‹ Éléments de pathologie chirurgicale généraleChapitre 45 sur 123 · INFLAMMATION DES GAÎNES TENDINEUSES · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DES GAÎNES TENDINEUSES

lemme ; ces grumeaux disparaissent peu à peu par résorption, en même temps que de nouvelles fibres-cellules musculaires se forment en remplacement des anciennes; de cette façon tout rentre le plus souvent dans l'état normal. Dans d'autres cas, l'atrophie de la substance musculaire persiste. On n'a pas pu constater positivement jusqu'à présent, si cette affection des muscles peut entraîner une suppuration et une formation d'abcès, bien que les abcès musculaires ne soient pas rares après le typhus, surtout dans les parois abdominales.

IV. — INFLAMMATION AIGUË DES GAÎNES TENDINEUSES ET DES BOURSES MUQUEUSES SOUS-CUTANÉES.

On sait que les gaines tendineuses sont constituées par des poches séreuses closes, qui entourent un certain nombre des tendons du pied et de la main. Elles peuvent être atteintes d'inflammation aiguë à la suite d'une contusion, et plus rarement d'une manière spontanée. De même que toutes les membranes séreuses, devenues le siège d'une inflammation aiguë, ces poches laissent exsuder une certaine quantité d'un sérum riche en fibrine ; les pseudo-membranes fibrineuses peuvent se dissoudre, elles peuvent aussi entraîner une adhérence passagère ou durable entre la gaîne et le tendon; enfin il n'est pas rare qu'il se produise une suppuration des membranes avec ou sans dégénération et ulcération, et dans ces cas le tendon peut périr par mortification. Les premiers symptômes d'une inflammation de ce genre consistent dans la douleur pendant les mouvements et dans un léger gonflement; parfois on observe alors dans les gaînes tendineuses un bruit de frottement, un craquement particulier constaté par l'imposition de la main et plus distinctement encore par l'application de l'oreille. Ce bruit est dû à ce que la surface de la gaîne tendineuse et celle du tendon sont devenues rugueuses par des dépôts fibrineux et frottent l'une contre l'autre sous l'influence des mouvements du tendon; c'est sur le dos de la main que cette inflammation subaiguë des gaînes tendineuses, qui se termine le plus souvent par une résolution, se rencontre le plus fréquemment. Une affection plus rare est l'inflammation tendineuse suraiguë, passant à la suppuration et due le plus souvent à des causes inconnues. Cette inflammation débute de la même manière que le phlegmon aigu; le tissu cellulaire sous-cutané participe bien vite à l'inflammation; le membre enfle fortement ; les articulations voisines des doigts ou du poignet peuvent être entraînées dans le processus inflammatoire. Tout comme la membrane synoviale des articulations, la membrane tout

à fait analogue des gaines tendineuses semble quelquefois donner lieu, lorsqu'elle est le siège d'une inflammation aiguë, à des produits qui infectent les tissus environnants d'une manière particulièrement intense. Lorsque, par un traitement convenable, la suppuration a pu être évitée ou que cette dernière, si tant est qu'elle se développe, reste entièrement limitée, la terminaison par résolution se fait avec une grande lenteur; le membre conserve pendant longtemps de la raideur; les adhérences qui se sont établies entre les tendons et leur gaine ne cèdent qu'après des mois entiers d'exercice. S'il se fait une suppuration étendue des gaines tendineuses, désignée, lorsqu'elle se présente à la main, sous le nom de « panaris tendineux » , les tendons atteints se mortifient ordinairement et peuvent être retirés au bout d'un certain temps des ouvertures d'abcès sous forme de fils ou de lambeaux blancs. La membrane qui constitue la gaine tendineuse dégénère ensuite en granulations fongueuses. Si le processus s'arrête là, un ou plusieurs doigts deviennent roides et restent tels pour la vie entière. Si les articulations sont également envahies, une guérison avec ankylose peut bien s'effectuer aux doigts; mais en cas de participation des articulations du poignet ou du pied, l'existence du membre est compromise à un haut degré. Dans l'inflammation purulente aiguë des articulations, la fièvre est quelquefois peu considérable au commencement, cependant il se peut aussi que, dans des cas graves, la maladie débute par un frisson. Si l'inflammation et la suppuration s'étendent, si le processus n'a aucune tendance à se limiter définitivement par la formation d'un abcès, la fièvre en devient d'autant plus durable et prend un caractère manifestement rémittent ; en même temps les malades s'affaiblissent avec une extrême rapidité; les hommes les plus robustes sont réduits à l'état de squelette en peu de semaines. Le pronostic devient très-fâcheux, lorsque la fièvre se caractérise par des accès et des frissons intermittents.

Le traitement de l'inflammation subaiguë, crépitante des gaines tendineuses du dos de la main consiste à maintenir la main au repos sur une attelle et à faire frictionner avec de la teinture d'iode l'endroit malade; s'il n'en résulte pas une prompte amélioration, on applique un vésicatoire ; j'ai toujours vu l'inflammation subaiguë des gaines tendineuses disparaître en peu de jours à la suite de ce traitement. Si les phénomènes sont intenses dès le début, il faut recommander non-seulement le repos de la main et des doigts, mais encore le séjour au lit, à cause de la fièvre qui existe ordinairement ; il faut y ajouter l'application des vessies à glace et les frictions d'onguent mercuriel. Ce traitement doit être continué avec persévérance ; je le préfère, pour ma part, au traitement par les cataplasmes et les manuluves chauds que l'on

Page 1