INFLAMMATION AIGUË
outre ses propriétés antiseptiques, diminue Tafflux san^in, assure la température uniforme et l'immobilité des parties, facilite la résolution, et s'oppose peut-être, jusqu'à un certain point, à l'exsudation et à la diapédèse pathologiques (Keetley) (4).
Mais pour atteindre ces résultats, la compression doit être faite avec beaucoup de soin, c'est-à-dire être modérée, égale sur tous les points, et modifiée dans son application, au fur et à mesure que la tuméfaction décroit et fait un vide (2).
D. Réfrigérants et styptiques, — Ils ont pour but de provoquer la contraction des petits vaisseaux; en outre, le froid soustrait localement une certaine quantité de calorique. Ce dernier agent, sous forme d'irrigatioji continue, d'immersion (Percy, Larrey, Josse d'Amiens, Bérard jeune), est employé depuis longtemps en chirurgie pour combattre la phlogose traumatique, mais il faut bien en surveiller l'action.
E. Les énwllients antiseptiques (cataplasmes imbibés d'une solution phéniquée ou boratée, fomentations phéniquées , sous forme de pulvérisations ou de bains antiseptiques continus) (Verneuil) ; Vonguent mercuriel (Serre, Velpeau); les narcotiques j sont des palliatifs très utiles, à la période aiguë de l'inflammation, pour calmer la douleur et diminuer la tension des parties.
F. Les déhridements joignent à l'action décongestive
(1) B. Keetley, Revue de chirurgie, 1880.
(2) Vanzetti a préconisé la compression digitale de l'artère principale de la région enflammée, pendant 12 A 15 heures, comme lui ayant donné d'excellents résultats.
des émissions sanguines , l'avantage de faire tomber la douleur et la tuméfaction, de s'opposer à l'étranglement des tissus, et de donner issue au pus, lorsque celui-ci est formé.
G. Les émissions sanguines (1) sous forme de sangsues, de ventouses scariûées, de piqûres ou de mouchetures , sont un peu délaissées aujourd'hui ; il ne faut certainement pas en abuser chez les siigets débilités; mais, au début de l'inflammation, elles opèrent une déplétion locale fort utile.
En dehors de l'état morbide c inflammatoire », le processus du même nom doit être considéré comme un véritable agent thérapeutique, employé tour à tour par la nature et le chirurgien , pour la guérison d*un certain nombre de maladies. Nous le verrons intervenir dans la cicatrisation immédiate ou secondaire des plaies, dans l'ouverture spontanée des collections purulentes, dans Télimination des parties mortiûées ou des corps étrangers, etc. Le médecin le provoque tous les jours, en substituant, par remploi de substances irritantes , par exemple , un état aigu à une forme inflammatoire chronique (inflammation substitutive).
(1) Nous ne parlons pas ici de la saignée générale qui trouve plus souvent son indication dans les phlegmasies aiguës d'ordre médical.
' L'inflammation chronique, primitive ou consécutive à l"état aigu, dont elle présente, à un moindre degré, les principales manifestations essentielles, est caractérisée par la persistance ou le retour périodique de la cause irritante, par la lenteur et la longue durée de son évolution, par l'absence de fièvre ou par son type lémittent, par une prolifération considérable
Ï tissu conjonctif, ou par une suppuration prolongée, :
patl>ologi(|Ue.
I I* si^e de prédilection de l'inflammation chronique est I tissu conjonctif.
A. A la période de début, si l'on, incise les parties malades, gonflées et modérément indurées, un liquide opalin s'écoule de la BUrface de section dont l'aspect est gélatino-lardacé, ou presque translucide, comme dans l'œdème, Hunter l'a comparée assez heureusement à la section d'un citron ; cii d là, d'une façon irrégulière, et suivant les régions, appawnt des points opaques, des vaisseaux dilatés, béants,
10 PATHOLOGIE CIIIRrROICALE GENERALE
à parois épaissies, adhérentes aux tissus (1), et quelques ilôts hémorrhagiqucs. Le microscope nous montre les mêmes modifications histologiqucs dues à Texsudation, à la diapédèse et à la prolifération cellulaire, que nous avons signalées, à la phase correspondante <le Tétat aigu
Si la cause irritante disparait, alors que les altérations nutritives n'ont pas dépassé ces limites, le tissu enflammé chroniquement pourra revenir à peu près à l'état normal (résolution); mais cette terminaison est des plus rares. Les néoformations conjonctives et la suppuration sont, au contraire, la règle.
B. Néofonnatious conjonctives. — A la surface d'une séreuse, telle que la vaginale, par exemple, la prolifération des cellules endothéliales et des cellules du tissu co^jonctif sous-jacent, aboutissent à la formation de lamelles (néomembranes) disposées par couches, étalées irrégulièrement, adhérentes aux parties voisines, parfaitement organisées, et d'une structure conjonctive d'autant plus avancée qu'elles sont plus anciennes. Les néo-capillaires très volumineux sont en même temps friables, de sorte qu'ils se rompent avec la plus grande facilité, et donnent lieu à des hémorrhagies secondaires ihématocèles;. Fig. 0. Ajoutons qu'une autre conséquence de l'organisation de ces néo-membranes, est la possibilité du développement, à leur niveau, d'éléments tuberculeux ou cancéreux.
D'autres fois, le processus chronique donne lieu, à la surface d'un viscère (fongus bénin du testicule), ou d'une
(1) La gravité des hémorrhagies, dans un tissu enflammé, s'explique par la perte des propriétés des tuniques vasculaires (élasticité et contractilité), et par l'impossibilité dans laquelle elles se trouvent de revenir sur elles-mêmes.
INFLAMMATION CHBONIQUE
séreuse (tunique vaginale, synoviales), Fig. 7, à une production abondante de bourgeons charnus, au dépens du tissu conjonctif. Sous l'influence d'une cause générale dont les premiers efTels se feraient sentir sur le système artériel (a rtério- sclérose) (Duplaixi (1) ou bien à la suite d'une irritation permanente, le processus phlegmasique aboutit à une formation considérable de tissu conjonctif sous foime
pro- H
43 PATHOLOOIE CHIRURaiCAi.E OBNËHALE
les ti'actus conneclifs deviennent ensuite fibreux, et gr^ce à leur retrait, les étoufTent peu à peu et les détruisent. De volumineux qu'il était à la phase con^stive du début, le viscère ainsi enflammé s'atrophie, devient d'une dureté et d'une rigidité caraclèris tiques [induralion scUreuse), et
M «1 biul un lo Wmgr, —V, V. VDgïllUiaDi (on) (TlUIt D*àfilliillia PtTXiiLi>niair>. Ili Llnivroiiiii, I
*ï^f7*Sr!
les cellules propres, ionilrëes de granulations graisseuses, disparaissent. Ici les tissus demeurent stâtionnaires, (juand bien même l'irritation causale cesse d'agir. Cette dernière pbase d'atrophie manque quelquefois (cirrhose hypertropjiique^i l Haj-em}.
Au niveau des vaisseaux, il y a toujours, au bout d'un certain temps, inflammation combinée des deux tuniques interne et externe (endo - périsirlérite). La prolifération conjonctive aboutit k un épaississement considérable de ces
: parois, tandis que la tunique moyenne disparait de plus en plus. Fig. 9.
c. Suppuration. — Ce processus s'effectue comme dans l'état ai^, mais avec plus de lenteur, insidieusement pour ainsi dire; le pus se forme en effet, souvent sans rougeur,
PATHOI/iaiE CIIIRURQICALE GENERALE
SUIS chaleur, et sans symptàmes fébriles; de là le dori d'àbeèa froid, que I'od a dooné k cette collection purulente (voyei Suppuration). Ces abcto peuvent s'enkyster, se transformer en masses caséeuses, ou s'éliminer, après d^nérescence graisseuse de leur contenu.
D. Régression et Dégénérescences. — La Iransformation granulo -graisseuse porte non-seulement sur les éléments cellulaires propres de l'organe enflammé (tubes séminiféres, dans la sclérose testiculaire ; cellules hépatiques, dans la sclérose du foie ; endothélium des parois artérielles, dans l'endartérite chronique;, Fig. 10; mais encore sur les
INFLAMMATIOÏT CHBONIQUE 4^
lAéinentE du pus et les tissus de nouvelle furmation ;
résulte de l'insuffisance de l'apport nutritif par les
^vaisseaux, eu ^ard au nombre des éléments cellulaires,
ind les éléments cellulaires du pus ancien subissent
lune atrophie et une transformation graisseuse, c'est l'état
liOséeui. Quelquefois, le foyer caséeux s'imprègne de sels
salcAires, ou bien, il se dissocie, se ramollit et s'élimine.
L'infilti-ation calcaire, ou calcification (Comil et Ranvier,
rilamon), se produit dans les parties qui ont perdu leur
litalité, ou qui ont été modifiées par l'InHammalion, Fig. 11 ;
■ c'esl ainsi que le tissu conjonclif, dans les séreuses enJlammées
ulunique vaginale), s'épaissit en lames stratifiées, au milieu
pielles on trouve une substance fondamentale amorphe,
I des cellules plates ; cette néoformalion fibroïde s'infiltre
iBuile de sels de chaux.
Une altération très fréquente est la coloration noire, luisée , sous forme de pointillés ou d'arborescences, ïetle pigmentation' se (ait au dépens de la matière colorante des globules rouges extravasés en ^nd nombre.
devenue plus foncée, et fixée dans les éléments cellulaires. Signalons enfin la dégénérescence amyloîde de différents organes, à la suite des suppurations prolongées. Fig. 12.
m. Etiologie.
D'une façon générale, l'inflammation chronique est déterminée par une irritation continue. Parfois, cette irritation permanente exerce localement son action sur un organisme
Flg. 11.
maux é c. Gn>«^
(Traité d'A>4tomik pathologiqie, de Lanrercaux. tumc I", page 191).
Corp* amyluYdcft prorenanl do« canaux épididjmainM d'un individu afTeritS
du tubercuIuRc. GnitmMfinoiit. HT».
sain; nous rangerons dans cette catégorie les différents corps étrangers qui peuvent être emprisonnés dans nos tissus; les pressions et les froissements répétés de certaines régions, particuliers à quelques professions. Mais, dans la majorité des cas, la cause irritante occasionnelle n'est pas extérieure; il faut la chercher dans des conditions générales mauvaises qui modifient profondément la nutrition des tissus (scrofulose, arthritisme, syphilis, etc.), Fig. 13, et que
nn-LAHUATION CintOmQUE
taous avons déjà vu figurer parmi les causes de rinllam-
Ination aiguë. On conçoit aussi très facilement qu'il stiHise
■td'une irritation momentanée, superficielle (plaie, contusion,
B.), pour voir se développer et persister les symptômes
firne inflammation chronique, lorsque l'organisme est ainsi
>cté.