‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 36 sur 46 · DU PIED BOT. ÛW · texte numérisé non relu

DU PIED BOT. ÛW

les tendons de ces muscles rétractés se reconnaissent à la tension qu'ils présentent lorsque l'on cherche à ramener le membre à sa position normale.

La section du tendon d'Achille suffit ordinairement dans le pied équin, dans le varus et dans le varus équin. Dans d'autres cas de varus

Fie. 87. — Appareil pour pied bot.

(Modèle Mathieu.)

Cet appareil, à double mouvement, étend le pied sur la jambe et porte le bord interne en dehors. Il se compose d'une seule lise latérale, interne ou externe, qui est fixée à une semelle rigide et qui obéit au moyen d'un double engrenage aux mouvements communiqués.

L'application de cet appareil exige l'emploi d'une guêtre spéciale munie de courroies correspondant aux différents boulons placés sous la semelle, afin que le pied soit invariablement assujetti.

Fie. 88. — Appareil à engrenage pour pied bot, varus, équin, valgus et talus. (Modèle Charrière.)

équin assez fréquents, il faut couper également le jambier antérieur. On dit aussi l'avoir sectionné avec succès dans le valgus équin; mais c'est surtout la ténotomie de l'un ou l'autre ou des deux péroniers latéraux, suivant les indications, et plutôt celle du court péronier, qui est efficace dans cette variété de pied bot.

Dans le talus, la section devrait porter sur les tendons qui passent au-devant de l'articulation libio-tarsienne. Si le pied a éprouvé une sorte d'enroulement qui paraisse tenir à la rétraction de l'aponévrose plantaire et des muscles longs et courts fléchisseurs des orteils, ce sont ces parties qui devront être divisées, et, dans ce cas, les tendons de ces muscles devronl être coupés le plus haut possible.

La méthode de lénolomie à laquelle on devra donner la préférence est sans contredit la méthode sous-cutanée de Stromeyor. Aprï>s avoir pratiqué l'opération, le pied et la jambe sont enveloppés d'ouate et mis dans un appareil destiné à maintenir le pied dans une position telle, que les deux portions du tendon ne puissent être réunies que par la production d'un tissu intermédiaire qui augmente sa longueur.

Cette opération, ordinairement exempte de danger, a donné des résultats assez satisfaisants. Toutefois, dans les guérisons même les plus complètes, surtout quand la déviation était congénitale, le pied garde certaines traces de la difformité primitive. Le pied varus simple ou équin ne perd qu'en partie sa déformation; le pied équin creux conserve une partie de sa courbure et la déviation en dehors du valgus ne disparaît presque jamais complètement. Quant aux mouvements du pied, ils sont loin de redevenir tout à fait normaux : il reste dans le membre une faiblesse provenant de l'élongatiop et de l'atrophie des antagonistes des muscles contracturés. Mais, quoi qu'il en soit, le malade retire de notables avantages du traitement que nous avons indiqué ; il marche mieux, ne boite plus ou presque plus, et enfin il échappe aux conséquences plus ou moins inquiétantes qu'entraînait, pour l'avenir, sa difformité.

Il ne faut pas croire qu'il suffise, après avoir pratiqué la ténotomie, d'appliquer pour un temps court un des appareils dont nous avons précédemment parlé. Il faut, pour rendre au pied le mieux possible sa forme normale, non-seulement vaincre les résistances dues aux ligaments, aux brides fibreuses de nouvelle formation et aux surfaces articulaires déformées, mais encore avoir soin de laisser ces appareils en permanence pendant un temps assez long pour que ces résistances soient vaincues et que les surfaces soient revenues à leur conformation normale. M. Duchenne a même vu, dans le pied équin, se reproduire l'équinisme plusieurs années après la guérison, parce qu'on n'avait pas eu soin de faire porter, pendant la nuit, un appareil qui maintînt le pied dans la flexion à angle droit sur la jambe. Il cite des cas dans lesquels l'opération a dû être refaite plusieurs fois pour avoir négligé de prendre cette précaution. Enfin, pour mieux obtenir un résultat favorable, il esl utile, lorsque les antagonistes sont affaiblis et atrophiés, de les soumettre à l'clectrisation.

Depuis que cet auteur a appliqué la faradisation localisée au traitement de certaines formes de pied bot, soit accidentel, soit congénital, il a pu noter quelques résultats qui nous paraissent dignes d'être mentionnés : ainsi seize cas d'impotence fonctionnelle du long péronier latéral, c'est-à-dire seize cas de pied plat valgm douloureux ont guéri par la faradisation du muscle paralysé. Chez onze de

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ces malades qui lui avaient été adressés par nous et que nous avons revus après le traitement, la douleur provoquée par la station ou la marche avait disparu rapidement sous l'influence do la farad isation du long péronier latéral. Les malades appuyaient sur le sol la saillie sous-métatarsienne du gros orteil, et il était apparu au niveau de cette saillie un épaississement de l'épiderme. Dans plusieurs cas môme, chez de jeunes sujets, le traitement faradique avait développé à la longue la courbure de la voûte plantaire. Nous avons vu, rh<v l'un d'eux, le pied bot, d'ailleurs très-prononcé, maintenu par la rétraction du court péronier latéral et de l'extenseur des orteils. La faradisation, dans ce cas, n'avait pas fait disparaître le valgus, niais elle avait fait cesser les douleurs, de telle sorte que le malade pût se servir sans difficulté du membre déformé.

Ces succès sont d'autant plus remarquables, que Bonnet faisaiL uniquement constater le traitement du pied plat valgus douloureux dans la ténotomie simultanée des deux péroniers latéraux. Or, Bonnet, par son procédé, redressait le membre, mais il ne parvenait pas à guérir la douleur et la difficulté de la marche; de telle sorte que ses malades étaient condamnés, après l'opération, à porter des appareils pendant plusieurs années, parfois môme', à perpétuité. En l'état présent des choses, il nous semble plus rationnel, pour les raisons précédemment indiquées, de ne jamais couper le tendon du long péronier puisqu'il est paralysé ou impotent.

Mais quand le chirurgien se trouvera en présence d'un valgus pied plat et que ses efforts de redressement sembleront rencontrer une égale résistance dans le court péronier rétracté, il devra le diviser au niveau de l'attache de ce muscle au cinquième métatarsien, comme nous l'avons pratiqué pour la première fois à l'hôpital'des Cliniques. Si le redressement n'est pas plus facile après cette section, l'opération sera complétée par la section de l'extenseur des orteils qui est souyenl contracturé dans l'espèce.

Lorsqu'il y a le pied creux valgus accidentel, par contracture du long péronier latéral, que nous avons décrit sous le nom de crampe du pied, affection qui, du reste, cause moins de souffrance que le valgus pied plat, on peut, à l'exemple de M. Duchenne, constater que la faradisation du jambier antérieur, antagoniste du long péronier, est habituellement impuissante. C'est dans ce cas que nous avons pratiqué avec succès, chez un assez grand nombre de malades, la ténotomie du long péronier.

ARTICLE XXX VIII

LUXATION CONGÉNITALE CUNÉO-MÉTÀTAESIENNE,

M. Ch. Hardy, dans son excellent travail sur les luxations cunéométatarsiennes du gros orteil (1), rapporte l'observation suivante :

« Un jeune homme de vingt-cinq ans, étudiant en droit, d'une bonne constitution, présente sur les deux pieds une demi-luxation en bas du premier métatarsien sur le grand cunéiforme. Cette déformation est congénitale et héréditaire. Le père en était affecté à peu près au même degré. Chez ce jeune homme, on remarque à la face dorsale du pied, au niveau de l'articulation cunéo-métatarsienne du gros orteil, en avant du grand cunéiforme, une dépression considérable qui permet de sentir à travers la peau la face antérieure de cet os. L'extrémité supérieure du cunéiforme fait sous la peau une saillie très-prononcée, qui oblige le malade à porter des chaussures spéciales. Entre la peau et cette saillie osseuse, il s'est formé une bourse muqueuse accidentelle, qui s'enflamme de temps en temps et augmente beaucoup la déformation. Le premier métatarsien, au lieu d'ôtre oblique de haut en bas et d'arrière en avant, est tout à fait horizontal. A la région plantaire, on trouve un aplatissement sans saillie osseuse, mais si l'on déprime les parties molles, on arrive facilement à sentir la tête du métatarsien. Le bord interne du pied a sa forme régulière et ne présente rien à noter. Les mouvements du pied sont faciles, mais la marche est pénible, et la déformation oblige le malade à porter des chaussures trèslarges. »

Pour terminer ce qui a trait aux luxations congénitales du pied, il nous resterait à parler des luxations des orteils sur les métatarsiens et des phalanges entre elles. On trouve dans nos musées, et dans quelques ouvrages spécialement consacrés à cette étude, un assez grand nombre de luxations semblables produites accidentellement par des chaussures trop étroites. Mais ces sortes de luxations n'étant pas congénitales, nous nous contenterons de les mentionner ici, nous réservant, en raison de leur importance, d'en parler plus longuement aux chapitres consacrés aux maladies propres aux orteils.

(1) Paris, 1860.

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