II. Excès de la pression sanguine
On sait que le sang, à l'état normal, distend les parais
(1) Félix Girard, Eiiai itÀr ta patkogéaie det hèriïorriiagie ht tnatadie* infeclieuie». Tbése de Paila, 18Sa. N" 273, (i) Liltea, Deuteli. ZeiUeh. far D. Ktia. Med., ISSl.
des vaisseaux, et que la pression intra-vasculaire,au maximum dans le ventricule, au moment de la systole, diminue de plus en plus en s'éloignant du cœur vers les capillaires et les veines; cette tension varie en raison directe des changements du calibre total de l'appareil vasculaire, des modifications dans la quantité du liquide sanguin en circulation, des variations de la pression extra-vasculairey et de la plus ou moins grande énergie de l'impulsion cardiaque. Qu'il y ait afflux d'une plus grande quantité de sang artériel, ou bien obstacle à la circulation en retour, ou bien encore abaissement de la pression atmosphérique, le résultat sera identique au point de vue qui nous occupe; c'est-à-dire que la tension intra-vasculaire sera augmentée. Les plus fins vaisseaux, distendus au-delà des limites de la résistance de leurs parois supposées saines, finiront par se rompre; de là les hémorrhagies dites mécaniques, farce qu'il s'agit d'un trouble mécanique de la circulation.
Ces diverses conditions d'accroissement de la pression intra-vasculaire se trouvent réalisées de façons différentes que nous allons rapidement passer en revue.
Tout d'abord , Thémorrhagie fonctionnelle , qui a lieu périodiquement chez la femme, depuis la puberté jusqu'à la ménopause, et qui est liée à l'ovulation, résulte d'un excès de pression et de la rupture des capillaires de la muqueuse utérine, hypérémiée au maximum, par trouble du système vaso-moteur.
L'hypertrophie du cœur gauche est une première cause d'augmentation de la pression artérielle et d'accélération du cours du sang ; des hémorrhagies du cerveau, des épitaxis en sont la conséquence.
PATUOOKNlIi: DE L UEUORRHAQIE
I La suppression d'une évacuation sanguine périodique, lel
"que le llux hémorrhoïdaJre ou l'écoulement menstruel
laménorrhée ou ménopause), a pour efTet immédiat l'excès
de la masse du sang en circulalion ; de là la surdistension
I ca{Hllaires, et les hémonhagies intestinales, stomacales,
looaires, etc., dites supplémentaires ou par conipen-
Klion. Nous rapprocherons de cette variété les hémorrhagies
■miellés, aclices (Slahl) ou jiléthoriques , propres au
mpérament du même nom, dues à l'accroissement du
mbre des globules ou de la masse générale du sang
tourriture trop forte, etc.), et qui se traduisent par des
piements de nez, chez l'enfant, cl par l'état hémorrhoi-
htre. chez l'adulte.
L'oblitération d'une branche artérielle, par une ligature, par une thrombose, ou par une embolie, aura également pour conséquence l'exagération de la pression sanguine ms le territoire vasculaire correspondant, et la pi-oduction kémorrhagies, désignées par Virchow, sous le nom d'hémorrhatjies par fluxion collatérale, si cette pression dépasse la limite de résistance des vaisseaux. Telles sont par exemple les hémorrhagies du poumon, dans le cas d'embolie des artères de cet oi^ane.
L'oblitération inflammatoire des petits vaisseaux, cl les
■mbolies capillaires (Feitz, Hayem) déterminent, par le
mécanisme, un excès de pression dans les capil-
"laires voisins, et la déchirure de ces derniers. C'est ainsi que
pour MM. Ollivier et Ranvier(l) l'obstruction des capillaires
|iBr des globules blancs, dans la leucocythémie, est le point
) départ des hémorrhagies observées dans celle affection;
I (1) Ollivier et Haavier, ArcMvet tU PhytiotogU, ISOB.
de même que pour Weigert (1), Cornil, Ziemssen, Zueizer, Raymond (2), etc., les hémorrhagies disséminées et multiples des maladies infectieuses, de la variole, etc., s'expliqueraient en partie par l'action à la fois oblitérante (thrombose, embolie) et destructive des bactéries sur les parois des vaisseaux.
Enfin, les troubles vaso-moteurs^ les lésions du système nerveux centra) (expériences de SchifT, Vulpian, etc.; observations d'Ollivier^ de Charcot, etc.) et périphérique (névralgies traumatiques et hémorrhagies secondaires (Vemeuil), permettent avec assez de raison de rapporter à l'action nerveuse et au même mode pathogénique (hypérémie et hémorrhagie compensatrices), par paralysie réflexe (Vulpian), divers écoulements sanguins auxquels Lancereaux donne le nom d'hémorrhagies névropathiques.
Le purpura hémorrhagique ou maladie tachetée de WerlhofT; l'hémorrhagie des glandes sudoripares ou hématidrose, sont le plus souvent, en rappport avec des troubles de la sensibilité, et les désordres que Ton observe chez les hystériques.
La colère^ la frayeur, toutes les émotions violentes, en général, déterminent aussi des hémorrhagies par hypérémie subite (cas de Lordat, de Gilbert, de Lancereaux, etc.).
L'action hémorrhagique du froid et du calorique est depuis longtemps connue : citons le coup de sang des moissonneurs et des soldats en marche pendant les fortes chaleurs; l'hématurie, les métrorrhagies des pays chauds, etc. Les hémorrhagies nasales sont fréquentes chez les Esquimaux pendant Thiver; on les a observées également chez nos malheureux soldats au moment de la retraite de Russie.
(1) Weigert, Die pocken efflorescenz, etc., Breslau, 1875.
(2) Voyez la thèse de Girard, déjà citée.
PATUOOENIE DE LIIEMORRHAUIE
^^Bla patbogénie de ces bémorrhagies a tour à tour été expliquée par une dilaUtion directe ou réflexe des vaisseaux due à ces deux agents physiques.
L'eiagération de ta pression au niveau du système capillaire et l'hémorrhagie peuvent aussi être le fait d'un obstacle k la circulation en retour.
Les lésions de l'orifice nnitral, et la compression des veines pulmonaires, par un cancer, par des ganglions hypertrophiés, ou par un anévrysme, donnent fréquemment lieu à des hémorrhagies pulmonaires, de même que les lésions valvulaires du cœur droit, et l'insufiisancc de l'orifice tricuspide, en particulier, les tumeurs placées sur le trajet des veines caves, l'oblitération cirrhotique des capillaires du foie, les efforts du défécation, les quintes de coqueluche, etc., seront le point de dépari des bémorrhagies dites passives, si souvent observées dans le système de la grande circulation.
Nous terminerons par les peites de sang consécutives k la diminution de la pression extra-vasculaire.
L'ablation des tumeurs volumineuses, la suppression brusque et rapide d'un épanchement abondant, la paracentèse oculaire, fasc«nsiûn des hauts sommets par les gens de la plaine, et les voyages aérostaliques (diminution de la pression atmosphérique), le travail dans l'air comprimé, réalisent ce mode pathogénique. Quant à l'application des ventouses sèches, elle détermine la sortie du sang par un double mécanisme, en diminuant la pression
extravasculaire. et en formant obstacle à la circulation en
\>&r les bords de la ventouse.