INFLAMMATION ARTHRITIQUE OU GOUTTEUSE
les plus constantes, si l'on veut éviter des rechutes interminables. — Bien rarement il arrive qu'une des articulations devienne le siège d'une suppuration intense, d'un empyème; il peut arriver plutôt qu'une articulation, malgré la terminaison du processus dans son ensemble, reste endolorie et roide, et qu'une inflammation articulaire chronique se développe et gagne de l'extension. — Vous voyez que le pronostic de cette maladie, en tant qu'il s'agit seulement des articulations, doit être considéré comme des plus favorables ; ces inflammations locales se terminent le plus souvent heureusement d'elles-mêmes, et sans que le médecin ait besoin d'intervenir activement. Tout ce que nous tentons, par conséquent, contre le processus local, se résume à garantir les parties d'un refroidissement local, en les enveloppant d'ouate, de lin, d'étoupes ou de laine. On peut ajouter à cela quelques légères irritations externes, une application de teinture d'iode officinale. Pour apaiser la douleur et hâter la fin du processus, Stromeyer et autres ont conseillé l'emploi des vessies de glace, et en général d'entourer le malade d'une température fraîche, plutôt que de le tenir chaudement. Cependant j'ai de la peine à croire que cette manière d'agir trouve beaucoup de partisans, parce qu'il n'est pas toujours facile de se procurer ce qui est nécessaire pour faire et entretenir les vessies de glace, et parce que l'expérience a prouvé que ces inflammations se terminent favorablement sans que l'on ait besoin de recourir à ce moyen. — A l'intérieur, on donne des diurétiques, des diaphorétiques ou des sels neutres ; s'il y a complication de maladies du cœur, on doit recourir aux antiphlogistiques locaux, à la digitale, etc., comme cela vous sera enseigné plus au long dans la pathologie interne et dans la clinique médicale.
Au rhumatisme aigu se rattache Yaccès aigu de l'inflammation arthritique ou goutteuse. Un accès de goutte aux pieds ou aux mains a également quelque chose de spécifique et n'appartient qu'à cette seule maladie, la goutte; ici encore l'inflammation articulaire est une synovite séreuse, aiguë, mais accompagnée de très-peu de sécrétion liquide dans l'articulation. Mais ce qui est tout à fait caractéristique de l'inflammation arthritique aiguë, c'est l'inflammation constante des parties qui environnent l'article, du'périosle, des gaines tendineuses, et surtout de la peau ; celle-ci rougit toujours, devient brillante, fortement tendue, comme dans l'érysipèle, et excessivement douloureuse, parfois aussi elle se desquame après l'accès ; l'inflammation articulaire aiguë de la goutte est encore bien plus douloureuse que celle du rhumatisme. Quant au traitement de la goutte et de la diathèse goutteuse, il en sera question plus tard.
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Il nous reste encore à faire mention d'une espèce d'inflammation articulaire aiguë, c'est-à-dire de l'inflammation métastatique, dont nous aurons à parler plus longuement à l'occasion de la pyémie. L'inflammation métastatique aiguë ou subaiguë des articulations est ordinairement une synovite, séreuse au commencement, mais bientôt franchement purulente. Il y a lieu d'en distinguer plusieurs formes :
1. L 'inflammation articulaire gonorrhéique ; elle se manifeste chez les hommes atteints de gonorrhée, parfois aussi on la voit survenir après l'introduction répétée de bougies dans l'urèthre; elle atteint presque exclusivement les genoux, Plusieurs auteurs prétendent que le développement de ces inflammations coïncide principalement avec la suppression rapide d'une chaudepisse; mon expérience ne me permet pas de m'associer à cette opinion ; la maladie, comparée à l'énorme fréquence de la gonorrhée, est assez rare, cependant je l'ai observée plusieurs fois à la suite de refroidissements survenus dans le cours d'une chaudepisse très-aiguë. On serait peut-être tenté de nier complètement le rapport incompréhensible qui existe entre le catarrhe purulent de l'urèthre et les inflammations de l'articulation fémoro-tibiale, et de considérer comme purement accidentelle la coïncidence entre ces deux maladies; cependant l'expérience d'un trop grand nombre de médecins est favorable à ce rapport, et ce qui parle encore en sa faveur, ce sont les cas dans lesquels les inflammations de l'articulation sus-mentionnée prennent naissance après d'autres irritations de l'urèthre, comme par exemple après l'introduction des bougies. — L'inflammation blennorrhagique du genou se manifeste ordinairement des deux côtés à la fois, c'est une synovite séreuse subaiguë, qui en général cède promptement au repos, avec soin d'éviter de nouvelles irritations de l'urèthre, à l'emploi des vésicatoires, de la teinture d'iode, à une légère compression sur les articulations malades, et qui se termine par une guérison complète après la résorption du liquide. Cependant la susceptibilité des genoux persiste assez souvent, et il n'est pas rare que les mêmes individus soient affectés de nouvelles inflammations du même genre sous l'influence d'une autre chaude-pisse. Dans quelques cas rares, un rhumatisme articulaire chronique se développe après l'inflammation blennorrhagique du genou.
2. L 'inflammation articulaire pyémique se rencontre aussi trèsfréquemment dans l'un ou l'autre genou, mais aussi dans les articulations du pied, de l'épaule, du coude et de la main; très-rarement elle s'observe dans la hanche; c'est une synovite purulente modèle, à laquelle se joint également une fonte purulente du tissu cellulaire péri-articulaire; sa marche est ordinairement subaiguë, et, par conséquent, elle
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n'est pas toujours arrivée à son complet développement au moment où les individus succombent. Les personnes affectées de pyémie ne meurent pas toujours d'une suppuration articulaire ; il m'est déjà arrivé d'observer la résorption dans des cas où les malades guérissaient de la pyémie. Le traitement ne diffère pas de celui que nous avons mentionné plus haut; lorsque le pus se réunit en trop grande quantité, on obtient de bons résultats de la ponction. — Les suppurations articulaires qui surviennent après des lésions, des déchirures de l'urèthre, provoquées par un cathétérisme fait sans ménagement, et qui sont ordinairement accompagnées de frissons, sont évidemment de nature pyémique et non gonorrhéique. J'ai traité à Berlin un jeune homme atteint de rupture de l'urèthre déterminée par l'introduction d'une bougie, et qui, à la suite de cet accident, a eu un abcès de l'épaule gauche avec suppuration de l'articulation acromio-claviculaire et subluxation consécutive de la clavicule. Le malade fut complètement rétabli, et comme l'abcès n'était pas très-grand, on s'abstint de l'ouvrir. Je revis le jeune homme au bout d'une année ; l'abcès avait diminué de volume, on sentait encore très-manifestement la fluctuation ; mais comme il n'en était résulté aucun dérangement dans les fonctions, ni en général aucune espèce d'accident, je n'eus garde d'ouvrir l'abcès, et je vous conseille la même réserve dans des cas semblables, lorsque vous aurez affaire à ces abcès froids qui communiquent manifestement avec des articulations, car l'ouverture peut ici faire beaucoup plus de mal que de bien, attendu qu'il pourrait en résulter une inflammation suraiguë de l'articulation avec toutes ses suites fâcheuses.
3. V inflammation articulaire puerpérale. La fièvre puerpérale ou fièvre maligne des femmes en couches est une forme de la pyémie qui peut se développer dans l'état puerpéral. Les inflammations articulaires purulentes qu'on y observe rentrent donc dans la catégorie de la synovite purulente pyémique dont il vient d'être question. — Cependant, après la fin de l'état puerpéral, dans la troisième et même encore dans la quatrième semaine après l'accouchement, il n'est pas rare d'observer une inflammation aiguë, purulente, surtout de l'articulation du genou et du coude, et dont on a interprété de bien des manières le mode de production. Quelques auteurs supposent que c'est là une inflammation articulaire simple, qui prendrait naissance à la suite des refroidissements auxquels les femmes en couches sont particulièrement exposées, parce qu'elles transpirent souvent et abondamment. D'autres pensent que ces inflammations ultérieures des articulations ne constituent qu'un phénomène tardif et ordinairement isolé de la pyémie, et les comptent pour cette raison parmi les inflammations métastatiqueSi
Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est que ces inflammations articulaires qui surviennent tardivement après les couches n'ont absolument rien de spécial; leur marche est tantôt aiguë, tantôt subaiguë, et si on les soumet à un traitement convenable, on peut assez souvent conserver la mobilité du membre; cependant il arrive aussi quelquefois que l'inflammation prend un caractère chronique, et qu'il en résulte une ankylose; en général, le pronostic de ces arthrites n'est pas des plus mauvais, rarement elles arrivent à une acuité extrême. Le traitement est le même que celui indiqué antérieurement pour la synovite purulente aiguë.
Je dois encore rappeler ici que, dans la pyémie des nouveau-nés, il se présente également des arthrites purulentes; que, parfois même, les enfants viennent au monde avec une lésion de ce genre, ainsi que cela a été observé par d'autres et par moi-même; des inflammations articulaires peuvent prendre naissance, et même terminer entièrement leur évolution pendant la vie fœtale, comme cela est prouvé par les cas dans lesquels les enfants naissent avec des articulations parfaitement développées, mais ankylosées.