‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 75 sur 213 · TUBERCULES DU TESTICULE · texte numérisé non relu

TUBERCULES DU TESTICULE

ÉTiOLOGiE. — C'est surtout à l'époque de la puberté et dans les premières années qui la suivent, que l'on voit apparaître les tubercules du , testicule ; on les observe aussi chez les hommes de cinquante ans. Il est assez rare de les rencontrer chez de jeunes enfants. Cependant j'en ai vu déjà trois chez des enfants de six mois à un an. Lloyd Prestat et Giraldès en ont vu chacun deux (1). Le tubercule du testicule est très ".rare chez les vieillards. Dufour n'en a pas vu un cas.

On a cru que l'orchite pouvait amener la formation de tubercules dans le testicule, mais il est probable qu'ici on a pris l'effet pour la cause. Tout ce qu'il est permis d'accepter, c'est que l'uréthrite, qui détermine si souvent l'orchite blennorrhagique, peut hâter le ramollissement des masses tuberculeuses.

Cette maladie peut être limitée à un seul testicule, souvent cependant les deux peuvent être envahis. L'appareil sécréteur du sperme peut être seul atteint de tuberculisation, mais la maladie coïncide habiituellement avec une affection semblable des autres organes. C'est ains que l'on observe des tubercules du canal déférent, de la prostate, des vésicules séminales, comme l'a démontré Dufour (2) qui a fait une règle de cette coïncidence. Les tubercules dans les poumons, dans les ganglions mésentériques, dans les vertèbres, dans l'extrémité spongieuse des os au niveau des articulations, sont aussi très fréquents.

Diagnostic — L'affection tuberculeuse du testicule peut être confondue avec l'orchite chronique, le testicule syphilitique, le cancer Nous avons exposé plus haut le diagnostic du testicule syphilitique, dans le paragraphe suivant nous comparerons les tumeurs tuberculeuses avec les tumeurs cancéreuses. 11 nous reste donc à dire quelques mots de l'orchite chronique.

La marche de l'orchite chronique, disait Nélaton, est plus rapide que celle de l'affection tuberculeuse. Lorsque l'épididyme se prend, c'est la queue qui est affectée la première, tandis que c'est la tête qui se laisse envahir la première par les tubercules. Dans l'orchite chronique, : tumeur est moins irrégulière, moins volumineuse. D'une manière énérale, on peut dire qu'il est souvent difficile de distinguer ces deux "eclions, surtout si la tunique vaginale renferme une certaine quanlé de sérosité.

Le diagnostic des tubercules du testicule est parfois difficile ; cependant on peut arriver à le reconnaître à quelques signes. Les douleurs lancinantes n'existent pas, comme dans le cancer, les fonctions génésiques, dans le testicule tuberculeux, sont toujours plus allaiblies que

(1) Giraldès disait qu'il en observait à l'hôpiLal des Enfants quatre ou cinq cas tous les ans {Leçons sur les malad. dur. des evfanls, p. 521. Paris, 18()9).

(2) Ch. Dufour, TubercuLisalion des or(janes (jénito-urinaires. 'l'Ii. Paris, 1851.

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dans les autres variétés de lumenr du testicule. Le traitement ne produit aucune diminution du mal comme dans les orchites chroniques.

Enfin en cherchant bien dans les antécédents de la famille des malades et dans les antécédents mêmes des malades, on trouve quelques maladies tenant de près ou de loin à la tuberculose et à la scrofule; dans quelques cas douteux où un seul testicule est malade, c'est gr^ce à ces antécédents que l'on peut établir le diagnostic.

La valeur des indurations prostatiques sur laquelle a insisté Dufour est généralement vérifiée dans un bon nombre de cas, mais la loi n'est absolue que pour les tubercules à forme lente.

Pronostic. — Cette maladie est fort grave, d'abord comme aûection locale, puisque la perte de l'organe sécréteur du sperme est presque constante; ensuite à cause des manifestations tuberculeuses qui se montrent dans les autres organes.

Cependant, si les tubercules étaient limités au testicule, la vie du malade ne serait pas compromise. Mais les fonctions génésiques sout altérées et souvent affaiblies.

TuAiTiiMENT. — Le traitement général des tubercules des testicules est exactement le même que celui qui est indiqué dans toutes les affections de ce genrej séjour à la campagne, préparations amères, toniques, régime fortifiant, huile de foie de morue, etc.^ etc. ; des applications résolutives, de la teinture d'iode, par exemple, pourront être faites sur le scrotum.

Les symptômes intlammatoires seront combattus par les émollients, le repos, la position. Il faudra éviter de recourir aux applications de sangsues.

S'il existait un épanchement de sérosité dans la tunique vaginale, il erait indiqué de faire une ponction, puis une injection iodée; par ce moyen, on diminuerait le volume de la tumeur, les douleurs et lagôoe seraient moins grandes, et l'injection iodée, ainsi que l'a remarqué Yelpeau, bien loin d'augmenter le mal, serait plutôt favorable à la résolution.

Lorsque l'abcès sera formé, ou on en attendra l'ouverture ou on plongera un bistouri dans la tumeur. On tiendra béant l'orifice fisluleux jusqu'à ce que toute la matière tuberculeuse soit évacuée; on passera un drain comme Chassaignac l'a recommandé, et il y a des malades qui ont été guéris delà sorte après une fonte du testicule. La castration est bien rarement indiquée, elle ne devrait être faite que dans les cas oii on ne constate aucun symptôme du côté de la poitrine ou d'un autre organe important, alors qu'il existe des fistules nombreuses très rebelles et dont la suppuration abondante et longtemps prolongée peut agir d'une manière fâcheuse sur les forces et le moral du malade. Cependant il y a certains malades qui préfèrent garder leur mal que de

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subir la caslralion; il ne faut pas trop lutter contre cette tendance, car il y a des malades qui se sont suicidés après cette castration.

§ VIL — Cancer du testicule.

Le cancer du testicule n'est pas une affection rare; peut-être était-il considéré autrefois comme plus fréquent encore, car on englobait sous une seule et môme dénomination, celle de sarcocé/e, toutes les tumeurs des testicules dont les progrès de l'anatomie pathologique nous ont fait connaître les caractères.

On a trouvé dans le testicule toutes les variétés de cancer : le squirrhe, l'encéphaloïde, le mélanique, etc. Le cancer épithélial se développe surtout sur les bourses, et ce n'est que consécutivement qu'il arrive à envahir le testicule. Nous n'examinerons pas ici les caractères anatoiniques de ces diverses espèces de cancer, puisque cette production a déjà été étudiée dans nos généralités. Nous nous contenterons de signaler les particularités que l'affection cancéreuse emprunte à son siège; nous insisterons surtout sur le cancer encéphaloïde que l'on a le plus souvent l'occasion d'observer.

D'après la terminologie acluelle les variétés de cancer du testicule observés jusqu'ici sont les suivantes :

i" Epithélioine caractérisé parla présence de tumeurs dites perlées formées par des amas de cellules pressées les unes contre les autres et par un prolifération d'épithélium au milieu des tissus infiltrés. M. Nepveu a rapporté un fait oîi il y avait des kystes multiples dans un épithéliome perlé (1).

2" Le carcinome encéphaloïde caractérisé par une série de lésions unpeu variables, mais dérivant d'un type à peu près tranché, la prolifération de cellules rondes se rapprochant des cellules épithéliales jeunes et la destruction des tissus sans tendance à une organisation quelconque. L'encéphaloïde du testicule renferme toujours des foyers hémorrhagiques et des plaques d'un tissu jaune dit phymatoïde qui n'est qu'un épanchement sanguin devenu graisseux ; ce sont ces cancers que l'on a confondus à leur début avec des hématocèles du testicule.

3" Le squirrhe, qui a au testicule le caractère que l'on trouve dans les autres régions et qui renferme parfois des éléments fibro-plastiques figurés.

4° Le sarcome, qui est généralement du sarcome à petites cellulles. 5" Le chondrome, qui tôt ou tard présente des kystes multiples et en nombre variable.

(1) Nepveu, Conlribulion à l'élud't des tumeurs du leslicule. Paris, 1872, ti" G.

OUI AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE L'iIO.MME.

0 ' Le lymphadénome, constitué par du tissu lymphatique composé d un rcticulum renfermant des cellules rondes d'apparence lymphatique. Ces tumeurs sont confondues avec le sarcome.

7° La mélanose testiculaire existe et on l'a trouvée mélangée tantôt au sarcome à petite celluUe, tantôt à l'encéphaloïde qui est beaucoup plus commun. On l'observe chez les sujets jeunes.

C'est généralement dans le corps d'Hygmore ou dans l'épididyme que les cancers prennent naissance. A côté de la lésion essentielle de l'organe, il en est d'autres qui se passent du côté de la vaginale; dans des cas assez rares, il se forme des adhérences entre les deux feuillets de la séreuse, qui alors ne renferme pas de liquide. Mais dans les cas ordinaires, à mesure que la maladie fait des progrès, au bout d'un certain temps, on voit s'accumuler une certaine quantité de sérosité dans la tunique vaginale. La tunique albuginée, distendue par le développement de la masse morbide, est ferme et tendue. Peu à peu celte membrane cède, la tumeur d( vient plus volumineuse, puis, au bout d'un certain temps, elle-même est envahie; la niasse cancéreuse n'étant plus gônêe dans son évolution se développe avec rapidité, l'épididyme entier se prend, le scrotum se laisse distendre par la masse morbide.

Si on examine ces cancers le scalpel à la main, on voit qu'ils renferment de petits kystes remplis de sérosité sanguinolente, de masses jaunâtres analogues à de la matière tuberculeuse, et qui ont été regardées comme une dégénérescence graisseuse de la matière cancéreuse; de la matière offrant la dureté du cartilage, qui paraît être cette espèce d'enchondrome que nous avons déjà vu dans les canaux séminifères, et dans beaucoup de variétés de cancers on trouve des perles ou tumeurs perlées.

Au bout d'un temps variable, la tunique albuginée et le scrotum s'ulcèrent, un énorme fongus fait saillie à travers la solution de continuité. Le volume de cette tumeur est souvent très considérable.' P. Boyer a enlevé un cancer du testicule qui pesait 4500 grammes; cependant les cancers de ce volume sont rares. La consistance du fongus est variable, mou dans certains points, plus dur dans d'autres. Ce cancer-là ne diffère point d'ailleurs de celui des autres organes.

La dégénérescence ne se borne pas au testicule: le cordon spermalique, les ganglions lymphatiques, sont bientôt envahis parla maladie, et l'on peut suivre dans la cavité abdominale, et jusque dans la région lombaire, des masses cancéreuses, quelquefois très volumineuses, à différents degrés de développement. Celles-ci compriment les vaisseaux et surtout la veine cave, qui a été trouvée perforée et remplie de matière cancéreuse. Les ganglions mésentériques, les reins, les vertèbres elle-mêmes, n'échappent pas à la dégénérescence.

Symptomatologie. — • Au début on observe seulement une augmen-

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tation de volume du testicule. Cet organe conserve néanmoins sa forme. Les malades accusent une douleur vague, une légère sensibilité, quelquefois on constate un léger épanchement dans la tunique vaginale. Bientôt la tumeur s'accroît, quelquefois avec une certaine lenteur, d'autres fois avec une grande rapidité. Le testicule est bosselé et irrénilier; si l'on palpe la tumeur on la trouve molle dans certains points', plus dure dans d'autres. A mesure que la maladie fait des progrès les douleurs deviennent plus vives, elles sont souvent lancinantes ; le poids de la tumeur détermine une gfine parfois très grande. Le cordon spermatique s'indure, le scrotum se distend, les veines qui le sillonnent se dilatent, deviennent variqueuses.

11 est ordinaire que les malades maigrissent.

Si les ganglions lombaires sont envahis par la maladie, on peut les sentir chez les sujets amaigris. On voit survenir de l'œdème des extrémités inférieures par suite de la compression des veines abdominales, des douleurs plus ou moins violentes se font sentir le long de la colonne vertébrale.

Lorsque le scrotum est ulcéré et que la tumeur se présente au dehors, on voit s'écouler une sanie fétide sanguinolente ; le fongus s'étale, se détruit partiellement et des lambeaux mortifiés se retrouvent au milieu des pièces de pansement; des hémorrhagies parfois très abondantes se renouvellent à des intervalles plus ou moins éloignés, et bientôt le malade succombe, soit à l'épuisement général, soit à la lésion de quelque organe important envahi par le cancer. Mais les malades meurent le plus souvent avant que le cancer soit ulcéré.

ÉiiOLOGiE. — Le cancer du testicule se montre principalement chez les sujets encore jeunes, de vingt-cinq à quarante-cinq ans. Il est déjà moins fréquent dans l'âge vieux, les exemples de tumeurs de cette nature développés chez des enfants en bas âge ne sont pas très rares et c'est toujours un sarcome ou la mélanose à marche rapide.

Les exemples de cancers du testicule chez les enfants de 0 à 3 ans se comptent. Il y a les faits de Langstotf un enfant de sept mois, Dupuytren, Guersant, Blizard, Earle, Sthol, Johnson, Bryant, Holmes, Prestat (de Pontoise), Giraldès (1). J'en ai observé un cas pour ma part chez un enfant de deux ans qui portait ce mal depuis six mois; il y avait en môme temps des ganglions iliaques; la tumeur s'est ulcérée.

11 est assez rare que les deux testicules soient en même temps envahis par le cancer, mais on en a rassemblé^déjà des exemples (2),

L'ectopie tesliculaire est certainement une prédisposition au cancer,

(1) Giraldès cl Louvet, Gaz. des hôp., 1865, p. 297.

(2) Hancook, Denonvilliers, Demarriuay ont publié des exemples remarquables. — Voy. aussi le cas cité plus haut au chapitre TeslicuLe siipliililique.

bUb AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE l'hOMME.

ainsi que le pensait Godard. MM. Le DenLu(l), Monod (2) ont réuni des fails nouveaux à ceux de Godard. — Il y a 48 cas connus aujourd'hui, c'est beaucoup.

Les traumalismes sur le testicule sont les causes occasionnelles du cancer; on retrouve cet antécédent chez un tiers des malades atteints de cancer du testicule.

Diagnostic. — Le cancer du testicule peut être confondu avec l'hydrocèle, l'hématocèle, les kystes du testicule, les tubercules et le testicule dit syphilitique.

Il est facile de reconnaître l'hydrocèle à sa marche, à sa transparence, à la douleur que cause la pression quand on comprime le testicule sain au milieu de la sérosité.

Quant à la valeur du poids spécifique des tumeurs comme élément de diagnostic, voici ce que dit Nélalon : « Quoique la plupart des chirurgiens y attachent une immense importance, il est aisé de se convaincre que ce signe ne mérite pas toute la confiance qu'on lui accorde. Voyons, en effet, comment et dans quelles conditions le chirurgien est appelé à apprécier ce poids spécifique. C'est la main qui, soulevant la tumeur, doit estimer le poids de toute la masse, et ces tumeurs, quoique de même nature, peuvent être les unes très mobiles parce qu'elles sont comme appendues à des pédicules qui permettent de les porter dans tous les sens ; les autres, au contraire, presque immobiles ne se laissent que difficilement soulever parce qu'elles sont fixées par la contraction du crémaster, du dartos et du scrotum. Remarquons encore qu'il ne s'agit pas ici d'apprécier le poids absolu de cette tumeur, mais bien sa pesanteur spécifique relative à une autre masse d'un volume différent, et cette masse le chirurgien ne l'a pas sous la main pour la peser comparativement avec la première ; mais c'est une masse qu'il a pesée il y a quelque temps dans des conditions aussi défavorables que celles-ci, et dont le poids spécifique lui est resté dans la mémoire.

» Que l'on mette dans la main d'un individu une pièce d'or d'un certain volume; que huit jours après on lui donne une pièce de cuivre du même volume, et qu'on lui demande alors d'apprécier le poids spécifique relatif de ces deux métaux, certes la chose ne sera pas facile; mais elle deviendra bien autrement difficile si on lui présente des pièces d'un volume différent, et cependant le poids spécifique de l'or est plus du double de celui du cuivre.

» Que sera-ce donc quand il s'agira de comparer ici, entre elles et

(1) Le Dentu, Des anomalies du testicule. Th. Paris, 1869.

(2) Monod, Castration dans l'ectopie inguinale du testicule {Bull. Soc. de chirurg., 1880, p. 453).

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