MALADIES GÉNÉRALES COMPLIQUANT LES PLAIES
par la haute élévation de la température devant laquelle tous les autres phénomènes s'effacent, des fièvres plus . particulièrement caractérisées par l'embarras du sensorium, la température du corps restant à un niveau assez bas, des fièvres à accès spasmodiques particulièrement violents, accès qui constituent le frisson, des lièvres qui se distinguent par le trouble des fonctions de l'estomac, des fièvres où prédomine le sentiment de l'abattement, etc. Pourquoi donc n'y aurait- il pas également des fièvres dans lesquelles tous les autres symptômes, à l'exception de l'élévation delà température du sang, se rencontreraient, tandis que ce dernier symptôme serait, par une cause quelconque, masqué ou empêché de se manifester? Cependant contentons-nous, comme déjà nous l'avons dit plus haut, de la manière actuelle d'envisager la fièvre, et n'admettons provisoirement l'existence de celle-ci que là où l'élévation de la température du sang peut être constatée, mais hâtons-nous d'ajouter qu'il y a des maladies générales très-graves qui peuvent s'ajouter aux plaies et aux inflammations, et qui se passent absolument sans fièvre.
Une autre condition par laquelle se distinguent toutes les maladies générales qui vont être décrites, est la suivante : elles sont dues les unes et les autres à la résorption de substances qui prennent naissance sur la plaie ou dans ses environs, ou bien dans un autre foyer inflammatoire. Cette proposition s'accorde parfaitement avec notre manière de voir actuelle, en tant qu'il s'agit de la fièvre traumatique, de la fièvre inflammatoire, de la septicémie et de la pyémie ; il n'en est plus tout à fait de même s'il s'agit du tétanos, du delirium tremens, du délire nerveux et de la manie aiguë. Nous réunirons donc dans un premier groupe les maladies que nous avons nommées les premières et dans un second groupe celles que nous avons nommées en deuxième lieu, et nous réservons des observations ultérieures sur l'origine de ce dernier groupe de maladies.
A» Maladies générales qui compliquent les plaies et les inflammations et dont l'évolution se caractérise essentiellement par les symptômes d'un état morbide du sang,
1. Fièvre traumatique et fièvre inflammatoire. Déjà antérieurement nous avons exposé que la fièvre qui se déclare chez les blessés est due en partie à la résorption de substances dont les unes sont le produit de la mortification des tissus à la surface de la plaie, et dont les autres se forment directement pendant les processus inflammatoires traumatiques ou spontanés. Dans cette supposition dont nous avons déjà essayé de démontrer brièvement la justesse, il dépendrait d'une part des conditions locales de résorption, de l'autre de la qualité et de la
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quantité des substances pyrogènes résorbées, que l'intoxication qui ordinairement se trahit par des symptômes fébriles soit plus ou moins forte. Il y a des cas dans lesquels les vaisseaux ouverts par la lésion se ferment avec une telle rapidité, et dans lesquels le foyer traumalique inflammatoire est isolé si promptement, qu'il n'y a au début aucune infection générale, aucune fièvre; ces cas sont rares lorsqu'il s'agit de lésions considérables; ils représentent en quelque sorte l'idéal de la normalité : l'infiltration plastique des bords de la plaie conduit rapidement et dans toute l'étendue de la solution de continuité à la formation nouvelle d'un tissu solidement organisé et inséré entre ces bords, soit qu'il se produise une transformation immédiate en tissu de cicatrice, soit qu'il y ait auparavant un développement de granulations. Si nous considérons ces cas comme des types normaux, toute fièvre traumatique devient un accident pathologique. C'est là ce que nous pouvons accorder en théorie, mais dans la pratique la fièvre s'ajoute tôt ou tard à toute plaie tant soit peu importante, et c'est pourquoi nous avons jugé convenable d'exposer déjà la fièvre traumatique de l'état général des blessés. — Il nous reste cependant à compléter ce qui a été dit à cette époque par des remarques dont vous auriez alors difficilement compris le sens. Parlons donc premièrement du moment où la fièvre traumatique se déclare d'habitude et de son évolution. Dans beaucoup de cas, surtout lorsque la lésion intéresse des tissus sains auparavant, la fièvre ne débute qu'au second ou au troisième jour; elle augmente rapidement, se maintient pendant quelques jours à un certain niveau, tout en offrant des rémissions vers le soir, pour disparaître ensuite peu à peu, rarement dans l'espace de vingt-quatre heures. On a l'habitude de faire le tracé graphique de ces mouvements fébriles, ainsi qu'on le voit par le tracé représenté par la figure Ixl .
La courbe indique qu'après une amputation du bras (par hasard on n'avait pas mesuré dans ce cas la température dès le premier jour) la lièvre n'avait commencé qu'au troisième jour, et qu'ensuite elle avait duré du quatrième au septième. A partir du huitième jour, le patient est resté exempt de fièvre ; dans d'autres cas, il est vrai, c'est précisément après les amputations que l'on rencontre des fièvres secondaires. Cette manière de se déclarer de la fièvre traumatique est assez fréquente. Je me l'explique de la façon suivante : immédiatement après la lésion, le tissu des bords de la plaie était fermé par une infiltration plastique ; celle-ci ayant commencé à se résoudre en pus le troisième jour et à s'entremêler de lambeaux désagrégés de la surface de la plaie, il s'est produit une inflammation modérément étendue du moignon, avec résorption du pus et d'autres produits de décomposition et d'inflam-