‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 4)Chapitre 46 sur 57 · ARTICLE XXV · texte numérisé non relu

ARTICLE XXV

Les remarques générales que j'ai faites sur les fractures des os courts me dispensent de traiter longuement ici celles des os du carpe, du métacarpe et des phalanges. Nous en dirons seulement quelques mots.

Fractures des os du carpe et du métacarpe. — Il y a peu de chose

à dire des fractures simples du carpe et du métacarpe.

Une percussion directe est la cause ordinaire de ces fractures, qui sont fréquemment accompagnées d'une contusion des parties molles voisines.

FRACTURES DES OS DE LA MAIN. 35f>

Les fractures du carpe ont été souvent méconnues pondant la vie, à cause de leur extrême rareté et de la petitesse dos fragments.

Lorsqu'elles portent sur le scaphoïde, ainsi que MM. J. Cloquel et Jarjavay l'ont constaté à l'autopsie, il Faut se garder d'attribuer la crépitation à une fracture de l'extrémité inférieure du radius.

Le traitement consiste à immobiliser la région et, à combattre ensuite la raideur par quelques mouvements imprimés de temps à autre.

Les fractures des métacarpiens sont elles-mêmes assez rares, parce que ces os supportent ordinairement en commun la violence qui tendrait à les rompre ; c'est pour la môme raison que l'on voit souvent plusieurs de ces os brisés simultanément. Ces fractures sont transversales ou obliques, uniques, doubles ou multiples. Le cinquième métacarpien est celui dont on observe le plus souvent la fracture isolée.

Les fragments éprouvent peu ou point de déplacement. Asti. Gooper dit que si la tête d'un os métacarpien est séparée de son corps, cette extrémité s'affaisse vers la paume de la main et simule une luxation du doigt. Cependant ce déplacement faisait complètement défaut dans deux cas de fractures situées, l'une près de l'extrémité du premier, l'autre près de l'extrémité du troisième métacarpien, observés par M. Péan, à Cochin et à Lariboisière; il en était de même sur un malade atteint de fracture double du premier métacarpien, et chez lequel pourtant le fragment moyen était placé très-près de l'articulation métacarpophalangienne.

On trouve dans le musée des hôpitaux de Paris un second métacarpien fracturé dans sa partie moyenne. L'os avait subi un raccourcissement peu considérable et le fragment supérieur faisait saillie du côté de la main.

A moins qu'il n'existe un engorgement considérable, suite ordinaire d'une violente contusion, il est ordinairement facile de reconnaître ces fractures, en explorant successivement chacun des os métacarpiens.

S'il existait un déplacement notable, la première indication serait de replacer les fragments dans leurs rapports normaux, à l'aide de pressions bien dirigées. Les manœuvres de réduction pourront surtout être utiles dans les fractures des cinquième et premier métacarpiens, qui sont plus isolés que les trois autres, et sur lesquels par conséquent on a plus de prise; mais le plus souvent il suffit de condamner toute la main à l'immobilité, sans se préoccuper d'un léger raccourcissement qui ne peut nuire aux fonctions du doigt correspondant : une bande amidonnée ou enduite de dextrine remplit parfaitement cette indication. Néanmoins dans la fracture de la tête des métacarpiens, on pourra , suivant le conseil de A. Cooper, placer dans la paume de la main une boule assez volumineuse, afin d'opérer la réduction et l'y maintenir à l'aide d'un bandage approprié.

Lorsque La fracture est simple et sans déplacement, la consolidation s'obtient facilement, les autres os servant d'attelles ; elle est assez rapide, vingt-cinq ou trente jours suffisent d'ordinaire.

FrncturcN «les phalanges. — Ces fractures sont toujours le résultai d'une cause directe. Le déplacement, quand il existe, est facile à constater. Dans ce cas on réduit sans difficulté, on entoure ensuite avec une bande roulée le doigt fracturé et les deux doigts voisins, qui servent ainsi d'attelles et s'opposent aux déplacements latéraux ; on pourrait en outre appliquer deux petites plaques de carton sur les faces dorsale et palmaire du doigt, s'il y avait une tendance marquée au déplacement.

Lorsque les os du carpe ou du métacarpe sont broyés, de telle sorte que la fracture n'est en quelque sorte qu'un épiphénomène au milieu du délabrement, la question d'amputation se présente comme dans les fractures compliquées.

Lorsque les doigts sont écrasés, qu'il existe en même temps une plaie contnse des parties molles et que les articulations des phalanges sont ouvertes, quelques chirurgiens sont d'avis qu'il faut pratiquer l'amputation du doigt au-dessus du point où est située la blessure ; d'autres, tels que Blandin, M. Denonvilliers, etc., préfèrent attendre, et laisser tomber spontanément les parties dans lesquelles la vie n'a pu s'entretenir. Cette conduite a pour avantage : 1° d'éviter les douleurs d'une amputation ; 2° de conserver une partie du doigt que l'on serait obligé de sacrifier en amputant au-dessus du mal ; 3° enfin l'expérience a appris qu'il n'est pas très-rare de voir se développer les accidents les plus graves après des amputations pratiquées dans ces circonstances, la mort même en être la suite, et que ces accidents sont plus rares lorsque l'on abandonne l'élimination des parties mortes aux seules forces de la nature. Quelquefois alors, contre toute espérance, on voit des parties que l'on croyait vouées à une mort certaine continuer à vivre, les lambeaux se régulariser, s'agglutiner entre eux, recouvrir les os, et enfin les désordres être presque complètement réparés.

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