LUXATIONS DE [/.EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE DU CUBITUS
suivants : Le membre est en supination, le poignet dans l'abduction, ^extrémité inférieure du cubitus fait en avant une saillie considérable cachée imparfaitement sous les téguments, et dont il est plus difficile d'apprécier la forme; la déviation du cubitus en avant et en dehors est facile à reconnaître. Il existe, du reste, même douleur, môme impossibilité de faire exécuter des mouvements ; le gonflement est toujours très-considérable, en raison de la violence énorme qui a produit le déplacement, violence qui, dans une observation rapportée par Dupuytren, avait déterminé une ecchymose considérable h l'extrémité inférieure du radius et avait fait craindre une fracture de l'extrémité inférieure de cet os. Les parties molles peuvent être déchirées et laisser communiquer l'air extérieur avec l'articulation blessée.
Diagnostic. — Pour la luxation en arrière, le diagnostic peut donner lieu à trois sortes d'erreurs, et, d'abord, on doit se demander, quand on se trouve en présence d'une articulation enflammée, si la luxation est la cause ou l'effet de l'arthrite. Il faut ensuite savoir si la luxation est simple, ou si elle s'accompagne d'une fracture de l'extrémité inférieure du radius. Enfin, il importe de se rappeler qu'une cause toute semblable, la simple traction de la main en pronation, produit également bien une luxation du cubitus et une luxation incomplète de l'extrémité supérieure du radius.
Quant à la luxation en avant, le diagnostic en est toujours facile, et il suffit de se rappeler que la fracture du radius la complique assez souvent.
Pronostic. — Cette lésion ne serait grave qu'autant qu'il existerait une contusion très-violente autour de l'articulation. Cependant s'il se trouvait un gonflement considérable qui empêchât de reconnaître la maladie, au bout de peu de temps, il y aurait impossibilité de réduire, et le malade, en raison de la position vicieuse des os, aurait perdu la faculté d'exécuter des mouvements de pronalion et de supination ; les mouvements de la main, des doigts, resteraient plus ou moins gênés. Un plaie des téguments rendrait le pronostic trèsgrave.
Traitement. — Il est quelquefois assez difficile d'obtenir la réduction de cette luxation. Le procédé qui paraît devoir le mieux réussir est le suivant : le malade est assis sur une chaise, l'avant-bras fléchi à angle droit sur le bras. Un aide fait la contre-extension sur la partie inférieure du bras, un autre fait l'extension de la main. Le chirurgien, placé sur le côté externe du membre, saisit l'avant-bras à pleine main; il engage ses pouces entre le radius et le cubitus de manière à écarter les deux os l'un de l'autre. Lorsqu'il pense que ceux-ci sont suffisamment dégagés, il dit à l'aide chargé de l'extension de porter la main dans la supination si la luxation est en arrière, dans la pronalion s'il s'agit d'un dé-
placement en avant. Cette manœuvre .suffit pour faire rentrer la tête du cubitus dans sa position normale.
Dans un cas de luxation en avant, que rapporte Dupuytren, il fit luimême l'extension sur la main, qu'il porta fortement en dehors, tandis qu'avec ses pouces il repoussa le cubitus en dedans et en arrière
Le déplacement a souvent une grande tendance à se reproduire : une compresse épaisse placée sur le cubitus dans le sens du déplacement, un appareil de fracture de l'avant-bras ou un appareil ouaté, suffiraient pour maintenir les os en contact.
S'il existait une plaie aux téguments, il faudrait réduire également el surveiller attentivement les accidents qui ne pourraient manquer de survenir, accidents tellement graves qu'Asti. Gooper n'a pas hésité àconseiller l'amputation de l'avant-bras. et qui ont fait pratiquer à Breschet la résection de l'extrémité inférieure du cubitus.
ARTICLE XXXII
Nous désignerons sous ce titre la luxation des os du carpe sur ceux de l'avan t-bras.
Aucune question n'a peut-être été autant controversée que celle des luxations du poignet. Admises autrefois sans aucune espèce de contestation, elle ont été rejetées par Dupuytren, en tant que luxations traumatiques, car il n'admettait, pour cette articulation, que des luxations par relâchement de ligaments comme lésion traumatique ; cependant, dans ces dernières années, quelques pièces bien authentiques ont démontré l'existence de cette luxation.
Les auteurs anciens, depuis Hippocrate jusqu'à J. L. Petit, ont. admis des luxations du poignet en avant, en arrière, en dehors et en dedans. Si l'on remarque quelque différence dans la description de ces diverses espèces de déplacements, cela tient d'une part à leur peu de fréquence ; d'une autre, à ce que les auteurs n'étaient point d'accord sur la nomenclature de ces luxations, les uns donnant le nom de luxation en dehors ou en dedans à celles que d'autres nommaient luxation en arrière ou en avant. On sait, en effet, que certains anatomistes donnent le nom de face interne et externe à ce que nous appelons face antérieure et postérieure, ou face palmaire et dorsale de l'avant-bras.
Si J. L. Petit s'est trompé sur le degré de fréquence de cette maladie, convenons cependant qu'il en décrit assez bien les symptômes, et
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qu'il trace un tableau assez exact des accidents qui peuvent survenir à la suite de semblables lésions.
Pouteau (1), le premier, commence à jeter quelque doute sur la fréquence des luxations du poignet, en signalant combien sont communes les fractures de l'extrémité inférieure du radius dans les chutes sur la paume de la main. « Ces fractures, dit-il, sont le plus souvent prises pour des entorses, pour des luxations incomplètes, ou pour un écartement du cubitus et du radius à leur jonction au poignet. »
Desault signale aussi la fréquence des fractures de, l'extrémité inférieure du radius : le premier, il décrit les luxations radio-cubitales inférieures.
Cependant on admettait toujours quatre espèces de déplacements, en faisant remarquer toutefois que les luxations latérales étaient fort rares, et ne se rencontraient qu'avec fracture des apophyses styloïdes, et avec des désordres qui devaient fixer l'attention du chirurgien plutôt que la luxation elle-même.
Heister, Callisen, Richerand, Boyer, A. Cooper, ont indiqué les quatre espèces de luxations, en ont décrit les symptômes et le traitement.
Dupuytren, comme nous l'avons signalé plus haut, a rejeté presque complètement les luxations du poignet. Il dit (2) : « J'ai toujours vu les » prétendues luxations du poignet se changer en solution de continuité, » et l'art, malgré tant de descriptions, ne possède pas une seule obser- » vation bien convaincante de cette lésion. J'ai fait également obser- » ver que j'avais disséqué des poignets, et que je n'avais jamais trouvé » de luxation par suite d'une chute sur la paume de la main, mais que les » seules que j'aie rencontrées étaient consécutives à des maladies de » l'articulation, ou symptomatiques d'autres lésions.
» Il ne saurait y avoir doute sur la fréquence des fractures de l'extré- » mité inférieure du radius et sur l'impossibilité ou du moins l'extrême » rareté de ces luxations. »
Nous allons passer en revue les quelques faits sur lesquels repose la description des luxations du poignet.
En 1771, Thomassin rapporte l'histoire d'un enfant de six ans et demi qui fit une chute de cheval, et se luxa le poignet en arrière, de telle sorte que l'extrémité inférieure du radius passait à travers les téguments : le cubitus, resté sous les muscles, s'avançait jusqu'à l'os crochu. Thomassin ne décrit pas les symptômes de cette blessure; il se contente de dire qu'après avoir débride, il réduisit sans grande difficulté ; que le malade, après deux mois de traitement, guérit et recouvra les mouvements du poignet.
(1) OEuvrcs posthumes, t. II, p. 241.
(2) Dupuytren, Clinique chirurgicale, 2e cdil. , 1839, t. II, p. 141.