DES FRACTURES EN PARTICULIER
^'lUCTUHES DES OS ET DES CAtlTILACES DU NEZ.
On comprend ordinairement sous ce titre les fractures des os propres du nez, celles des apophyses montantes des os maxillaires et celles du cartilage de la cloison. Elles sont toujours le résultat d'une cause directe, qui agit ici avec d'autant plus de puissance, que le squelette du nez est recouvert par une couche peu épaisse de parties molles. Tantôt elles consistent en une simple solution de continuité qui peut présenter une direction variable, tantôt plusieurs os sont brisés en éclats. Dans le premier cas, les fragments conservent ordinairement leurs rapports normaux ; dans le second, ils sont assez fréquemment déplacés, enfoncés vers les fosses nasales. Les téguments qui les recouvrent sont presque toujours contus, ecchymoses; un gonflement plus ou moins considérable ne tarde point à se montrer. Quelquefois la peau est déchirée, ainsi que la membrane qui tapisse l'intérieur des cavités nasales, ce qui donne lieu à un écoulement de sang abondant. 11 n'est pas rare, dans ces fractures, de rencontrer au niveau de la solution de continuité une tumeur emphysémateuse ; j'en ai vu une qui avait envahi subitement les paupières et la partie inférieure du front pendant un effort que le malade avait fait pour se moucher. L'inflammation peut être assez intense pour produire un abcès sous la peau ou entre les os et la muqueuse (J. L. Petit en a cité des exemples), et même déterminer une nécrose partielle. Les auteurs font mention d'accidents cérébraux souvent graves, et quelquefois même mortels, qui auraient été observés dans ces fractures. Ces accidents doivent être attribués à l'action de la cause vulnérante qui a agi en même temps sur le nez et sur la région frontale, et quelquefois, ainsi que M. Péan l'a observé deux fois pendant qu'il était interne dans mon service et dans celui de M. le professeur Denonvilliers, à une transmission du mouvement par la lame verticale de l'ethmoïde à sa lame criblée, qui se trouve enfoncée dans la substance cérébrale.
Il est généralement facile de reconnaître cette lésion. La mobilité des fragments, la crépitation que l'on perçoit lorsque, saisissant le nez entre deux doigts, on lui imprime quelques mouvements de latéralité, suffisent pour lever tous les doutes; exceptons cependant le cas où il existe un gonflement considérable qui empêche d'explorer la partie.
Dans les fractures simples des os du nez sans déplacement des frag-
FRACTURE DE L'OS MAXILLAIRE SUrÛRIEUR. 239
ments, on se borne à appliquer pendant quelques jours sur la partie malade des compresses trempées dans une liqueur résolutive; mais lorsqu'il y a enfoncement des fragments, on doit tenter de les relever à l'aide d'une sonde de femme ou d'une pince à pansement que l'on introduit dans une des narines, et que Ton ramène d'arrière en avant, en les faisant agir comme un levier, tandis qu'avec les doigts placés à l'extérieur, on exerce une sorte de coaptation. Ces fragments ainsi relevés ont peu de tendance à se déplacer de nouveau : aussi est-il généralement inutile de chercher à les maintenir à l'aide de bourdonnets, de mèches, de canules de gomme élastique, placés dans les fosses nasales, de manière à empêcher la voûte du nez de s'affaisser de nouveau. Ces moyens, toujours gênants, ne doivent être employés que •lorsque les fragments se déplacent facilement après avoir été réduits. Les esquilles ne seront extraites que si elles paraissent totalement privées de chances de vitalité. Lorsqu'une inflammation très-vive, accompagnée d'une tuméfaction considérable, s'est déjà déclarée, on doit la combattre par un traitement convenable avant de procéder à la réduction. Cependant il ne faut pas trop la différer; car cette réduction pourrait devenir impossible, ainsi que cela est arrivé dans un cas cité par Boyer, et laisser une difformité très-choquante, ou, comme on en cite quelques exemples, un épiphora incurable, suite de la compression du canal nasal. S'il était impossible d'agir sur les os pour corriger leur déviation, on pourrait, suivant le conseil de Dieffenbach, mobiliser les cartilages par la ténotomie, pour ramener le nez à sa conformation naturelle. L'hémorrhagie peut être tellement considérable, qu'elle nécessite l'emploi du tamponnement. L'emphysème se dissipe ici comme partout ailleurs; on pourrait d'ailleurs, si la tumeur qu'il forme était très-volumineuse, donner issue à l'air épanché à l'aide d'une petite ponction. Quant aux abcès qui se formeront du côté de la muqueuse, on aura le soin de les ouvrir.