DÉVIATIONS DU RAC11IS. M
nous avons vu que les vertèbres subissent un mouvement de rotation qui, éloignant le corps de la ligne médiane, en rapproche les apophyses épineuses. Au premier degré de la scoliose, le corps des vertèbres a déjà subi un mouvement de torsion sur son axe et en sens inverse dans les différentes régions, alors môme que les apophyses épineuses se trouvent encore placées sur la ligne médiane. A ce moment, la voussure dorsale commence à se prononcer et le flanc droit commence à se creuser. Aussi, telle déviation faible observée par derrière sur le squelette devient plus apparente quand on l'examine par devant. En général les flèches des courbes décrites par les corps et par les apophyses ne sont égales que dans des cas exceptionnels de scoliose légère. Dans tous les autres, la flèche de la courbure des apophyses n'égale que les deux tiers, la moitié, le tiers, quelquefois le quart et même la cinquième partie de la flèche de la courbure des corps vertébraux. La différence entre ces deux courbures est d'ailleurs d'autant moins grande que la scoliose est plus prononcée.
Enfin, nous devons ajouter que les faisceaux du muscle long dorsal, refoulés par cette rotation des vertèbres, font une saillie notable surtout dans la région lombaire sous la peau du côté convexe. A
Fie 91. Fig. 92.
Garçon âgé de quinze ans affecté de scoliose et traité par M. P. Rouland. — La figure 91 a été prise avant le traitement. — La figure 92, après le traitement.
mesure que la déviation fait des progrès, ces caractères se dessinent beaucoup plus fortement; c'est au point que les fausses côtes peuvent toucher et même recouvrir l'os iliaque; la hanche rentre tout à fait, le thorax est très-aplati sur les côtés, etc. Alors le
M 6 AFFECTIONS DUS A KTICULATIONS.
tronc a notablement diminue de hauteur; la tête est enfoncée dan» Jes épaules, le menton proémine au devant de la poitrine, le nez est effilé, les pommettes anguleuses et saillanLes. Cette diminution de longueur du tronc, les membres ayant conservé leurs proportions normales, fait paraître ces derniers beaucoup trop longs relativement au rachis. Cette disproportion est surtout sensible pour le bras et la jambe gauches, à cause de l'abaissement de l'épaule correspondante, et de la nécessité où sont les bossus de rejeter sur la cuisse du même côté le poids du corps, tandis qu'ils tiennent le genou droit plié. C'est aussi à cette dernière période de la scoliose que se montre la gibbosité proprement dite, formée aux dépens d'une grande partie du thorax tout à fait déformé. Cette gibbosité, fortement proéminente et comme détachée de la surface du tronc, d'abord arrondie, puis de plus en plus anguleuse par suite de la flexion de l'angle des côtes, est tantôt globuleuse, tantôt allongée en forme de côte de melon. L'épaule correspondante la recouvre d'abord et en forme le point culminant; mais, plus tard, l'omoplate est rejetée sur son côlé externe. Par sa base qui comprend quelquefois la région cervicale, cette protubérance se confond en dedans avec les apophyses épineuses dont elle suit les sinuosités. En même temps, la face antérieure du thorax subit une déformation remarquable, devient très-oblique de bas en haut et d'avant en arrière, et sa partie inférieure fait une grande proéminence en avant. Il en résulte que le thorax forme une bosse antérieure dont l'exagération représente assez bien celle de la bosse dite de polichinelle. Dans cette variété d'altération, l'abdomen paraît déprimé.
Nous avons supposé le cas le plus ordinaire de scoliose; mais celle-ci peut présenter de nombreuses variétés. Ainsi, pour n'en citer que les plus communes, la convexité dorsale, au lieu d'être tournée à droite, peut regardér à gauche ; dans ce cas, on aura des dispositions inverses de celles que nous avons vues dans le cas précédent. Chez quelques individus, la principale courbure existe aux lombes, et alors la convexité a généralement lieu du côté gauche ; le tronc est déjeté de ce côté, et c'est la hanche droite qui devient saillante; la déviation dorsale est peu considérable et la poitrine moins déformée. Enfin, c'est quelquefois à la région cervicale que se trouve la principale courbure, et nous retrouvons dès le début les dispositions de la tête que nous avons déjà fait connaître.
Nous avons parlé jusqu'à présent de courbure principale, sans définir ce que nous entendions par ce mot. Parmi les courbures latérales qui constituent la scoliose, il n'y en a réellement qu'une qui soit primitive, essentielle; les autres sont secondaires, analogues aux courbures dites de compensation, (['équilibre, dont nous avons parlé eu traitant du rachitisme.