DÉVIATIONS DE LA MAIN (MAIN BOT
L'articulation radio -carpienne peut, comme celle qui unit le pied à la jambe, présenter une l'orme de luxation qui a été désignée sous le nom de main bot. La luxation peut être complète ou incomplète.
On a admis pour la main bot, comme pour le pied bot, deux variétés : l'une congénitale, l'autre accidentelle. En outre, dans chacune de ces variétés, les os du carpe peuvent se porter vers la face palmaire ou dorsale de l'avant-bras, vers son bord radial ou cubital; de là quatre espèces de déplacements, que l'on a distinguées par les épithètes assez bizarres de mains bots équins, talus, varus et valgus. Nous les désignerons sous les noms de déviation en avant ou vers la face palmaire, en arrière ou vers la face dorsale de l'avant-bras, en dedans et en dehors.
Les déplacements congénitaux de l'articulation radio-carpienne sont assez rares. Il en est cependant fait mention dans Ambroise Paré. Un autre cas est cité par Zoerg, en 1816, dans le Journal de Leipzig. M. J. Cruveilhier en décrit deux cas dans son Anatomie pathologique, et en a présenfé un troisième en 1828 à la Société anatomique : à ce propos, M. Manec a parlé d'une pièce qu'il possédait dans sa collection. MM. Prestat et Davaine en ont également observé chacun un cas. Smith (1) a fait sur cette difformité un article assez long et en rapporte plusieurs observations. Robert cite dans sa thèse de concours un autre fait observé par Follin. Quelques exemples ont été mentionnés, en 1841, dans la Gazette médicale, par M. J. Guérin. Trois pièces, également dignes d'intérêt, ont encore été présentées à la Société de biologie par M. Legendre et à la Société anatomique par MM. Rombeau et Ledru. Notons en passant que cette dernière a fourni à M. Liégeois l'occasion de faire sur ce sujet un bon rapport. Malgaigne, dans un chapitre trop incomplet pour être pris en considération, a contesté l'authenticité de plusieurs de ces faits. Pour lui, le seul cas où la congénialité soit indiscutable est celui qui est cité par Morrigues [Journal de médecine, 1755, t. II, p. 31). Un autre fait très-remarquable est celui dont parle M. Bouvier dans ses Leçons cliniques. Ce cas, dont nous parlerons plus loin, est jusqu'à ce jour unique dans la science.
Enfin, pour être complets, nous signalerons les pièces conservées au musée Dupuytrcn et dont une partie a été mentionnée par M. Houel dans son Manuel d'anatomie pathologique.
(1) A Ireatise on [raclures, by William Smi^h. Dublin, 1847.
398 AÏFlâCïidNS UA.S AJ1XI C U LATIOJN S .
Les déplacements accidentels de l'articulation radio-carpienne sont plus fréquents que les congénitaux ; on les observe à la suite d'affections qui, en déformant les os du carpe et de l'avant-bras, en relâchant les liens qui unissent ces parties entre elles, peuvent produire une subluxation. C'est ainsi qu'à la suite de tumeurs blanches du poignet, de fractures comminutives du radius ou du cubitus, il n'est pas très-rare de rencontrer une déviation accidentelle de la main. La difformité consécutive à la mauvaise consolidation d'une fracture de l'extrémité inférieure du radius est remarquable par la disposition en z que présente Taxe du poignet. Ce môme accident peut encore se montrer à la suite de maladies des parties molles, de plaies, d'ulcérations et surtout de brûlures ; enfin une paralysie des muscles extenseurs ou fléchisseurs peut entraîner la main dans une direction vicieuse.
C'est ainsi que M. Duchenne, de Boulogne, a montré : 1° qu'à la suite de la paralysie du premier radial, qui est le plus important des muscles extenseurs de la main, il se produit une déformation de l'articulation du poignet, déformation qui maintient celui-ci dans une adduction qui, exagérée et irréductible à la longue, géne et même annule quelques fonctions de la main; 2° que. l'inverse a lieu consécutivement à la paralysie du cubital postérieur, affection qui est également assez commune, et qui ne détermine pas de troubles fonctionnels d'une haute gravité.
Anatomie pathologique. Les faits de mains bots accidentelles sont insuffisants pour en faire ici l'étude anatomo-pathologique. Il n'en est pas de même des déviations congénitales. M. P. Bouland, qui a fait sur ce sujet de nombreuses recherches qu'il a bien voulu nous communiquer et que nous mettons à contribution pour la rédaction de cet article, rattache avec juste raison toutes les observations connues jusqu'à ce jour à trois variétés : 1° La déviation existe avec un squelette complet et bien conformé; 2° avec un squelette complet, au moins du côté de l'articulation radio-carpienne, mais mal conformé; 3° avec l'absence d'un ou de plusieurs des os qui concourent à former cette articulation. Cette variété, beaucoup plus souvent que les précédentes, est accompagnée d'autres vices de conformation.
Première variété. Nous n'en connaissons que trois exemples : le premier est celui de Morrigues : il s'agissait d'une luxation intra-utérine, observée sur un enfant mort-né. Le radius était fortement écarté du cubitus par en bas; et dans leur intervalle s'était logée toute la première rangée des os du carpe, retenue par de forts ligaments dans une direction parallèle au bord interne du radius. La main était donc déviée, ou selon l'expression de l'auteur, crochue en dedans ; le cubitus était comme jeté du côté externe de l'avant-bras.
Un second exemple conservé dans le musée Dupuytren montre
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un déplacement analogue au précédent, mais à uu degré moindre, et permet de consister que les muscles, les vaisseaux eL les nerl's n'offrent aucune anomalie digne d'être signalée.
Enfin, un troisième cas a été observé par M. J. Guérin, chez une jeune fdle âgée de quatorze ans et dont les deux mains étaient déviées en dehors. Cette déviation était consécutive à une luxation congénitale de l'extrémité supérieure du radius sur l'humérus.
Deuxième variété. Dans cette seconde variété, qui comprend cinq cas observés par MM. Cruveilhier, Shmith, Follin, Robert et Legendre, deux ibis le carpe était en avant et en dehors, et trois fois en arrière et en dehors. La lecture de ces observations semble démontrer que, dans les premières, la luxation était plus accusée que dans les autres, si bien que la surface articulaire normale du radius n'existait pas et qu'elle était remplacée par une néarthrose située sur la face inférieure du radius au-dessus ou au niveau du bord antérieur de l'extrémité carpienne de cet os. Celui-ci offre en outre de particulier : 1° qu'il est souvent plus épais et plus court que le cubitus, ce qui expliquerait l'incurvation qu'ils présentent habituellement ; 2° que dans deux cas l'extrémité supérieure du radius faisait défaut et était en partie remplacée par un fibro-cartilage. Dans un cas où l'autopsie a été faite, le ligament triangulaire était conservé. Quant aux muscles de l'avantbras, ils étaient généralement complets, ou bien certains d'entre eux présentaient un raccourcissement qui coïncidait avec l'élongation des antagonistes, raccourcissement qui portait plus spécialement sur le grand palmaire, les fléchisseurs superficiels et profonds ; dans d'autres cas, tous les muscles étaient atrophiés, et cette atrophie était plus prononcée sur quelques-uns d'entre eux, en particulier sur les pronateurs, les supinateurs, les radiaux et les cubitaux. Sur le sujet dont Follin a publié l'autopsie, le biceps et le brachial antérieur étaient raccourcis au point de déterminer une flexion de l'avant-bras sur le bras.
Troisième variété. Celle-ci est de toutes la plus fréquente. En effet, M. Bouland a pu en rassembler une quinzaine de cas ; dix fois la déviation était accompagnée de l'absence complète du radius; trois fois cet os manquait dans les trois quarts au moins de son extrémité inférieure. Dans cette variété, le cubitus, est ordinairement peu arqué et volumineux; tantôt sa partie inférieure est renflée et rappelle par sa forme et ses dimensions celle du radius dont il remplit les usages; plus rarement elle conserve son volume normal et présente une cavité articulaire du côté de sa face externe ou de sa face interne. Dans un cas, M. Bouland n'a trouvé aucune trace de surface articulaire et le carpe était relié au cubitus par une masse fibro-graisseuse et résistante. Chezpresquetous les sujets, lo carpe était complet. Les os qui manquaient le plus souvent étaient le scaphoïde, le semi-lunaire et le
.'i()D AFFECTIONS DES ARTICULATIONS,
trapèze. Plusieurs métacarpiens, le premier surtout, peuvent également manquer. Tantôt alors les doigts restent normaux, tantôt le pouce fait défaut; quant aux autres doigts, ils n'ont guère présenté d'anomalies que chez les fœtus monstrueux.
Enfin, dans le cas observé par M. Bouvier, il s'agissait d'une main bot par absence complète du carpe. Les os de l'avant-bras étaient normaux, et l'on voyait le métacarpe manifestement articulé avec l'extrémité inférieure des os de l'avant-bras. La main était renversée dans une extension exagérée et un peu inclinée sur le bord cubital.
Pour ne rien omettre, nous dirons que dans cette variété il n'est pas rare de trouver l'humérus plus court, plus volumineux, surtout vers son extrémité cubitale, dans le membre qui est le siège de la déviation ; que les ligaments sont modifiés et que les muscles de l'avant-bras le sont aussi dans leur nombre, leur volume et leurs attaches. Tantôt, en effet, plusieurs d'entre eux ou même la presque totalité manque, comme cela eut lieu sur la pièce de M. Prestat sur laquelle il n'a trouvé qu'un muscle cubital distinct; souvent ils sont très-atrophiés, bien qu'on n'ait pas constaté leur dégénérescence graisseuse; d'autrefois leurs tendons isolés ou confondus ensemble sont attachés aux os ou aux ligaments qui avoisinent le carpe; enfin, chez un certain nombre de sujets, on constate la présence de la plupart des muscles radiaux, bien que le radius fasse entièrement défaut. Quant aux muscles de la main, ils ne présentent ordinairement aucune modification notable, hormis les cas où le nombre des métacarpiens et des doigts est incomplet. L'artère cubitale conserve habituellement son volume, tandis que la radiale est à l'état rudimentaire ; enfin, dans certains cas, les nerfs ne présentent rien d'anormal, tandis que d'autres fois le radial est atrophié et se perd au niveau du coude dans les faisceaux musculaires qui s'attachent à Fépicondyle, ou bien le médian et le cubital se réunissent, à partir du tiers inférieur du bras, pour suivre le trajet de ce dernier nerf jusque dans la région palmaire où ils reprennent leur mode régulier de distribution.
Symptomatologie. Nous n'insisterons pas longuement sur les symptômes que présentent les variétés de mains bot congénitales en raison de l'étendue de la description que nous venons de donner.
Il suffit de savoir que dans la première variété il est plus facile de reconnaître à la vue et surtout au toucher la saillie des os de l'avantbras, entre lesquels le carpe est placé, que dans la seconde; que le déplacement du carpe en arrière ou vers la face dorsale est caractérisé par la fiexion extrême de la main, tandis que le déplacement du carpe en avant coexiste plus souvent avec la ilcxion qu'avec l'extension forcée; circonstance propre aux déplacements congénitaux; que pareille chose a lieu pour les déplacements latéraux, c'est-à-dire que