DES ABCÈS FROIDS
Toute collection de pus qui se forme dans une cavité accidentelle, à la suite et comme conséquence d'une phlegmasie dont la marche a été chronique, ou même sans avoir été précédée par un travail inflammatoire bien manifeste, constitue un abcès froid. Tantôt cette collection de pus semble être une affection toute locale : l'abcès est alors idio/xitliique ou essentiel. Tantôt elle est liée à un état général de l'organisme : dans ce dernier cas, on la désigne sous le nom d'abcès constitutionnel.
Anatomie pathologique. — Les abcès froids se développent le plus ordinairement dans le tissu cellulaire sous-cutané; on en voit souvent sur les parois de la poitrine, ou à la partie postérieure du bassin; les membres supérieurs et intérieurs en présentent aussi très souvent. 11 est plus rare de les voir se développer dans le tissu cellulaire interniusculaire ; cependant Boyer dit en avoir observé plusieurs fois entre les muscles de la partie postérieure de la cuisse. L'engorgement chronique des ganglions lymphatiques se ternïine souvent par la formation d'un
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; abcès froid ; enfui, certains organes tels que la nuunelk', le cerveau, en j présentent aussi quelques exemples, rares k la vérité. 11 ne sera ques- ! tiondans cet article que des abcès froids, essentiels et constitutionnels, . développés dans le tissu cellulaire sous-cutané.
L'étendue des abcès froids est, en général, assez considérable; il est rare qu'ils ne dépassent pas le volume d'une noix; ils atteignent quelquefois celui de la tète d'un fœtus à terme, et même des dimensions plusgrandes encore. Lorsqu'un de ces abcès est développé dans le tissu cellulaire sous-cutané, ses parois sont ordinairement souples et molles ; elles sont formées par le refoulement excentrique du tissu cellulaire de la région, qui représente une membrane bien organisée, d'apparence muqueuse, offrant à sa surface des marbrures livides, violacées ou grisâtres lorsqu'on les examine après la mort; mais cette teinte grise ardoisée est un effet cadavérique: il se passe ici un changement de couleur semblable k celui que l'on observe sur toutes les surfaces suppurantes, lorsque la mort arrive.
Le liquide contenu dans ces abcès ne présente pas les caractères assignés au pus de bonne nature : il n'est point homogène ; il contient des grumeaux blancs, opaques, caséeux, nageant dans un liquide visqueux, filant, demi-transparent; il exhale une odeur nauséabonde. Ces collections purulentes peuvent, ainsi que nous l'avons indiqué rester longr temps en contact avec les tissus fdireux sans les altérer.
Symptomatologie. — Le plus ordinairement les abcès froids sont précédés par la formation d'une tumeur indolente, à base large, bien circonscrite, immobile, sans chaleur, sans changement de couleur à la peau ; cette tumeur s accroît lentement ; elle se ramollit, mais la fluctuation ne devient évidente qu'après avoir été très longtemps obscure. Cette tuméfaction circonscrite ne précède pas constanmient l'abcès : il n'est pas très rare de voir un abcès froid apparaître dans le tissu cellulaire sous-cutané sans avoir été précédé d'un engorgement appréciable de ce tissu. Le malade ou le chirurgien aperç,;oivent comme par hasard une tumeur molle, fluctuante, sans changement de couleur à la peau, sans chaleur, complètement indolente; cette tumeur s'accroît avec une lenteur extrême, elle peut rester pendant des mois, et quelquefois pendant des années, san^ présenter un changement bien appréciable ; d'autres fois elle offre des alternatives d'augmentation et de diminution dans son volume. Quelquefois la totalité du liquide qu'elle renferme se trouve reprise par une absorption graduelle; le foyer revient sur lui-même, et, lorsque le pus a disparu, la cavité de l'abcès se trouve oblitérée, la guérison est alors complète. Cette heureuse terminaison, plus fréquenmient observée dans les abcès froids que dans les abcès phlegmoneux, est cependant encore rare. Ordinairement l'abcès continue à prendre de l'accroissement; la peau qui le recouvre devient plus tendue, luisante ;
12/i DKS PHLEGMASIKS RELATIVES A LA l'ATIIUI.dGlE Cil I urUGlCALE.
elle présente quelquefois une teinte légèrement violacée dans l'eiulroil le plus saillant; dans ce point, l'épiderme se détache en larges écailles. A cette période, la résorption complète du pus peut encore avoir lieu, mais on observe un phénomène curieux : la peau, dont la texture a été profondément altérée, ne reprend jamais complètement son apparence normale, et bien qu'il ne soit pas fait d'ouverture extérieure, on trouve, dans le point oii était situé l'abcès, une dépression qui simule une cicatrice- La tumeur, qui jusqu'alors était restée indolente, donne lieu à des douleurs sourdes qu'augmente une pression légère. Enfin, une inflammation aiguë s'empare de la paroi superficielle du foyer, et il se forme une ouverture spontanée, comme dans les abcès phlegmoneux. Le pus s'écoule plus ou moins facilement, suivant l'étendue de cette ouverture. Tantôt celle-ci se referme, et le foyer se remplit de nouveau ; tantôt, et c'est là ce que l'on observe le plus ordinairement, cette ouverture s'agrandit et reste fistuleuse ; car les parois de l'abcès, qui, par leur aspect, ressemblent aux membranes muqueuses, leur ressemblent aussi par leurs propriétés : elles sécrètent définitivement un liquide séro -purulent, et ne présentent aucune tendance à se cicatriser.
Étiologie. — Ces abcès se développent ordinairement sous l'iniluence d'une disposition générale de l'économie. Bien qu'on les observe le plus souvent dans la jeunesse, et sur des sujets d'un tempérament lymphatique, on en rencontre aussi, rarement il est vrai, chez des adultes qui présentent les apparences d'une bonne constitution, et même de la santé la plus parfaite. Ce sont probablement ces abcès, que l'on ne pouvait raisonnablement attribuer à la diathèse scrofuleuse, qui ont fait admettre au nombre des causes des abcès froids la diathèse rhumatismale. Mais n'est-ce pas là une de ces erreurs que l'on est trop souvent disposé à accepter sans critique sur la foi de la tradition ? Combien de fois n'avons-nous pas observé des collections de pus, que beaucoup d'auteurs auraient sans nul doute déclarées abcès rhumatismaux, chez des sujets qui n'avaient jamais éprouvé de douleurs rhumatismales, ni dans le point oii siégeait l'abcès, ni dans d'autres parties du corps ! D'ailleurs, l'influence de cette cause est inadmissible avec les idées que l'on professe généralement maintenant sur le rhumatisme, idées qui ont surtout été développées par Requin, dans un traité ^'.r professa (1), et qui sont reproduites dans ses Éléments de pathologie médicale (tome 111).
Diagnostic. — Un abcès froid, essentiel ou constitutionnel, ne peut être confondu avec un abcès phlegmoneux ; mais il est souvent ditticilo de le distinguer d'avec un abcès symptomatique d'une affection articulaire, ou d'une altération des os. On peut très iticilement le confondre
(1) C.homel, Leçons de clinique nu-dicalc, t. II r nhumalismc cl goutte, rédigées pnr M. Requin, 1837, I vol. in-8.