V. Symplonialologie
Il n'y a aucune utilité pour la description à admettre des variétés multiples do l'affection, d'autant plus que comme le fait judicieusement remarquer M. Jeannel, ces différentes formes cliniques ne font le plus souvent que se succéder ou bien coïncider.
La période d'incubation différeute suivant la gravité de l'épidémie, les conditions de la plaie, du milieu, l'état général du blessé, varie de deux à cinq ou six jours. Un peu de malaise, d« l'insomnie, de Tengourdissement dans la région blessée, et dans presque tous les cas une violente douleur (l) au uiveau de la plaie
(1) La ilouieur violente ilu ildbiil s'allénue génùralemenl alors i[ue I l'eMuilal ee pulréDc, mais «Ue peut reparaître |iIuh tard mus lorm« L tf nets iiéTnl|pi(ue!(.
<>i4 PATHOLOGIE CIURURGICALE GENERALE
qui se sèche et dont les bourgeons charnus saignent et se boursouflent, sont les premiers signes annonçant la pourriture d*hùpital.
Puis, à une mince pellicule opaline succède bientôt une fausse membrane comme gélatineuse, grisâtre, d*aspect diphtéritique, qui s*étend peu à peu jusqu'aux bords enflammés et parfois ulcérés de la plaie.
Dans quelques cas bénins raflectiou peut s'arrêter à ce premier stade ; la fausse membrane tombe en déliquium, se résorbe ; la suppuration redevient abondante, prend souvent la coloration bleue et la cicatrisation s'achève, mais habituellement la pourriture d'hôpital suit son cours et revêt deux formes principales, la forme pull)euse et la forme ulcéreuse. Ajoutons que lorsque la maladie envahit la peau saine, comme après une inoculation, ou ù distance d*une plaie qui est déjà infectée, on voit iVpiderme se soulever par une exsudation phlycléuoïde (forme vésiculu-pustuleuse) qui fait place à i'une des deux variétés clini(iues suivantes.
Dans la forme pulpeuse, la plus fréquente, la fausse menil)ranede plus en plus épaissie se tache d'ecchymoses, les l)ourj;eons charnus violacés, œdémateux laissent suinter une sérosité ichoreusc et du sang qui recouvrent la surface de la plaie d*une boue noirâtre. Si Ton enlève cette couche, on aperçoit les tissus sous-jacents nécrosés, putréliés, creusés en ulcérations anfractueuses, saignantes, d'où se dégaj^ce une odeur infecte ; les bords de la plaie fortement œdématiés, décollés se ramollissent et leur désagrégation étend peu à peu les limites du mal. Quant i\ la forme ulcéreuse beaucoup plus rare, elle
DES LÉSIONS TRAUHATIQDES COUPUQUi
peul succéder à la variété précédente, comme aussi Évoluer d'emblée au niveau des cii^trices et des plaies boui-geounantes, mais non sur les plaies fraîches. A la surlace des bourgeous cliarous apparaissent des points eccbymotiijues, puii^ à leur place, une si!>rie de petits godets taillés à pic dont la réunion forme une ulcération large et proIoDde recouverte d'une sorte de bouillie grisâtre. Bieutôt les bords de la plaie s'en- Qanimeut, se festonnent d'échancrures et se renversent; la peau décollée s'ulcère et se détruit.
En temps d'épidémie la marche envahissante et destructive de la maladie est des plus rapides. « Les masses musculaires isolées et comme disséquées se ramollissent et se goutlent en forme de fuseaux gélatineux. Elles laisseut suinter une sanie infecte, puis se translonnunt en un magma absolument méconnaissable. Les tendons sont ternes et elTilocliés. Les nerfs, au contraire, restent longtemps inattaqués, ils flottent au milieu des tissus spbacélés et conservent presque jusqu'au bout une exquise sensibilité. Les vaisseaux s'ulcèrent, saignent, disparaissent ; quelquefois même une artère de gros calibre est atteinte et une hémorrhagie foudroyante termine le martyre du blessé. D'ailleurs les ligatures d'artères brisent les parois de ces vaisseaux et ne tiennent pas ; il eu résulte des bémorrhagies successives qui épuisent le patient et jettent dans la plaie de nouveaux aliments pour la putréfaction. Les lymphatiques B'enllaniment et le membre se sillonne de ti'alnées d'an-
Igéioleucite sur lesquelles naissent du nombreux abcès.
iLes os se uécrosent, les articulations a*ouvreDt, leurs
VA*\ PATHOLOGIE CHIRrRGICALE GÉNÉRALE
li};«nuei]ts se détachent, les cartilages s*exfolient et les tètes osseuses sout atteintes d'une sorte de carie toute spi'ciale. Alors enfin le membre entier ou la région entière se gangrène et l'on a sous les yeux la plaie la plus hideuse qu'il soit possible devoir; ce sont des pie<ls et des mains décharnés, des membres entiers convertis en une sorte d'épongé noire qui suinte du sang et pue (Ollier) : des fosses iliaf^ues et des articulations coxo-fémorales mises à Tair par la chute des fessiers (Delpech), «les trachées artères disséquées en leur entier; des thorax ou des parois abdominables largement perforées avec des viscères dénudés et même atteints par le mal » (1).
Les phénomènes généraux graves (fièvre, troubles digestifs, accidents nerveux, délire) que l'on peut observer ne sont pas le fait de la pourriture d'hôpital maladie absolument locale, mais hion des nombreuses complications ({ui surviennent communément, et parmi les(iue]les nous citerons des érysipèles, des «^ani^rènes, des hémorrhagies, «les phlegmons diffus, l'infection purulente, etc.
La pourriture (riiùpital a d ordinaire une marche rapi- (hMUi'nt proj;ressive, vl cpiand une hémorrhagie grave ne vient i)as mettre hrusipiement tin aux douleurs du patient, la mort résulte iraccidents septicémiques et de fièvre putri(l(», d'une complication grave intercurrente, ou bien encore de suppuration prolongée. Dans ce dernier cas, la maladie évolue lentement et les blessés tombés dans le marasme sont emportés par la fièvre hectique et par une diarrhée colliciuative. Lorsqu'on a affaire à des cas
[\) Joaiiiu'l {^i:ucijcl. inlern. de Chir.. I. I'% p. 510).
sporadiques, le chirurgien a le temps d'intervenir par une thérapeutique active et la guérison s'obtient, mais au bout d*uu temps assez long et souvent au prix de cicatrices diflormes et gênantes. Dans ce cas la plaie se déterge en même temps que Tinfiltration a cessé de gagner les tissus et que de nouveaux bourgeons charnus ont comblé les pertes de substance. Enfin on a vu quelques fois le mal récidiver alors que la cicatrisation touchait à sa fin.