C. PALUDISME
Le mot paludisme (Verneuil) désigne une intoxication caractérisée symptomatiquement par des fièvres intermittentes ou rémittentes, et par un état cachectique spécial dont les principaux attributs sont une anémie considérable et rapide, une diminution de nombre et une altération des globules du sang (1), de Thypertrophie splénique, des altérations viscérales (foie, reins, etc.) Le paludisme constitue un état général morbide dont rinfluence sur les foyers traumatiques est nettement démontrée aujourd'hui par les faits les plus nombreux et les plus concluants.
Delpech, Lafont-Gouzy, et, plus tard, Bouisson (2), publièrent les premiers des observations d'accidents (hémorrhagies intermittentes, névralgies, fièvres, etc.),
(1) L'hémoglobine, sous Tinfluence des Beggialoa et de la décomposition des sulfates, se transformerait en sulfure de fer, et Toxygène des globules rouges serait absorbé par les Beggiatoa en voie d'évolution dans Torganisme (J. Rouquette (d'Espalion), loco citato).
(t) Bouisson, Sur les hémorrhagies périodiques des plaies, Montpellier, 1854.
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dus à rinlectioii paludéenne. En 1866 et 1867, Cocud(l), le professeur Mazzoni (de Rome) (2), et Duboué (de Pau) (3), attiraient à leur lour l'attention des chirurgiens sur ces accidents, et, Tannée suivante, Vemeuil inspirait le premier travail d'ensemble sur le sujet â l'un de ses élèves, M. Dériaud (4). Une fois la question posée, les documents ne lirenl pas défaut ; Monez(3), Liégey (6), Taieb ould Morsly{7), Valerani (8), etc., apportèrent leur contingent d'observations. Plus récemment enlin, nous citerons les mémoires de Vernetiil et L.-II. Petit (il), la comii\.uuicaliou de M. Dehenne au premier Congrès français de Chirurgie, les articles de M. Coë (10), du docteur Jules Rouquelte (D'Espalion (II), et de l'excellent paragraphe du livi-e de Corre (12).
(I) Cot-ud, l)fs eomplicalions que lit diathrse patudéenne prul apporltr uu.r téiiont Iruumaliques iHec. de Méd. milil.. I8GG).
(i) Muuoni. (Coagrig méd. inlern. Pari». IMÏ).
Çî) Duboué, Ik ïiiiipaludisme. Paris, ISe?.
(4} Dêrlaud, Influfnce réciproque de ['impaludisme et du tranmatiimt (Th. de Parig. 1868).
(.%) MorlM, De t'impatudisme dam »u rapport» avec le» té»ioaii travinalique» (Tb. du Paris, 1876).
(I) tJéHey. Noie relative h t'in/luence det caugei Irautiialiqueg sur tr* aeefê de /livre intermitUnU et recipraquenienl (loum. de Héd. ehir et plutrm. de Bruxelles, 1879).
(7) Tuirbould Uorslj:. Contribution !t l'étude du palvdiime dant irx rappoTtt avec le traumatisme (Th. de Monlpellier. 1881). {8) Valerani, Infl. del traum. chirurg. iui riivegli del' inipalu-
t'<hMrTatore di Torino, IBSl).
(D) Vemeuil iRecue de Chirurgie. 188<'t883). — {Bull, de l'Aead. Méd. 1881). — t'.-I]. Petit {Revue de Chirurgie. 1SKM883). (10) CM. Malarial Manifeitalions {Nea-TorK. Uéd. J.. 1880).
(II) J. Bouqueltr, Du rôle det leucomainet liaiM l'empoigonneiitrnt palustre ; applications thérapeutiques. — Influence de iimpat, sur l'organisme, etc. {Bull. gén. de Thérap . 1888).
IIS) Corre, Truite clinique det maladirtdes paj/t chaud». Purli, 1887.
La nature et Tintensité des accidents ou complica* tions que le paludisme fait apparaître au niveau du foyer traumatique varient suivant la période et le degré d*intoxication auxquels est arrivé le blessé ou Topéré, suivant aussi que celui-ci reste soumis ou a été soustrait depuis longtemps déjà à Tinfection paludéenne ; rinfluence de la race est également à considérer.
A la première période, les heureux résultats qu'ont donnés les grandes opérations pratiquées durant les expéditions d*Algérie, démontrent que la réparation des plaies accidentelles , ou opératoires ne serait pas sensiblement aggravée par Faction du miasme paludéen; mais il se produit sous son influence certains phénomènes ou accidents locaux, parmi lesquels les plus constants sont des congestions, des hémorrhagies, des spasmes ou des douleurs à forme névralgique, dont le caractère de périodicité est des plus nettement accusé, et qui guérissent très bien par Tusage du sulfate de quinine (Verneuil, Cocud, etc.) Ces manifestations (névralgies, spasmes, hémorrhagies) naissent d*ordinaire au lieu blessé, isolément, et en général rapidement après le traumatisme ; toutefois, elles peuvent coïncider (Verneuil), apparaître tardivement ou se montrer dans une région éloignée du foyer traumatique. Enfin, les accès intermittents simples arrêtent la cicatrisation, dessèchent la plaie, puis la rendent saignante et en décollent les bords (1).
Lorsque Tintoxication ancienne est arrivée à la période
(i) Ecoles, Reports of the Siafford House corn, (ambulance anglaise durant la guerre turco-russe).
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cachectique, c'est-à-dire des lésiouB viscérales (raie, foie, reins, cœur, etc.). les complications les plus sérieuses nienaeeiil le MessC'. Malgré It; pansement de Li»ter et les préparations quiniques, la réunion immédiiite échoue, les plaies les plus légères suppurent, se cicatrisent diflictlement ou s'ulcèrent (I) et deviennent phagédéuiques (2) ; parfois même, le phlegmon dilTus, une lymphangite grave , l'ërysipèle , la septico-pyohémie , la gangrène, etc., emportent rapidement le malade (3). Enfin, d'après Taïeb ould Morsly, le paludisme retarderait aussi la consolidation des fractures, comme il retarde la réparation des plaies. Roux est d'un avis opposé; il pense qu'on a exagéré d'une manière générale l'action du paludisme sur le traumatisme, u Je n'ai jamais constaté, dit-il, que la guérison des fractures fut plus longue dans l'Inde qu'en France. Chez les Bengalis, pi'esque tous atteints â un degré variable de cachexie paludéenne, j'ai obtenu de magnifiques résultats
(I) Liocalemetil In poudre d'ioJoforme lionnerail il^ buns t^suilBb i M. J. Rnuquelle (communication écrite).
(S) On a lait de ce» ulcères phagédéniques une maladie â part (voir page 274) ; mai» cette prétendue entité morbide (Le Roy de MéiicouH et J. Rochard) est considérée par Corre, Treille, Fontan et la plupart des médecûiB de la marine comme une simple compllratlon dlplit^roîde banale dont le paludisme frappe les plaies les plus ineJg[ilQanl«s dans les pays chauds,
(3) Vemeuil et L..-H. Pulil, dans une Éludv Ir^ complète (loeo cilaUjJ. ont réuni luules les observations connues de gangrène juiluslre et les divisent en deux groupe;! : 1* les gangrtafn Ofoei^e», île beaucoup les plus nombreuses qui compliquent le traumatisme accidentel ou ctiirurglcal chei les cachectiques, dans lesquelles l'état général joue le principal rAle; Z'\r» gangrènes palustre» proprement àtlei, aussi rares que les CBS d'asphyxie locale, liées exclusivement à l'inQueace paludéenne,
opératoires sans aucun accident : la guérison était même beaucoup plus rapide qu'en Europe » (i). Les médecins de la marine qui ont exercé dans divers pays à malaria, font les mêmes remarques (communication de M. Fontan).
Un nombre considérable de faits bien observés (Moriez, Taieb Ould Morsly, Vieusse, etc.) (2), ne permettent plus aujourd'hui de mettre en doute l'opinion émise depuis plusieurs années par Verneuil, que les lésions traumatiques aggravent les manifestations du paludisme, ou réveillent la diathèse à Tétat latent depuis un plus ou moins grand nombre d'années. Dans ce dernier cas, la fièvre s'allume en général dans les deux premiers jours qui suivent la blessure (contusion, plaie, fracture, opération sanglante, etc.), sous forme d'accès inleriniltents, parfois pernicieux d'emblée (Mazzoni, J. Rouquelle, etc.); ou bien elle prend un type différent, surtout si elle coïncide avec la lièvre traumatique vraie à laquelle elle se superpose (Verneuil), ou s'il survient une complication inflammatoire, septicémique (lièvre à type rémittent). La durée est en rapport avec la gravité de la blessure, la (luantité de sang perdu, l'état des viscères (i)ermetlant aux microbes d'accumuler plus ou moins de leucomaïnes), et l'énergie du traitement par le sulfate de ((uinine. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que des névralgies larvées, des spasmes,
(1) F. Roux. Traité pratique des maladies des pays chauds, Paris, 1880).
(i) Vieusse, Bull, de la Soc. de Chir., août 1883.
DES LESIONS TRAinUTlQUES COUPLIQUI
l'anémie, etc., peuvent être les seules luanilestations de la diathèse rappelée.
Enrui, loi'sque le IrHumatiâme atteint un sujet qui, tout eu n'ayant pas soulTerl de la lièvre paludéenne, . est resté pendant un certain temp» exposé à ses causes, on peut voir se déclarer des accès ou des accidents intermittents, qu'on devra distinguer des phénomènes pseudo-intermittents liés ù des maladies des voies urinaires, du foie, etc., et qui cèdent, eux aussi, à l'emploi du quinquina. Ici encore, la blessure éveitU l'intoxication latente (1).
Dans les milieux palustres où tout le monde est plus ou moins intoxiqué, suivant qu'on élimine plus ou moins le poison leucomaîque, toutes les afiections médicales ou rtiirurgicales sont compliquées du paludisme; il est donc bon, avant d'opérer, de soumettre à la quinine, aux arsenicaux (2 ou 3 granules à 1/2 milligramme d'arséuiate de strychnine par jour), aux toniques amers et ferrugineux. On ne doit pas non plus négliger les pui^atifs on vomitifs, ni les diurétiques, afin de faciliter l'absorption des fébrifuges et de rendre l'élimination plus active.
I^ paludisme produit encore spontanément, c'est-àdire sans Irauma, des manifestations d'ordre externe
(I] Il en Fsi <le marne lorwtufi cerlaiiM lodividiu qui, dans un milieu paluelre, q'odI jamais vu de lièvre palitdique (les lèbriluges ou l'acUon de la raie el du fuie dvlruisanl It^urs mitrobes), chung^ent de climat et vont habiter un |>ays (raid ou Irais. L'^lioiinaUoa leucuniaïque se ralentit perce que les voies d'élioiinaliun |(aip. rote. p«uu) «ont en moindre activité ; de là des aerH qui De peuvent parl«i>i ijuérir que lorsque les uwlaU» rataumeut dons un iiufs chaud.
OU chirurgical que Ton peut ranger en trois catégories :
A. Système nerteux, — Parmi les accidents se rapportant au système nerveux figurent les névralgies congestive^ (Verneuil), ïmiesthésie locale, Vasphyxie locale et la gangrène symétriqm (Raynaud, Verneuil et Petit, Moursou) (1).
B. Système lymphatique. — Les lymphangites à répétition, depuis la forme légère et fugitive, jusqu*aux formes graves et pernicieuses, sont regardées, particulièrement par les médecins brésiliens, comme de véritables accès inalariens. Ces accès peuvent se terminer par rérysipèle, la thrombose, la gangrène, etc., et conduire à Téléphantiasis.
c. Organes des sens, — Un grand nombre d*auteurs recommandables ont rapporté au paludisme certaines lésions des yeux et des oreilles. Luschkau, Voltolini citent des otal^^ies, des otites moyennes iutermittentes; rhéméralopie périodique a été attribuée à lanémie paludéenne, mais c'est le facteur anémie, plutôt que le facteur paludisme, qui doit être ici incriminé(2). Poncet de Clui>5'(3), Stedman Bull, Brudenell Carter (4), Verdan (3) ont signalé dans l'intoxication paludéenne, des rétinochoroïdites, des névro-rétinites, Tatrophie du nerf
(1) Moursou, Àrck. de Méd. navale, nov. 1886, p. 365.
(2) Fontan, Iléméralopie essentielle (Recueil d'Opht, 1884).
(.3) Poncet (de Cluny), Annales d'oculislique et Bull, de la Soc. de Biologie, 1878.
(4) Brudenell Carier (Soc. clin, de Londres, 188G).
(5) Verdan, La fièvre- intermittente h Ouargla (Arch. de Méd. viilit., 1885).
optique, des hémorrhngies rétiniennes et des conjonc* tivites intermittentes.