ANÉVRYSME VARIQUEUX
la suite des plaies par instruments piquants ; dans d'autres manuels, vous les verrez traités systématiquement à côté des autres maladies des artères.
Les plaies des veines par instruments piquants guérissent absolument de la même manière que celles des artères, ce qui nous permet de passer outre sans nous y arrêter ; je ferai seulement remarquer que dans les veines il se forme bien plus facilement des coagulations étendues que dans les artères : la thrombose veineuse traumatique, par exemple, après une saignée, est beaucoup plus fréquente qu'une thrombose artérielle après une piqûre faite dans la paroi d'une artère, et, ce qui est pis, le premier genre de thrombose a, dans certaines circonstances, des suites beaucoup plus fâcheuses que le dernier ; plus tard, vous serez obligés de vous occuper de ce sujet peut-être plus que cela ne vous plaira.
Voilà bien des fois déjà qu'il a été question de la saignée, cette petite opération chirurgicale qui se pratique dans un assez grand nombre de circonstances. Nous donnerons une courte description de la manœuvre opératoire, quoique ces sortes de choses s'apprennent mieux et plus rapidement à la vue que je ne serais en état de vous les représenter théoriquement. Si je voulais m'appesantir sur les conditions dans lesquelles on doit pratiquer la saignée, je serais forcé de m'aventurer bien loin dans le domaine de la médecine entière; on pourrait écrire un gros livre si l'on voulait envisager sous toutes ses faces la question des indications, des contre-indications, de l'innocuité, de l'utilité de la saignée, et du tort qu'elle peut faire à l'organisme. Je préfère donc passer ce sujet sous silence, comme tant d'autres que l'observation journalière dans les cliniques permet de saisir en quelques minutes, alors qu'un exposé théorique en dehors d'un cas spécial nécessiterait des développements qui dureraient des heures entières. Gomme renseignement historique, je vous dirai seulement qu'autrefois on ouvrait les veines sous-cutanées les plus variées, tandis que de nos jours on se borne exclusivement à opérer sur les veines du pli du coude. Lorsqu'une saignée doit être faite, vous commencez par entourer le bras d'un bandage compressif pour obtenir une stase dans les veines périphériques ; dans ce but, on se ser.t d'un mouchoir convenablement appliqué ou de la bande rouge spécialement destinée à cet objet, bande solide, large de deux ou trois travers de doigt, munie d'une boucle à l'une de ses extrémités. Une fois la bande appliquée, les veines de l'avant-bras se gonflent promptement, et vous voyez au pli du coude les veines céphalique et basilique avec les veines médianes correspondantes.
Pour opérer, vous choisissez la veine la plus saillante. Le bras du patient est mis dans la demi-flexion; avec le pouce de la main gauche
vous fixez la veine, avec la lancette tenue de la main droite vous la ponctionnez et la fendez sur une longueur de deux à trois lignes. Le s&ng s'échappe par un jet; vous en laissez couler la quantité que vous jugez nécessaire, puis, appliquant le pouce sur la plaie, vous détachez la bande du bras, et Fhémorrhagie s'arrête toute seule ; vous couvrez la plaie d'une petite compresse que vous fixez à l'aide d'une bande. Le bras doit rester au repos pendant trois ou quatre jours, alors la plaie est guérie. — Quelque facile que soit cette petite opération dans la plupart des cas, elle n'en exige pas moins un certain exercice. La ponction faite avec la lancette doit être préférée à la ponction par le phlébotome; ce dernier instrument était fort usité autrefois , mais aujourd'hui il commence à tomber en désuétude, et avec raison. Le phlébotome est une petite lame que le jeu d'un ressort fait pénétrer dans la veine ; on laisse opérer l'instrument au lieu de le conduire sûrement avec la main.
Une foule d'obstacles peuvent empêcher la réussite de la saignée. Chez les personnes très-grasses, il peut être très-difficile de voir ou de sentir les veines à travers la peau ; alors on emploie encore un autre moyen pour seconder l'effet de la compression : il consiste à plonger l'avant-bras dans l'eau chaude, ce qui provoque un afflux de sang plus fort dans cette partie du corps. La graisse peut, de son côté, après la ponction de la veine, opposer un obstacle à l'écoulement du sang, des lobules graisseux venant barrer le passage et obstruer l'ouverture ; dans ce cas, il faut rapidement les enlever avec les ciseaux.
Quelquefois survient un obstacle mécanique qui consiste en ce que le bras a pris, après la ponction, une autre position par un mouvement de torsion ou de flexion, ce qui tend à détruire le parallélisme entre l'ouverture de la veine et celle de la peau ; cet obstacle peut être levé si l'on imprime une autre direction au bras. ^— Il y a encore d'autres causes qui peuvent empêcher le sang de couler : ainsi l'ouverture de la veine peut être trop petite, faute très-souvent commise par les commençants; ou la compression peut être trop faible, défaut auquel on remédie en serrant la bande ; ou bien elle est au contraire trop forte et porte en même temps sur l'artère, ce qui empêche le sang d'affluer en suffisante quantité dans le bras : c'est en relâchant la bande que l'on remédiera à cet inconvénient. — On peut encore faciliter l'écoulement du sang en faisant plonger la main du malade dans de l'eau chaude, ou bien en lui recommandant d'ouvrir et de fermer alternativement la main, le sang étant alors mieux expulsé, grâce au concours des contractions musculaires. — A l'occasion, vous apprendrez davantage sur ce sujet dans la clinique.