DIATHÈSES. Û
si l'on considérait les patients qui ne présentent pas ce type comme complètement garantis contre la tuberculose.
Dans cette maladie, comme dans toutes les diathèses morbides héréditaires, il faut attendre le plus de succès des mesures prophylactiques appliquées déjà aux enfants des parents malades, et qui consistent moins en moyens pharmaceutiques qu'en règles diététiques et hygiéniques, associées à une forte éducation physique et morale. Devant le médecin de la famille s ouvre ici un champ de féconde activité, et il doit la déployer tout entière pour bien mériter de l' amélioration du genre humain et trouver ainsi une récompense sublime pour les labeurs pénibles qui remplissent sa carrière. S'il est impossible d'empêcher des personnes atteintes de tuberculose avancée de se marier, et s'il n'appartient pas à la police sanitaire de veiller à la conservation d'une race d'hommes sains et robustes, il n'en est pas moins vrai que le soin de fortifier le corps et un conseil donné en temps opportun par le médecin peuvent faire beaucoup sous ce rapport. Si, en général, les classes pauvres de la société sont plus robustes que les classes aisées, cela ne tient pas seulement à ce que les premières mènent un genre de vie plus régulier et plus naturel, mais encore à cette circonstance que dans les mauvaises conditions extérieures un grand nombre d'enfants délicats meurent dès les premières années; au point de vue de l'économie politique, on serait, soit dit en passant, presque tenté de considérer ce fait comme un bonheur, attendu que la classe ouvrière, en général trèsféconde, pourrait sans cela se multiplier à un tel point que l'industrie, poussée même à ses dernières limites, ne suffirait plus à entretenir tant de vies humaines. Une nation agricole sera en général plus saine et comptera dans son sein moins de tuberculeux qu'une population presque exclusivement livrée au travail de fabrique. Un homme qui, dès sa première jeunesse, passe sa journée entière dans une fabrique, le plus souvent assis et dans un espace mal aéré, se trouve dans des conditions tellement défavorables et anomales, que l'on ne doit pas s'étonner que les générations, sorties des établissements industriels, deviennent physiquement faibles et misérables, et que par la monotonie d'un travail automatique, toujours le même, leur esprit tombe à son tour dans l'abrutissement. Les fabriques fournissent donc un contingent trèsconsidérable de tuberculeux, et comme ces malheureux sont forcés de continuer leur travail aussi longtemps que leurs forces le permettent, ils n'arrivent que tard, dans les périodes avancées de la maladie, aux hôpitaux, très-souvent pour ne plus les quitter. Les formes les plus prononcées de la tuberculose se rencontrent donc de préférence parmi les classes pauvres, tandis que les formes les plus bénignes et les périodes
initiales de la maladie s'observent principalement parmi les classes aisées. Les remèdes actifs contre une tuberculose déjà déclarée, quoique faible encore, entraînent des frais si considérables, que bien peu de personnes peuvent les employer, et de ces individus peu nombreux un petit nombre seulement guérit, beaucoup d'autres trouvent de l'amélioration, la marche de la maladie est enrayée et la vie prolongée pour des années. Même, en admettant que l'on ait tort de considérer la tuberculose comme une maladie incurable, nous devons cependant avouer que dans les conditions ordinaires la plupart des malades ne guérissent pas. Si nous avons dit qu'il faut attacher beaucoup d'importance à une éducation physique tendant à fortifier les enfants, nous devons ajouter, d'un autre côté, que le médecin doit combattre avec une sollicitude extrême tout ce qui peut être considéré comme un commencement de la maladie : toute légère indisposition qui peut avoir un rapport quelconque avec la tuberculose, par exemple, un léger catarrhe bronchique, une petite toux prolongée, un défaut de nutrition, une anémie, etc., et qu'il doit faire en sorte que des troubles de ce genre, quelque légers qu'ils soient au commencement, ne puissent s'enraciner dans le corps. — Assez souvent la tuberculose pulmonaire éclate par une violente hémoptysie, après avoir été précédée de légers prodromes (1). Je ne puis entrer ici dans l'exposé du traitement de ce symptôme. Quand les phénomènes sont aussi prononcés, changer promptement de climat est ce que l'on peut faire de mieux. L'influence du froid sec et des changements brusques de température, tels que l'hiver, le printemps et l'automne les produisent nécessairement dans l'Europe centrale et septentrionale, est extrêmement nuisible aux tuberculeux. Le climat du sud de l'Italie, les côtes de la Méditerranée, sont recherchés par les poitrinaires pendant ces saisons; le riche va même plus loin, jusqu'à l'île de Madère et en Egypte. La chaleur sèche, prolongée est cependant également nuisible aux tuberculeux, aussi sontils forcés de changer souvent de séjour, même dans le midi. L'air de la mer, même des voyages sur mer, sont utiles aux tuberculeux si leur maladie n'est pas trop avancée, par conséquent il n'y a pas lieu de craindre de les envoyer aux stations lointaines, où ils ne peuvent arriver que par des voyages sur mer. Ceux qui ne veulent pas trop s'éloigner de leur contrée recherchent en hiver les vallées abritées contre les vents du versant méridional des Alpes; Botzen et Méran, dans le Tyrol, jouissent principalement de la réputation d'être d'excellents séjours d'hiver pour les tuberculeux. Un pareil traitement devrait être continué autant
(1) Nous appelons l'attention du lecteur sur le chapitre Tuberculose, de la Pathologie de Niemeyer, traduite par nous et annotée par M. le docteur Cornil.
(Noie des tradueteurs.)