III. Symploiiialolo([ie
Nous étudierons successivement les symptômes de l'hémorrhagle externe et ceux de l'hémorrhagie interne.
Dans les hémorrbagies primitives l'écoulement sanguin a lieu soudainement, d'emblée, bruyamment, si nous pouvons nous servir de cette expression, tandis que dans certaines béinorrbagies secondaires, il se fait purtuis si iusidieusement que le blessé a perdu souvent
beaucoup de sang avant qu'on s'en aperçoive. D'autres fois enfin, des symptômes prémonitoires annoncent et précèdent l'héniorrhagie : ce sont tantôt des suintements sanguins qui colorent la suppuration (le plus souvent roussâtre, couleur café au lait); tantôt des douleurs ayant le caractère névralgique, tantôt un malaise général accompagné de fièvre et d*élévation de la température locale.
Quoiqu'il en soit, les symptômes varient beaucoup suivant que Thémorrhagie est artérielle, veineuse ou capillaire, que le vaisseau blessé est plus ou moins important, qu*il est complètement ou incomplètement sectionné, suivant sa situation superficielle ou profonde, suivant enfin Texistence de voies anastomotiques plus ou moins larges et nombreuses.
Lorsque Tartère est béante, comme à la surface d'un moignon d^aniputation, par exemple, le sang d*un rouge vif (à moins d*hématose insuffisante) est lancé sous forme d*une pluie ou d'un jet continu mais saccadé ; les saccades sont isochrones à la systole cardiaque. La compression faite entre lo C(LHir et la plaie diminue ou suspend (HHn])lètement lecoulenient sanguin. Enfin, s*il s'agit de la section complète d'une arltMc dans la continuité d'un membre, le pouls n'est plus perçu au-dessous de la blessure, le men)bre pàlit et se refroidit. Mais, a-t-on alTaire à une plaie contuse anfractueuse (plaies par armes à feu), ou bien lartère est-elle sectionnée incompK'lement? le jet sanguin brisé contre les sinuosités du trajet de la blessure ne sort plus saccadé, mais en nappe ou en bavant, mélangé à du sang vei-
neux et par conséquent moins vermeil. De plus, une partie de l'ondée sanguine continuant son cours rendra encore le pouls perceptible au-dessous de la plaie, tandis qu'une autre partie pourra s'infiltrer dans le tissu conjonctif, tendant à y constituer un anévrysme diffus. De même lorsque les artères d'une région sont largement anastomosées comme la radiale et la cubitale à la paume de la main, la compression entre la plaie et le cœur pourra arrêter l'hémorrhagie par le bout cardiaque, mais le sang de couleur rouge foncé continuera à couler par le bout périphérique.
Le sang qui s'échappe d'une veine entièrement coupée est d'un rouge noirâtre ; il s'écoule du bout périphérique tout d'abord en un jet continu, puis en nappe. La compression entre les capillaires et la plaie arrête l'hémorrhagie (1); elle l'augmente, au contraire, lorsqu'elle est pratiquée entre la plaie et le cœur; la contraction musculaire, la toux, les efforts ont une action semblable; le voisinage d'une artère, les mouvements respiratoires modifient les caractères de l'écoulement et le rendent légèrement saccadé ; on voit dans les blessures des veines du cou, par exemple, le sang sortir en jet au moment de l'expiration comme s'il s'agissait d'une blessure artérielle. Lorsque, par suite de la sinuosité de la plaie ou de son (li'faut de parallélisme avec la blessure de la veine, le sang trouve difficilement une issue, il infiltre la gaine des vaisseaux, les interstices musculaires ou bien
(1) Malfçré la compression, le 8ang ramené par une collatérale peut encore s'écouler par le bout caniiariue, lorsque la veine est dépourvue de valvules.
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encore il s'épanche sous la peau pour y former un thronibus.
La couleur du sang devient moins foncée, quand l'hémorrhagie persiste et que la circulation se fait rapide à travers des capillaires volumineux ; elle est vermeille, quand la veine blessée appartient à une glande en activité fonctionnelle ; enfin on observera le mélange de deux courants sanguins de couleur différente, lorsque le traumatisme aura intéressé simultanément une artère et une veine.
L'écoulement dans une hémorrhagie capillaire se fait en nappe ; c'est une sorte de suintement continu d'un sang moins rutilant que le sang artériel et moins violacé que le sang veineux. Son abondance est en rapport avec la vascularisation normale ou pathologique des tissus, l'état général et l'innervation vaso-motrice du territoire traumatisé.
Enfin, toute hémorrhagie abondante, qu'elle soit externe ou interne, artérielle, veineuse ou capillaire, détermine des symptômes généraux graves, et dont l'importance varie suivant la nature et le volume du vaisseau blessé, suivant la rapidité, la lenteur ou Tintermitlence de l'hémorrhagie, suivant 1 état du blessé. Ces accidents sont souvent les seuls appréciables dans les hémorrhagies internes ; cependant ces dernières peuvent s'accompagner aussi de symptômes locaux perceptibles à l'auscultation et à la percussion, de gonflement de la région, parfois même d'un écoulement sanguin par un orifice extérieur ou bien par les voies naturelles (hémoptysie, hématémèse, hématurie, etc.) symptômes des plus variables, et dont la description appartient à la pathologie des régions.
Lorsqu'un gros vaisseau est ouvert, il se produit d'emblée une liémorrhagie foudroyante qui peut entraîner immédiatement la mort, à moins qu'une syncope ne suspende l'écoulement sanguin ; appitraissent dans ce cas, comme à la suite des hémorrhagies subites et continues mais moins abondantes, une série de modifications que nous allons décrire sous le nom d'anémie aiguë. L'anémie chronique est l'ensemble des phénomènes généraux que l'on observe à la suite des hémorrhagies intermittentes et répétées (1).
l" Anémif aiguë. Le blessé ordinairement épouvanté par la vue du sang resseut une grande faiblesse, un malaise syncopal, des vertiges, des éblouissements, des tintements d'oreilles, des nausées, des trissons ; ses lèvres pùlissent et la peau d'un blanc mat se couvre d'une sueur froide et visqueuse, surtout au niveau du front, du creux épigastrique, de la paume de la main, etc. BientAt surviennent des vomissements, la température baisse de plusieurs degrés, le pouls faiblit, s'accélère, puis se ralentit pour so précipiter de nouveau, d'après S. Artoing ; la respiration est luntât haletante, tantôt profonde, rare et suspirieuse. Le blessé pris de convulsions et de délire tombe ensuite dans le coma et meurt ; ou bien, s'il résiste, il offre, après une série de syncopes plus ou moins graves, les symptômes de Tanémie chronique.
1P Anémie chroniquf. Elle se manifeste progressivement, à la suite de pertes sanguines répétées, ou succède d'emblée,
(1) Kirmiston, Dt l'anémie comi'eittirf aux h/morrhagtr* Iravma- I tiqut* tt <te tan influence tur la marche de» bUifurcn fTh. d'Agr^., , M80].
ainsi que nous venons de le dire, à l'anémie aiguë. Chaque hémorrhagie nouvelle épuise le blessé qui s'évanouit dans son lit. Revenu à lui, sa voix est faible, son intelligence obscurcie ; une soif vive le tourmente, la lumière et le bruit Tirritent ; la pâleur des téguments et le refroidissement des extrémités persistent. La respiration est courte, le pouls petit, irrégulier et fréquent ; au moindre mouvement, des sueurs froides, des vertiges, des palpitations, des lipothymies réapparaisent, avantcoureurs d'une autre syncope. Les troubles digestifs (vomissements, diarrhée, etc.) qui font rarement défaut aggravent l'état de dénutrition, et peu à peu Tcedème envahit la face et les membres. Les malades succombent au bout de cinq à six semaines. Cependant, dans les cas moins graves et lorsque l'organisme est sain, la réparation globulaire du sang se fait lentement et la guérison est possible mais incomplète ; les grandes fonctions restent, pendant des années, troublées.