S F. IHFLUENCE DE LA RACE ET DU CLIMAT SUR LES LESIONS TRAUMATIQUES
Les données encore fort incomplètes que l'on possède sur les particularités du mode d'évolution des lésions traumatiques, suivant la race et le climat, nous sont fournies par les récits de quelques explorateurs, et surtout par les observations des médecins de marine pendant leur passage ou leur séjour dans les colonies, et des chirurgiens militaires qui ont fait les campagnes d'Algérie, d'Egypte et d'Extrême-Orient, etc. (i); des faits épars ne manquent pas dans les Recueils de mémoires de médecine et de chirurgie
(1) Laure, Histoire médicale de la Marine française pendant les expéditions de Chine et de Cochinchine, in-8, Paris, 1864. — Didiot, Relation médico-chirurgicale de la campagne de Cochin chine en 1861-1S62 (Recueil de Mémoires de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie militaires, 3* série, t. XIV).
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militaires et dans les Archives de médecine navale, mais ils n'ont pas encore été groupés dans un travail d'ensemble.
Nous nous bornerons ici à reproduire sommairement ce que nous avons trouvé consigné dans la note extraite du travail de J. Rochard (1), dans les thèses inaugurales de Cantellauve (2), de Breton (3), de Dubergé (-1), de Ernault (5), de Lidin (6), dans la Géographie médicale de Bordier (Paris, 1884), et dans les Recueils précités.
La race noire et la race jaune semblent supporter bien plus facilement les grands traumatismes que les Européens, et les Arabes plus facilement que les Kabyles. C'est là un premier point depuis longtemps établi par de nombreuses observations (J. Rochard).
Les plaies pénétrantes de l'abdomen chez les Sénégalais et les autres noirs qui essaient la vertu du gri-gris, les mutilations portant sur les organes génitaux (ablation du clitoris, au moment de la puberté, etc.), les amputations, les plaies par armes & feu, etc., guériraient avec une grande facilité.
D'après Bordier (loco citato, page 460), le D'' Brassac aurait fait deux fois chez le nègre, avec le plus grand succès, la désarticulation du genou.
(I) Rochard, De Vin/liience da etimal et de la race lur la marche de* létionK traumaliquei {Bulletins de l'Académie de Médecine, 1877].
(,ï) Cantellauve, Quelquet obsermiliona »iir le trautnatitme aux payi chaudi, Tliése de l'aris, 1M72.
(3) Breton, Quelques considérai ion» »\ir les plaies chirurgicale* a Iraumaiique* chez le* Annamiies. Thèae de Paris, ISTO.
(<) Dubergè, Quelque* considérai ions *iir les coniplioitionii de* plaiet à la Guyane française. Tlièse de Paris, 1875,
(5) Eroault, Des eondilions itiologiques de la pathutmjie de la race ni-gre. Thèse de Paris, 1882.
(6) Lidia, Coup-d'œit sur la cUmalolwjie cl lu paltvlo'jii; du Sirtégai. Tbése de Paria, 1S8!.
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Mirabel (1), dans un récent numéro des Archives de Médecine navale, fait le récit d'une ovariotomie pratiquée suivant les règles antiseptiques et avec succès, chez une Chinoise, par la doctoresse miss Reifsneider (Shang-Hai). G^est la deuxième opération de ce genre, faite depuis peu, en Chine. La guérison eut lieu rapidement et sans fièvre.
Les méilecins français qui, après la bataille de Chorillos (janvier 1881), furent chargés de donner des soins à 200 Indiens-Péruviens, firent 10 amputations, plusieurs résections et extractions d'esquilles. L'antisepsie ne fut pas rigoureusement appliquée ; on se servit de solutions phéniquées faibles et de mèches de charpie, à défaut de drains. Les blessés, dont pas un ne mourut, supportèrent la douleur avec une grande résignation, et ne présentèrent aucune réaction fébrile (Monin) (2).
Il faut toutefois reconnaître que les lésions traumatiques ne présentent pas toujours cette innocuité. C*est ainsi que, dans quelques statistiques, la proportion de mortalité est très élevée, et à peu près la même chez les Noirs que chez les Européens (9 o/o environ). Au Sénégal, Borius (3), sur 100 entrées d'indigènes à l'hôpital, relève 30 entrées pour affections chirurgicales, et sur 100 décès, 12 sont consécutifs à des traumatismes. Enfin, sur 283 décès survenus à l'hôpital, de 1869 à 1880, les noirs en auraient fourni 183, dont 17 pour blessures et maladies chirurgicales (4). Au Mexique,
(1) Mirabel, Archives de Médecine navale, Juin 1885.
(2) Monin, \ote sur l'ambulance de Lima f Archives de Médecine navale, Octobre 1882).
(3) Borius, Topographie médicale du Sénégal (Archives de Médecine navale, Mai-Juin, 1882).
(4) Guiol, Topographie médicale de Xosn-Bé (eoiem loco. Octobre 1882).
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onze grandes opéralions pratiquées sur des prisonniers Mexicaitis, épuisés, il est vrai, par le siège, donnèrent dix décès, tandis que sur 31 opéiés Français il n'en mourut qu'un. (1). L'influence du climat el de la température est aussi des plus évidentes sur la marche des plaies ; on sait que celles-ci se cicatrisent rapidement sous les tropiques, tandis que dans les régions polaires, la cicatrisation languit, les plaies s'ulcèrent et se compliquent de lymphangite et d'érysipèle.
Quant aux complications des lésions traumatiques (septicémie, infection purulente, etc.), que l'on obsen-e en Europe, elles paraissent exceptionnelles ciiez les mêmes races colorées. Par contre, le tétanos qui respecterait les fumeurs d'opium (Rocbard). et les hémorrhagies enlèvent souvent les blessés sous la zone torride. C'est ainsi qu'après le combat de Dialmalh, sur une centaine d'Européens et une cinquantaine de noirs blessés, liuil nègres moururent du 3* au 5" jour du tétanos, tandis que pas un blanc ne fut atteint (Béai, Quelques considérations sur les maladies observéeê au Sénégal, thèse de Paris, -1862).
La lièvre traumalique, en général modérée, à cause de l'anémie et de l'impaludisme, devient intermittente dans ce dernier cas, et ses accès retardent la cicatrisation.
La misère et la malpropreté d'une part, la syphilis, les dermatoses si fréquentes (2), la cbloro-anémie propre i la lone
(1) Lespinu, Expoiition clinique des bleeturet de guerre loignéet dant U» hàpilatuc mililairei français de Puebla et de Ckolutit (Recutil de Mémoires de Médecine, de Chirurgie el de Pharmacie militaire; Z» série, t. XIV).
(ï) D'après Clavel (.Arcidves de MêdticinB navale. Sept. 1881), les diverses foriuea do la lèpre, el en particulier la lèpre amputante des doigts et des orteils, frapperaient dix Uarquinent
tropicale, si souvent accompagnée d'infiltration oedémateuse des jambes, etc., expliqueraient en partie la tendance à Tulcération phagédénique et à la suppuration que présentent les moindres érosions, les piqûres d'insectes, etc., au niveau des iQembres inférieurs. Le tatouage se complique souvent d'angioleudte (Glavel).
L'ulcère spécial phagédénique des membres inférieurs tient une place importante dans la pathologie des races noire et jaune; les Annamites, les Chinois, les Cafres, etc., en sont fréquemment atteints. Ces ulcères peuvent envahir le pied, la jambe, se compliquer de lésions osseuses, carie, etc.| et motiver l'amputation. Les conditions hygiéniques et climatériques paraissent au moins aussi importantes que la cause ethnique (1); igoutons qu'on lui a assigné récemment une origine microbienne (Le Dantec, Origine microhientie de l'ulcère phagédénique des pays chauds, A. M. N., Juin 1885).
Signalons aussi, la prédisposition qu'aurait le nègre à produire du tissu co^jonctif cicatriciel ou fibreux en abondance (chéloîdes, fibromes de l'oreille, fibro-myômes utérins), et cette étrange affection c éléphantiasis >, qui a été regardée comme une complication des traumatismes, comme une sorte d'érysipèle ou de lymphangite réticutaire (2). Sa nature et son mode de développement ne sont pas encore absolument définis, mais l'on tend aujourd'hui à rattacher au parasitisme (Manson), cette maladie, qui, comme l'hémato-chylurie des pays chauds, certaines hydrocèles
(1) Morand, Notes tnédicales sur Vambulance de Namh^Dinh {Archives de Médecine navale. Juin 1885).
(2) Bourel-Roncière, Archives de Médecine navale, 1878.
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et asdtes, ne serait qu'une forme de la filariose (filaires adultes de Bancroft, et filaires embryonnaires de Wucherer).
Deux mots, pour terminer cet alinéa, de deux afTections, la maladie de Ballingall (1) et raînlium, dont la première, considérée aujourd'hui comme de nature parasitaire, donne lieu à une dérormalion du pied {anaïkal; pied d'éléphant, ou périkal, gros pied), qui présente quelque analogie de forme avec l'éléphantiasls,
Id maladie de Ballingall ou pied de Madura est une affection endémique frappant exclusivement toutes les nationalilés et races Indoues ; elle respecte les Européens même nés dans le pays. C'est une tumeur bénigne proliférant mais ne se généralisant pas; elle détruit tous les tissus du pied, qu'elle transforme en kystes à contenu muriforme. L'état général n'est modifié que par la suppuration prolongée consécutive. L'amputation est le seul remède.
Robin a fait du corps muriforme < une production épilhéliale hétérotopique, enkystée (épiihélium prismatique), laquelle, à rencontre des autres épithéliomas, demeure locale et sans généralisai ion >, mais l'étude hislobgique d'un pied, faite par Corre, démonire que le prétendu épiihélium ' prismatique de Robin est un parasite (corpuscule frangé de Corre) Cette opinion se rapprocherait de celle de Carter, qui a constaté la présence d'un parasite végétal du genre des myxosporées, dont rhafaitat ordinaire serait le cotonnier ou un autre végétal, et qui envahirait par les glandes sudoripares (Hirz), ou par une piqûre d'épine
(I) Corrf, La maladie de Ballin'jalt ou pied de Uadure, d'aprë* les nntes iaèdices du D' Collard, de Pondîcliéry (Arehivet da [ Médeàne navale, Février 18S3).
276 PATHOLOGIE CHIRURGICALB GENERALE
le pied des Hindous qui marchent généralement pieds nus (Bordier).
M. Fontan a publié, dans les Archives de médecine navale (tome xxxvii, mars 1882), un mémoire très important et très remarquable sur c la question de VAïnhum ». Une bibliographie très étendue précède ce travail.
Voici les conclusions :
€ 1» La prétendue enUté morbide appelée ainhutn n'existe pas, en tant que maladie locale, spéciale aux races colorées;
2o La môme affection se rencontre aussi dans les races blanches, où elle commence ordinairement dès l'époque congénitale. On peut la rencontrer aussi à tout âge de la vie ;
3® Elle est caractérisée essentiellement par un sillon constricteur, progressif, sans cause mécanique, pouvant aller jusqu'à l'amputation, et amenant secondairement dans la partie étranglée une dégénérescence graisseuse;
4* Cette maladie appartient vraisemblablement à la classe des tropho- névroses;
5* Son processus anatomique est celui de la sclérodermie, et elle mérite le nom de sclérodermie annulaire. »