VINGT ET UNIÈME LEÇON
DES INFLAMMATIONS Aïf.UES NON TRAUMATIQUES DES PARTIES MOLLES.
Étiologie générale des inflammations aiguës. — 1. Inflammation aiguë du derme, a. Inflammation érysipélateuse. h. Furoncles, c. Anthrax. Pustule maligne. — 2. Inflammation aiguë du tissu cellulaire. Abcès chauds. — >3 et 4. Inflammation aiguë des muscles, des gaines tendineuses et des bourses muqueuses sous-cutanées.
Messieurs,
Après nous être occupés jusqu'à présent exclusivement des lésions traumatiques, nous allons passer aux processus inflammatoires aigus qui en sont indépendants. Parmi ces derniers, ceux qui ont pour siège les parties externes du corps doivent rentrer dans la chirurgie, ainsi que ceux qui, tout en ayant pris naissance dans des organes internes, sont cependant susceptibles d'un traitement chirurgical. Quoique j'aie lieu de croire que les causes générales des maladies vous sont connues, il me semble cependant utile de faire précéder de quelques considérations étiologiques l'objet dont nous aurons à nous occuper aujourd'hui.
Les causes des inflammations aiguës non traumatiques rentrent à peu près dans les catégories suivantes :
1° Irritation répétée mécanique ou chimique. — Cette cause semble, au premier abord, se confondre avec le traumatisme; cependant il y a une grande différence entre le fait d'une irritation n'agissant qu'une seule fois sur le tissu et le fait d'une répétition plus ou moins rapide de cette irritation; en effet, dans le dernier cas, les agents irritants frapperont un tissu encore placé sous l'influence de l'irritation antérieure. Un exemple vous rendra la chose plus évidente. Supposez qu'un endroit quelconque du pied soit exposé continuellement au contact d'un clou faisant saillie dans l'intérieur de la chaussure; il en résultera d'abord une plaie légère, accompagnée d'une inflammation tout à fait circonscrite; mais dans la suite, l'irritation continuant, l'inflammation s'étendra et deviendra de plus en plus intense. Mettons
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en parallèle un autre exemple, celui d'une irritation chimique répétée. Lorsqu'un individu non habitué aux aliments irritants mange du piment, il en résulte pour lui une hypérémie et un gonflement passagers des muqueuses buccale et stomacale; mais si l'usage d'une substance aussi âcre était longtemps continué sans interruption, il pourrait en résulter une gastrite intense. — Ces sortes d'irritations souvent répétées ne se présentent, il est vrai, pas fréquemment dans la pratique, sauf toutefois l'exemple signalé en premier lieu ; mais elles peuvent, peu considérables en elles-mêmes et sans se répéter trop souvent, agir sur des parties plus ou moins affaiblies et jouer alors un rôle très-important dans la production de l'inflammation chronique; aussi nous aurons à y revenir plus tard.
2. Refroidissement. — Chacun de vous sait qu'un refroidissement peut provoquer toute espèce de maladies, entre autres des catarrhes aigus, des inflammations articulaires, des pneumonies. Mais en quoi consiste ici l'agent nuisible et quels sont les changements immédiats qui se passent dans les tissus, voilà ce que nous ignorons. On accuse surtout les rapides changements de température de constituer le fond du refroidissement, et cependant par ce moyen on ne peut produire expérimentalement ni une inflammation ni une autre maladie susceptible de se développer d'ordinaire sous l'influence d'un refroidissement; on se refroidit lorsqu'on est échauffé et que dans cet état on est exposé pour un temps plus ou moins long à un courant d'air froid, voilà qui est bien connu; en s'observant bien, on sait parfois indiquer exactement le moment où le refroidissement s'est produit. — Il y a des effets purement locaux du refroidissement : ainsi, par exemple, une personne est longtemps assise près de la fenêtre, et le côté du visage dirigé du côté de cette fenêtre est exposé au contact d'un air frais; quelques heures après survient une paralysie du nerf facial ; nous devons admettre que dans ce cas des changements moléculaires se sont opérés dans la substance nerveuse, changements qui ont eu pour effet de supprimer la conductibilité dans l'intérieur de ce nerf; un autre individu contractera dans les mêmes conditions une conjonctivite sous l'influence prolongée du courant d'air. Ce sont là des refroidissements purement locaux. — Un cas plus fréquent est le suivant : après un refroidissement la partie la plus disposée à devenir malade, la partie faible (locns minoris resistentiœ) se trouve affectée. Il y a des personnes qui, après toute espèce de refroidissement, contractent un catarrhe aigu du nez, un coryza, d'autres auxquelles les mêmes causes communiqueront toujours des catarrhes de l'estomac; d'autres qui auront des douleurs musculaires, d'autres encore, des inflammations articulaires, etc. Or,
comme les parties atteintes n'ont pas toujours été frappées directement par la cause morbifique (exemple : une personne contracte le coryza après avoir eu les pieds mouillés) ; on est bien forcé d'admettre que le corps est lésé dans son ensemble et que l'effet de la cause morbifique ne se tait sentir que dans la partie faible. Est-ce par l'entremise des nerfs, ou du sang ou d'autres liquides du corps que ces causes morbifiques sont distribuées à des parties spéciales du corps (car dans ce cas les cellules des tissus, malgré leur motilité, peuvent difficilement être prises en considération), c'est une question qui n'est pas encore résolue jusqu'à ce jour et qui divise les médecins en deux grands camps, les névropathes et les humoristes; les deux opinions ont leurs arguments; je penche plutôt du côté de la théorie humorale, et je ne crois pas impossible que, lorsque la peau en transpiration est frappée subitement par un courant d'air, de nouvelles transformations chimiques se développent ou des produits d'élimination soient retenus, dont l'introduction dans le sang exerce, à la manière des virus, une action phlogogène, tantôt sur un organe, tantôt sur l'autre; nous traiterons bientôt ce sujet avec plus de détails. Dans l'anGien langage on appelle rhumatismales les inflammations qui sont dues à un refroidissement; mais comme je voudrais appliquer cette expression de préférence à une diathèse spéciale, dont nous nous occuperons plus tard in extenso, je conserve l'expression a dû au refroidissement » , parce qu'elle a un sens plus large et qu'elle n'implique aucune théorie.
3. Infection toxique et miasmatique. — Nous avons déjà démontré précédemment que des substances purulentes ou putrides, soit humides, soit sèches, transportées sur une plaie, donnent lieu à de violentes inflammations progressives, lorsqu'elles pénètrent dans les tissus sains, immédiatement après la blessure, ou qu'elles traversent les granulations d'une plaie dans de certaines conditions que nous avons déjà indiquées plus haut. Le corps est protégé, il est vrai, par l'épiderme à la surface extérieure, par une couche épithéliale épaisse sur les muqueuses, contre l'introduction de ces corps nuisibles, virulents, qui produisent l'inflammation et l'empoisonnement du sang, cependant cette protection n'est pas absolue. Il y a un grand nombre de substances toxiques qui entrent dans le corps tantôt par la peau, tantôt par les muqueuses; un certain nombre d'entre elles sont des virus proprement dits, par exemple la matière sécrétée par les ulcérations des chevaux morveux ou par les pustules des bêtes à cornes atteintes du sang de rate ; d'autres ne nous Sont connues que par leurs effets, par certaines conditions de leur développement; ce sont des corps invisibles que nous appelons «poisons miasmatiques »ou tout simplement