VI. Syinptoiiiaiolo^if
Sur des malados atteints de tumeurs inopérables, aux(|uels, dans un but thérapeutique, il avait iii(»rulé le slreplococcus spécifique, Fehieisen put étudier le
début de rallection provoquée artificiellement. La durée de rincubation a varié entre 15 et 61 heures. Les inoculés se sont sentis pris de troubles digestifs, de vomissements, notamment quelques heures avant Tapparition du frisson initial auquel a succédé rapidement une élévation de la température générale (39 à 40o). Presque en même temps, la rougeur caractéristique apparaissait au i)oint d'inoculation.
C'est à peu près ainsi que débute Térysipèle traumatique auquel des auteurs accordent une période d'incubation de plusieurs jours ; mais dans beaucoup de cas les symptômes prodromiques sont si atténués qu'ils passent pour ainsi dire inaperçus. Le frisson est souvent violent, brusque, comme celui d'un accès de fièvre paludéenne ou celui du début de la pneumonie, et il est rapidement suivi d'une élévation de la température qui monte à 39 et 40^5. En même temps, le blessé est pris de douleurs vagues, de soif ardente, de céphalalgie, quelquefois de délire, de vomissements bilieux.
Les symptômes locaux n'apparaissent que -plusieurs heures après l'invasion des phénomènes généraux, et le premier est souvent un gonflement (douloureux à la palpation) des ganglions lymphatiques de la région qui est le siège de la lésion traumatique. Quand il s'agit de la face, il arrive que le blessé appelle tout d'abord l'attention du chirurgien sur la gène qu'il éprouve en mâchant, à cause de l'empâtement des ganglions sousmaxillaires. Puis, en un point ou sur tout le pourtour de la plaie dont les bords se sont tuméfiés et dont la suppuration s'est tarie, se dessine une t«\che, une auréole *
d'un rouge vif et luisant qui pâlit sous la pression (in doigt pour reprendre aussitôt sa teinte primitive, et est le siège de picotements et d'une cuisson douloureuse. Peu à peu, la rougeur toujours plus vive à la périphérie qu'au centre gagne comme une tacite d'huile les téguments voisins et se limite brusquement par un liseré festonné dont la saillie constitue un bourrelet plus appréciable au toucher qu'à la vue. La coloration de la plaque érysipélateuse est du reste loin d'être toujours la même ; chez les cachectiques et les anémiques elle est beaucoup moins prononcée ; de même au cuir chevelu il devient très dilFicile de constater une leinle rosée, un peu plus foncée chez les personnes chauves, Il est sans doute ordinaire que l'érj-sipèle parte des bords de la solution de continuité, mais on peut voir la rougeur débuter à distance (Barbanneau),
L'œdème produit par l'exsudat séro-fibrineux et la dia|>é(léso des globules blancs n'est en général marqué qu'au niveau dos régions où le tissu conjonctit souscutiiné jouit d'une très grande laxilé, comme aux paupières, au scrotum, au prépuce. Dîins ce cas, le gonflement est énorme, ot la douleur relativement modérée. C'est l'inverse sur le nez et en général dans les parties où la densité et l'adhérence du tissu conjonctif s'oppose à la tuméfaction et facilite la compression ou l'irritation des extrémités nerveuses par les produits exsudés.
Pendant cette période de progression de l'érysipèle, les symptômes généraux du début (sauf les vomisxementsi persistent, et en particulier la Qèvre {39»», 40<«)
dont le type est rémittent ; la chute du matin peut atteindre un degré ; le pouls très fréquent est fort et plein, du moins chez les blessés antérieurement bien portants. Fatigués par un reste de céphalalgie et par des rêvasseries, des cauchemars, tourmentés par une soif vive, les malades conservent une inappétence complète; d*aulres fois, dans Térysipèle de la face et du cuir chevelu, ou bien quand le blessé a des habitudes alcooliques, il y a du délire, parfois furieux, auquel succède le coma. Après une durée moyenne de huit à douze jours dans rérysipèle bénin, fixe, classique, les symptômes locaux et généraux diminuent progressivement; la période de résolution commence. La plaque érysipélateuse pâlit tout d*abord sur les points qu'elle a primitivement affectés, puis le bourrelet s'affaisse et le liseré festonné s'échancre de plus en plus de portions blanchâtres ; finalement Tépiderme se desquamme en lamelles très fines, plus rarement en larges plaques. Parallèlement la température tombe ainsi que le pouls; Tanorexie disparait et le blessé éprouve un sentiment de bien-être ; il entre en convalescence.
Les modifications que présente Térysipèle, soit dans la marche de l'éruption, soit dans l'aspect de la plaque éruptive, soit dans la prédominance de quelques symptômes généraux, ont fait admettre plusieurs variétés cliniques. Nous avons pris comme type de notre description rérysipèle fixe, c'est-à-dire celui dans lequel la dennite reste cantonnée dans la même région ; il est dit ambulant ou erratique, lorsqu'il passe successivement
en divers points ; terpiifineiu, lorsque sVtend sur une grajide surface grâce à la conlluence des plaques; à répétition, à rechute ou de retour, lorsque l'ërystpèle ordinaireiiieut bénin occupe jihisieurs fois son siège primitif ; p^i'of/i^ii^, lorsque, ainsi que j'ai eu l'occasion d'en observer un cas chez une jeune femme, une poussée nouvelle revient presque à chaque époque menstruelle.
Si la dermite évoluant rapidement, la circulation de la peau se trouve enlraviie par la violence de l'inllammatîon, si les parois des vaisseaux sont antërieurenieut altérées, la plaque érysipélateuse peut présenter des points eechymotiques (1), comme cela s'observe chez le vieillard ; ou bien l'épiderme est soulevé sous forme de vésicules ou de bulles (érysipile phlyclénoiitej, par delà sérosité roussâtre, riche eu globules blancs. Ultérieurement, apparaissent des croules dont la chute laisse voir à la place des cicatrices blanchâtres. Enfin, dans certains cas d'érysipèles, les symptômes gaslro-inteslinaux {vomissements bilieux, diarrhée, etc.) prennent une grande intensité ; dans d'autres (érysipttle du cuir chevelu, £rysi|>ële chez les alcooliques), ce sont les troubles neneux (délire, etc.) ; assez fréquemment aussi, à la seconde période, on voit la lièvre monter et la températurealteindre 4Ï degrés ; les lèvres, la langue se sècheul et deviennent fuligineuses, ainsi que les dents et les gencives ; survieut
(<) Lne malade du service Je 11. Vern«uil a pr^senU clana le oonn d'iiQ (trytiiièle traurosUque cooséculif à une piqQre ttu dolgl, uni» Aruptioa ^nfraUato de purpura (0e la forvit hémorrhugiqHe dt firyaipttt {Mim. dt Chir., t. IV. p. <
582 PATHOLOGIE CHIRl'RGICALE GÉNÉRALE
tMi même temps une diarrhée rebelle, et les malades prostrés succombent dans le coma (forme typhoïde).
Parmi les complications de Térysipèle traumatique, nous citerons la suppuration et la gangrène. L'érysipéle phlegmoneux, ainsi que les diflérents modes de production de la suppuration à la suite de Térysipèle ont été décrits par Lordereau et Cadiat en 1874 (1). L'inflammation peut donner naissance à du pus qui se collecte dans le derme, sous Tépiderme (abcès) ; celle du tissu cellulaire sous-cutané peut aboutir au phlegmon circonscrit ou bien au phlegmon diflus (cuir chevelu, scrotum, membres), complication des plus graves à cause des décollements étendus, des vastes ulcérations, etc.; certaines régions telles que la face et les paupières y sont particulièrement disposées. Parfois aussi la suppuration se montre à distance sous forme d'abcès multiples indépendants ou au niveau des lymphatiques enflammés. Dans Térysipèle gangreneux proprement dit, assez fré(|uent chez les cachectiques, chez tous les aflaiblis eu général, il se forme au milieu de la plaque éruplive, vers le 6« jour, une eschare noirâtre qui gagne rapidement en étendue ; les symptômes généraux s'aggravent et la mort survient au milieu de phénomènes adynamiques. Au niveau du prépuce, des paupières, la mortification de la peau résulte de la minceur de ces téguments dont les vaisseaux nourriciers sont détruits ou désorganisés par la violence des phénomènes inflamma-
(1) M. Denucé a bien mis en lumière ce fait que pour qu'il y ait suppuration, il faut qu'au microbe spécifique de Térysipèle s'ajoute le microbe de la suppuration.
DES UsiUNS TRAUMAT1QII£S COMPUQL'KKS 383
lojres. loi la ■«.''siou est toute locale et etilruliie rarement une terniiiiaisoD fatale.
Ou a eucore signalé dan» les éiysii^èles grai'es la pleurésie, la pneuniouie, la néphrite aigiiè (1) associée fi l'endocardite (Jaccoud), des parotidilcs ut des arihrites suppurées, la phlébite et l'infection purulente; et enfin dans ceux de la tête, la méningite et la cécité (i).
La plupart des érysipèles traumatiques fixes et hénius ont une durée moyeune de douze jours ; quelques uns guérissent même en quelques jours, et il est rare de voir la maladie dépasser le quatorzième; mais il n'en est plus de même de la (orme ambulante et de celle à répétition, dans lesquelles des poussées successives peuvent prolonger t'iilleclion pendant plusieurs semaines.
La terminaison habituelle est la résolution. L'érysipèle guérit le plus souvent sans laisser de traces ; d'autres fois, lorsque par exemple, il y a eu plusieurs lois récidive, les téguments enflammés gardent une coloration foncée : ou bien l'œdème persistant, il en résulte uu épaississement hypertrophique de la peau qui dans certains cas aboutit à l'éléphautiasis.