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J D. TRAUMATISME ET GROSSESSE

L'influence réciproque du traumatisme et de la grossesse est une question qui a de tout temps préoccupé les médecins et les accoucheurs. Dans tous les livres anciens, on trouve le traumatisme accidentel et le traumatisme chirurgical signalés comme causes de Tavortement. Ces idées seront adoptées et défendues plus tard par les accoucheurs les plus célèbres, Mauriceau, Delamotte, Burton, Levret, etc. A une date plus rapprochée de nous, la question de l'époque à choisir pour pratiquer la périnéorraphie a donné lieu à de longues et savantes discussions.

En 1864, Valette publia, dans le Lyon Médical, un mémoire important dont voici la conclusion principale : « Les grandes opérations peuvent être bien supportées par .» la femme enceinte; leur succès n'est pas compromis » par l'existence de la grossesse, et réciproquement ces » opérations n'exercent pas sur la gestation une influence » aussi funeste qu'on est porté à le redouter » (1).

(1) Valette, Cliniqtie chirurgicale de l'Hôtel- Dieu de Lyon, 1875.

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69, la question est soulevée par te docleur Warn :devaiil la Société obstétricale de I^ndres. Les chirurgiens les accoucheurs les plus considérables de l'Angleterre >(Spencer Wells, Barnes, elc.)i eïprim6rent alors leur opi- ■ion au sujet de l'intervention chez les femmes grosses ittteinles de kystes ovariques. Les uns se déclarèrent partisans de l'expectalion, les autres de la ponction, d'autres, «nQn, de l'accouchement prématuré ou de l'ovanotomie. Les tbèses de Petit fl870j (l), Cornillon (1872) (2), Massot (1873) (3), le Mémoire de Cohnstein (1873) (4), Bont des travaux importants qui, par le grand nombre d'observations qu'ils renferment, ont puissamment contribué jt élucider la question. A plusieurs reprises (1872j 1876, 1884, 1886), la Société de Chirurgie de Paris s'est occupée de l'influence réciproque du traumatisme et du gravidisme. Les discussions de 1872 et 1876 sont restées célèbres par la multiplicité des idées émises et le grand talent de ceux qui les ont défendues. Qu'il nous suffise de rappeler â de Verneuil, Trélat, Le Fort, Depaul, Tamier, Guéniot, Cazin, Desprës, etc.

Le professeur Trélat a apporté, dans le débat, cette idée nouvelle que lorsqu'il s'agit d'apprécier la part qui revient à une opération pratiquée chez une femme enceinte, dans la détermination de l'avortement et de la mort, il

(1) Petit, Sur la groiseiit dans tes rapport» avec te iraumatisme. PnriB, 1870.

(i) Coroillon, Sur le* accidenta dss plaie» pendant ta grossetie

t puerpéral. Paris, 187i.

(3) Massot, De l'iaflaenee de» ttaumatitme» »ur la grosiesee. ~ ' , 1873.

in, Ueber cMr. opérai, bei Schviangeren [Samintang i»ûehtr Vorirage de B. Volkmann, n* 5^, 1873.

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faut tenir compte de la maladie qui nécessite l'intervention chirurgicale; puis, résumant la discussion^ il est d*avis de n'opérer qu'en cas d'urgence, sans toutefois vouloir établir de règle absolue; après l'accouchement, il est bon d'attendre de 3 à 6 mois pour intervenir.

En 1877, le professeur Vemeuil a fait, au Congrès de Genève, une communication qui est le plus grand travail d'ensemble publié sur le siget. Depuis, des observations isolées ont été publiées dans différents recueils périodiques (i). A l'occasion du rapport lu à l'Académie de médecine (3 février 1885), sur le concours du prix Capuron (Traumatisme et grossesse; leur influence réciproque)^ M. Guéniot a de nouveau affirmé son opinion antérieure.

Enfin, notre distingué collègue et ami M. Gaulard, agrégé d'accouchements, fait actuellement paraître, dans le BiMetin médical du Nord, une série de remarquables leçons dont le manuscrit a été mis gracieusement à notre disposition et qui sont l'exposé complet de la question.

L'organisme de la femme subit, pendant la grossesse, des modifications nombreuses, et le sang des changements dans sa quantité et sa composition chimique; Spiegelberg, Gschlerden, Gassner, etc., etc., ont prouvé que, pendant la gestation, la masse sanguine est plus considérable qu'à l'état de vacuité. Comme le pensaient les anciens auteurs, il y a pléthore, mais par quantité seulement. En effet, les analyses d'Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, Regnault, etc., ont montré que, chez la femme enceinte, le sang renferme, d'une part, plus d'eau, de phosphates

(1) Serres, Grossesse et Traumatisme (deux observations) ; (Gazette hebdomcuiaire des Sciences médicales de Montpellier, 1885.

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«t d'acide carbonique, et, d'autre part, moins d'albumine, de globules rouges, de fer et d'oxygène. En un mot, les éléments qui font la richesse du liquide sanguin sont moins abondants pendant la grossesse. M. Peter (Clinique médicale), met en doute la valeur de ces résultats, mais en attendant de nouvelles expériences, il est rationnel d'admettre qu'une femme, obligée de suffire en même temps k sa propre nutrition et au développement rapide de son enfant, puisse présenter un certain degré d'hypoglobulie.

Ces modifications du sang laissent-elles la femme dans une situation absolument physiologique (Guéniot), ou bien constituent-elles un véritable état pathologique? Cazeaux identifie grossesse et chlorose ; c'est certainement une exagération. Mais la pléthore dont nous venons de parler, tien que caractérisée par de l'hydrémie et une diminution des globules, n'en eipose pas moins la femme à des mouvements congestifs vers les organes importants, et par conséquent à des accidents sérieux. M. Peter a montré, par exemple, que te poumon est plus chaud, parce qu'il contient plus de sang; si nous ajoutons à cela, les modifications du cœur, qui, pour les uns, se résument en hypertrophie du ventricule gauche, et pour les autres, en dilatation; les troubles variés des appareils digestif et nerveux ; l'altération de l'urine ; l'état graisseux du foie, nous nous croirons autorisé à conclure que la femme 'est pas une malade, mais qu'elle n'est pas non plus dans un état tout à fait physiologique. Ce n'est pas un état pathologique, mais une imminence morbide per maneole, et, selon l'expression très juste de M. Vemeuil, IID état extra -physiologique.

Quelquefois, les choses vont plus loin, et Ton trouve dans Turine du sucre ou de l'albumine. L'albuminurie est définie par Jaccoud, un trouble de la sécrétion rénale, caractérisé par la présence de l'albumine dans l'urine. Pendant la grossesse, ce n'est pas toujours le cas, et l'on découvre fréquemment des pseudo- albuminuries, dans lesquelles, l'albumine provient de la vessie, des uretères, ou d'une modification de pression et de vitesse circulatoire. Ces dernières ne peuvent pas, au point de vue de l'influence exercée sur le traumatisme, être confondues avec les albuminiuîes véritables (Zantiotis). Nous en dirons autant de la glycosurie physiologique de la gestation; elle doit, dans son action, différer de la glycosurie diabétique, absolument comme elle en diffère dans ses causes et dans son mode de production.

Ces préliminaires établis, étudions maintenant l'influence du traumatisme sur la grossesse, puis nous examinerons l'influence réciproque de la grossesse sur le traumatisme accidentel ou chirurgical.

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