LUXATIONS DES ARTICULATIONS PHALANGIENNES
Avant d'aborder l'histoire des luxations des articulations phalangiennes pour cause externe, disons que certaines personnes peuvent, en portant leurs doigts dans une extension forcée, déterminer une luxation incomplète des phalanges inférieures sur les supérieures et, par un effort contraire, ramener les doigts à leur position normale. Lorsque ces déplacements sont suffisants pour compromettre les fonctions des doigts, Dupuytren conseillait des doigtiers de forme cylindrique, faits en cuir bouilli, ouverts et susceptibles d'être lacés sur un des côtés, et qui embrassaient le doigt à la hauteur de l'articulation malade, en la dépassant d'un demi-pouce, tant en haut qu'en bas.
Quelquefois il ajoutait de petites attelles de baleine placées sur la face palmaire et dorsale du doigt, et reçues dans des coulisses pratiquées sur la face externe de l'appareil précédent. L'usage de ces moyens, continué pendant longtemps, a toujours suffi pour arrêter les progrès du mal et quelquefois pour le guérir entièrement. (Leçons orales, t. II, p. Ui. )
Luxations traumatiques . — Les luxations des phalanges des doigts entre elles sont assez rares ; et s'il était permis, d'après le petit nombre d'observations publiées dans les auteurs, de parler de leur fréquence relative, nous dirions que ce sont celles du pouce qui se présentent le plus communément. Elles peuvent se produire en arrière ou en avant; elles sont complètes ou incomplètes.
A. Luxation en avant. — Boyer croyait ces luxations impossibles, « à cause de la direction des condyles de l'extrémité inférieure des pre- » mières phalanges, lesquels sont tellement prolongés en devant que » la flexion de la seconde phalange ne peut jamais être portée assez » loin pour que cette phalange cesse d'être en rapport avec la pre- » mière. »
Un exemple bien observé est reproduit dans les planches de l'ouvrage d'A. Cooper. La seconde phalange, comme le rapporte ce chirurgien, était jetée en avant, du côté des gaines, et la première en arrière. Il n'a pu savoir si les ligaments avaient été rompus, attendu que la luxation existait depuis longtemps et que le ligament était alors réuni. Le tendon extenseur était très-fortement tendu sur l'extrémité de la première phalange.
Dupuytren a publié deux autres observations de luxation en avant de
la seconde phalange du pouce; mais elles manquent de détails : aussi n'insisterons-nous pas davantage sur ce point.
B. Luxation en arrière. — La luxation en arrière est tantôt complète, tantôt incomplète, c'est-à-dire que tantôt la phalange déplacée quitte entièrement la phalange supérieure et fait saillie en arrière de toute Fépaisseur de sa base ; tandis que, d'autres fois, elle reste à demi appuyée sur les condyles articulaires et ne projette en arrière que la moitié ou environ de son épaisseur.
1° Luxation incomplète. — Elle a été indiquée pour la première fois par Malgaigne, qui en a publié trois observations, dont deux existaient au pouce chez des adultes, et la troisième à la phalangette du médius chez un jeune garçon de douze ans. Il fut impossible de se rendre compte, chez celui-ci, de la production du déplacement, car il ne put donner aucun détail précis; mais chez les autres, le mécanisme fut facile à saisir : la phalangette, au lieu de se renverser en arrière pendant la chute, avait été repoussée directement et en masse, ou bien était restée fixe et immobile, tandis que la phalange supérieure était poussée en avant. Ce mode de production n'est pas le seul en vertu duquel puissent se produire les luxations incomplètes, mais nous nous bornerons à indiquer les phénomènes offerts par les malades.
La luxation incomplète était accompagnée d'une vive douleur datant du moment de la chute : en même temps, le pouce était étendu, la phalangette fixe et sans mouvement possible chez deux malades; le troisième racontait vaguement que la phalangette du médius était, au début, renversée en arrière, mais que des tentatives de réduction l'avaient à peu près ramenée dans la direction des autres phalanges, sans lui rendre sa place et ses fonctions, car la flexion était impossible, bien que latéralement la phalangette fût assez mobile.
La luxation directe en arrière avait lieu chez l'un des adultes seulement ; sur l'autre malade et sur Fenfant, le déplacement était mixte pour ainsi dire ; en effet, l'os déplacé s'était porté à la fois en arrière et en dehors.
Le déplacement en arrière, qui, dans ces observations, n'a pas dépassé U ou 5 millimètres, n'est pas toujours facilement appréciable à première vue; il faut quelquefois examiner le doigt avec soin pour le connaître.
Dans un des deux cas observés, il y avait une plaie presque transversale au niveau du pli articulaire.
Le pronostic de ces luxations incomplètes n'est pas très-grave : cependant lorsque la luxation siège au niveau de l'articulation de la phalangine et de la phalangette, les malades ne pouvant croire à l'utilité de supporter la pression d'un appareil pour maintenir la réduction d'une luxation qui leur paraît si bénigne, consentent rarement à conserver cet appareil assez longtemps pour empêcher le déplacement de