III. Etiologie
Dans l'état actuel de la science, l'étiologie de Térysipèle traumatique peut se résumer en quelques propositions : lo Quelque soit la nature de l'agent infectieux, une solution de continuité cutanée ou muqueuse lui sert de porte d'entrée dans l'organisme ; 2® L'erysipèle traumatique est contagieux ; 3^ Certaines conditions de la plaie, du blessé et du milieu extérieur favorisent
(I) Daudé, Traité de l'erysipèle épidémique, Paris, 1867. {i) FVhleisen, Zur .Etiologie des Erysipels, Berlin, 1883.
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sa production, sa propagation, et influent sur sa gravité : ce sont les causes auxiliaires.
A part les faits assez rares dans lesquels la porte d'entrée du poison échappant à Tinspection la plus attentive, il est rationnel d'admettre que l'agent spécifique a pénétré par les premières voies aériennes (bouche, nez), les autres cas vicieusement qualifiés d'érysipèles spontanés sont précédés d'un traumatisme en miniature, telle qu'une excoriation presque microscopique de l'épiderme ou de l'une des muqueuses pharyngienne et lacrymo-nasale, une vésicule d'herpès ou d'eczéma, un bouton d'acné, un foyer inflammatoire quelconque. Dans Térysipèle traumatique la solution de continuité peut aussi siéger sur le tégument externe ou bien sur une muqueuse, mais la voie d'introduction est plus ou moins béante, et le mode de pénétration de ragent morbigène est ordinairement des plus nets. Il s'agit bien quelquefois d'une simple érosion, mais le plus souvent c'est une incision accidentelle ou opératoire, une plaie contuse, irrégulière et anfractueuse, ou bien encore une blessure par armes à feu, etc. Les plaies de tête jouissent à cet égard, on le sait, d'une fâcheuse prédisposition. On a vu enfin, mais beaucoup plus rarement, l'érysipèle avoir comme point de départ les ulcérations, les pertes de substance consécutives à la chute des eschares de la gangrène ou des brûlures, à l'ouverture d'un abcès, à Tapplication de caustiques, et apparaître à la suite de l'irritation traumatique d'une plaie en voie de réparation (érysipèle soudain de Verneuil).
aïONS TR&tlHATIQUSS COUPLIQl'ÉES
Depuis que les premières observations des më<lecins anglais que nous avons cités et celles de Graves, de Trousseau, de Velpeau, de Grisolle, de Follin, elc, firent accepter l'idée de la contagiosité de l'érysipèle, les faits cliniques se sont tellement accumulés qu'il est aujourd'hui difficile de la nier. La transmission se fait principalement par les malades, les médecins, les gardemalades, et en général par le personnel qui se trouve en contact avec les érysipéiateux; d'autres agents non moins efQciices sont les pièces de pansements, les éponges, les literies (Kœnig), l'air extérieur, les instruments. Rappelons ici que des médecins ont inoculé involontairement l'aflection avec une lancette et une seringue de Pravaz (Neudôrfer) qui avaient servi à des érysipélateux. L'inoculation érysi{iéhiteuse a été tentée plusieurs fois récemment dans des cas de tumeurs inopérables, et Fehleisen a pu ainsi en étudier la marche.
Une conséquence de la contagion de la maladie par transmissibilité dilluse, c'est le caractère épidémique qu'elle prend fréquemment. Le traité de l'érysipèle éj>idèmtque de Daudé renferme une étude complète des priocipales épidémies qui régnèrent sur le continent, ainsi que des documents fort intéressants sur ce point.
Les causes auxiliaires qu'il nous reste à examiner sont impuissantes par elles-mêmes à développer l'aflection; elles ne peuvent, nous l'avons dit, que favoriser son évolution. Parmi ces causes, l'âge, la constitution et le sexe n'ont qu'une action tout  fait insufOsunte; il en est de même des saisoiu ; toutefois, on a fait remarquer (Gossviiu) que l'érysipèle traumatiquc atti-iot
plus souvent Tadulte, et qu'il est plus sujet à régner dans les mois d'hiver et de printemps, pendant lesquels les salles sont mieux closes et, par conséquent, moins bien ventilées. L'influence d'une aération insuffisante jointe à celle de la malpropreté des plaies, de l'encombrement, de défectuosités du système de vidanges et des communs est en ellet indiscutable. Dans un semblable milieu les plaies sont des plus exposées à être envahies; aussi Térysipèle est-il beaucoup plus fréquent dans les hôpitaux et dans les villes qu'à la campagne.
Parmi les affections qui, en diminuant la résistance de l'organisme à l'empoisonnement, favorisent et aggravent l'érysipèle, nous citerons le diabète, l'albuminurie avec œdème, les maladies du cœur et des voies urinaires.
Disons, en terminant, que la première atteinte d'érysipèle, loin de conférer une immunité, prédispose au contraire de plus en plus aux récidives. Un grand nombre d'observations d'érysipèles à répétition, dans lesquelles on ne pouvait incriminer la contagion extérieure, ont conduit le professeur Verneuil à expliquer ces faits par la théorie du microbisme latent et de Tauto-inoculation. Le streptococcus erysipelatus, microbe aérobie trouvant à la surface des téguments, dans les fosses nasales, le conduit auditif externe, etc., les conditions favorables à son évolution (oxygène, humidité, chaleur), persiste à l'état latent et inoflensif dans ces régions, jusqu'à ce qu'une éraillure de l'épiderme ou de l'épithélium lui permette l'invasion des lymphatiques et une nouvelle infection de tout l'organisme.