ces derniers, les plus rares de tous, ont été surtout signalés par les auteurs du Compendium, et décrits sous le nom <V abcès froids des muscles. Ce sont les seuls dont nous nous occuperons ici, nous nous bornerons à reproduire la description qui eti a été donnée,
« Ces abcès jie sont peut-être pas aussi rares qu’on serait porté à le croire, d’après le silence que les auteurs ont gardé h leur sujet: l’un de nous, M. A. Bérard, en a déjà observé plusieurs exemples; leur siège le plus ordinaire a paru être aux membres supérieurs. Dans deux cas, l’abcès était développé dans l’épaisseur du muscle biceps brachial; dans un autre, il occupait la masse musculaire des radiaux externes et du long supinateur un peu au-dessous du coude.
» La cause de ces abcès est tout à fait obscure. Les personnes affectées étaient des femmes d’âge et de constitutions différentes.
» Les .symptômes auxquels ces abcès donnent lieu sont peu nombreux : il se fait une tumeur qui s’accroît lentement sans cbangement de couleur à la peau, sans douleur vive, sans gêne notable du muscle affecté, quelquefois les malades ressentent des élancements spontanés ou qui se renouvellent par suite de contractions musculaires. Le volume auquel étaient p:irvcnus les divers abcès que nous avons observés était peu considérable et ne dépassait pas celui d’une noix.
» On reconnaît que la tumeur est liée à un muscle par les variations de mobilité ou d’immobilité qu’elle présente, selon que les fibres charnues qui l’emprisonnent sont dans le relâchement ou dans un état de contraction qui les rend tout à fait fixes et rigides. On peut même, dans certains cas, s’assurer que la tumeur n’est pas adhérente au muscle, mais qu’elle se trouve placée dans son épaisseur, lorsque sa surface, facile à explorer pendant l’état de repos, disparaît tout à coup et semble se cacher derrière les bandes résistantes quand le muscle entre en contraction.
» Il n’est pas aussi facile d’établir à quelle sorte de fumeur on a affaire. Si l’on comptait sur sa mollesse et sa fluctuation pour la diagnostiquer, on tomberait dans l’erreur. Cette erreur nous l’avons commise sur la première malade qui s’est offerte h notre observation... Une jeune personne d’une vingtaine d’années, grande, brune, bien constituée, avait une tumeur du volume d’une noix, développée dans le muscle biceps brachial vers sa partie moyenne; cette tumeur était dure, un peu inégale et des élancements s’y faisaient parfois sentir; elle avait ré-
AFFECTIONS INFLAM.MATÜlllES DFS TENDONS. 7/5
sisté k l’emploi des résolutifs, nous pensâmes qu’il convenait d’en faire l’ablation. Une incision verticale fut pratiquée sur le bras ; la peau, la couche graisseuse sous-cutanée, l’aponévrose turent successivement divisées, ainsi que la couche superficielle du muscle biceps. Les bords de la plaie écartés et la surface de la tumeur k découvert, je m apprêtai k l’isoler, et pour mieux la soulever, je la saisis avec des pinces k érignes : mais k peine les dents de la pince eurent-elles pénétré dans son épaisseur, qu’il s’écoula un liquide purulent le long des crochets ; je reconnus dès lors ma méprise, je fendis la poche de haut en bas, et je tombai dans un foyer purulent. Les parois de l’abcès avaient une grande épaisseur, elles étaient dures et anfractueuses. Cette disposition anatomique explique la méprise que nous avons faite. La paroi antérieure du kyste purulent fut seule enlevée, le fond fut bourré de charpie. La plaie suivit la marche ordinaire des solutions de continuité qui suppurent, et s’est cicatrisée lentement après avoir exigé plusie«i*s cautérisations avec la pierre infernale. »
A. Bérard rapporte une observation tout k fait semblable k la précédente, mais cette fois il reconnut la maladie, et il se borna k faire une incision; il termine son article delà manière suivante:
« Ces observations montrent le tableau des symptômes de cette maladie et des moyens de traitement qu’il convient de lui opposer (1). »
§ III, — Inflammation des tendons.
Tout ce qui a été dil jusqu’il présent de l’inflammation des tendons se trouve basé sur des hypothèses ou établi d’après de simples données anatomiques. Certains auteurs, partant de ce fait que les tendons n’ont pas de vaisseaux qui leur soient propres, pensent que ces organes ne sauraient s’enflammer; d’autres, considérant les lésions qui résultent de certains états pathologiques ou du traumatisme, professent que les désordres observés sont une conséquence de l’inflammation; quelques autres admettent une inflammation du tissu cellulaire intrafibrillaire, ou bien regardent l’inflammation comme consécutive k celle des tissus environnants. Jusqu’ici les faits n’ont pas encore tranché cette question, et ne pouvant ici discuter ni môme exposer les raisons sur lesquelles s’appuient les auteurs, nous nous bornerons à consigner les lésions qui ont été regardées, k tort ou k raison, comme une conséquence de l’inflammation des tendons, c’est-k-dire leur mortification, leur exfoliation.
La dénudation du tendon est une cause fréquente d’exfoliation, qu’elle soit produite par l’inflammation et la suppuration du tissu cellu-
(l) Compendium de chirurgie, l. II, p. 212.
laire ambiant, ou de la gaine tendineuse, comme cela s’observe à la suite du panaris oü du phlegmon ditius; qu’elle ait été déterminée par la gangrtme de la peau, les tendons étant mis à nu à la chute des eschares, ou bien par des plaies étendues et surtout des plaies à lambeaux, dont on n’a pu obtenir la réunion immédiate. L’exfoliation est encore observée à la suite de plaies ou de contusion violente des tendons, elle est quelquefois consécutive à des tumeurs blanches.
Tous les tendons no sont pas -également exposés à la mortification, 1 observation a démontré qu’elle était beaucoup plus fréquente et plus rapide pour les tendons grêles renfermés dans des coulisses synoviales. Les tendons volumineux, par conséquent plus vasculaires, le tendon d’Achille par exemple, résistent davantage ; il n’est môme pas rare d’y observer des exfoliations partielles, ainsi que nous aurons occasion de le dire.
Que se passe-t-il lorsque le tendon s’exfolie? Le tissu tendineux perd de sa consistance, puis foutes les fibrilles qui le composent se désagrègent, finissent par se séparer complètement, il y a une véritable désorganisation; bientôt toutes ces parties se détachent, sont expulsées avec le pus par lambeaux plus ou moins volumineu>. Tant que la partie mortifiée n’est pas rejetée, la solution de continuité ne se ferme pas, elle donne passage à une quantité souvent considérable de pus qui exhale une odeur fétide qui rappelle l’odeur de l’eau de macération. Lorsque toute la partie mortifiée a été expulsée, la plaie se cicatrise, mais les fibres musculaires qui venaient s’insérer sur les tendons ne peuvent plus remplir leurs fonctions, et la région a perdu une partie de ses mouvements.
La dénudation des tendons n’est pas toujours suivie de leur exfoliation ; celle-ci, dans certaines circonstances, est seulement superficielle, toute la portion mortifiée Vélimine et le reste du tendon se cicatrise.
Voici ce que l’on observe quand un tendon dénudé échappe à l’extoliation. La surface du tendon se couvre peu à peu de bourgeons charnus, qui bientôt se réunissent aux parties environnantes, et le tendon, au lieu de glisser au milieu des tissus qui l’avoisinent, est soudé avec eux, de sorte que les mouvements se trouvent aussi profondément altérés que si le tendon avait été exfolié en totalité. Cependant il est des cas où la cicatrice est lâchement unie aux parties ambiantes, alors celle-ci suit les mouvements que lui impriment les contractions musculaires, et si l’action du muscle n’est pas abolie, il reste un autre inconvénient, c’est la douleur et quelquefois les ulcérations qui résultent du tiraillement de la cicatrice. Dans les cas les plus heureux, la contraction allonge insensiblement les adhérences, et peu à peu les muscles finissent par recouvrer leurs fonctions d’une manière plus ou moins complète.
AFFCTIONS TRAUMATIQUES UES MUSCLES ET UES TENüONS. 775 La cicalnsatioii du tendon exfolié en pai’lie se fait par un mécanisme tout à fait semblable îi celui que nous venons d’exposer.
Lorsque des tendons auront été dénudés, on s’efforcera de les recouvrir immédiatement avec les téguments voisins, et si l’on obtient une réunion immédiate, on devra légitimement espérer que la lésion n’aura pas de suite. Mais si à l’aide d’un pansement convenable on ne peut prévenir l’exfoliation, on devra enlever chaque jour avec des ciseaux toutes les parties mortifiées, afin de bâter la guérison de la plaie; on évitera cependant de faire des tractions trop fortes, car on s’exposerait à détruh*e des portions qui n’ont pas été envahies par la mortification. Si l’exfoliation est incomplète ou si le tendon se couvre de bourgeons charnus, on devra imprimer de bonne heure à la partie des mouvements aussi étendus que possible, afin de rendre les adhérences lâches et extensibles ; par les manœuvres qui devront être dirigées d’une manière très méthodique, on préviendra souvent une trop grande difformité.
Mais lorsque, malgré ces précautions, les adhérences sont tellement solides qu’il est impossible d’imprimer le moindre mouvement à la partie, et que celle-ci se trouve dans un état de llexion ou d’extension qui apporte une gêne notable dans l’exercice des fonctions , il est indiqué de recourir à la ténotomie. A la vérité, on ne rendra pas au muscle la fonction qu’il a perdue, puisque l’incision doit porter sur la continuité de son tendon, dont les deux bouts seront complètement isolés; mais on permettra aux muscles antagonistes de remplir leurs fonctions, et souvent les muscles congénères du tendon coupé, n’étant plus gênés, pourront rendre à l’articulation les mouvements qui étaient devenus impossibles. Dans quelques cas enfin, on a réussi, à l’aide des incisions sous-cutanées, à isoler complètement le tendon en coupant les cicatrices qui l’unissaient aux parties voisines : ce serait certainement l’opération qui devrait être pratiquée, mais malheureusement elle n’est pas souvent applicable. Quoi qu’il en soit, lorsque cette opération aura été faite, on devra exciter de très bonne heure les contractions des muscles auxquels appartient le tendon, afin de prévenir de nouvelles adhérences, ou du moins pour rendre celles-ci aussi lâches que possible.
ARTICLE IL
§ 1. — Plaies des muscles.
Nous avons vu, lorsque nous avons étudié les plaies en général, qu’il y avait écartement entre les lèvres de la solution de continuité; dans «lucun tissu cct écartement n’est aussi considérable que dans le tissu
musculaire : ce phénomène est trop facile ii comprendre, pour que nous ayons besoin d’en donner l’explication. On conçoit également que l’écartement sera proportionnel à la longueur des fibres musculaires, à la force du muscle, à l’énergie du sujet, et enfin à la position de la partie: ainsi la plaie sera à son maximum d’écartement lorsqu’un muscle fléchisseur aura été divisé et que le membre sera porté dans l’extension. Ce que nous venons de dire s’applique aux plaies transversales; car dans les plaies longitudinales les bords de la division s’écartent dans le relâchement, se rapprochent au contraire lorsque le muscle se contracte.
Les plaies des muscles saignent en général abondamment, néanmoins l’hémorrbagie s’arrête en général assez facilement, et ce n’est seulement que lorsque des vaisseaux importants qui traversent le muscle ont été divisés, que l’on est contraint de recourir à la ligature.
Il est rare que les plaies des muscles aient des conséquences fâcheuses, néanmoins nous devons faire observer que les fonctions du muscle sont abolies dans une proportion en rapport avec la portion intéressée, jusqu’au moment de la cicatrisation; ajoutons que des adhérences avec les tissus voisins, que les pertes de substance étendues peuvent rendre permanente une abolition de fonctions qui n’est que temporaire dans l’immense majorité des cas.
Tl est encore un point sur lequel nous devons appeler l’attention : le tissu cicatriciel interposé entre les parties divisées du muscle ne présente pas l’aspect des fibres musculaires, c’est du tissu fibreux intimement uni aux fibres qui ont été eoupées et qui rappelle les intersections du muscle droit antérieur de l’abdomen.
Les plaies longitudinales n’offrent pas d’indications spéciales; les plaies accompagnées d’écartement nécessitent seules un pansement particulier: les parties seront maintenues dans un état de repos absolu, dans une position qui tienne les lèvres de la plaie aussi rapprochées que possible ; la compression, les bandages, seront utiles en favorisant le rapprochement et en maintenant les parties dans la position la plus favorable; il est rare que les bandelettes puissent avoir de l’aetion sur les muscles, aussi ne sont-elles que très exceptionnellement usitées. Quant à la suture, elle a été proscrite et avec raison ; car la présence d’un corps étranger dans l’épaisseur des fibres musculaires excite dans ce tissu des contractions souvent très énergiques, de là un écartement plus considérable et des tiraillements, dont la conséquence est la déchirure des muscles.
Nous n’avons que peu de chose à dire sur la contusion des muscles; la plupart des phénomènes propres à cette lésion ont été exposés dans l’histoire de la contusion en général; on comprend d’ailleurs que si les fibres musculaires ont été détruites par la violence de l’action vulné-
AFFECTIONS ÏIUÜMATKjUES DES .MUSCLES ET DES TENDONS.
rante, les fonctions des muscles seront abolies jusqu'à ce que le désordre soit réparé. Quoi qu'il en soit, rappelons que la douleur, d'une part, l’attrition et l'espèce de stupéfaction qui succède à la contusion, amènent une paralysie momentanée qui disparaît au bout d’un temps très variable ; nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce point lorsque nous traiterons de la paralysie du muscle deltoïde.
§ 11. — Plaies des tendons.
Les plaies des tendons, comme celles des muscles, sont longitudinales ou transversales, complètes ou incomplètes. Les plaies longitudinales et les plaies incomplètes n'offrent point de particularités qui méritent de nous arrêter, lorsque les tendons ne sont pas exposés au contact de l'air ; dans le cas contraire, il peut y avoir exfoliation totale ou partielle.
Les plaies longitudinales et complètes, au contraire, présentent des particularités dignes de l'attention des chirurgiens. Dès qu'un tendon a été divisé, on observe immédiatement un écartement qui varie avec la puissance des fibres charnues qui s'attachent à ce tendon et avec la laxité du tissu cellulaire qui entoure le muscle et le tendon lui-même. Cet écartement est surtout produit par le bout qui correspond au corps charnu, cependant le bout opposé peut être lui-même écarté par le fait du mouvement imprimé par les muscles antagonistes.
Il est extrêmement facile de reconnaître cette espèce de lésion. La solution de continuité est-elle sous-cutanée, on voit que le relief que formait le tendon à l’état normal, ou dans la contraction énergique du muscle, adisparu ; au niveau du point où a porté l'instrument tranchant, on voit ou plutôt on sent avec le doigt une dépression plus ou moins profonde, et dont l’étendue est mesurée par l’écartement des deux bouts divisés;le muscle qui s’insérait sur le tendon a perdu la faculté de communiquer des mouvements. Lorsque la plaie est à ciel ouvert, on trouve une cavité, une sorte de canal plus ou moins profond, comblé à l’état normal par le tendon actuellement entraîné par la contraction musculaire; en écartant les bords de la plaie, il est quelquefois possible d’apercevoir un seul bout et plus rarement les deux bouts du tendon divisé.
Les plaies des tendons peuvent être fâcheuses lorsque les deux bouts contractent isolément des adhérences avec les tissus ambiants; l'insertion musculaire se trouve pour ainsi dire déplacée. La fonction du muscle est donc complètement anéantie, si le tendon est venu s’insérer sur le levier qui donne attache à l’autre extrémité du muscle ; elle est pervertie au contraire, si l’adhérence fixe le muscle sur un autre levier. Souvent cependant les deux bouts se cicatrisent et les fonctions se rétablissent exactement comme si le tendon n’avait pas été coupé, et
l’on devra compter d’autant plus sur ce résultat, que l’écartement sera moins considérable et les lèvres de la plaie plus exactehient rapprochées.
\^(i tvnitement des plaies des tendons est bien simple. On maintiendra les parties dans une position telle que les deux bouts soient aussi rapprochés que possible; elles seront fixées de telle manière que les muscles antafîonistes ne puissent augmenter l’écartement : ainsi, pour une plaie des tendons de la face dorsale de la main, on appliquera la face palmaire sur une palette de bois, afin que les muscles llécbisseurs ne produisent pas d’écartement par leur contraction; on obtiendra ce résultat à l’aide de bandages et d’appareils dont la disposition devra nécessairement varier avec la région alïèctée. Mais il est rare que ces pansements puissent suffire : en elfet, la tonicité et la contraction du muscle dont le tendon est divisé, déterminent un écartement dont on ne saurait triompher par ces moyens, on est forcé d’en venir à la suture.
Fendant longtemps la suture des tendons a été regardée comme dangereuse, aussi a-t-elle été repoussée par beaucoup de chirurgiens, et ce n’est que depuis quelques années seulement qu’elle a été acceptée dans la pratique. Les recherches de Mondière (1) n’ont pas peu contribué à populariser cette méthode, qui fort souvent a donné de très beaux résultats.
Avant de pratiquer la suture, la première chose à faire est d’aller à la recherche des deux bouts du tendon. Quelquefois la manœuvre est très simple, on les trouve au fond de la plaie; mais souvent on ne rencontre qu’un seul bout, c’est celui qui ne donne pas attache à des fibres musculaires, l’autre est souvent caché profondément dans la coulisse qui forme sa gaine. Dans certains cas, il est assez facile de saisir le tendon avec des pinces longues et étroites, mais dans d’autres il existe des difficultés réelles; on exerce alors des pressions sur le corps charnu du muscle, on place la partie dans la position qu’elle aurait si le muscle affecté se contractait avec énergie : il est rare qu’avec un peu de patience on ne finisse pas par en arriver à ses fins. Ce n’est pas tout d’avoir saisi le tendon, il faut encore l’attirer dans la plaie. Les tractions que cette manœuvre nécessite sont souvent extrêmement douloureuses : aussi dans un cas cité par Valentin (2), plusieurs tendons avaient été divisés en môme temps, il fut impossible de pratiquer dans la môme séance la suture de tous les tendons; les tractions que nécessita le rapprochement des premiers tendons sur lesquels on opéra, mirent le malade dans un état tel, qu’il fallut ajourner la fin de l’opération.
La suture sera pratiquée de la manière suivante. Avec une aiguille garnie
(1) Archives générales de médecine, 2“ série, 1833, t. Il, p. 55.
(2) Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1839, p. 107.
AFFECTIONS THAUMATIQUES DES MUSOJJiS ET DES TENDONS. 779 d’un fil ciré, on traversera toute l’épaisseur de chaque bout du tendon a 5 niilliinètres au moins de son extrémité, car il serait à craindre qu’en se rapprochant davantage du bord libre, le fil ne séparât trop rapidement les libres qui composent le tendon. H y aurait avantage 5 passer le fil encore plus loin de la solution de continuité, si le muscle étai ttrès puissant et s’il avait fallu des tractions violentes pour ramener le tendon dans la plaie ; si le tendon était volumineux, il serait sage de faire deux points de suture. La suture achevée, on coupera un des chefs des fils comme après la ligature des artères, et on laissera pendre l’autre au dehors; les bords de la plaie extérieure seront ensuite rapprochés, et a l’aide d’un bandage convenable, on maintiendra les parties dans une position qui mette le muscle affecté dans le plus grand relâchement possible : au bout de quinze jours environ, le fil sort avec quelques gouttelettes de pus. On aura soin de continuer le même bandage même quelque temps après la chute des fils.
En général, les blessés recouvrent toute la liberté de leurs mouvements. Une certaine quantité de lymphe plastique s’est épanchée dans la plaie, elle a pris la consistance fibreuse, tout en soudant les deux bouts du tendon; dans quelques cas, cette lymphe plastique est déposée en telle quantité, qu’elle forme un renflement qui semble englober les deux bouts du tendon; ces nodosités finissent quelquefois par disparaître.
Les choses ne se passent pas toujours aussi bien, quelquefois les deux bouts contractent isolément des adhérences avec les lèvres de la plaie, la fonction du muscle se trouve altérée ou même abolie ; si cependant dans ces cas les bouts des tendons sont en même temps réunis, il est encore quelquefois possible à l’aide d’un ténotome de détacher les adhérences et de rendre au muscle sa liberté d’action.
Dans des cas plus fâcheux encore, la plaie s’enflamme et suppure, il ii’y a pas de réunion, et dès que le fil est tombé les bouts du tendon s’écartent comme au moment de l’accident, avec cette seule différence que les deux surfaces du tendon sont cicatrisées isolément; on comprend quelles doivent être les conséquences d’un pareil résultat, cependant toute ressource n’est pas encore perdue. A. Petit (de Lyon), dans un cas où il existait entre les deux bouts du tendon un écartement de 5 centimètres, mit à découvert les deux extrémités renflées, les réséqua, réunit les deux plaies récentes par la suture : au bout du vingt-cinquième jour les mouvements étaient rétablis.
ARTICLE 111
Ces ruptures peuvent occuper tantôt les fibres musculaires, tantôt les fibres tendineuses, ou bien intéresser dans le môme point et simultanément ces deux ordres de fibres. Les premières sont les plus rares, les secondes les plus fréquentes; quant aux troisièmes, la définition quenous venons de présenter de leur siège difi'ère d’une manière essentielle de celles qui ont été données par.plusieurs auteurs. Sédillot, le premier, avança qu’elles existaient au point de réunion des fibres musculaires et des fibres tendineuses, de telle sorte que l’accident éprouvé par le malade consistait moins dans une solution de continuité que dans un décollement de deux éléments du muscle (1). Mais cette opinion nous paraît inadmissible: l’insertion des fibres musculaires sur les tendons se fait si obliquement, qu’elle les recouvre dans la plus grande partie de leur étendue, ou en sont recouvertes. De ces rapports respectifs il résulte que si l’élément contractile et l’élément fibreux du muscle venaient à cesser d’adhérer, au moment où leur adhérence serait rompue, ils ne s’abandonneraient pas entièrement; ils glisseraient seulement l’un sur l’autre à la manière de deux coins superposés et entrecroisés, mais ne s’écarteraient pas assez pour laisser entre eux un intervalle manifeste; or, au contraire, les enfoncements limités par des bords saillants, taillés à pic et perpendiculaires à l’axe du niuscle, sont le phénomène qu’on observe le plus souvent à la suite de cet accident. L’observation repousse donc l’hypothèse d’un décollement; et par conséquent toutes les ruptures qui ont été présentées comme des exemples de séparation des tendons doivent être considérées comme des solutions de continuité qui comprennent à la fois les fibres musculaires et les fibres tendineuses, dans des proportions qui varient suivant qu’elles se rapprochent davantage du corps du muscle ou du corps du tendon. Lorsqu’elles occupent le point où les fibres contractiles cessent de recouvrir le tissu fibreux, comme la plupart de celles que Sédillot a prises pour des décollements du tendon, elles deviennent exclusivement tendineuses. En restituant ainsi à cette dernière classe de rupture tous les faits qui lui appartiennent, on trouve que les divisions tendineuses, loin d’être les plus rares, comme tend à le démontrer la statistique dressée par cet auteur, sont véritablement, ainsi que nous l’avons avancé, les plus communes. Les recherches suivantes ne laissent aucun doutesur ce point: nous avons
(t) Mémoires sur la rupture pulmonaire, par Jean Sédillot, dans les Mémoires de la Société de médecine. Paris, 1817.
lU’PTL'UES UES .MUSELES ET DES TENDONS. 781
réuni 69 exemples de ruptures; dans ce nombre, 26 sont extraits du mémoire de Sédillot (nous avons cru devoir éliminer les observations 9% 2()“ et 23“, dans lesquelles l’existence d’une rupture n’est pas suflisammenl démontrée), 12 du mémoire de M. Demarquay sur les ruptures du tendon du crural antérieur ; 5 de l’ouvrage de Boyer, 6 du grand Dictiomab'e des sciences médicales.) un de la Medecine operntoiy'e de M. Velpeau : des trois derniers, l’un appartient à S. Cooper, l’autre est une rupture du muscle biceps brachial que nous avons observée a l’hôpital Saint- Louis; le troisième est une rupture du tendon du muscle crural antérieur. Sur ces 69 laits, 16 fois la rupture a eu lieu dans le corps du muscle, et 29 fois, soit sur le tendon, soit au point d’union du tendon et du muscle ; dans les six autres, le siège n’a pas été indiqué. Ces résultats send)lent donc nous démontrer que deux fois sur trois le tendon est le siège exclusif ou principal de la rupture; mais cette conclusion, formulée d’une manière aussi générale, demande à être interprétée.
En parcourant les 63 observations dans lesquelles le siège de la rupture a été constaté, on voit que les muscles dont les fibres sont longues et les tendons très courts, se rompent dans la continuité des fibres musculaires, tandis que ceux dont les fibres sont courtes, multipliées, et les tendons plus allongés, se rompent dans leur portion fibreuse. Ainsi, Larrey, S. Cooper, Boyer, Ricberand, ont observé la rupture du muscle droit de l’abdomen, et chaque fois la division avait son siège sur les fibres charnues; le couturier, le psoas et iliaque, le sterno- mastoïdien, le biceps brachial, se l’ompent rarement, mais leur rupture paraît être presque constamment musculaire. Les extenseurs de la jambe sur la cuisse et du pied sur la jambe, qui offrent une disposition anatomique opposée, se rompent dans leurs tendons. La loi que nous avons énoncée plus haut sur la fréquence des ruptures tendineuses n’est donc vraie qu’autant qu’on l’applique à ces derniers muscles; ceux qui ont des fibres longues sont soumis dans leur rupture 6 une loi opposée. Ainsi, le premier fait que nous fournit la statistique est celui-ci : les fléchisseursse rompent dans leur partie charnue, et les extenseurs sur leur partie fibreuse. Telle est l’inlluence de la longueur des fibres musculaires sur le siège des ruptures; il nous reste à indiquer celle que la position des muscles exerce sur la fréquence des mômes lésions. Classant sous ce dernier point de vue les 69 faits que nous avons mentionnés, nous trouvonsque 6 appartiennent à l’abdomen, ils sont relatifs au muscle sterno-pubien ; 2 au cou, ils ont été observés par Cavalier sur le sterno-mastoïdien; 2 au membre supérieur, l’un occupant le biceps, et l’autre le deltoïde; 61 au membre inférieur; et parmi les muscles de ce membre 37 (ois la rupture a eu pour siège les extenseurs du pied et de la jandje. La statistique, envisagée sous ce rapport, nous ollrc donc
en quelque sorte le complément du premier résultat auquel elle nous a conduits: elle nous a montré plus haut, en eflet, que les extenseurs se rompent sur leurs tendons, et actuellement elle nous apprend que ces mêmes muscles, et particulièrement ceux 'du muscle abdominal, sont le siège le plus fréquent de cette lésion ; le rapprochement de ces deux faits nous ramène è notre conclusion première sur la fréquence des ruptures tendineuses, et nous en donne la véritable interprétation.
Ces ruptures ont ordinairement lieu au moment d’une chute, d’un faux pas, d’une contraction brusque et imprévue; en un mot, dans les circonstances où l’instinct seul semble diriger nos mouvements. Cependant on les observe aussi quelquefois à la suite des elforts volontaires; parmi ces derniers il faut surtout ranger ceux qui ont pour but de franchir un espace horizontal ou vertical, et qui mettent en jeu les puissances extensives; mais dans ces deux circonstances les conditions nécessaires à la production de la rupture ne dillèrent pas sensiblement; pour les bien saisir, il importe d’avoir présentes à l’esprit les fonctions que remplissent les nerfs sensitifs des muscles: ces nerfs donnent aux muscles volontaires une sensibilité spéciale; de cette sensibilité dérive pour nous la conscience du degré de leur contraction, et de cette conscience la faculté de proportionner nos efforts aux obstacles que nous avons à vaincre. Au moment d’un faux pas, d’une chute, d’un danger, etc. , nos muscles, stimulés par l’instinct de la conservation, se contractent violemment et instantanément; l’intlux nerveux leur arrive de l’encéphale par les nerfs moteurs, mais l’état de leur contraction cesse d’arriver à l’encéphale par les nerfs sensitifs, dès lors il perd le sentiment de l’action musculaire, et l’émission de l’intlux nerveux continue sans qu’il intervienne pour la modérer, quelque surabondante qu’elle soit. Et si les fibres soumises à cet influx nerveux surabondant trouvent à leur raccourcissement un obstacle invincible, elles se tendent au delà des limites physiologiques et se rompent; elles pourront encore se rompre après s’être contractées, si une force mécanique supérieure à celle qui les anime vient contre-balancer brusquement leur contraction. Dans les efforts volontaires les muscles se contractent aussi quelquefois d’une manière brusque, violente et instantanée; leur action contractile peut être portée d’emblée à un degré excessif, et la rupture s’opère alors avant que l’encéphale ait eu la conscience de leur contraction, et ait pu graduer l’émission de l’influx nerveux, ou la suspendre pour prévenir cet accident. Ainsi donc, toutes les fois qu’une rupture succède à un mouvement instinctif, ou bien à un eflort volontaire violent et instantané, elle est le résultat de la suspension provisoire des corrélations établies entre l’encéphale et les muscles par les nerfs sensitifs. Dans le vomissement, l’épilepsie, cette corrélation n’existe plus; dans le tétanos elle demeure intacte; mais les centres nerveux sont impuissants à diri-
geret à contenir IMnflux nerveux: aussi chacun de ces états pathologiques a-t-il quelquefois occasionné des ruptures.
§ 1, — Rupture des muscles.
Ces ruptures ont été longtemps méconnues, et décrites tour à tour sous les noms à’ éraillements des aponévroses, de luxations, A’ entorses, de hei'nies des muscles. En 1781, Ronsille Chamseru lut k la Société royale de médecine plusieurs observations sur ce sujet] l’année suivante, Fagner l’aîné en rapporta aussi quelques exemples. Mais de tous les auteurs, J. Sédillot est celui dont les travaux ont le plus contribué à éclairer ce point de chirurgie, qu’il aborda dans sa dissertation inaugurale en 1786, et qu’il traita avec plus d’étendue en 1817, dans un mémoire lu à la Société de médecine de Paris.
Siège. — Ces ruptures affectent le plus ordinairement, ainsi que nous l’avons dit, les fléchisseurs, dont les fibres sont longues et les tendons très courts; au tronc, le grand droit abdominal, le psoas et iliaque; au cou, le sterno- mastoïdien ; sur le membre supérieur, le biceps brachial ; au membre inférieur, elles ont été observées sur la longue portion du biceps crural et sur le couturier, qui est à la fois adducteur et fléchisseur de la jambe. Beaucoup plus rarement les extenseurs en sont affectés; cependant des faits incontestables démontrent qu’elles ont quelquefois pour siège les muscles jumeaux, le muscle crural antérieur, les muscles des gouttières vertébrales, le deltoïde, qu’on peut ranger dans la môme classe. Ces ruptures sont complètes ou partielles; ces dernières peuvent intéresser la moitié, le quart du muscle, ou seulement quelques-unes de ses fibres ; sous ce point de vue les ruptures diffèrent essentiellement, suivant qu’elles occupent les fléchisseurs et les extenseurs ; elles sont presque constamment complètes dans les premiers, et partielles dans les seconds.
Anatomie et rhysiolooie pathologiques. — Dans plusieurs circonstances, le tétanos par exemple, la mort étant survenue peu de temps après la rupture, les caractères anatomiques de cette solution de continuité ont pu être constatés par l’observation directe. Les fibres divisées sont rompues au même niveau ; dans ce point, elles sont séparées par un intervalle qui est proportionnel k la longueur des fibres, et toujours plus considérable dans les ruptures complètes; une petite quantité de sang est épanchée entre les deux bords de la division et dans le tissu cellulaire ambiant. L’aponévrose qui recouvre le muscle, sansavoir avec lui aucun lien de continuité, participe-t-elle k la déchirure? Les auteurs qui nous ont transmis les détails précédents ne mentionnent point l’état de l’envelop|)e fibreuse du muscle. Les phénomènes ultérieurs de ces ruptures sont très simples: épanchement de lymphe plastique dans l’in-
'8/» Ayi'-ECTIONS DES MUSCLES ET UES TENDONS,
tervallc des deux bouts du muscle, entre leurs fibres et autour d’eux; condensation, vascularisation, et enfin organisation de cette lymphe sous la forme d’une intersection fd)reuse analogue k celle que présentent certains muscles: tels sont ces phénomènes, qui ne paraissent pas différer de ceux qu’on observe à la suite des plaies sous -cutanées. L’étendue de cette intersection fd)reuse est -elle égale à l’écartement des bords de la rupture? Les faits manquent pour résoudre cette question ; mais nous, nous sommes disposé à penser qu’elle est, en général, beaucoup moindre, et nous appuyons cette opinion : 1“ sur le peu d’affaiblissement des forces musculaires après la cicatrisation du plus grand nombre de ces ruptures, dont l’écartement est souvent de plusieurs centimètres; 2“ sur la propriété rétractile des tissus de cicatrice, qui attirent à eux toutes les parties qu’ils réunissent, alors même qu’elles offrent une grande résistance. Or, au contraire, les muscles sont très extensibles, et par conséquent les bords de leurs divisions doivent céder facilement à cette élasticité qui tend à les réunir.
Symptomatologie. — Les phénomènes qui annoncent une rupture musculaire sont: 1° un bruit de craquement semblable à celui qui résulte de la rupture d’une corde fortement tendue; 2“ une douleur vive, instantanée, que les malades, au moment même de l’accident, rapportent ordinairement à un coup de fouet, de pierre ou de bâton : cette douleur cesse dans l’état de repos, et paraît lorsque le muscle se contracte ; 3“ l’impossibilité d’exécuter les mouvements auxquels préside le muscle rompu; â" un enfoncement plus ou moins facile à constater : les bords qui limitent cet enfoncement présentent un écartement dont l’étendue varie de quelques millimètres à k ou 5 centimètres : cet écartement, pour une môme rupture, varie aussi avec l’état de relâchement ou de contraction du muscle, et dans les divers mouvements mécaniquement imprimés à la région malade; 3“ enfin une ecchymose qui se montre le deuxième ou le troisième jour après l’accident. Mais ce phénomène est loin d’être constant; il doit se manifester difficilement dans les régions où les muscles sont bridés par de fortes aponévroses, lorsque celles-ci sont restées intactes. Il est probable que dans les circonstances où on l’observe, l’enveloppe fibreuse subit une déchirure partielle.
Les ruptures musculaires n’entraînent le plus souvent aucun danger: en général, elles guérissent rapidement, sans affaiblir d’une manière notable l’énergie contractile des muscles; cependant elles ont eu quelquefois pour effet de rendre les mouvements plus difficiles pendant une durée de plusieurs mois. L’une des ruptures observées par Cavalier, sur le sterno-masto'idien, entraîna un torticolis qui existait encore deux ans après l’accident; mais le plus grave que possède la science est celui qui a été rapporté par Déramée. Un garçon vinaigrier, faisant effort
Ul'l'ÏLUES DES MUSELES ET DES TENDONS.
pour soulever un bacpiet plein d’eau, éprouva une douleur vive, étendue des lombes à la partie supérieure de la cuisse ; à la suite d’accidents intlannnatoires, plusieurs abcès se formèrent, et le malade mourut. L’autopsie permit de constater la rupture du muscle psoas.
Le traitement par lequel on combat cet accident consiste à placer le muscle rompu dans le relâchement, à l’aide d’une position convenables et à favoriser la coaptation des deux bouts de la rupture par une compression méthodique, commencée à l’extrémité du membre, et exercée sur toute la longueur du muscle blessé. Cette compression, dit Sédillot, ,( qui en a démontré les bons résultats par de nombreuses observations,
I doit être considérée comme un moyen mécanique qui suflit dans la plui part des cas, lorsqu’on peut l’appliquer ; elle sera établie à l’aide de bandes roulées, de bandages lacés, et d’autres appareils. Pour appliquer le bandage roulé, cet auteur faisait usage de trois bandes longues ! chacune de plusieurs mètres et larges de 6 à 8 centimètres : la première
I était posée sur la partie inférieure du membre, le plus près possible des
doigts, et remontait par des doloires et des renversés convenablement ‘ serrés jusqu’au-dessus du point déchiré; la seconde, après avoir embrassé j ■ la partie supérieure du membre, descendait jusqu’au-dessous de la rupture; la troisième entourait le lieu même de la lésion, en la dépassant au-dessus et au-dessous, de manière à donner de la fermeté à l’appareil. Nous pensons qu’une seule bande, suffisamment longue, satisi i! ferait également à l’indication qu’on se propose de remplir.
I Les bandages lacés sont préférables, en ce qu’ils opèrent une com- I; pression plus exacte et plus constante : ils sont faits de peau, de toile ou de futaine. Ceux de peau de chien sont les plus avantageux. Afin i qu’ils jouissent de toute leur efficacité, on les serre fortement. Une
: bande très souple, large de trois travers de doigt environ, sera placée
sous le tout pour défendre les parties sur lesquelles il porte.
I Les bandages roulés et lacés ne sont applicables qu’aux membres;
lorsque la rupture occupe le tronc ou le cou, l’appareil auquel on doit I avoir recours varie suivant la position du muscle qui a été intéressé,
i Si la compression ne peut atteindre le lieu de la lésion, comme dans la
rupture du psoas, par exemple, il ne reste alors d’autres ressources que le repos et la situation.
§ II. — Rupture des tendons.
Cette lésion a été souvent observée sur les tendons des muscles extenseurs du pied et de la jambe, mais il est extrêmement rare qu’elle afi’ecte les tendons des autres muscles; nous n’en connaissons aucun exemple [)Our le tendon du triceps brachial, qui offre tant d’analogie par ses fonctions, le nombre et l’arrangement de ses fibres, avec le triceps
NÉI.ATON. — PATII. Clim.,T. 1. 50
lémoi'al. Afais l’ornarquons que les ellorls violents et instantanés qui occasionnent les ruptures sont loin de se répartir de la inènie manière dans les muscles du membre abdominal et dans ceux du membre thoracique : dans le premier, ils portent principalement sur les extenseurs, et, dans le second, principalement sur les fléchisseurs et l’abducteur ; en outre, la tension des muscles du membre intérieur, qui est nécessaire pour maintenir le corps en équilibre, dérobe bien plus fréquemment ces muscles à l’intluence de la volonté que ceux du membre supérieur, dont les mouvements, lorsque parfois ils deviennent automatiques, sont beaucoup moins violents; de bi l’exti’ême rareté des ruptures observées sur ces derniers, et le siège presque constant et peut-être exclusif de celles-ci sur’ le biceps et le deltoïde, qui se rompent dans leur partie contractile. Roussille Chamseru a rapporté une observation de rupture des muscles couturier, droit interne, derni-tendineux et demi-membraneux; mais cette observation est loin d’être concluante. Plusieurs auteurs ont publié des faits qui tendent à établir l’existence et la fréquence des ruptures du tendon du plantaire grêle; elles seraient caractérisées par les signes suivants : 1“ une douleur située sur le côté interne du mollet; 2“ un bruit de craquement comparé à un coup de fouet; 3“ l’impossibilité d’étendre le pied sur la jambe sans produire des douleurs vives, qui rendent la marche ditlicile; 4® quelquefois une ecchymose et une légère tuméfaction. Ces phénomènes sont évidemment identiques avec ceux que présentent les ruptures musculaires; et comme d’ailleurs les ruptures du tendon du plantaire grêle n’ont peut-être jamais été constatées anatomiquement, et que les effets qui lui ont été attribués sont par leur importance en opposition complète, soit avec le rôle. si miniim* que remplit ce petit muscle, soit avec l’innocuité oi’dinaire des sections tendineuses sous-cutanées, nous croyons devoir considérer toutes les observations publiées jusqu’à présent sur ce sujet comme des cas de ruptures musculaires partielles du jumeau interne. En procédant ainsi par voie d’élimination, on arrive à reconnaître que les ruptures tendineuses occupent presque exclusivement les tendons que nous avons nommés précédemment.
1® Rupture du tendon d‘ Achille. — Cet accident succède à la contraction violente et instantanée des muscles jumeaux et soléaire; il peut avoir lieu dans deux conditions dillérentes, pendant la ilexion et pendant l’extension du pied : dans le premier cas, la rupture se produit au moment où les muscles de la partie postérieure de la jambe se contractent fortement pour élever ou rejeter en avant le centre de gravité, pendant que le pied prend un point d’appui sur le sol ; et dans le second, lorsque le corps tout entier, détaché du sol par le déploiement général des puissances extensives, retombe perpendiculairement sur la pointe des pieds, et oppose par son poids un abaissement brusque des
talons à la tension des jumeaux et soléaire. C’est ainsi que les danseurs ont pu se rompre quelquefois le tendon d’Achille, à l’instant où ils retombaient sur le sol après s’être élevés à une certaine hauteur; dans cette circonstance la rupture est rare, parce que les centres nerveux qui ont présidé à la contraction des extenseurs du pied interviennent presque toujours assez à propos pour la suspendre d’une manière graduelle, et permettre aux muscles de s’allonger à mesure que les talons s’abaissent; mais si cette intervention n’a point lieu, ceux-ci demeurent contractés, et le tendon, placé entre deux forces opposées, se rompt, s’il est trop faible pour résister.
Ces ruptures sont ordinairement situées à une hauteur de k ou 5 centimètres au-dessus du calcanéum. J. L. Petit rapporte l’observation d’un sauteur de profession, qui s’était rompu les deux tendons d’Achille pendant qu’il s’élançait, les pieds joints, du sol sur une table élevée de plus d’un mètre ; chez ce blessé, la portion fixée au talon droit avaft une étendue de 6 centimètres, tandis que celle qui surmontait le talon gauche était longue de 3 centimètres seulement. Lorsque la division se rapproche des extrémités du tendon, c’est presque toujours sur l’extrémité supérieure qu’on l’observe.
Les ruptures du tendon d’Achille sont faciles à constater; presque toujours le malade tombe au moment de l’accident, et ne peut se relever; cependant les mouvements d’élévation du talon ne sont pas complètement abolis ; les muscles de la partie postérieure et profonde de la jambe et les péroniers latéraux suppléent en partie les extenseurs du pied, en sorte que la marche n’est pas tout à fait impossible, mais elle est très difficile, et expose à chaque instant le blessé à tomber. Si le ebirurgien promène l’extrémité de ses doigts sur les téguments qui recouvrent le tendon, il reconnaît un écartement, d’autant pluo considérable que la division a eu lieu plus bas, qui diminue lorsqu’on étend le pied, et augmente lorsqu’on le fléchit, ou lorsque les muscles jumeaux et soléaire se contractent; un bruit de craquement, une douleur assez vive et une coloration livide de la peau accompagnent aussi quelquefois les ruptures tendineuses; mais ce bruit, d’après le plus grand nombre des auteurs, serait plus sonore que celui qui résulte des ruptures musculaires; la douleur se dissipe rapidement et s’exaspère moins par la contraction des muscles; les ecchymoses sont plus rares et moins étendues.
J. L. Petit a décrit une rupture incomplète du tendon d’Achille. Cette division partielle a été constatée par plusieurs auteurs, mais on ne saurait nier que les faits propres à démontrer son existence sont peu nombreux et peu précis. Boyer, qui l’admet sans en rapporter aucun exemple, lui attribue les caractères suivants: « Le vide ou enfoncement qui résulte de l’écartement des bouts de la portion tendineuse rompue est moins
pi-ofond que clans la ruplui-c coinplôle, et l’on sent au fond de ce vide, la résistance de la portion du tendon qui est restée entière. Get enfoncement n’augmente pas d’une manière sensible lorsqu’on fléchit le pied, et il est dillicile de l’effacer entièrement en mettant le pied dans la plus grande extension possible, et en faisant tous les efforts pour rapprocher les deux bouts, parce que la portion cassée ne glisse pas aisément sur celle qui est entière. »
Les ruptures du tendon d’Achille n’entraînent le plus souvent aucun danger; l’inflammation locale est très modérée, et la guérison assez prompte, lorsque le blessé garde le repos et une position convenable; la continuité du tendon se rétablit par l’interposition d’un tissu de formation nouvelle, sans que l’action contractile des muscles jumeaux et soléaire en paraisse sensiblement affectée.
Le traitement des ruptures du tendon d’Achille présente deux indications ; 1” rapprocher les deux bouts divisés; T maintenir ce rapprochement pendant tout le temps nécessaire à la cicatrisation. On remplit la première en étendant le pied sur la jambe, et en fléchissant la jambe sur la cuisse; et la seconde en fixant le membre'dans cette position, d’une manière permanente, à l’aide de moyens convenables. Ces moyens sont très variés. J. L. Petit imagina d’abord d’étendre des orteils au creux poplité, sur la partie postérieure du membre, une compresse large de 6 centimètres qu’il assujettissait par deux bandes, dont les circulaires embrassaient le pied et la jambe, et dont il repliait ensuite les deux extrémités pour les assujettir de la même manière; mais cet auteur reconnut bientôt les inconvénients de ce bandage, et imagina un appareil plus satisfaisant, composé d’une pantoufle qui embrasse exactement le pied, d’une genouillère qu’on fixe dans le creux du jarret, à l’aidé de liens noués au-dessus et au-dessous du genou, et d’une courroie qui s’étend de l’un à l’autre, en passant derrière le mollet. Cette courroie est solidement attachée inférieurement à la pantoufle, et s’enroule supérieurement autour d’un treuil monté sur la genouillère, en sorte qu’on peut la tendre à volonté, et contenir ainsi le pied dans la plus forte extension. Cet appareil ingénieux atteint parfaitement le but pour lequel il a été construit; mais il est trop compliqué, et d’un prix trop élevé pour devenir d’un usage général dans la pratique; aussi un grand nombre d’auteurs ont-ils cherché à le simplifier. Duchanoy remplaça la pantoufle par un chausson, et la genouillère par une bande roulée autour de la partie inférieure de la cuisse. Ravaton, au lieu d’un chausson simple, fit usage d’un chausson de cuir coupé à la partie antérieure pour laisser les orteils libres, d’une jarretière également de cuir, et de trois courroies, l’une postérieure et les deux autres interne et externe. Monron, s’étant rompu le tendon d’Achille du côté gauche, préféra le chausson de toile forte, également ouvert en avant, une por-
nL'PTl’nES DES MUSCLES ET DES TENDONS. 789
tion de bottine lacée sur la partie inférieure de la jambe, et une seule courroie. Dans tous ces appareils, la puissance qui maintient l’extension du pied est une courroie placée à la partie postérieure de la jambe. Celui de Schneider est construit sur un principe différent. Ce chirurgien maintenait l’extension du pied sur la jambe par une attelle appliquée en avant de celle-ci. Mais cette attelle doit se déplacer facilement, et exercer une compression douloureuse à ses deux extrémités; elle est bien inférieure, dans ce mode d’action, à l’appareil de J. L. Petit. Desault employait le bandage suivant. Des compresses graduées étaient placées sur les côtés du tendon, une compresse large de 5 centimètres étendue depuis les orteils jusqu’à la partie moyenne de la cuisse, sur la plante du pied, la partie postérieure de la jambe et le creux poplité, avec une bande longue de plusieurs mètres; le chirurgien faisait, près des orteils, quelques circulaires qui fixaient la compresse longue, dont le bout, renversé sur les premières circulaires, était assujetti par de nouveaux tours qui couvraient tout le pied et étaient ensuite obliquement dirigés au-dessus et au-dessous de la solution de continuité, autour de laquelle était formé une espèce de huit de chiffre. Remontant ensuite par des circulaires tout le long de la jambe, et jusqu’à la partie inférieure de la cuisse, le chirurgien renversait en cet endroit le bout supérieur de la compresse longue, et l’assujettissait par d’autres circulaires qui terminaierit l’application de la bande. On a reproché, avec raison, h ce bandage de se relâcher facilement, et surtout de refouler de bas en haut les muscles du mollet, de telle sorte qu’il aurait pour effet, non de rapprocher, mais d’éloigner l’un de l’autre les deux bouts. Boyer recommande le bandage unissant des plaies en travers. Quoique moins défectueux que le précédent, cet appareil est cependant en partie passible des mêmes reproches.
De tous les bandages et appareils que nous venons de passer en revue, il n’en est aucun dont nous conseillerons l’application; la chirurgie po.ssède aujourd’hui un moyen beaucoup plus apte à atteindre le but qu’on se propose dans le traitement des ruptures du tendon d’Achille. Ce moyen est l’appareil amidonné ou dextriné, qui a pour effet : 1“ de maintenir le pied dans une extension permanente parfaite ; 2“ de ne causer qu’une faible incommodité; 3° de permettre au malade de se lever et de se servir de son membre dès les premiers jours; /i" de contenir l’action des muscles du mollet. La durée d’application de cet appareil doit être de six semaines à deux mois.
2® Rupture du tendon du muscle crural antérieur. — Cet accident a lieu au moment d’une extension brusque et violente de la jambe sur la cuisse; on l’observe ordinairement sur un seul membre; cependant, deux fois sur les treize cas que nous avons rassemblés, cette lésion a été double. Llle est située le plus souvent à une hauteur de l\ à .7 centimètres au-des-
süs de la rotule; lorsqu’elle a lieu plus bas, et surtout immédiatement au-dessus de cet os, elle peut intéresser la synoviale du genou. Un malade, chez lequel la rupture avait oüert un semblable siège, guérit cependant sans otîrir dans l’articulation du genou aucun phénomène d’inflammation. Ce malade ayant succombé un an plus tard à une attaque d’apoplexie, M. Martini, qui lui avait donné des soins, trouva que le tissu intermédiaire aux deux bouts du tendon pénétrait dans l’articulation. Les suites de cette déchirure doivent inspirer peu d’inquiétude; elles paraissent être entièrement semblables à celles que nous présentent les plaies articulaires sous-cutanées; en outre, cette solution de continuité de la synoviale est extrêmement rare; il est difiicile d’en expliquer le mécanisme, car la séreuse n’adhère au tendon que par un tissu cellulaire très lèche.
Trois phénomènes simultanés annoncent cette lésion : un bruit de craquement, une douleur et une chute ; le malade ne peut, ni se relever, ni étendre la jambe sur la cuisse; le chirurgien, en promenant la pulpe de ses doigts sur le trajet du tendon, constate ordinairement sur sa partie moyenne, c’est-à-dire deux ou trois travers de doigt au-dessus de la rotule, une dépression sous-cutanée variable de quelques millimètres à plusieurs centimètres, plus manifeste dans la flexion de la jambe et pendant la contraction des muscles ; la rotule est un peu abaissée et plus mobile; il existe quelquefois au niveau de l’écartement une légère ecchymose.
Le pronostic de cette affection est beaucoup plus fâcheux que celui de la rupture du tendon d’Achille. Sur les quatorze faits réunis dans le mémoire de M. Demarquay, on trouve que la durée de la maladie a été une fois de 21 jours, deux fois de 50, une fois de 60, trois fois de plusieurs mois, une fois de 18 mois; dans les autres elle n’est pas indiquée. Sept malades ont guéri, quatre sont restés estropiés; pour les trois autres, la terminaison est inconnue, probablement peu favorable. De ces faits découlent les deux conclusions suivantes : 1“ la durée moyenne de la maladie varie de â5 à 60 jours; 2° la moitié des blessés environ demeurent impotents. Une maladie qui nécessite un séjour de deux mois au lit, et peut occasionner une fois sur deux l’impotence du membre inférieur, est une maladie grave. Cependant nous pensons que cette gi*avité est plus apparente que réelle, c’est-à-dire qu’elle doit être attribuée moins à la maladie qu’aux moyens, en général défectueux, qu’on emploie pour la combattre. Pour rapprocher les deux bouts du tendon, presque tous les auteurs, après avoir placé la jambe dans l’extension, avaient recours à différents bandages, et particulièrement au bandage unissant des plaies en travers; mais ces bandages remplissaient très incomplètement le but proposé : l’appareil dextriné, dont nous avons énuméré les avantages en exposant le traitement des ruptures du tendon d’Achille,
sera opposé avec la même etiicacité aux solutions de continuité qui nous occupent. 31. Velpeau et Blandin lui doivent chacun une guérison complète. Voici comment ce dernier auteur applique cet appareil : à l'aide d'une bande dextrinée, il embrasse le pied et la jambe jusqu’au genou ; arrivé h cette hauteur, il élève fortement la rotule avec des compresses graduées, fait placer le membre dans l'extension la plus complète, cherche à affronter les deux fragments autant que possible, et termine son bandage au niveau du trochanter; une longue attelle, fixée sur la partie postérieure du membre, maintient l'extension pendant la dessiccation de l'appareil.
3“ Jfupture du tendon rotulien. — Les ruptures de ce tendon sont beaucoup plus rares que les deux précédentes. Elles sont ordinairement produites par une flexion forcée de l'articulation du genou ; dans une observation que Boyer emprunte au Journal de médecine (t. Vlll), cet accident avait été produit de la manière suivante. Un homme traversant, le soir, un passage qu'il croyait être de plain-pied, rencontre deux marches à descendre, le talon du pied gauche frappe d'aplomb le pavé qui se trouve au-dessous d'elles ; aussitôt le genou se fléchit, et le blessé tombe assis sur sa jambe, de manière que le talon gauche touche la fesse et que la jambe droite se trouve étendue horizontalement devant lui. On conçoit facilement comment dans ce cas le poids du corps, l'exagération du mouvement de flexion, auxquels s'est probablement jointe une contraction automatique des muscles extenseurs de la jambe sur la cuisse, ont pu rompre le ligament.
La solution de continuité peut occuper la partie moyenne du tendon rotulien, ou bien l'une ou l'autre de ces extrémités peut se séparer de l'os auquel elle est attachée. Cetfe séparation du tendon dans son point d'union avec l'os nous paraît peu probable, le plus souvent c’est le tissu osseux qui cède, un fragment d'os se trouve arraché par le tendon.
Les signes de cette rupture sont les suivants. La jambe a une tendance continuelle à se fléchir sur la cuisse, l'extension est impossible; le blessé ne peut marcher qu’à reculons; le genou présente ordinairement une déformation, la rotule a remonté au-dessus des condyles du fémur, son extrémité supérieure se dirige en avant; elle jouit d'une mobilité transversale plus considérable que dans l'état normal.
Si l’on explore attentivement la région sous-rotulienne, on trouve un enfoncement qui correspond à la solution de continuité du tendon. L’écartementqui existe entre les deux bouts varie suivant le degré de flexion de la jambe sur la cuisse. Lorsque l'engorgement est peu considérable et que par l’extension on a mis dans le relâchement les tissus qui occupent la [)artic antérieure du genou, on peut facilement déi)rimer les tissus dans la rainure qui sépare le fémur d’avec le tibia; on pourrait
môme, suivant Boyer, sentir la saillie osseuse qui sépare les deux con-
dyles du tibia.
Rapprocher les deux bouts divisés, maintenir les parties dans Timmobilité afin de permettre leur réunion, telles sont les indications que présente cette aft’ection. Pour remplir ces indications, il faut premièrement mettre le membre dans l’extension, et appliquer ua appareil qui agisse sur la rotule, de manière à la rendre immobile et à exercer sur elle une traction de haut en bas qui rapproche les deux bouts du tendon. Boyer parle d’un appareil assez compliqué composé d’une sorte de collier de cuivre muni de courroies et de boucles qui servent à le fixer au-dessus des condyles immédiatement au-dessus du bord supérieur de la rotule; ce collier étant fi.xé en ce point, d’autres courroies qui prennent leur point d’appui sous la plante du pied servent à l’attirer, et par conséquent à abaisser la rotule.
Cet appareil pourrait être remplacé par une bande roulée sèche, ou mieux enduite de dextrine, placée au-dessus des condyles du fémur et que l’on attirerait de haut en bas à l’aide d’une seconde bande dont le milieu serait appliqué sous la plante du pied, et dont les deux chefs, après avoir été engagés entre la peau et le bandage, se réfléchiraient sur son bord supérieur et seraient ensuite fixés par une seconde bande circulaire au-dessous des condyles du tibia. Le même appareil conviendrait également aux sections de ce tendon par un instrument tranchant.
ARTICLE IV
IIEDNIES MUSCULAIRES.
Nous désignerons sous ce nom le déplacement des muscles consécutif à une solution de continuité de leur aponévrose d’enveloppe ; cette affection est bien différente de celle qui, sous le nom de luxation des muscles, serait caractérisée par le déplacement des muscles, la gaine restant intacte. Nous ne connaissons pas d’exemple authentique de cette dernière lésion, les cas rapportés par Fouteau ayant trait surtout à des crampes ou à des ruptures musculaires. Par contre, on possède un certain nombre de faits de hernie musculaire à travers leurs gaines ; ces faits ont été collectés et réunis dans un mémoire intéressant que l’on doit à M. Mourlon (1).
Toutes les causes qui peuvent amener la rupture des gaines aponévrotiques des muscles deviennent par ce seul fait cause des hernies musculaires; c’est ainsi que les plaies par instrument tranchant, les
(I) Mourlon, Essai sur les hernies nmsculah'es, Paris, 1861.