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V. Maladies aiguès, intercurrentes

Dunoyer définit maladie intercurrente « celle qui atteint un blessé pendant le cours du processus traumatique, et qui, ne dérivant ni de la blessure, ni de la constitution du patient, provient exclusivement du milieu. »

D*une manière générale, les maladies aiguës fébriles entravent d'autant plus le processus réparateur qu'elles retentissent plus profondément sur l'organisme. Sous l'influence d'une pleurésie, d'une angine, par exemple, la réunion par première intention peut échouer, ou bien la suppuration s'altère, devient mal liée, glaireuse, fétide ; les bourgeons charnus s'affaissent et le travail de cicatrisation s'arrête. D'autres fois, les phénomènes inflammatoires prédominent ; les bords de la plaie douloureux et tuméfiés se désunissent, et la cicatrice en voie de formation s'ulcère ; une suppuration abondante s'établit qui retarde la guérison. On voit, enfin, cette influence perturbatrice des maladies aiguës fébriles sur les lésions traumatiques se manifester pendant un certain temps après leur évolution, surtout lorsqu'elles sont de nature infectieuse (scarlatine, variole,

(1) Dunoyer, De l'influence des maladies intercurrentes sur le traumatisme (Th. de Paris, 187i>). — Verneuil, Mémoires de Chirur., t. IV, 188G.

fièvre Lyplioïde. elc.) ; aussi le chirurgien doil-il renieltre à plus tard les opérii Uoiii- qui ne suut pus d'une urgenee al)Sohie.

Desault attachait une certaine importance à la mauvaise disposition des premières voies chez ses blessés et ses opérés, et lui allribuait quelque part dans les accidents des plaies ; aussi, pour éviter ces fâcheux ellels, prescrivait-il un purgatif salin la veille de l'opération, coutume excellente que la plupart des chirurgiens se gardent bien de délaisser.

Les troubles gastro-intestinaux sont, en elTet, d'une

extrême fréquence à la suite des blessures ou des

opérations ; ils sont imputables tanlôt au changement

ou à un écart de régime, tantôt à la douleur et k

la préoccupation morale, lantûl aux complications

Jébriles ou septicémiques du traumatisme, olc, D'au-

h^tres (ois le blessé ou l'opéré est déjà dyspeptique, et

Ile Irauma devient l'occasion de l'embarras gastrique.

E^oiqu'il en soit , ou bien l'embarras gastrique et

■Ifl trauma ne réagisseul pas l'un sur l'autre, ou bien

accidents se développent sous l'influence du pre-

Bior au niveau du loyer traumatique. mais ils sont

Fpeu marqués et sans gravité aucune daos la généralité

l'des cas. Les bourgeons charnus pAUssent et s'aflaîssenl ;

fie pus devenu séro-purnlenl puis séreux et fétide

t sécrété eu moins grande (juantité, et bientôl, )a

IjHirface de la plaie eatiëremeut desséchée se recouvre

4i() PATHOLOGIE CHIRL'RGICALE GÉNÉRALE '

d*uii exsudât fibrineux grisâtre ; les bords tuméfiés, rouges et douloureux tendent à s*ulcérer. Lorsque, sous rinfluence du traitement, l'embarras gastrique disparaît, la plaie se déterge, les bords s'affaissent, la suppuration redevient meilleure et la cicatrisation arrêtée reprend sa marche progressive jusqu'à la guérison.

§ B. PLEIRÉSIR, ANGINES (1).

Ces affections agissent sur le foyer traumatique (plaie, fracture, etc.) en tant que maladies fébriles et par le retentissement qu'elles ont sur l'économie ; à elles s'appliquent les généralités du début de cet alinéa.

Les observations que nous avons parcourues sur ce point ou manquent de détails, ou la pathogénie des accidents est trop complexe pour que l'on puisse conclure (2). (Voir Verneuil, Mémoires de Chirurgie, t. IV, p. 328 à 334).

D'après la remanjue de J. Paget, la diphtérie n'envahit pas fréquemment la plaie du cou dans la trachéotomie, car il n'a pas observé une seule fois cette complication sur plus de 50 opérations; malheureusement, il est loin d'en être toujours ainsi, et l'on sait avec quelle facilité les solutions de continuité

(1) On ne doit pas comprondro dans la calégorie des maladies intercurrentes, c'est-à-dire indéjH'ndantes du traunia, la pneumonie consécutives aux lôsions traumatiqiies du crAno (Navarre), aux hernies étranglées, 0|)érée8 ou non (I^doux). ni la pleurésie sifçnalée par Broca, à la suite de Textirpation des tumeurs du sein (Verneuil, loco citato),

(2) J. Paget (Loco citato, p. 25).

DE3 LESIONS THAUMATIQUE8 COMPLlQt'ËliS

(încîsioD, vésicatoires, piqûres de sangsues, etc.) sont coDtagionnées par les germes iiiffctieux, iliiiis les services d'enfaats, en temps d'épidémie.

Parmi les substances ou agents morbigénesdont l'absorption lente et continue aboutit à une intoxication, à une dyscrasie ou sorte d'état constitutionnd, en altérant le processus nutritif généra), en mo<iiriant la composition chimique et la structure histologique des tissus et des organes, nous citerons Vateool, la morphinf, le plomb, le phosphore, l'arsenic, le mercure, etc. L'étude de ces états morbides appartient sans doute à la pathologie médicale, mais elle intéresse aussi lechirui^ien préoccupé de l'évolution du traumatisme chez ces intoxiqués. Nous possédons de nombreux documents sur quelques-unes de ces intoxications (alcoolisme, morphinismc, saturnisme), dans leurs rapports avec le traumatisme ; quant à l'urseoicisme, au phospliorisme, etc., les progrès de l'hygiène industrielle rendent tellement rares, aujourd'hui, leurs manifestations, qu'il nous a été im|K)ssible de recueillir assez de laits pour formuler une conclusion.

Que le plonih pénètre jwir la peau, les voies respiratoires ou la bouche, il se combine avec les éléments

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albumiiioïdes du sang et des tissus (albuminates de plomb) (Jaccoud), et, suivant le degré d'affinité des différents organes et tissus pour lui, il impr^ne en première ligne le squelette, le rein, le foie, puis les centres nerveux et les muscles (Heubel, Lewy, etc.; les individus intoxiqués présentent les troubles de nutrition qui caractérisent Vatiémie saturnine (amaigrissement, troubles circulatoires, coloration grisâtre de la peau, liseré bleu grisâtre des gencives), et dont l'exagération constitue la cachexie saturnine. Nous ne faisons qu'énumérer les épiphénomènes aigus survenant chez les saturnins qui restent exposés à l'influence des préparations ploinbiques : coliques avec constipation, vomissements biliaires et ictère, arthralgies, délire et convulsions, paralysies saturnines, albuminurie, etc.

D'une manière générale, il résulte des faits publiés (1) et des observations dont nous donnons plus loin le résumé, (jue Taction du saturnisme non arrivé à la période cacherti(iue i)arait nulle et n'entrave pas le processus réparateur des foyers traumatiques (ablation d'un lipome, deux ami)utations (Verneuil), fracture de l'épitroclilée (Richet), etc. Cependant, dans quelques cas, il y a eu complication de lymphangite, de phlegmon, d'érysipèle, et une fois, sous riufluence du saturnisme, un foyer de su|)puratiou fermé depuis dix ans s'est rouvert (Verneuil).

Nous avons vu i)lus haut que dans l'intoxication

(1) SabalûT, Dca rapports du sa lu mis me avec les affections chirurgicales (Th. de Paris, 1877).

DES LÉSIONS TAAfMATlQUES COMPUQUÉES 449

clironiqiie pm- le plomb, le système osseux est de tous les tissus et organes celui qui renlerme la plus forte proportion du métal poison; aussi peut-il être le siège de lésions inllanmiatoires. Sur 1186 cas de saturnisme, Lewy a observé 15 fois la nécrose du maxillaire supérieur, 4 fois celle des os de l'avant-bras, S fois celle des vertèbres et du fémur, une fols celle des côtes et du sternum. Sabalier (hco cilato) rapporte aussi une observation de nécrose du fémur (Despi-és), une observation d'osléo-arthrite du pied, et une troisième de tumeur blanche du coude (Verneuil).

L'influence rèciprotiue du traumatisme sur le saturnisme semble beaucoup plus marquée. Chez un ouvrier coloriste exposé depuis douze ans â l'empoisonnement plombique, sans jamais avoir présenté de manifestations d'intoxication, une fracture de jambe détermine des attaques épileptiformes et une albuminurie prononcée (Verneuil). Un peintre atteint, trois ans auparavant, de paralysie saturnine des extenseurs des doigts et de coliques, tombe d'un troisième étage et entre daus le service de Gosselin avec les signes d'une contusion cérébrale. Le lendemain, il est repris

' 4fi coliques saturnines (Ponzi). Une encéphalopathie ou 4in autre épiphénomèoe aigu pourrait sans doute élrc

llBppelé sous la même influence (i).

ioO PATHOLOGIE CHIRURGICALE GÉNÉRALE

§ B. MORPHlNtBME.

Nous venons de passer en revue une intoxication imposée en quelque sorte par les nécessités de l'industrie ; en voici deux autres, Talcoolisme et le morphinisme, auxquelles Thomme s'expose volontairement. L'alcoolisme a constitué, pendant longtemps, le triste privilège du sexe masculin, comme la morphinomanie celui de certains pays et des classes élevées ; mais, depuis quelques années, ces deux vices se sont répandus avec une effrayante rapidité dans les deux sexes et dans toutes les classes.

Le morphinisme est un empoisonnement chronique (troubles nerveux) produit par l'abus des injections sous-culanées de solutions de morphine.

C*est en Allemagne, où il y a quelques années la morphinomanie était plus commune qu en France, que Laehr, Friedler, Leidesdorlï, liirchberg appelèrent les

eaux onl guéri normalement, sans i^tre aroompagiiés de phénomènes d'intoxications ; nous donnons le résumé en quelques mots des deux plus intéressantes :

Observ. I. — h... travaille à la préi>aralion de la céruse depuis plus de deux ans ; a eu à plusieurs reprises le liseré plombique. Plaie contuse de la première phalange du médius droit ; guérison rapide, sans accidents.

Observ. II. — Dem. . . travaille depuis douze ans aux préparations de plomb ; a eu des coliques, des névralgies du trijumeau droit ; fracture simple de la jambe gauche et contusion violente de l'épaule du même côté ; consolidation de la fracture en 50 jours. Non-seulement Dem... n*a eu aucune manifestation de l'intoxication saturnine, mais, à l'en croire, ses névralgies seraient devenues moins intenses depuis son accident.

premiers l'attention sur les dangers de l'abus de la morphine en injections hj-podermiques. Vers la même époque, Leviusteio (i) publiait une monographie complète but le morphinisme chronique et son traitement, d'après de nombreuses observations personnelles. Plusieurs travaux parurent en France, depuis cette époque, parmi lesquels la thèse de Calvet (IS'^S) (^)> le très intéressant mémoire de L. H. Petit (3). publié à la suite d'une discussion à la Société de thérapeutique, dans laquelle Constantin Paul et Dujardiii Beaumetz signalèrent plusieurs observations d'abcès survenus chez les morpbiomanes, et dont l'un se termina par la mort, la thèse de Jacquet (4), les leçons des professeurs Charcot et Bail {5).

On peut observer, chez les morpbiomanes, deux ordres de phénomènes mortiides : 1" des accidents inflammatoires locaux, conséquence d'une irritation locale (malpropreté du liquide injecté ou de la seringue de Pravai) ; i* un état général cachectique (inappétence, émacialiou i la face, délire furieux (Charcot), phénomènes nerveux, Btroubles oculaires, glycosurie, albuminurie, etc.), résultant l'une intoxication lente, et expliquant l'apparition d'abcès BUltiples en des régions vierges do piqûres (Trélal,

(1) LevinslFin, La morphinomanie. Paris. 1878.

(2) Calvet, E»»ai sur le morphinimne ni;» et chroniqtte. Elude tpérimentale et elinigitf lur l'action phytivlogique de la morphine

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