‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 57 sur 213 · INCONTINENCE D'URINE · texte numérisé non relu

INCONTINENCE D'URINE

cette affection, les uns sont complètement empiriques, les autres vao-iies et sans valeur; d'autres enfin sont plus efficaces, et formulés d'après des données réellement pratiques. Nous insisterons surtout sur ces derniers, et si nous énumérons quelques-uns des premièrs, c'est parce qu'ils ont pendant longtemps joui d'une certaine vogue, et que par cela même ils pourraient être encore conseillés.

1» L'impression vive que l'on veut imprimer aux enfants en leur faisant toucher des reptiles, en les mettant en face d'un cadavre, etc., constitue un moyen absurde, qui peut avoir les inconvénients les plus graves, et ne conduit à aucun résultat satisfaisant.

2» Les toniques n'ont pas une influence bien grande sur la maladie •qui nous occupe; peut-être en obtiendrait-on quelques résultats chez les sujets scrofuleux, cacochymes; mais c'est une médication sur laquelle il ne faut pas compter. Est-il bien certain que l'on ait constaté ■un cas de guérison d'incontinence nocturne d'urine obtenue exclusivement par ce procédé.

3° Les excitants de la vessie, des organes génitaux, les cantharides, la ratanhia, le sous-carbonate de fer sont des moyens infidèles, mais •qui paraissent avoir procuré quelques guérisons.

A" Les bains froids sont utiles chez un grand nombre de malades. Dupuytren accordait une grande valeur au bain par immersion; il a obtenu quelques succès assez rapides. Ce procédé n'a pas toujours -bien réussi; de plus, les immersions peuvent avoir leur danger. Lallemand (1) conseillait les bains aromatiques, auxquels il ajoutait un verre d'eau-de-vie; il dit qu'aucun cas n'a résisté à ce mode de traitement. Ce moyen est plus long que celui qui est conseillé par Dupuy tren, mais il expose à moins d'accidents.

5° Les ventouses, les vésicatoires, les moxas appliqués au périnée, au pubis, à la région sacrée, ont donné quelques succès ; les moxas ne devraient être conseillés qu'en désespoir de cause, car ils déterminent des douleurs extrêmement vives, qui, chez des jeunes enfants, ne sont pas sans inconvénient.

6° L'introduction d'une sonde dans la vessie a donné des résultats assez satisfaisants; on introduit l'instrument cinq ou six fois, en exerçant un léger frottement sur le col vésical, à deux ou trois jours d'intervalle; quelquefois la première opération du cathélérisme a déterminé une amélioration notable. M. Lair a proposé de porter, à l'aide de la sonde, de la teinture de cantharides sur le col de la vessie ; il a publié trois cas de succès obtenus par ce moyen.

1" Les cantharides prises à l'intérieur à la dose de 15 milligrammes

(I) Lallemand, Observations et ré/lexions sur les maladies des organes gèjiitaux urinaires, 2° part., in-8. Paris, 1827. —

388 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL URINAIRE.

par jour, dans un excipient amer, ont permis de guérir plusieurs malades.

A l'exception des deux premiers moyens, dont l'un est absurde et l'autre irrationnel, on voit qu'un grand nombre de méthodes thérapeutiques peuvent amener la guérison de l'incontinence nocturne d'urine; mais si les auteurs ont cité des cas de succès, ils n'ont pas toujours indiqué leurs revers : aussi ne peut-on pas dire dans quelle proportion les malades ont guéri, et il nous paraît probable que si la guérison était à peu près certaine par l'un d'entre eux, la prétendue richesse des moyens dirigés contre cette affection ne serait pas aussi grande.

Il nous reste à signaler deux moyens qui ont donné des succès peutêtre moins rapides, mais plus constants que ceux que nous venons de passer en revue, tels sont : la noixvomique ; l'extrait de belladone.

8" La noix vomique paraît avoir été employée pour la première fois par Mauricet (1), mais elle a été surtout préconisée par Mondière ; il prescrivait 40 centigrammes d'extrait de noix vomique et 4 grammes d'oxyde noir de fer pour 24 pilules à prendre une chaque jour; il continuait cette médication pendant quelque temps après la cessatioH de l'incontinence. Il a administré plusieurs fois 48 et 60 de ces pilules. Dans le cas où l'amélioration se ferait attendre, on pourrait augmenter graduellement la dose de noix vomique.

9^ L'extrait de belladone a été préconisé par M. Trousseau. L'observation suivante indiquera mieux que nous ne pourrions le faire le mode d'administration de ce médicament. Il s'agit d'une fille de dix-neuf ansqui a commencé à pisser au lit à l'âge de huit ans. Depuis cette époque, ses règles sont venues sans modifier l'infirmité dont souffrait la malade : celle-ci urinait deux fois au moins chaque nuit. Il y a huit mois, M. Trousseau lui prescrivit la belladone pour la première fois. Elle prit d'abord 1 centigramme d'extrait alcoolique de cette plante, puis 2, puis 3, puis 4, puis 5 centigrammes à la fois; or, dèsles premières semaines de cette médication, il y eut une amélioration, assez notable chez la malade. Au lieu d'uriner deux fois par nuit, elle n'urinait qu'une fois; elle restait môme deux ou trois nuits sansuriner; puis l'incontinence reparaissait encore pendant cinq à six nuits. M. Trousseau insistait alors sur le traitement. Il portait la dose d'extrait de 5à 6 centigrammes à 7 centigrammes, à 10 centigrammes. La malade passa vingt-deux nuits sans uriner. L'incontinence se montra de nouveau pendant trois nuits, puis il y eut dix nuits excei^ lentes. La dose d'extrait fut portée à 45 centigrammes. La dernière fois que cette jeune fille a été visitée, il y avait trente-quatre jours

(1) Archives générales de v^édecine, t. XIII, p.

INCONTINlîNClD d'uRINE. 389

qu'elle avait cessé d'uriner la nuit, et c'était après huit mois de traitement. Ceci prouve avec quelle patience il faut insister sur cette médication. Mais, d'un autre côlé, on y est facilement porté par l'amélioration rapide que produit la belladone, et par la certitude où l'on est qu'il y aura, sinon guérison absolue, du moins un soulagement à continuer une médication dont vingt ans d'expérience ont démontré l'infaillibilité.

« Nous ne nous en tiendrons pas, ajoute M. Trousseau dans sa Leçon clinique, à ce résultat, déjà nous avons porté la dose d'extrait de belladone à 16 centigrammes. Si la malade reste un mois sans pisser au lit, nous prescrirons 17 et 18 centigrammes d'extrait. Puis, si trois mois se passent d'une façon normale, nous diminuerons la dose du remède, mais sans cesser l'administration de celui-ci. Il nous est arrivé quelquefois de lâcher pied, et les accidents ont reparu, de sorte que nous nous sommes imposé la loi, même après cinq mois de guérison, de continuer l'usage de la belladone encore quatre, cinq, six mois et plus. Il en est de cette névrose comme de l'épilepsie : nous l'avons poursuivie parfois pendant trois ans, et toujours les malades ont eu à s'applaudir de cette ténacité (1). »

10» Électricité. — Ainsi que nous l'avons dit, M. Guyon admet que l'incontinence nocturne tient à une atonie du sphincter uréthral, aussi a-t-il pensé qu'on pourrait combattre cette disposition au moyen de l'électricité. Cette méthode avait déjà été employée mais sans bons •résultats ; entre les mains de l'habile chirurgien deNecker et grâce au procédé qu'il conseille, l'électricité paraît devoir au contraire devenir un des meilleurs traitements. Il se sert d'une petite tige flexible, •épaisse de 2 millimètres environ et constituée par un faisceau de fils métalliques très fins recouvert d'une enveloppe isolante. D'un côté les fils métalliques aboutissent à une petite armature terminée par un crochet métallique destiné à établir les communications avec les piles, de l'autre côté à un pas de vis sur lequel peuvent se fixer des boules métalliques de différents calibres. On introduit la boule dans l'urèlhre et on l'arrête à la portion membraneuse; on accroche le fil conducteur d'une pile d'induction et l'autre pôle est placé sur le pubis. Le ■courant est de faible intensité et la séance ne doit durer que deux minutes au plus. Douze à quinze jours de traitement suffisent pour •amener une guérison.

Traitement palliatif de l'incontinence d'urine. — Nous avons plus haut passé en revue les diverses espèces d'incontinence d'urine; nous avons vu que le traitement curatif était subordonné à la guérison de l'affection qui avait provoqué cette infirmité; il nous reste à indiquer

(1) Jamain et Waliu, Annuaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1858, p. 97.

390 AFFECTIONS DE l'APPAREIL URINAIRE.

les précautions à prescrire dans les cas où l'on ne peut triompher de la maladie principale.

Deux moyens peuvent être employés : 1" on applique un réservoir destiné à recueillir l'urine qui s'écoule goutte à goutte; on met obstacle à la sortie de l'urine.

Chez les hommes, il est, en général, assez facile d'adapter des réservoirs en caoutchouc, en métal; cette application ne présente de difficultés réelles que lorsque la verge est courte et perdue, pour ainsi dire, dans une Lumem' herniaire; mais chez les femmes les difficultés sont beaucoup plus grandes : quelquefois on peut appliquer un petit urinai dont l'ouverture se trouve sur un prolongement qui pénètre dans la vulve et s'applique exactement sur le méat urinaire; quelquefois on se contente de recueillir l'urine sur des éponges.

2" Quant aux moyens du second ordre, ils sont d'une application difficile, surtout si celle-ci se prolonge pendant quelque temps; en effet, la pression constante exercée sur un point de l'organisme meurtrit les tissus, les atrophie, détermine des indurations qui elles-mêmes ont des inconvénients ; de plus, l'urine en s'accumulant dans la vessie augmente encore la dilatation du col vésical : aussi doivent-ils être rejetés. Ils ne seraient tout au plus indiqués que de temps en temps, alors que le malade se trouve dans une position telle qu'il lui soit nécessaire de rester un certain temps sans être incommodé par la sortie de l'urine. Ce moyen devra être abandonné aussitôt que possible, et ne devra être repris que dans des cas de nécessité presque absolue.

ARTICLE XIII

INFILTRATION d'uRINE ; ABCÈS URINEUX ; TUMEURS URINAIRES

Nous réunissons dans un même article ces trois affections, très distinctes par leur résultat, mais qui ne sont en définitive que des degrés différents d'une même maladie, caractérisée par la perforation d'une des sections de l'appareil urinaire et la présence de l'urine en dehors des cavités ou des conduits dans lesquels elle se trouve normalement. Lorsque l'urine s'étend au loin dans les tissus, il se forme une infil^ tration urineuse; quand, au contraire, elle occupe un espace plus limité, ou bien quand elle s'amasse dans une partie circonscrite^toute part, il y a un kyste; si la présence de ce liquide a délermi l'inflammation du tissu cellulaire, il y a abcès; mais quand l'urme n sortie qu'en quantité minime, il y a seulement tumeur urinaire. he même phénomène se présente lorsqu'une partie de l'urèlhre est distendue par l'urine en arrière d'un rétrécissement.

Page 1