HYPERTROPUIE DE LA PROSTATE
rien de positif à cet égard. Une des causes sur lesquelles M. Mercier a insisté d'une manière spéciale, est la stase du sang dans la cavité pelvienne, cl la prédominance du système veineux chez les personnes âgées; il a remarqué que, dans les hôpitaux, l'hypertrophie de la prostate était plus fréquente chez les individus à constitution molle, lymphatique, à tissu cellulaire graisseux très développé, et surtout à profession sédentaire, les cordonniers, les tailleurs, par exemple ; il en a cependant observé quelques cas chez des serruriers, des charrons, des menuisiers, etc.
M. Gellie (1) formule, relativement à l'étiologie de l'hypertrophie de la prostate, l'opinion de M. Phillips, laquelle se rapproche beaucoup de celle de M. Mercier; il lui donne seulement plus de développement. « La transformation graisseuse, dit-il, est le résultat d'une hématose incomplète, qui produit la prédominance du système veineux sur le i système artériel. Chez les vieillards dont l'acte respiratoire, lent et j difficile, produit du sang mal oxygéné, on voit le système veineux j atteindre un développement considérable, principalement dans lef I bassin, autour de la prostate. Ce fait ne pourrait-il pas autoriser à difë j que l'hypertrophie sénile de la prostate, sans être de nature graisseuse; I se produit au moins sous les mêmes influences et se rattache aux i mêmes causes? »
; J.-L. Petit regardait la syphilis comme déterminant la tuméfaction I de la prostate. Peut-être a-t-il été conduit à cette opinion par ce fait que les tumeurs de la prostate ne sont pas rares chez les individus ayant eu antérieurement des blennorrhagies rebelles ; mais là n'est pas la question. Il s'agirait de déterminer si la syphilis constitutionnelle peut causer une hypertrophie de la prostate. Nous ne possédons aucun fait ' qui puisse décider cette question.
Pronostic. — Il est grave. Bien que cette affection ne présente par elle-même aucun danger, elle peut, par les désordres qu'elle provoque i du côté des fonctions des voies ùrinaires et même de l'intestin rectum, I déterminer des troubles considérables, dont les conséquences compro- ! mettent la vie des malades ; il nous suffit de mentionner l'incontii nence, la stagnation et la rétention d'urine, la cystite, la formation de calculs, une constipation opiniâtre, etc. . Traitement. — Il est médical ou chirurgical.
Traitement médical. — Les médicaments conseillés contre l'hypertrophie de la prostate sont excessivement nombreux ; c'est assez dire que l'on ne peut compter sur l'efficacité d'aucun d'eux ; nous nous contenterons d'indiquer quelques-uns des moyens qui semblent avoir i donné le plus de succès.
(1) Thèse citée, p. 6.
AFFECTIONS DE l'aPPAREIL URINAIRE.
Lorsque l'iiyperlrophie est récente et qu'elle paraît consécutive à une inflammation de la prostate, on pourra conseiller le traitement antiphlogislique; mais ce n'est qu'avec une grande réserve que l'on devra recourir, chez les vieillards, aux émissions sanguines, générales €t locales.
Les préparations mercurielles en frictions à la région périnéale ; les préparations d'iodure de potassium, paraissent quelquefois avoir été suivies de quelques succès. M. Vanoye (1) a rapporté deux observations de guérison dues à l'emploi du chlorhydrate d'ammoniaque, porté progressivement jusqu'à la dose de 16 grammes par jour. Les lavements, les dérivatifs sur le canal intestinal, etc., peuvent amener ■quelques améliorations ; mais il ne faut pas compter sur ces divers agents; dans la plupart des cas, il faut recourir aux moyens chirurgicaux.
Traitement chirurgical — 1° Le cathétérisme est d'abord indiqué dans tous les cas d'hypertrophie de la prostate, qui déterminent la rétention d'urine; cette opération n'est à la vérité que palliative; il faut néanmoins la pratiquer immédiatement, afin de prévenir les accidents que provoque une semblable complication. Le cathétérisme présente souvent des difficultés extrêmement grandes; aussi le chirurgien devra-t-il varier les procédés à l'aide desquels il pourra pénétrer dans la vessie: tantôt il se servira d'une sonde à petite courbure et dont le bec forme un angle presque droit avec la tige de la sonde, tantôt il choisira une sonde élastique qui pénétrera jusque dans le réservoir de l'urine, se moulant sur la déviation causée par la tumeur; d'autres fois il prendra une sonde plus longue que la sonde ordinaire, afin de lutter contre l'allongement de la région prostatique de l'urèthre; certains malades peuvent être facilement sondés lorsqu'ils sont couchés dans la position horizontale ; d'autres doivent être sondés debout; chez quelques malades, on pénètre à l'aide du cathétérisme pratiqué d'après la méthode dite le tour du maître ; chez d'autres, enfin, on devra soulever la prostate à l'aide du doigt introduit dans le rectum.
2° La dilatation et le redressement de l'urèthre peuvent rendre plus facile l'excrétion de l'urine et prévenir les accidents de rétention; ce moyen n'est encore que paUiatif : il a, en effet, pour but de redresser le canal de l'urèthre et d'abaisser le col delà vessie qui se trouve porté par le fait de l'hypertrophie en haut et en avant.
M. Civiale conseille les bougies à demeure, dont il augmente progressivement le volume. Afin d'abaisser le col de la vessie, M. Mercier propose d'introduire sa sonde coudée, puis de fixer le pavillon au-
Annal. de la Soc. de méd. delà Flandre occidentale, 1852.
devant de l'abdomen de manière à porter le bec en bas, et de déprimer la prostate avec le talon. M. Leroy (d'Étiolles) a imaginé une sonde dont la courbure peut être modifiée; on l'introduit courbe, et une fois dans la vessie, on abaisse lu prostate en redressant la courbure de la sonde.
Le redressement a encore eu pour but de refouler en dehors un des lobes latéraux qui, se portant vers l'urèthre, ferment ce canal. C'est ainsi qu'on a proposé des bougies susceptibles d'augmenter de volume dans le canal, telles que les bougies de corde à boyau; on a imaginé des instruments à plusieurs branches susceptibles d'être rapprochées ou écartées ; l'instrument est introduit fermé, et, quand il arrive au col vésical, on écarte les branches et l'on refoule ainsi les lobes saillants.
S" La compression. — On a pensé qu'en comprimant la prostate à l'aide de la sonde introduite dans l'urèthre et d'un cylindre en ivoire j placé dans le rectum, on pourrait obtenir la diminution de cette glande ; I ce procédé offre l'inconvénient de comprimer les vésicules séminales j et les canaux éjaculateurs.
\ 4° L'incision conseillée, surtout par M. Mercier, dans la valvule du I col de la vessie, est peu efficace dans les cas de tumeur de la prostate ; I si l'incision est légère, le résultat est insuffisant; si, au contraire, elle I est profonde, elle expose à des accidents graves, tels que l'inflammation, l'hémorrhagie.
Nous ne dirons rien de Vexcision qui n'est praticable que dans les i cas de valvules, ni de la ligature, qui peut-être n'a jamais été applij quée.
§ V. — Calculs de la prostate.
Les annales de la science renferment un assez grand nombre d'exemples de calculs de la prostate ; mais c'est depuis quelques années seulement que l'histoire de ce genre de lésion a été tracée d'une manière complète par Vidal (de Cassis) et M. Velpeau. Enfin, MM. Robin et Béraud (1) nous ont fait connaître des détails anatomiques qui jusqu'à présent avaient passé inaperçus.
M. Béraud décrit trois espèces de calculs: dans la première classe sont les calculs qui prennent naissance et se développent dans la glande ; dans la seconde, les calculs qui sont arrivés dans la prostate à la suite de l'opération de la taille; la troisième, enfin, comprend les calculs qui, nés dans la vessie, en sont sortis alors qu'ils étaient d'un petit volume et se sont creusés une loge dans la prostate.
(1) Thèse citée, p. 89.