PIQURE DES NERFS
nétration. — Après l'extraction, le gonflement, qui, du reste, avait été très-modéré, disparut complètement; la petite plaie donna peu de pus et fut entièrement fermée au bout de huit jours.
Les conditions favorables des plaies par instruments piquants ont suggéré l'idée des opérations dites sous-cutanées, qui ont été introduites en chirurgie par Stromeyer et par Dieffenbach. Ces opérations consistent à pénétrer avec un couteau étroit et pointu sous la peau, et à diviser ensuite, en vue de divers résultats thérapeutiques, des tendons, des muscles ou des nerfs, sans produire d'autre plaie extérieure que la petite ponction par laquelle on introduit l'instrument connu sous le nom de ténotome. Le processus curatif, qui, dans les plaies des tendons communiquant avec l'extérieur, est presque toujours accompagné d'une suppuration, souvent même d'une large exfoliation du tendon, se fait, dans ces conditions, presque toujours par première intention, comme nous le verrons plus au long dans le chapitre qui traite des difformités (voyez chap. XVIII).
La plaie a-t-elle pénétré dans une des cavités du corps et y a-t-elle produit des lésions, alors le pronostic sera toujours douteux et plus ou moins grave, selon l'importance physiologique et la vulnérabilité, c'est-à-dire la plus ou moins grande tendance aux inflammations dangereuses de l'organe atteint. En général, une plaie par instrument piquant n'est jamais, dans ces conditions, aussi dangereuse qu'une plaie par arme à feu. Pour le moment, nous n'insisterons pas davantage sur ce sujet, et nous nous bornerons à examiner les lésions par instruments piquants des troncs nerveux et artériels aux extrémités.
Les piqûres des nerfs provoquent évidemment, selon leur largeur, des paralysies de diverse étendue ; pour le reste, elles se comportent absolument comme. les plaies par incision des mêmes organes ; la régénération se fera d'autant plus facilement que le tronc nerveux n'aura pas été traversé dans toute sa largeur. — Il en est autrement lorsque des corps étrangers, tels que pointes d'aiguille, petits éclats de verre, restent engagés dans l'épaisseur des troncs nerveux et y sont entourés d'une cicatrice, comme cela arrive dans les autres tissus. La cicatrice nerveuse qui renferme ces corps étrangers reste éminemment douloureuse au moindre contact, elle peut même être le point de départ de douleurs nerveuses à rayonnement excentrique, de véritables névralgies. Bien plus, ces corps étrangers peuvent provoquer le développement des accidents nerveux les plus violents, tant aigus que chroniques. La maladie connue sous le nom de tétanos traumatique peut se produire et amener rapidement la mort ; dans d'autres cas, il se développe des convulsions épilepti formes, quelquefois précédées d'une aura, consistant
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Ili6 PATHOLOGIE CHIRURGICALE GÉNÉRALE.
ici en une douleur dans la cicatrice, qui donne le signal de l'accès. Cette dernière forme morbide, qui doit être rangée dans la catégorie des épilepsies dites réflexes, peut être guérie par l'extraction du corps étranger ; quant au tétanos, il n'est malheureusement pas toujours curable, en supposant même que l'on supprime l'irritation locale.
Une piqûre faite clans de gros troncs artériels ou dans une de leurs fortes branches , peut entraîner des suites de différentes natures.
Une piqûre très-fine se referme le plus souvent immédiatement, grâce à l'élasticité et à la contractilité des membranes; il n'y aura pas même toujours hémorrhagie, pas plus qu'une petite piqûre faite dans un intestin n'entraînera toujours un épanchement de matières fécales. Si l'ouverture a la forme d'une fente, il se peut que dans ce cas encore il n'y ait qu'une faible hémorrhagie, en supposant que la plaie soit peu béante; mais dans d'autres cas, une hémorrhagie artérielle violente s'ensuit immédiatement. Si l'on comprime alors et que l'on applique un pansement exact, on réussit le plus souvent, non-seulement à arrêter définitivement l'hémorrhagie, mais encore à obtenir la guérison par première intention de la plaie artérielle, aussi bien que de la plaie des autres parties molles. Si, au contraire, l'bémorrhagie ne veut pas s'arrêter, alors il faut procéder à la ligature, soit à l'endroit lésé lui-même, en ayant d'abord soin d'agrandir l'ouverture, soit plus haut, dans la continuité.
L'occlusion de la plaie artérielle se fait de la manière suivante : Un coagulum sanguin se forme dans la plaie plus ou moins béante de la paroi artérielle; ce coagulum fait une légère saillie dans l'intérieur du vaisseau, mais en dehors il est un peu plus grand et se trouve implanté comme un large champignon. Ce caillot est transformé en tissu conjonctif
Fig. 27.
Artère blessée latéralement, avec son caillot, quatre jours après la blessure. D'après Porta.
comme le thrombus mentionné plus haut, et c'est ainsi que se produit l'oblitération organique permanente, sans modification du calibre de l'artère. — Cette marche normale peut être compliquée lorsque de nouvelles couches fibrineuses, provenant du sang en circulation, se déposent sur le bouchon qui proémine légèrement dans l'intérieur du vaisseau; il se fait ainsi une oblitération de la cavité artérielle par du sang coagulé, autrement dit une thrombose artérielle. Cet accident est cependant assez rare; dans le cas où il se présente, il doit