RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU
suite d'une complication par des suppurations métastatiques, à moins que vous n'arrêtiez à temps le processus local par l'amputation de la cuisse. Si vous parvenez, à l'aide d'une ou de plusieurs ponctions, d'applications répétées de teinture d'iode, d'administration de quinine et d'opium, à vaincre l'acuité de cet état et à le rendre chronique, vous n'aurez plus la chance de conserver la mobilité de l'articulation, mais le malade aura au moins une jambe encore capable de rendre des services, dût-elle être ankylosée à angle droit; c'est là le plus beau succès qu'il nous soit possible d'obtenir après bien des jours ou des semaines d'angoisses et de tourments, une fois que l'inflammation est arrivée au degré que nous venons de signaler.— Les modifications anatomiques que nous rencontrons dans une articulation tibio-fémorale arrivée à ce degré d'inflammation sont les suivantes : l'articulation est remplie d'un pus jaune et épais, entremêlé de flocons fibrineux; la membrane synoviale est fortement rougie et boursouflée ; le cartilage en partie réduit en bouillie et en partie nécrosé; dans ce dernier état il se détache par lamelles plus ou moins grandes, et l'os sous-jacent est fortement rougi, noir et même infiltré de pus. Le pronostic n'est pas trop mauvais quand il s'agit de sujets jeunes et robustes qui se sont soumis de bonne heure à un traitement convenable; il est au contraire extrêmement fâcheux, même désespéré, quand la maladie atteint des sujets vieux et décrépits.
Dans ce qui précède, je vous ai décrit les deux espèces de synovite, la séreuse et la purulente, dans leur forme pure, et je suis persuadé que dans votre clientèle vous les reconnaîtrez aisément d'après le tableau que je viens de vous en tracer ; vous n'éprouverez aucune difficulté à transporter à d'autres articulations ce que je viens de vous montrer sur celle du genou. — Je dois ajouter cependant qu'il se présente encore aux articulations une forme inflammatoire aiguë ou subaiguë qui offre certaines particularités; de ce nombre est la maladie connue sous le nom de rhumatisme articulaire aigu. Cette affection éminemment remarquable, qui est traitée plus au long dans les cours de pathologie interne, se distingue en ce qu'ordinairement elle attaque plusieurs articulations à la fois, et qu'il existe en même temps une grande prédisposition à l'inflammation d'autres membranes séreuses, telles que le péricarde et l'endocarde, la plèvre, et dans des cas très-rares, le péritoine et l'arachnoïde. Par cette atteinte simultanée des membranes que nous venons de nommer et des articulations, cette affection constitue un mal qui envahit tout le corps à la fois; la péricardite et l'endocardite, à cause de l'importance de l'organe atteint, deviennent souvent prépondérantes à un tel point, et exercent une telle
influence sur les indications à remplir, que le traitement chirurgical des articulations perd la majeure partie de son importance ; cela doit arriver d'autant plus que la maladie articulaire, quoique extrêmement douloureuse, prend rarement un développement dangereux pour un membre ou pour la vie. Une douleur très-considérable, ressentie dans les articulations au moindre mouvement ou à la moindre pression, l'œdème des parties molles environnantes, la rougeur simultanée de la peau, tels sont les principaux symptômes du mal local, et il est rare que la maladie en provoque d'autres plus graves. Les autopsies peu nombreuses qui ont été faites à la suite de ce processus morbide, et dont nous connaissons les résultats, prouvent que la synovie est un peu augmentée, quelquefois entremêlée de flocons purulents, et que la membrane synoviale est tuméfiée etrougie; il est très-rare que le cartilage prenne part à l'affection ; d'un autre côté, la collection liquide est rarement assez considérable pour laisser sentir la fluctuation. — Le rhumatisme articulaire aigu est très-fréquent, mais il est rarement mortel, et pour cette raison il a fourni très-peu de données anatomo-pathologiques. — Tous les phénomènes que cette maladie offre prouvent que c'est une affection tout à fait distincte et spécifique, mais dont la marche est tellement irrégulière, et dont les causes sont tellement obscures, que l'on n'est pas encore parvenu à approfondir sa nature intime. J'élève donc quelques doutes sur l'existence d'un rhumatisme mono-articulaire, que l'on met en opposition avec ce rhumatisme poly-articulaire dont nous venons de parler; dans tous les cas, je n'envisagerais une inflammation bornée à une seule articulation comme faisant partie de la réunion des symptômes qui constituent le rhumatisme articulaire aigu, que quand je verrais survenir une pleurite, une péricardite, ou d'autres processus que l'on sait pouvoir compliquer cette maladie ; lorsque cela n'a pas lieu, nous n'avons affaire qu'à un processus purement local, à une arthrite simple. — Quant à la marche suivie par les inflammations articulaires dans le rhumatisme, la terminaison par résolution et rétablissement complet des fonctions de l'articulation sont tellement ordinaires, que l'on aperçoit bien rarement une autre issue. La longue durée de la maladie, qui est ordinairement de six à huit semaines, dépend beaucoup moins du temps pendant lequel chaque articulation reste atteinte, que de l'irrégularité avec laquelle tantôt une articulation, tantôt une autre tombe malade, et en outre de la facilité avec laquelle le processus donne lieu à des exacerbations dans des articulations qui déjà semblaient entièrement rétablies. C'est là ce qui rend cette maladie extrêmement, fatigante, aussi bien pour le malade que pour le médecin, cependant elle exige la surveillance et la sollicitude