II. Etiologie. Pathc^rénie
Vn certain nombre de conditions tenant au milieu, A la blessure, au blessé ou à roi)éré prédisposent à rinfection du sang par le ]>oison pyohémique.
Comme pour toutes les maladies infectieuses, Tencombremont dans les bùpitaux joue un rôle incontestable en favorisant lacrumulation des substances infectieuses sur les linges, pièces de pansement, etc., la vicialion de l'air, la contagion que des faits indiscutables perineltent d'accepter (Verneuil, Le Fort). Aussi avant l'emploi de la méthode antiseptique, observait-on de véritables épidémies d'infection jmrulente dans les salles de ciiirurgie, par le transport du pus pyohémi- (jue d'un opéré à un autre.
Ix^s enfants, les vieillîirds el les femmes sont moins fré(|uemment atteints, sans doute parce qu'ils sont aussi moins exposés aux traumatismes ; quant aux al('ooli(|ues, aux diabéti(iues, aux albuminuriques, à ceux en un mot ({u'ont alTaiblis des états constitutionnels, (les su[)puralions prolongées, des hémorrbagies, des privations de toutes sortes, ils constituent un terrain excellent pour révolution des germes spécifiques.
Les plaies contuses, anfractueuses dans lesquelles le pus esL (lifTiciletiient éliminé, telles que les lêsious intéressant les synoviales articulaires ou péri-articulaires, les blessures de guerre, ou celles que produisent les puissants moteurs de l'industrie, les lésions traumatiques portant sur les veines et les régions vasculaires, les fractures ouvertes en particulier (Gossetin) sont davantage exposées à celle redoutable complication. Les travaux de Gosseliu ont, en edet, démontré que l'ostéomyélite est une des causes les plus puissantes de la pyoliémie, grâce à la facilité d'absorption (Fellz) au niveau des os et de la moelle euQammés, des produits septiques résultant de la putridîté du pus, du sang, etc. En lait, une plaie récente et la blessure accidentelle, pendant un pansement, d'une plaie ancienne sont lu point de dépari ordinaire de cette complication, mais il est non moins certain que la pyohémie peut se produire dans toute plaie suppurante exposée à l'air, ou même sans foyer ouvert à la suite de la phlébite, de l'ostéomyélite non tra u ma tique ; elle peut encore compliquer d'autres maladies infectieuses, telles que la variole et l'endocardite ulcéreuse. Dans une thèse inspirée par le professeur Verneuil, M. Domec (i) cite des faits d'infection purulente consécutifs à des phlegmons, des caries, des fractures simples, des pneumonies, des pyélu-néph rites, etc. Des observations plus récentes (Launelongue, Lûcke, Kraske
H) Doiuec, Inftflian purvlmlt mm plaiet npoifit (Th. de Ihirls, 1877). — Brou-Duclâuil, Contrib. it l'étude dr la pyohémlt tant plaie expotit (Th. de Paris. 18S4>.
etc.) ont établi ([ue rostéoinyélite dite spontanée est le plus souvent précédée d*une solution de continuité de la peau et des muqueuses, de même que certains foyers inflammatoires (catarrhe bronchique» panaris) ont existé chez certains malades avant les manifestations locales et générales de Tostéomyélite (1), Enfin, comme pour l'érysipèle, nous admettrons des cas exceptionnels de pyohémie spontanée, dans lesquels Tinfection se produit par une voie cachée (muqueuses respiratoire, génito-urinaire, digestive). Une fois le principe infectieux introduit, il se développe d'autant mieux que l'organisme est débilité (alcoolisme, surmenage, refroidissement).
La pyohémie est une infection du sang produite par la pénétration dans la circulation du poison pyohémique formé dans une plaie ou venu de lextérieur.
Quelques auteurs pensent encore aujourd'hui que ragent infectieux est un produit chimique (sepsine, ptomaïne) résultant de la fermentation putride du pus, mais la plupart sont d'accord pour admettre que le poison pyohémique n'est autre qu'un micro-organisme, le(|uel pénètre dans le sang par une solution de continuité de la peau, plus exceptionnellement des muqueuses aérienne, digestive ou génito-urinaire. Les avis sont partagés sur la nature de ce microbe; microbe spécili(iue (le Pasteur, anaérobie et aérobie, de forme allongée, mobile à sa naissance, puis immobile, pour les uns ; réunion de microbes (staphylococcus aureus et albus,
(1) Ayala Kios, Des portes d'entrée de l'ostéomyéliU(Th,dePskns,i98l&),
micrococcus lenuis, streptococci), ou microbe à diflêrenls i^tals de développement, mais identique dans son actioD pour d'autres (itosembach, Corni) et Babès, etc.). Quoiqu'il en soit, ces dillérents orgauismes que l'on retrouve dans toutes tes collections purulentes mëtastatiques, cultivés et inoculés, reproduisent ]fi» symptAmes de riafection purulente; ils pénètrent dans le torrent circulatoire par un mécanisme que nous allons rapidement indiquer. Leur véhicule ordinaire est le globule blanc. Dans quelques cas, à la faveur d'un travail ulcératit, le pus rempli de microbes d'un abcès ou d'un Ihrombus suppuré pénètre en masse directement dans le sang et infecte l'organisme (endocardite ulcéreuse, phlébite suppurée, ostéomyélite diiluse); lorsqu'il existe une thrombose intermédiaire à une plaie ot au sang, le caillot battu par le Ilot sanguin peut se désagréger et lormer des embolies qui entraînent avec elles des leucocytes chargés de microlws pyohémîques, et vont former dans le poumon des infarctus et des collections purulentes. D'après quelques auteurs, ces embolies, grâce à leur ténuité et à la dimension relativement considérable des capillaires pulmonaires, franchissent ces deniiers pour passer dans la grande circulation et viennent échouer dans les vaisseaux fins des viscères, y constituant des abcès mélastatiques caractéristiques. Dans les fractures ou lésions profondes des os, ce seraient les embolies graisseuses qui véhiculeraient les microbes et les dissémina' raient dans tout l'oi^nnisme en traverfont elles aussi les capillaires pulmonaires. On pont du reste, puur expliquer la formation des foyers mélastatiques
des viscères, admettre que les embolies pulmonaires déterminent à leur tour des thromboses des veines pulmonaires, lesquelles deviennent le point de départ d*embolies secondaires lancées dans le cœur gauche et dans la grande circulation. Mais le mode de pénétration le plus fréquent est sans contredit celui dans lequel, au niveau d*une solution de continuité récente ou enflammée, les globules blancs infiltrés de microbes s'insinuent à travers les parois des capillaires sanguins et lymphatiques modifiés par le traumatisme ou l'inflammation, pénètrent les caillots qui obturent tous les petits vaisseaux, se mélangent au sang et vont produire les diverses collections purulentes, par une série d'embolies microbiennes au niveau des lymphatiques des séreuses ou des fins capillaires des viscères et des muscles dans lesquels ils s'arrêtent.
Le poison du microbe pyohémique n'est pas seulement « pyoyène », il est aussi « pyrogène », c'est-à-dire qu'il provofiue une infection, des frissons, des accès fébriles intermittents en rapport de cause à effet avec son passage discontinu dans la circulation.