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DES BRULURES ET DES CONGÉLATIONS

1) Brûlures : degrés, étendue, traitement. — Coup de soleil. — Coup de foudre. — 2) Congéla lions : degrés. Roideur générale. Traitement. — Engelures.

Les phénomènes consécutifs à la brûlure et à la congélation ont, il est vrai, beaucoup de ressemblance entre eux, cependant ils diffèrent assez les uns des autres pour qu'on puisse les traiter séparément. Nous parlerons donc en premier lieu des brûlures.

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Elles peuvent être produites par le feu lui-même, comme par exemple dans un incendie, ou bien lorsque les personnes, et surtout les enfants, s'approchent trop du feu qui se communique à leurs habits; on observe plus fréquemment les brûlures par des liquides chauds, principalement chez les enfants qui laissent tomber sur eux des vases remplis d'eau chaude, de café, de soupe, etc. Ensuite on rencontre très-souvent dans les fabriques des brûlures par des métaux élevés à une haute température, du plomb fondu, du fer chaud, etc., et dans la vie ordinaire des brûlures plus légères par des allumettes et de la cire à cacheter, petit accident qui est probablement arrivé à chacun de vous. En dehors de ces cas, on voit assez souvent des brûlures de différents degrés être produites par les acides concentrés et les alcalis caustiques ; ces brûlures sont analogues à celles qui sont produites par les corps chauds.

Dans les brûlures, il faut considérer l'intensité et l'étendue ; nous parlerons plus tard de cette dernière. V intensité de la brûlure dépend essentiellement du degré de la chaleur et de la durée de son influence ; d'après les effets produits, on distingue différents degrés de brûlures. Ces degrés passent, insensiblement les uns aux autres, cependant il est facile de les distinguer d'après les symptômes qu'ils présentent;

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seulement il ne faut pas être trop absolu dans ces divisions. Nous admettons trois degrés dans les brûlures.

Premier degré : La peau est fortement rougie, très-douloureuse et légèrement enflée. Ces phénomènes dépendent de la dilatation des capillaires et d'une exsudation faible de sérum dans le tissu du derme. C'est un léger degré d'inflammation où il n'y a multiplication de cellules que dans le réseau de Malpi'ghi, ce que nous reconnaissons à la légère desquamation de l'épiderme qui succède, au moins dans beaucoup de cas, à l'inflammation. La rougeur et la douleur ne durent quelquefois que peu d'heures, dans d'autres cas elles persistent pendant quelques jours. Cependant, il n'est pas nécessaire et nullement pratique de distinguer, pour cette raison, différents degrés.

Deuxième degré : Aux symptômes du premier degré il s'ajoute le développement de bulles sur la surface cutanée, elles renferment, avant d'être crevées, un sérum tout à fait limpide ou un peu coloré par du sang. Ces bulles se forment immédiatement, ou bien quelques heures seulement après la brûlure, et peuvent être de grosseur très-variable. Sous le rapport anatomique, nous trouvons que dans la plupart de ces cas la couche cornée s'est détachée de la couche muqueuse de l'épiderme, de sorte que le liquide, qui sort rapidement des capillaires, se trouve entre ces deux couches, comme après l'application d'un vésicatoire. La bulle crève ou est ouverte artificiellement, le réseau de Malpighi, qui est resté intact, forme très-vite une nouvelle couche cornée, et au bout de trois à quatre jours la peau est de nouveau ce qu'elle était auparavant. Il peut cependant arriver qu'après la disparition de la bulle la peau, mise à nu, devienne très-douloureuse, et qu'il se développe une suppuration superficielle qui peut durer quelques jours; le pus se dessèche en une croûte sous laquelle se forme le nouvel épiderme. Vous pouvez également provoquer artificiellement cet état, en laissant appliqué un vésicatoire pendant quelque temps sur la même place. Dans ce cas encore, il n'est pas nécessaire d'établir de nouveaux degrés de brûlure sur ces différences, car tout dépend d'une destruction plus ou moins considérable du réseau de Malpighi, de même que la douleur plus ou moins forte est due à ce que les nerfs, dans les papilles du derme, sont plus ou moins à découvert.

Troisième degré : Comme tel, on peut désigner en général toutes les brûlures où il y a formation d'eschare, c'est-à-dire les cas où une partie de la peau et même des parties molles sous-jacentes a été mortifiée par la brûlure. Naturellement, dans ces cas, les différences peuvent être très-considérables, parce qu'on peut avoir affaire tantôt à la brûlure et à la carbonisation de l'épiderme et des sommets papillaires, tantôt

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à la mortification d'une portion de derme, tantôt enfin, à une carbonisation de la peau, voire même de toute une extrémité. Dans tous les cas où la couche papillaire est détruite avec le réseau de Malpighi, il y aura toujours une suppuration plus ou moins étendue, qui détachera la partie mortifiée ; il se formera des plaies couvertes de granulations qui suivent dans leur guérison la marche ordinaire. S'il n'y a de carbonisé que l'épiderme et la surface des papilles, il n'y aura qu'une courte suppuration suivie d'une prompte réparation de la couche cornée, prenant son point de départ dans ce qui reste du réseau de Malpighi.

D'après ce que nous venons de dire, vous comprendrez qu'il est facile d'admettre quatre, six et plus de degrés de brûlure; cependant il suffit, pour l'intelligence de ce chapitre, de distinguer les trois degrés : rougeur, formation de bulles et formation d'eschares. Dans les brûlures étendues, on trouve réunis les différents degrés d'intensité, et si l'endroit atteint est couvert par de l'épiderme calciné et par de la crasse, il est souvent difficile de déterminer exactement au début quel est le degré de brûlure aux différentes places. La suppuration, lorsqu'elle se déclare, est tantôt superficielle, tantôt profonde; on dirait parfois qu'au milieu d'une plaie bourgeonnante il se forme des îlots d'un jeune tissu cicatriciel ; ce fait a donné lieu à l'opinion erronée que la cicatrisation des plaies bourgeonnantes pouvait partir, non-seulement des bords, mais aussi de plusieurs points centraux. Mais de pareils îlots de tissu cicatriciel ne se forment jamais là où le corps papillaire de la peau a disparu en entier, mais uniquement là où il existe encore quelques restes du réseau de Malpighi, et c'est ce qu'on remarque précisément dans les brûlures et dans certaines ulcérations dont nous parlerons plus tard.

Le pronostic, quant au rétablissement des fonctions de la partie brûlée, résulte de ce que nous avons dit. Cependant, il faut ajouter qu'après une destruction étendue de la peau, telle qu'on l'observe à la suite des brûlures du cou et des extrémités supérieures par des liquides bouillants, il se développe des contractions cicatricielles trèsconsidérables qui, par exemple, entraînent la tête sur un des côtés du cou ou vers le sternum, ou bien qui maintiennent le bras dans la position fléchie, lorsque la cicatrice existe au pli du coude. Ces cicatrices deviennent, avec le temps, plus extensibles, cependant elles cèdent rarement au point que le trouble fonctionnel et la difformité disparaissent complètement; dans beaucoup de cas, il faut avoir recours aux opérations anaplastiques pour y porter remède. On a prétendu autrefois que les cicatrices, suites de brûlures, se contractent plus fortement

que tout autre tissu cicatriciel. Ce fait n'a que l'apparence de la vérité, car il est rare que dans d'autres espèces de lésions la perte de substance de la peau soit aussi étendue qu'après les brûlures ; on peut se convaincre facilement (surtout par les opérations anaplastiques faites après de grandes pertes de substances, qui sont la suite d'un processus ulcératif) que la contraction cicatricielle est tout aussi forte qu'après les brûlures.

L'étendue de la brûlure est de la plus haute importance sous le rapport du pronostic quoad vitam, indépendamment des différents degrés d'intensité. On peut admettre que lorsque les deux tiers de la surface cutanée sont brûlés, quand même ce ne serait qu'au premier degré, la mort arrive assez rapidement, d'une manière qui ne peut pas encore être expliquée physiologiquement. Ces blessés tombent dans un état de collapsus avec pouls petit, refroidissement du corps, ils ont de la dyspnée et meurent au bout de quelques heures ou de quelques jours. Dans d'autres cas, la vie dure un peu plus longtemps ; la mort arrive parfois à la suite d'une forte diarrhée, avec formation d'ulcérations intestinales, qui ont une certaine ressemblance avec les ulcères de la dysenterie. On a cherché à expliquer la rapidité de la mort après les brûlures étendues de deux façons : d'abord, on a admis que l'irritation des terminaisons de presque tous les nerfs cutanés produisait une paralysie des centres nerveux ; ensuite on a dit que par suite de la brûlure la perspiration cutanée cessait, et que la mort devait s'expliquer de la même façon que chez les animaux, dont on recouvre toute la surface cutanée avec une couche imperméable à l'air, comme la couleur à l'huile, le caoutchouc ou une matière résineuse. Dans cette dernière hypothèse, on admet que l'élimination par la peau de certaines substances, surtout de l'ammoniaque, est empêchée par cette couche imperméable (comme par la brûlure), et qu'il se développe de cette façon un empoisonnement du sang qui détermine la mort. — Si, dans certains cas, la brûlure ne donne pas directement lieu à la mort, la grande perte de substance et la suppuration qui la suit peuvent encore devenir dangereuses, surtout pour les enfants et les vieillards, par l'épuisement de l'organisme; enfin, dans la carbonisation complète des membres, les ampulations entraînent une série de dangers d'autant plus graves qu'ils atteignent des individus déjà fortement ébranlés par le fait même de la brûlure.

Dans le traitement des brûlures du premier et du second degré, il s'agit de soulager les douleurs du malade plutôt que d'intervenir d'une façon énergique, car on ne peut hâter d'aucune manière le retour de la peau à son état normal, il faut abandonner complètement la marche de

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la maladie à la nature. S'il existe des phlyclènes, on n'enlève pas l'épidémie soulevé, mais on les ouvre par quelques coups d'épingle, et l'on fait sortir le sérum avec précaution pour diminuer la sensation de tension produite par les bulles. L'idée qui se présente le plus naturellement est de refroidir l'endroit brûlé par l'application de compresses froides ou par l'immersion dans l'eau. Cependant ce procédé n'est en général pas favorablement accueilli par les blessés, parce que le froid, lorsqu'on veut l'employer, doit être assez intense et continué d'une manière non interrompue pour qu'il soulage sensiblement les douleurs. Les compresses plongées dans l'eau froide se réchauffent trop vite, et l'immersion dans l'eau n'est applicable qu'aux extrémités; pour ces raisons, l'emploi du froid dans les brûlures est relativement peu fréquent. — Il y a un grand nombre de remèdes qui sont en usage contre les brûlures et qui, en somme, n'ont d'autre effet que de recouvrir exactement la peau enflammée. Les onctions de la peau avec de l'huile et les applications d'ouate sont des moyens très-bien acceptés par les malades et très-généralement employés. Comme couche prolectrice, on a souvent recours à l'application de la pulpe de pomme de terre, de la colle d'amidon et du collodion. Les premières sont des remèdes populaires; je ne puis pas trop me louer du collodion lorsque les surfaces brûlées sont considérables ; la couche de collodion se fend facilement, et dans ces crevasses la peau s'excorie et devient très-sensible. Certains médecins emploient, au lieu d'huile, des pommades et des liniments spéciaux, par exemple, un liniment composé de parties égales d'eau de chaux et d'huile de lin, des pommades de beurre et de cire à parties égales, du saindoux, l'application d'une couenne de lard, etc. — Un autre mode de traitement consiste dans l'emploi d'une solution de nitrate d'argent (0,50 sur 30 grammes d'eau) ; on en badigeonne les endroits brûlés et l'on y applique des compresses qu'on maintient humides avec la même solution. Au commencement, la douleur produite par la cautérisation avec la pierre infernale est très-vive aux endroits privés d'épiderme ; cependant il se forme bientôt une croûte mince, l'épiderme prend une teinte d'un brun noirâtre, et les douleurs cessent complètement. Je vous recommande cette méthode, surtout pour les cas où les trois degrés de brûlure se trouvent réunis (1).

Le traitement du troisième degré ne se distingue pas de celui indiqué jusqu'ici dans le cas où l'on n'a affaire qu'à une mortification du derme (lorsque le derme est brûlé par de la chaleur rayonnante et qu'il n'est pas carbonisé, il prend ordinairement une couleur tout à fait blanche).

(1) Exerçant dans une conlrée où les brûlures par la fonte en fusion, par le fer, le grisou,

Si, plus tard, on désire hâter la chute de l'eschare, on peut employer des cataplasmes pour activer un peu la suppuration ; cependant, dans la plupart des cas, cela n'est pas nécessaire, c'est surtout le traitement par le nitrate d'argent qu'on continuera jusqu'à la chute complète de l'eschare. — S'il reste des surfaces bourgeonnantes très-étendues, surtout aux parties du corps qui sont souvent mises en mouvement, et à celles où la peau avoisinante n'est pas très-mobile, la guérison peut exiger beaucoup de temps, souvent plusieurs mois. Il se forme des végétations exubérantes qui montrent ordinairement peu de tendance à la cicatrisation. Parmi les moyens indiqués déjà antérieurement, par lesquels nous tacherons de hâter la guérison de pareilles plaies, je vous recommande tout particulièrement la compression à l'aide de bandelettes de diachylon qui rendent d'excellents services dans la plupart de ces cas. — Même dans le traitement des contractures cicatricielles qui restent après ces brûlures, la compression des brides par le sparadrap est un des moyens les plus importants, et vous ferez toujours bien d'employer cette méthode d'une manière suivie, avant d'avoir recours à l'excision de la cicatrice ou à une opération anaplastique.

S'il s'agit d'une brûlure du troisième degré, où tout un membre est carbonisé, il sera convenable dans beaucoup de cas de faire immédiatement l'amputation, parce que l'élimination de grandes parties du corps n'est pas sans danger à cause de la longue durée de la suppuration et de la décomposition putride du membre mortifié, mais surtout parce qu'il peut se former des moignons qui ne peuvent pas servir à l'application d'un membre artificiel.

Si vous êtes appelés auprès d'une personne dont la plus grande partie du corps a été brûlée, vous devez diriger toute votre attention sur l'état général du malade, et vous devez tâcher de prévenir le collapsus des forces par l'emploi de légers excitants, du vin, des boissons chaudes, des bains chauds, de l'éther, de l'ammoniaque. Malheureusement, toutes nos peines pour conserver la vie sont inutiles dans la plupart des cas.

la vapeur d'eau, arrivent journellement, nous avons eu souvent à nous louer du topique suivant, fort connu en Allemagne :

R. Nitrate d'argent cristallisé, 4 grammes.

On badigeonne simplement avec ce Uniment les endroits affectés, au commencement une

Eau distillée Huile de lin.

q. s. pour la dissolution.

120 grammes.

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Chez les individus à peau délicate, il peut également se produire de légers degrés debrûlure, lorsqu'ils ont eu la face et le cou longtemps exposés aux rayons du soleil. C'est ce qu'on a surtout l'occasion d'observer chez les touristes qui viennent visiter notre Suisse; ces personnes, qui n'ont pas toujours l'habitude de passer des journées entières au soleil, principalement les dames, voyagent en été pendant plusieurs jours consécutifs, par un temps très-clair, et ne prennent pas la précaution de se garantir la face et le cou. Alors leur peau rougit, enfle et devient fort douloureuse; au bout de trois à quatre jours, l'épiderme se dessèche, il se fendille et se détache en écailles brunâtres. Chez d'autres individus, à peau plus délicate encore, il se forme même des vésicules qui, plus tard, se dessèchent sans toutefois laisser de cicatrice à leur suite (eczéma solare). Indépendamment de la protection par les voiles, les ombrelles, etc., il est bon, avant d'entreprendre ces voyages, de se frictionner les parties découvertes avec du cold-cream ou de la glycérine. Les mêmes moyens s'emploient également, une fois que l'effet de l'insolation est produit; si les endroits brûlés sont très-douloureux, on applique des compresses froides.

Nous avons encore à mentionner ici le coup de soleil. Cette maladie se présente dans notre climat presque exclusivement chez les jeunes soldats, lorsqu'ils sont obligés, par un temps très-chaud et sous un ciel découvert, de faire des marches longues et fatiguantes, chargés de tout leur fourniment. Il se présente une violente céphalalgie, des vertiges, des élourdissements, des syncopes, et la mort peut arriver après quelques heures. En Orient, surtout aux Indes, cette maladie est assez commune parmi les soldats anglais. Il y a des cas à marche suraiguë qui se terminent par des convulsions tétaniques; d'autres sont précédés de prodromes assez longs et traînent en longueur. On observe de violents maux de tête, une chaleur ardente de la peau, une extrême faiblesse et un abattement considérable, des battements de cœur, quelques spasmes musculaires ; à l'époque de la convalescence, il peut survenir des récidives.— Les individus atteints de coup de soleil doivent être traités comme les personnes frappées d'une forte congestion cérébrale. Des affusions froides, des vessies à glace sur la tête, le séjour dans un appartement frais, des purgatifs, des sangsues derrière les oreilles, des sinapismes sur la nuque, voilà ce qu'il y a lieu d'employer. Les médecins anglais considèrent la saignée comme nuisible.

Ajoutons encore quelques remarques sur les effets de la foudre. Sans doute, vous avez tous eu l'occasion de voir des maisons ou des arbres qui avaient été frappés par la foudre. On observe ordinairement une

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large fente à bords carbonisés. Les hommes et les animaux peuvent également être frappés de cette manière, au point, que des membres entiers sont séparés du corps; cependant cela n'arrive pas toujours. Le plus souvent la foudre suit le corps, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; les vêtements sont déchirés, arrachés même et lancés au loin. On rencontre sur le corps des lignes en zigzag, d'un brun rouge et présentant des ramifications particulières; on a cru y voir tantôt l'image des arbres avoisinants, tantôt on les a prises pour des coagulations sanguines dans l'intérieur des vaisseaux, et visibles à travers la peau. Un homme frappé directement par la foudre meurt ordinairement sur-le-champ ; si la foudre tombe dans un endroit très-rapproché, on constate des phénomènes de commotion cérébrale plus ou moins prononcés, la paralysie de certains membres ou de certains organes des sens, quelquefois aussi des brûlures et des extravasations sanguines. Ces brûlures guérissent comme les autres; les paralysies ne donnent pas lieu, en général, à un pronostic fâcheux, l'activité des nerfs et des muscles revient après un temps plus ou moins long.

Nous pouvons distinguer, comme dans les brûlures, trois degrés dans la congélation, dont le premier est également caractérisé par de la rougeur, le second par la formation de bulles, le troisième par la formation d'eschares.

Le premier degré de la congélation est assez connu ; vous pouvez considérer la torpeur des doigts que chacun de vous a probablement ressentie pendant l'hiver ou dans un bain froid comme la plus faible expression de ce degré, Les doigts deviennent blancs, la peau se ride, la sensibilité est diminuée ; après un certain temps, ces phénomènes cessent, la peau rougit, les doigts gonflent et il se présente un prurit et un fourmillement particuliers. Ces symptômes sont d'autant plus forts que la transition du froid au chaud est plus rapide. La rougeur de la peau, à ce degré de froid, se distingue de celle qui se manifeste au même degré de brûlure par une teinte d'un bleu violet.

Ces phénomènes disparaissent après quelque temps et la peau redevient normale. Ordinairement, on ne fait rien contre ces faibles degrés de congélation, cependant on conseille avec raison de ne pas réchauffer trop rapidement les doigts, c'est un précepte connu de tout le monde ; on recommande de les frotter avec de la neige, puis de passer progressivement à une température plus élevée. Les phénomènes indiqués s'ex-

pliquent de la façon suivante : les capillaires se contractent d'abord fortement sous l'influence du froid, puis ils se paralysent pendant quelque temps. Je ne veux pas entrer dans les détails et vous exposer les faibles bases sur lesquelles repose cette hypothèse, surtout parce que nous ne reconnaissons pas aux capillaires des éléments vraiment contractiles; celte explication présente encore toutes les difficultés que nous avons appris h connaître en parlant des théories sur l'inflammation, et qui ont principalement leur cause dans l'ignorance où nous sommes sur la propriété contractile des capillaires.

La rougeur provenant d'une congélation peut, dans certaines circonstances, persister, c'est-à-dire que les capillaires restent toujours dilatés. Ceci arrive surtout facilement pour les congélations du nez et des oreilles; cet état ne peut, dans beaucoup de cas, être guéri. Je traitai à Berlin un jeune homme qui, sous l'influence d'un froid rigoureux, avait conservé le nez d'un rouge bleu foncé, et qui voulait à tout prix en être débarrassé. Il suivit scrupuleusement les traitements les plus variés ; au commencement, il badigeonna son nez avec du collodion : cet organe était comme vernissé, et aussi longtemps que la couche de collodion y était, il était un peu plus pâle; cependant ce mieux ne persista pas. Après, on badigeonna le nez avec de l'acide nitrique dilué, remède très-prôné, et il prit une teinte jaunâtre. Après que l'épiderme s'était détaché, l'état paraissait amélioré pendant un certain temps, cependant tout rentra bientôt dans son état primitif. On essaya encore le traitement par la teinture d'iode et le nitrate d'argent, ce qui donna au nez pendant quelque temps une teinte brun rouge et brun noir. Tous ces changements de couleur, le malade les supporta et les exposa au grand jour avec un courage héroïque ; cependant les capillaires rétifs restèrent dilatés, et le nez ne cessa d'être bleu rouge, comme il l'a toujours été. Je songeai encore à essayer l'application du froid, cependant' je. craignis d'aggraver le mal, et je fus forcé d'avouer au malade, après un traitement de quelques mois, que je ne pouvais pas le guérir. — Les engelures proprement dites et les ulcères qui leur succèdent peuvent présenter autant de difficultés au traitement que les congélations dont nous venons de parler; mais nous y reviendrons un peu plus loin.

La congélation devient beaucoup plus grave si, à côté de la rougeur, il existe des phlyetènes; cet état est souvent accompagné d'une insensibilité absolue des parties affectées, et dans ces cas une mortification complète est à craindre. La production de phlyetènes dans les congélations est d'un pronostic beaucoup plus fâcheux que dans les brûlures. Le sérum contenu dans les bulles est rarement clair, le plus souvent il est coloré

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par du sang. — Un membre complètement gelé est, dit-on, tout à fait roide et cassant; ses parties se brisent comme du verre. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer moi-même ces particularités, je me rappelle seulement avoir vu, comme étudiant, à la clinique chirurgicale de Gœttingue, un homme qui avait les deux pieds gelés. Ces membres s'étaient détachés spontanément dans l'articulation tibio-tarsienne pendant son transport à l'hôpital, de sorte qu'ils ne tenaient plus que par quelques tendons. On fut obligé de faire une double amputation de la jambe audessus des malléoles. Souvent on ne peut déterminer qu'après un certain temps la hauteur à laquelle un membre est complètement gelé, c'est-à-dire le point où la circulation a cessé tout à fait ; il ne faut donc pas trop se hâter d'amputer. J'ai vu ici, à Zurich, deux cas où les deux pieds étaient d'un bleu foncé et complètement insensibles ; en enfonçant profondément une épingle il ne s'écoulait qu'une goutte de sang noir; malgré cela, tout se ranima, et il n'y eut que quelques orteils qui tombèrent.' Dans un troisième cas, sur un individu trèsdébilité, les deux pieds jusqu'au mollet étaient d'un bleu rouge foncé et couverts de bulles; ces extrémités tombèrent complètement en gangrène. Dès qu'une gangrène étendue de la peau est sûrement reconnue, on ne doit plus hésiter à amputer, car si l'on tarde trop, les malades deviennent facilement pyémiques. L'hiver dernier, un bien triste cas de ce genre s'est présenté à notre observation dans cet hôpital. Un jeune homme vigoureux eut les deux mains et les deux pieds gelés, de sorte que les quatre extrémités tombèrent en gangrène; le patient ne put se décider à subir une quadruple amputation, et, de mon côté, je ne pus prendre sur moi de le persuader à se soumettre à cette horrible opération ; il mourut de pyémie.

Ce sont surtout les extrémités des membres, le bout du nez et les oreilles qui sont le plus exposés à se congeler. Des effets d'habillement trop justes, qui gênent la circulation, augmentent la prédisposition à la congélation.

Il existe aussi une congélation totale, un engourdissement de tout le corps, où l'homme est sans connaissance et où les phénomènes vitaux sont réduits à leur minimum : le pouls radial ne se sent plus* les battements du cœur s'entendent à peine, la respiration ne se perçoit presque plus ; tout le corps est froid comme glace. Dans cet état, le malade peut passer insensiblement à la mort; tous les liquides se transforment en glace. Une pareille congélation générale se rencontre surtout chez les individus qui, fatigués par une longue marche et épuisés par le froid lui-même, se couchent en plein champ ; ils s'endorment

bientôt et souvent pour ne plus se réveiller. On ne connaît pas exactement le temps pendant lequel un homme peut rester dans cet état de roideur, les phénomènes vitaux étant réduits à leur minimum, et pourtant revenir encore à la vie. On cite des cas où cette espèce de léthargie a duré jusqu'à six jours. Que ce fait soit vrai ou non, dans tous les cas il faut essayer de rappeler de pareils individus à la vie, aussi longtemps qu'on perçoit encore l'ombre d'un battement du cœur.

Nous commencerons le traitement des congélations en vous exposant immédiatement ce qu'il faut faire dans ces états d'engourdissement général : évitez toute transition brusque entre la température où est le corps du malade et une température élevée, à laquelle il ne faut arriver que très-doucement. Le sujet sera transporté dans une chambre froide, on le couchera dans un lit froid et l'on fera des frictions sur tout le corps pendant plusieurs heures. En même temps, il faut avoir recours à la respiration artificielle, si cette fonction ne s'exécute plus. Parmi les excitants faibles qui sont indiqués dans ces circonstances, je vous citerai les lavements froids, l'irritation de la muqueuse nasale par des vapeurs d'ammoniaque, etc. Lorsque le malade est revenu à lui, on élève peu à peu la température, on le fait séjourner encore pendant quelque temps dans une chambre faiblement chauffée, et l'on donne à l'intérieur des boissons un peu tièdes. A mesure que les différentes parties du corps se raniment, on voit survenir des douleurs quelquefois très-considérables dans les membres, surtout si le réchauffement a été un peu trop rapide ; on fera bien, dans ces cas, d'envelopper les parties douloureuses avec des draps plongés dans l'eau très-froide. Le patient peut se trouver pendant des heures, des jours mêmes, dans un état de torpeur intellectuelle qui peu à peu disparaît complètement. On a fait, dans ces derniers temps, des expériences sur la manière de ranimer les animaux engourdis par le froid, ces expériences semblent prouver que les animaux sont sauvés plus sûrement de la mort lorsqu'on les réchauffe rapidement, que lorsqu'on les réchauffe lentement ; en attendant, je ne saurais me résoudre, d'après ces études faites sur les animaux, à m'écarter des préceptes reconnus jusqu'ici et basés sur l'observation journalière, préceptes dont la justesse est incontestable lorsqu'il s'agit de congélations locales; toutefois ce point mérite d'être examiné de nouveau. — Dans les congélations générales, il est rare qu'on n'ait pas à déplorer la perte de quelque membre en totalité ou en partie, je ne puis donc ajouter que peu de chose sur le traitement des parties congelées. On ouvrira et l'on videra les bulles, on fera bien d'envelopper les mains ou les pieds avec des linges trempés dans l'eau

froide; il faut alors attendre pour savoir s'il y a gangrène et quelle sera son étendue. Si la couleur bleu-rouge passe insensiblement à une teinte foncée, rouge-cerise, les chances pour le rétablissement de la circulation sont excessivement faibles, dans la plupart de ces cas, la gangrène se déclarera. Pour savoir jusqu'où le membre peut être considéré comme mort, on peut aussi enfoncer des épingles dans les tissus dans le but de constater les limites de la sensibilité, et la nature du sang qui s'écoule par la piqûre; cependant, la certitude complète n'existe que si la ligne de démarcation se forme, les tissus vivants se séparant de ceux qui sont frappés de mort, et s'il se développe sur les limites de la partie gangrenée une rougeur inflammatoire de la peau. Nous nous sommes déjà occupés antérieurement des amputations de pareils membres mortifiés. On peut sans inconvénient abandonner à la nature l'élimination d'un orteil ou d'un doigt, mais quand une plus grande partie d'un membre est tombée en gangrène, il faut donner la préférence à l'amputation.

Je vais revenir, sous forme d'appendice, aux engelures (pemiones), non parce qu'elles peuvent présenter des dangers, mais parce qu'elles constituent un petit mal, très-ennuyeux, dans certains cas, très-difficile à guérir et contre lequel vous devez avoir en réserve une série de moyens si vous voulez être agréables à vos clients. Les engelures sont dues à la paralysie des capillaires avec exsudation séreuse dans le tissu du derme-, se montrant sous forme de gonflements d'un bleu rouge, siégeant aux mains et aux pieds, elles constituent un mal très-incommode par le violent prurit et par les ulcérations qui se forment quelquefois à leur surface. Elles se développent sous l'influence d'un froid répété et peu intense, atteignent un seul et même endroit, et ne se présentent pas chez tous les hommes d'une manière également fréquente ; elles sont moins douloureuses par un temps très-froid que par le dégel. Si par la chaleur du lit les mains et les pieds se réchauffent, la démangeaison devient quelquefois si intense qu'on passe des heures à gratter les endroits atteints. En général, les femmes sont plus exposées aux engelures que les hommes, la jeunesse plus que la vieillesse. Des occupations qui entraînent un changement fréquent de température y prédisposent; ainsi les marchands, les pharmaciens qui séjournent tantôt dans une chambre chaude, tantôt dans le magasin froid, ont le plus souvent des engelures. Cependant aucun état n'en est exclu, les personnes qui sont continuellement gantées et qui sortent rarement en hiver peuvent en être atteintes comme celles qui n'ont jamais porté de gants. Pour le sexe féminin, la chlorose et les troubles de la menstruation semblent y

prédisposer ; en général, l'apparition fréquente des engelures paraît être liée à des affections constitutionnelles.

Quant au traitement, il est ordinairement très-difficile de combattre les causes, lorsqu'elles dépendent de la constitution et du genre d'occupation ; on est donc réduit aux moyens locaux. En Italie, où les engelures s'observent assez fréquemment, dès qu'un hiver comparativement rigoureux se présente, on fait faire des frictions avec de la neige et des applications de glace. Chez nous ce moyen est moins applicable et ne donne pas de résultat, ou il modère tout au plus la démangeaison pour un temps très-court. Une pommade au précipité blanc (h grammes sur 30 grammes d'axonge), les frictions avec du jus de citron, l'application au pinceau d'acide nitrique étendu d'eau de cannelle, une solution de nitrate d'argent (0,50 centigrammes sur 30 grammes d'eau), la teinture de cantharide, tels sont les remèdes que vous pourrez employer l'un après l'autre; tantôt c'est l'un, tantôt c'est l'autre qui réussira; on vante également des manuluves ou, selon le cas, des pédiluves additionnés d'acide chlorhydrique (à peu près 45 à 60 grammes d'acide chlorhydrique pour un bain de pieds de dix minutes), des lotions avec une infusion de semences de moutarde. Si les engelures s'excorient à la surface, il faut les panser avec une pommade à l'oxyde de zinc ou au nitrate d'argent (5 centigrammes sur axonge k grammes) . Je ne vous ai cité qu'un petit nombre des remèdes recommandés, j'en ai essayé moimême l'efficacité. Ils vous suffiront au commencement de votre pratique pour combattre ce petit mal.

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