‹ Elements de pathologie chirurgicale generaleChapitre 75 sur 135 · I. Av Paris, 1S · texte numérisé non relu

I. Av Paris, 1S

(3} L.-H, i'elit, Det ateidrnU yui peuvent luneiiir chez let murmktomanei. eU. (SuU. de Thérap.. 18711). I (I) Jacquel. De quelque» acddentu proJuiU par l'ubuë de la mor-

rii. do Paris. IH^).

i' (S) B. Bail. La niorphtmmiinif. Paris, IftS».

4oâ PATHOLOGIE CHIRURGICALE GÂNÉRALB

Verneuil, Siredey), de complications septiques oa inflammatoires au niveau des foyers traumatiques.

Il est certain que dans la tendance à la formation d*abcès au niveau des piqûres chez les morphiomanes, il faut faire la part, dans certains cas, de l'impureté du liquide injecté ou du défaut de propreté de la canule (Trélat) ; mais, la plupart des observateurs ont bien fait ressortir que rinflammation se développait surtout lorsqu'il y avait abus des injections et que les malades étaient pour ainsi dire saturés de morphine ; l'intoxication joue donc son rôle dans l'apparition des phénomènes locaux. De plus, les régions tégumentaires modifiées, épaissies par la répétition des piqûres, deviennent des tissus malades plus exposés à rinflammation (Verneuil), et se recouvrent de tubercules indurés, rougeàtres. Les foyers inflammatoires n'ont d'ailleurs pas souvent la marche d*abcès chauds aigus ; la tuméfaction persiste sans changement pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, puis disparait sans s'ouvrir ; les collections purulentes incisées se cicalricent nonnalenient, comme chez la malade de Trélat. Mais, les morphiomanes cachectiques sont exposés comme les diabétiques, les alcooliques, les albuminuri<iues auxquels ils ressemblent sous plus d'un rapport (1) à des accidents d'une haute gravité. Bail vit une ataxi({ue succomber ù un phlegmon profond développé au niveau d'une piqûre enflammée (loco citato) ;

(1) Les recherches expérimentales de Laborde et de Levinstein (Th. de (^Ivet) ont établi qu'en morphinisant les animaux, on déterminait une congestion des reins, du foie, du cerveau, etc., et les symptômes de la glycosurie et de l'albuminurie. Levinstein a signalé, du reste, la coexistence chez les morphiomanes, de l'albuminurie et du diabète.

ropi!'i-é (le Verneuil (aévroloinie du radial) fut emporté par un érysipèle bronzé.

On a décrit, ea Allemagne, une phtisie morphiniqne, et plusieurs malades observés en France sont morts de pneumonie gangi-éneuse (laits de Cbarcot el de Jacquet). Enfin, l'intluence nocive de l'état général sur le processus réparateur peut se traduire par la transformation des foyers abcédés ou des solutions de continuité en ulcères atânes, extrêmement rebelles; c'est ainsi que, dans l'obs. V de la Ibése de Jacquet, cinq mois et demi après la suppressiou des injections de morphine et malgré l'amélioration de l'état général, la malade portait encore â chaque cuisse, 8 ou 10 ulcères que les pansements les plus irritants ne modifiaient qu'imparfaitement. Le malade de LeidesdorfT qui, dans une tentative de suicide, se fît avec un rasoir une plaie de 6 à 7 centimètres, ne guérit que très lentement de la complication d'un érysipèle.

On peut rapprocher du morphinisme l'empoisonnement chronique par l'opium ou thébaîsme. Très répandu en Chine et dans l'archipel Indien, l'abus de l'upium détennine des lésions multiples, parmi lesquelles des troubles cérébraux, l'inappétence, une altération de la nutrition, etc. |1). Si, d'après les D" Dubun]Uois et SomervUle (2), les Chinois « oBrent peu de résistance aux inhalations chloroformiques, supportent bien les opérations et sont épai^nés par le tétanos ». par contre,

(I) Librrmann. Le» fumfwr» d'opium, £■ Mil.. Pnri». 1HS7.

<ï) Duburquois, \otrg Kur In malailiiii dr» HvTopéen» m Chine el

les chirurgiens Anglais ont remarqué, pendant l'expédition de Chine, qu'il fallait des doses beaucoup plus élevées de chloroforme pour endormir un blessé chinois qu'un blessé anglais. Les D" Maurice et Fayrer signalent la fréquence de la suppuration à la suite de moindres piqûres et de la pyohémie à la suite des amputations. Toutefois, dans les observations d'opérations pratiquées chez les fumeurs d'opium et rapportées par L. H. Petit, la thébaîsme ne parait avoir eu aucune influence fâcheuse sur l'évolution de la plaie.

§ C. A1.COOUSME.

L'influence désastreuse de l'alcoolisme chronique sur la marche des lésions traumatiques universellement admise de nos jours, a été mise en lumière par le D'" Péronne (1), dans sa remarquable thèse inaugurale, et surtout par le professeur Verneuil, dans l'importante discussion à laquelle prirent part à l'Académie de médecine (1870), Gosselin, Richet, Giraldès, etc.; puis, dans une série de publications, réunies dans le t. m® de ses Mém. de chirurgie ou de thèses inspirées par ces premiers travaux (Festal (2), Salvan (3), Jalaguier (4). Nous considérerons successivement, comme

(1) Péronne, De l'alcoolisme dans ses rapports avec le traumatisme (Th. (le Paris. 1870).

(2) Feslal, Etudes sur le dHire nerv. traum. (Th. de Paris, 1877).

(3) Salvan, Considérations sur le traitement des plaies chez les alcooliques (Th. de Paris. 1879).

(4) Julaguier, De la lymphangite aiguë à forme gangreneuse (Jh,ûe Paris, 1880).

DKS LIRIONS TRAUMATIQLTES COUPLIQUKES 45S

l'oEit fait Péi-onneet Vei'Dcuil.les rapports dti traumatisme avBC renipoisoiiiicment aigu et c)ironJ(|iic par l'abus des boissons alcooliques.

L'alcoolisme aigu ou état d'ivresse à des degrés variables est caractérisé dans une première périotle par des pbénoniéues d'excitation cérébrale , de vertiges , de désordres des mouvements, de troubles de l'estomac (nausées, vomissements, etc.). auxquels succèdent la résolution musculaire et une sorte d'élat comateux avec auesthésie et tendance au refroidissement.

L'ivresse, comme l'ivrognerie, constituent des occasions des plus fréquentes de traumatisme ; aussi, Verneuil a-t-il pu écrire avec raison, que si elles disparaissaient, DU pourrait réduire d'un tiers le nombre des lits dans les salles de chirurgie (I).

L'alcoolisme aigu à la période de résolution présente

quelque analogie avec l'état cAmaleux ou apoplecti forme

qui accompagne les traumatismcs ci-âoieiis ou racbidiens;

mais le diagnostic sera vite établi grâce aux commé-

Imoratifs, et surtout, grâce à l'odeur caractéristique du

■blessé ; pendant cette période de résolution el d'insen-

l'jtibilité, il favorise même la réduction des luxations et

rend faciles certaines opérations (sutures, etc.|. A la

I phase d'excitation, au contraire, l'ébriété devient une

B^ource d'ennuis pour le cbirurgieu qui se trouve dans

lia nécessité de pratiquer une opération urgente. L'ancs-

■tltéste cliloroformique, si elle est indiquée, n'est pas

tloujours sans danger, surtout chez tes buveur» de pro-

456 PATHOLOGIE CHIRl'RGICALE GÉNÉRALE

fession ; il faut encore compter, au réveil, avec l'agi* tation et Tindocilité des opérés ou des blessés, pour le maintien des pansements et des appareils de fractures, par exemple. Si l'organisme ne présente pas d'autres modifications pathologiques, l'influence de l'ivresse accidentelle ne se fait guère sentir sur la marche d'une lésion trauniatique.

L*aicooIisme chronique dû à Tingestion exagérée et rép4''tée de boissons alcooliques, détermine des lésions multiples portant sur Tcstomac et le foie (gastrite, cirrhose), les vaisseaux, le cœur (athérôme artériel, étal graisseux et hypertrophie du cœur), les reins (néphrite interstitielle), le système nerveux, les os, etc.; de là, un état morbide de tout l'organisme et dont le plus haut degré constitue la cachexie alcoolique. On conçoit qu'avec des altérations aussi multiples, « le pronostic des lisions traumatiques présente, toutes choses éjujales, d'ailleurs, une j^ravilé exceptionnelle » (Verneuil). Lors(iue rintoxicalion na pas encore eu le temps de modifier i\ ce point rorj;anisme, les lésions traumatiques n'ont pas ce caractère de gravité ; toutefois, elles évoluent rarement sans présenter une série de complications dont les moindres sont la lenteur ou quelque anomalie de la cicatrisation (ulcères calleux, chéloides). Vn des accidents auxquels est le plus exposé le blessé alcoolique, à la première période, est Vhémorrhagie jmmitive ou secondaire, conséquence de l'altération des vaisseaux, plutôt que de celle du liquide sanguin (Péronne, Verneuil, Cauchois, etc.); puis, nous citerons la tendance à la suppuration prolongée ou de mauvaise

DBS LÉSIO.NS TRACMATIQURS COMPLIQUÉES 457

nature (suppuration orangée), à la lymphangite, etc. ; mais , (l'une (a^un g^ntl-rale , ces complications ne deviennent alarmantes que chez l'alcoolique cachectique. Le surmenage d'un groupe musculaire comme les pectoraux (1) donne • parfois lieu à un phlegmon spontané susceptible d'être résorbé et de développer des abcès niétastatiques par auto-infection.

A cette période, l'alcoolique est non seulement atteint de caducité précoce, mais tous ses tissus ou viscères sont plus ou moins profondément dégénérés, et la moindre blessure (écorchure, fracture simple, opération iosigniliaute) devient le point de départ d'accidents formidables, le plus souvent mortels. Signalons, parmi les plus ordinaires, les tiémorrhagies primitives et secondaires, les inllammations phlegmoneuses dilluses, la gangrène partielle, la septicémie et l'infection purulente. S'il s'agit d'un traumatisme grave (écrasement d'un membre, fracture compliquée, amputation, etc.), on voit fréquemment'Se déveiopper.avec une rapidité foudroyante, riufdlration gazeuse, la mortification des tissus, et l'ensemble des phénomènes généraux si graves qui caractérisent la septicémie aiguë à forme gangreneuse.

Enfin, la terminaison fatale peut élre la conséquence de l'action réciprofjue du traumatisme qui aggrave subitement la dégénère se en se du foie, du rein, du cœur, etc., due k l'alcoolisme, et détermine des phénomènes asyatoliques, une congeslion ou une inflammation rapidement

(1) Ijiriiirr, Un phlegmon toui-peclorat, dit tponUint, chez tes aktiotiquei ; autolrauinaligme et auto-infection (IS' ttttion (H'ancyJ lie CAmuc. Frani- pour t'Àvatu:. île» Science». 4Sse;.

mortelle. D'autres fois, des héinorrhagies secondaires, de raibuminiirie, traduisent l'atteinte portée au foie et au rein par le traumatisme. Parmi les manifestations aiguës de Talcoolisme que réveille le traumatisme, figure, en première ligne, le delirium trem^ns, complication sérieuse dont nous parlerons dans un alinéa ultérieur. On observe encore, sous cette influence, d'autres phénomènes psychiques, des spasmes ou des convulsions épileptiformes et des troubles gastriques (anorexie, vomissements).

En résumé, les alcooliques, en raison des altérations multiples dont ils sont atteints, sont particulièrement exposés aux complications les plus graves des plaies. Aussi, avant d'intervenir, le chirurgien doit-il s'enquérir

avec soin s'il n'a pas ailaire à cette intoxication ; or, il n'est pas toujours très simple de faire ce diagnostic, ralcooli<iue gardant souvent une certaine apparence de santé ; ici, les renseignements obtenus de l'entourage du sujet sont de la plus grande utilité.

En dehors des opérations d'urgence qui seront seules pratiquées chez les alcooliques cachectiques, on n'interviendra (ju'avec la plus grande réserve, après avoir combattu énergiquement, pendant un certain temps, l'état morbide, et l'avoir autant que possible modiiié. Inutile d'insister sur la nécessité de l'application de l'antiseptie dans toute sa rigueur.

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