‹ Éléments de pathologie chirurgicale généraleChapitre 97 sur 123 · ET NERVEUSES · texte numérisé non relu

ET NERVEUSES

I. Contractures musculaires dues à un état pathologique de la substance musculaire. — Ici il y a lieu d'examiner d'abord l'inflammation aiguë, douloureuse, des muscles. Sans doute vous vous rappelez qu'antérieurement déjà nous en avons fait mention, et qu'à cette époque je vous ai dit que l'inflammation aiguë des muscles entraîne ordinairement la suppuration. Je vais vous communiquer immédiatement encore un cas modèle : Dans la polyclinique de Berlin entre une jeune fille dont le pied gauche offre le caractère du pied équin, c'est-à-dire que le pied est fortement étendu (fléchi dans le sens anatomique) ; cette position du pied ne s'est développée que depuis peu de jours ; elle coïncide avec de fortes douleurs dans le mollet ; la peau du mollet n'était pas changée, mais tout contact faisait naître des douleurs ; on sentait là une fluctuation manifeste ; je fis une ponction, qui fut suivie de l'évacuation d'une grande quantité de pus; quelques jours plus tard, le pied avait repris sa direction normale et la guérison était complète, sans entraîner aucune maladie consécutive. — Il n'est pas nécessaire que l'inflammation prenne son origine dans le muscle lui-même pour que ce dernier entre dans un état de contracture; mais des processus inflammatoires et surtout

suppuratifs du voisinage immédiat, par exemple dans la gaînedes muscles, peuvent également très-souvent entraîner une contracture de ces derniers; il est vrai qu'alors la substance musculaire participe assez souvent secondairement à l'affection. Rien de plus commun, par exemple, que de voir le sterno-cléido-mastoïdien se contracturer dans les suppurations aiguës de la région cervicale et de voir par conséquent la tête s'incliner du côté malade. D'une manière analogue la cuisse se met dans la flexion dans l'inflammation aiguë du muscle psoas ou bien encore dans la péripsoïtis (il est souvent presque impossible de distinguer ces deux états). — On pourrait aussi faire rentrer dans cette catégorie, au moins en partie, les contractures qui se déclarent dans les inflammations articulaires aiguës; on reconnaît par le gonflement œdémateux qui, dans toute synovite suppdrée, prend d'assez fortes proportions, que les parties molles qui entourent l'articulation prennent part à l'affection, et ce processus inflammatoire qui, sans être très-intense, est cependant assez aigu, peut contribuer à la contracture. Mais nous admettons encore quelques autres explications, qui ont déjà été mentionnées : souvent c'est par un mouvement tout à fait instinctif, une sorte d'action réflexe des nerfs sensibles sur les nerfs moteurs que nous contractons un membre qui nous fait souffrir.

L'inflammation chronique des muscles est très-rarement une affection idiopathique; il n'en résulte pas nécessairement une contracture, qui le plus souvent même ne s'observe pas. Virchow considère comme un processus inflammatoire la dégénérescence graisseuse et conséquemment aussi la désagrégation moléculaire de la substance contractile, l'atrophie simple ; ce processus n'est pas toujours accompagné de contracture, mais d'une simple disparition des éléments avec diminution progressive de la force. Nous ne saurions donner à ces états pathologiques le nom d'inflammation, attendu qu'à l'idée d'une inflammation se rattache invariablement, pour nous, celle de la néoplasie. Partout où la néoplasie se prononce dans le muscle (et cela arrive surtout lorsque le processus inflammatoire se propage des autres tissus à ce muscle), on aperçoit très-souvent comme conséquence, non-seulement l'atrophie de la substance contractile, mais encore le ratatinement inodulaire interstitiel : la place du muscle est occupée par un tissu conjonctif cicatriciel, le muscle lui-même se transforme en tissu conjonctif. Ce processus entraîne évidemment la contraction des tissus par ratatinement, et par conséquent la contracture, quoique dans un sens strictement physiologique il n'y ait pas lieu de donner à cet état un tel nom ; mais dans la pratique il n'est pas toujours possible d'établir ces distinctions rigoureuses. Au genre de contracture musculaire que nous

CONTRACTIONS MUSCULAIRES. <i23

venons de mentionner appartiennent un grand nombre d'autres cas encore, presque tous ceux dans lesquels une inflammation articulaire chronique est suivie avec le temps d'un état de raccourcissement permanent des muscles. Lorsqu'une ankylose complète a pour conséquence une abolition absolue du mouvement, le muscle se transforme finalement en un cordon de tissu conjonclif ratatiné ; il est vrai que les choses ne vont pas toujours aussi loin, parce que généralement le muscle est toujours encore un peu mis en activité, quoique faiblement.

II. Contractures musculaires occasionnées par des affections primitives chi système nerveux. Ici nous sommes forcés de distinguer deux genre.

1. Contractures musculaires primitives provenant d'une irritation continue de certains nerfs; cet état offre de l'analogie avec la contracture tétanique provoquée par le courant électrique; l'irritation peut avoir son siège dans le tronc nerveux, dans la moelle épinière, ou dans le cerveau. Ex. : une névrite du nerf médian entretenue, je suppose, par l'irritation provenant d'un corps étranger, tel qu'un éclat de verre, une inflammation des racines des nerfs ou de la moelle épinière à un endroit qui correspond aux racines des nerfs du bras, une encéphalite circonscrite; tous ces états peuvent provoquer des contractures dans les muscles de l'extrémité supérieure. Ces cas de contractures tout à l'ait limitées et dues à des affections nerveuses ne sont, en général, pas extrêmement fréquents. — Ces contractures peuvent encore naître par voie réflexe; ainsi on connaît plusieurs cas dans lesquels des ulcères du col de la matrice étaient accompagnés de contractures des muscles de la cuisse.

2. Contractures musculaires secondaires, appelées aussi contractures par antagonisme : elles procèdent primitivement d'une paralysie. Prenons un exemple : supposez les extenseurs de la main paralysés après la section du nerf radial ; celle-ci ne peut plus être relevée, ni même maintenue dans la position moyenne d'équilibre, parce qu'à chaque essai de mouvement les fléchisseurs seuls entrent en activité et que l'influence de ces" derniers devient bientôt tellement prépondérante sur la position de la main que celle-ci finit par rester constamment en état de flexion. Le pied bot, dit paralytique, rentre également dans cette catégorie : supposez les muscles péroniers et les extenseurs du pied paralysés, alors le pied est maintenu dans l'extension et un peu dirigé en dedans par l'action des muscles jumeaux, du fléchisseur commun, du tibial postérieur, etc., cette déviation augmentera dès que le patient voudra remuer son pied, parce que sa volonté ne peut agir que sur les muscles sains et non sur les muscles malades.

Encore un exemple : quand le nerf facial est paralysé d'un côté, l'angle de la bouche, du côté sain, est relevé par l'action exclusive des muscles zygomatiques de ce même côté. On ne s'aperçoit guère de cet effet quand la physionomie est en repos ; mais que les traits de la face s'animent, alors il en résulte une grimace, parce que c'est toujours un seul côté qui exécute des mouvements, tandis que l'autre reste immobile. Les contractures qui se développent à la suite d'une paralysie ou d'une parésie des muscles antagonistes ne sont jamais très-fortes; elles offrent ordinairement peu de résistance aux mouvements passifs, par exemple, à la main et au pied, et peuvent, pour cette raison, être souvent diagnostiquées à un premier examen.

III. Une autre cause de raccourcissement et même de ratatinement et d'atrophie musculaires, est le rapprochement persistant des points cV insertion. Ainsi naissent certaines déviations de la colonne vertébrale, surtout les déviations latérales : les scolioses. Supposez qu'un enfant s'habitue à s'appuyer constamment sur un seul pied (chose qu'on observe très-fréquemment), ou bien qu'en écrivant il se penche fortement en avant du côté droit, ou bien, enfin, qu'au lit il se couche toujours du même côté ou qu'il s'endorme en s'accroupissant sur lui-même, bref, que clans une foule de circonstances il adopte toujours une seule et même position vicieuse, alors les muscles finissent par conserver presque toujours un certain degré de raccourcissement ; qu'une certaine flexibilité et une certaine mollesse des vertèbres favorisent l'incurvation latérale de la colonne vertébrale, alors les muscles raccourcis empêcheront bientôt, même au repos, le redressement complet de la colonne. Je ne prétends pas que toutes les scolioses naissent de cette manière; cependant le jugement unanime de tous les observateurs semble prouver que très-souvent les faits se passent ainsi que fious venons de le dire. — Il est probable que dans beaucoup de cas le pied bot congénital se développe également d'une façon semblable : lorsque le pied de l'enfant est placé de telle manière que les muscles extenseurs entrent peu en activité pendant les mouvements exécutés dans la matrice, que le pied reste complètement fléchi et replié en dedans,* alors les muscles gastrocnémiens dont les points d'insertion sont dans un rapprochement permanent n'arrivent presque jamais à se développer ni à s'étendre complètement; ils sont trop courts dès le principe et ne se laissent pas étendre au degré voulu chez l'enfant nouveau-né. C'est là une explication pour l'origine de cette déviation dans l'utérus; d'autres admettent que le pied bot est dû à une vraie contracture qui résulte d'inflammations intra-utérines de la moelle épinière ou du cerveau; d'autres, enfin, supposent que l'affection primitive consiste en un vice de crois-

Page 1