C. TRAUMATISME ET MENSTRUATION
Pendant la période menstruelle, le sang afflue en grande quantité vers les organes génitaux. Il quitte alors les autres régions du corps et surtout les parties supérieures; la fiice pâlit, les centres nerveux sont anémiés, et peut-être pourrait-on attribuer à cette anémie l'irritabilité plus ou moins prononcée qu'offrent la plupart des femmes au moment de leurs règles.
Pour ce qui concerne le traumatisme, le raisonnement semble indiquer que les plaies situées dans la zone génitale devraient, à l'époque cataméniale, être exposées à des poussées congestives et peut-être à des hémorrhagies. Nous rangeons dans cette zone les mamelles dont les relations sympathiques avec l'appareil génital sont connues de tout le monde. A l'approche des règles, elles augmentent de volume, deviennent souvent douloureuses, turgides, et se couvrent d'arborisations veineuses comme au début de la grossesse. On comprend qu'une plaie accidentelle ou opé-
Niques
pntoire, survenant dans de telles conditions, pourrait donner lieu à des pertes de sang notables. En serait-il de même dans les r^ons relativement anémiées, ainsi que nous le signalions plus haut. Nous pouvons supposer que non, sans pouvoir toutefois l'aCrirmer, car les faits probants n'existent pas.
Quand, pour des causes diverses, parmi lesquelles nous
I citerons le refroidissement, les émotions, etc., les règles
Tiennent à se suppnmer, des troubles généraux plus ou
moins prononcés sont la conséquence de cette aménorrhée.
La femme a des palpitations, des bouffées de chaleur à la léte, des rougeurs subites à la face, des vertiges et souvent des hémorrhagies, dites supplémentaires, par les muqueuses nasale, bronchique, stomacale, etc.
Nous avons vu se produire, dans ces cas, des hémorrhagies cérébrales et des apoplexies de la rétine. Les mêmes phénomènes s'observent au moment de la ménopause. Qu'une personne ainsi disposée subisse, dans une région quelconque, un traumatisme accidentel ou opératoire, ne peut-on pas admettre que celui-ci sera plus ou moins modifié et subira le contre-coup de l'état général î
De ce qui précède, nous serons peut-être autorisé à tirer les conclusions suivantes :
Chez une femme, dont les règles sont normales, tout traumatisme, en survenant dans la zone génitale, au voisinage de l'époque cataméniale, peut donner lieu à des hémorrhagies. Celles-ci paraissent, toutefois, justiciables des méthodes hémostatiques ordinaires, à moins qu'il n'existe an état pathologique capable d'augmenter la fluidité du sang. Au même moment, dans les autres régions du corps,
PATHOLOOIB CHiaUBOICALB QENEBALE
la disposition hémorrhagipare n'existe paa. Cette même disposition hémorrhagipare sera, au contraire, générale et très marquée, aux époques correspondantes des r^les, ctiez les femmes aménorrhéiques et présentant des symptômes de pléthore consécutive. Depuis longtemps on sait, grdce aux travaux de Hérard, Gubter, etc., que quelques maladies spéciales déterminent des troubles menstruels.
Au poini de vue chirurgical, c'est M. Verneuîl qui, le premier, en 1862, a signalé des faits semblables et attiré l'attention sur cette question, à propos des opérations pratiquées sur les organes génitaux. M. Terrillon a publié sur la même sujet deux Mémoires importants {Progrès médical, 1874, et Annales de Gynécologie, septembre 1883) i le second n'est que la confirmation du premier.
De l'eiamen d'un grand nombre d'observations, M. Terrillon a conclu que les traumatismes accidentels ou opél'atoires exercent sur la menstruation une influence très variable. Quelquefois cette fonction n'est nullement troublée ; d'autres fois, au contraire, elle est avancée, retardée ou même supprimée.
Ce qu'il j a de plus remarquable, c'est qu'à la suite d'opérations, on voit souvent se produire, au bout de quelques jours, un écoulement sanguin par les parties génitales. Celui-ci survient sans douleur; sa durée et son abondance sont très modérées. C'est une véritable épistaxis dans le sens attaché à ce nom par Gubler. L'hémorrhagie apparaît quelques jours avant ou après les règles, et ne trouble en rien la marche de l'époque suivante. Il faut la considérer, non pas comme une évacuation 'menstruelle résultant de phénomènes d'ovulation, mais comme la consé-
quence d'une poussée congestive produite par It^ traumatisme dans la muqueuse utérine (Thoinol, Terrier) fl).
L'influence exercée par ce dernier sur la menstruation varie suivant la région dans laquelle il s'est produit. A oe point de vue, M. Terrillon divise le corps en quatre lonee qui sont les suivantes :
1" L'appareil sexuel interne et externe ;
2" La zone génitale, c'est-à-dire toutes les parties qui avoisinent les organes ^nitaux de la femme (grandes lèvres, mont de Vénus, périnée, anus) ;
3° Les seins;
4" Toutes les autres régions.
La première est, de toutes, la plus importante. Il est rare qu'une opération pratiquée sur les organes génitaux de la femme n'amène pas quelque trouLle menstruel. Le plus souvent, c'est de la congestion utérine que l'on observe ; celle-ci donne lieu à une épistaxis, ou bien, les règles supprimées depuis plus ou moins longtemps, reparaissent et reprennent une marche normale.
Les opérations pratiquées sur la région mammaire agissent de la même façon,
Le traumatisme de la zone génitale avance ou retarde les règles, mais détermine rarement l'épistaiis utérine.
Quant à ceux des autres régions du corps, leur action sur la menstruation est bien moins accusée. Cependant il fout tenir compte, dans cette appréciation, de ta susceptibilité quelquefois très grande des femmes pour tout ce qui concerne la fonction cataméniale. Chez quelques unes
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d'entre elles, la cause la plus légère suFIil pour avancer ou retarder les règles.
En tenant compte de l'influence réelle du traumatisme sur la menstruation, et de l'influence probable de la menstruation sur le traumatisme, nous sommes amené à conclure qu'il faut, à moins d'indication urgente, s'abstenir de toute intervention active durant les r^les. Si la vie de la femme est menacée il ne faut pas hésiter; il y a, par exemple, des tumeurs abdominales qui provoquent des bémorrhagies continuelles ; la malade est épuisée au moment oit la péi-iode cataméniale commence. Si on laisse celle-ci se continuer et s'achever sans intervention, on risque de laisser la femme tomber dans l'épuisement le plus complet et on l'exposerait èi une terminaison falale. Dans un cas semblable, toute hésitation est interdite, l'opération immédiate s'impose.
Péan (1) dit avoir enlevé ainsi avec succès des tumeurs volumineuses de l'utérus ou de l'ovaire, chez des malades presque mourantes d'anémie, et pour lesquelles l'interveation n'eût pu ëlre difl'érée sans danger.
Quelle est l'influence exercée sur la menstruation par les opérations pratiquées sur les ovaires?
La grande majorité des physiologistes admet que menstruation et ovulation sont deux manifestations d'un seul et même phénomène, et qu'il existe entre elles une relation nécessaire de cause à efl'et.
D'autres, moins nombreux, sont d'avis que les deux fonctions sont absolument indépendantes. De là des apprë-
(1) Péan, Diagnoilic de) tumeurs de l'abiiDineii cl du baitin. Paria, 1080-1886.
DES LESIONS TRAUMATIQUES
dalions diverses au sujet de l'actioa que peut et doit produire sur les règles l'extirpation des ovaires.
La première opinion nous parait être la vraie.
L'ûvariotomie unilatérale trouble plus ou moins la fonction cataméniale, mais ne la supprime pas ; elle agit, en somme, comme tout autre traumatisme de la zone génitale; nous n'avons riea à ajouter à ce que nous avons dit plus baut.
Quant à l'ovariotomie double, elle amène, lorsqu'elle est complète, un arrêt définitif de la menstruation. Telle est h règle ; mais celle-ci comporte des exceptions. On voit, iprès l'extirpation des deux ovaires, des écoulements sanguins se faire par les parties génitales. Ces hémorrhagies sont parfois de simples épistaxis utérines, qui n'ont aucun des caractères ordinaires des règles, durent peu, et ne présentent, en un mot, aucune importance.
D'autres fois, la menstruation semble persister, malgré l'enlèvement des ovaires, et les femmes sont réglées pendant plusieurs années après l'opération. Des faits de ce genre ont été réunis par d'Ormières, dan» sa thèse inaugurale sur la menstruation après l'ovariotomie et l'hystéreclomie (Paris, 1880), et par M Terrier (Ij.
S'ils ne prêtaient à des objections sérieuses, ils confu-meraient l'opinion de ceux qui croient à l'indépendance de l'ovulation et de la menstruation ; mais peut-on toujours affirmer que, dans l'ovariotomie double, la castration a été complète ?
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Ne pourrait-il pas, comme le pense Lebec, exister quelquefois un ovaire supplémentaire? Ou bien en admettant même que l'opération ait été tout à fait radicale, ne peuton supposer que les pertes sanguines consécutives sont non pas de véritables règles, mais de simples épistaxis dues à l'habitude congestive contractée par l'utérus. Ces idées sont celles de physiologistes et chirurgiens éminents, et nous ne fiiisons aucune difficulté pour les adopter.