PLAIES PAR ARRACHEMENT
Ces plaies sont le résultat d'une traction considérable exercée sur les parties molles. Si cette traction est assez puissante, il y a avulsion de lorgane; et, dans les membres, la :'^para1ion a lieu constamment au niveau des articulations.
Plat es rpsultont d^vn arrachoment complet. — Toutes les parties en relief à la surface du corps peuvent être emportées par arrachement; il n'en est aucune dont l'avulsion irait été plusieufs fois constatée.
T/arracliement des tnsticules a été souvent observé à la suite d'un accès de folie; mais les doigts, les orteils, le pied, la main, les membres, en un mot, y sont le plus exposés. En voici quelques exemples : — Samuel Wood, ayant imprudemment engagé sa main dans le nœud coulant d'une corde prise dans les dents d'une grande roue de moulin, fut enlevé de terre, et ensuite arrêté par une poutre transversale. Le bras et l'omoplate furent emportés, et cet arrachement fut si prompt, que le blessé ne fut averti de la perte de son membre que lorsqu'il le vit tournant avec la roue; il descendit par une échelle droite, sortit du moulin pour réclamer des secours, et tomba de faiblesse après avoir fait trente ou quarante pas. Cette plaie, qui saigna à peine, était complétemeni cicatrisée au bout de deux mois. (Morand, Mémoires de l'Académie do chirurqic, t. II, p. 83 et suivantes, \n-k°, 4 769.) Un second cas d'arrachement du membre thoracique et de l'omoplate fut observé par le docteur Musset, de Boston. Delamotte rapporte, dans son Traité dex accouchements, l'observation suivante : Un petit garçon, jouant près de la roue d'un moulin en mouvement, fut attrapé par la manche, de façon que sa main s'embarrassa dans cette roue, et que la main, l'avant-bras et le bras étant successivement attirés par celle-ci, sans que l'enfant put se débarrasser, le bras fut arraché et séparé dans la jointure avec Tomoplate. Un peu de charpie sutïit pour arrêter la petite quantité de sang qui s'écoulait. L'enfant fut guéri en peu de temps. [Traité des accouchements, etc., in-k°, 1721, obs. cccxu.) On trouve dans un journal anglais, cité par Dupuytren, l'observation d'un jeune homme qui eut la cuisse séparée de la hanche, et chez lequel il ne survint aucune hémorrhagie, quoique la mort n'eut eu lieu qu'au bout de quatre jours. Un enfant de neuf à dix ans, fort vif, ne connaissait pas de plus grand plaisir que de monter derrière les carrosses ; en ayant trouvé par hasard un à six chevaux sans domestique derrière, l'occasion lui parut trop belle pour la manquer ; mais s'y prenant mal pour monter, le malheur voulut qu'une de ses jambes passât au travers des rayons de la roue : elle fut arrachée et séparée du genou. La partie inférieure du fémur était dénudée dans l'étendue d'environ trois travers de doigt. Les muscles et les tendons étaient déchirés fort inégalement ; mais il ne s'écoulait pas une seule goutte de sang; les chairs furent égalisées, l'os scié, un appareil convenable appliqué, et, malgré la pétulance du blessé qu'on eut beaucoup de peine à réprimer, cette plaie guérit promptement. En examinant la jambe, on trouva qu'elle avait entraîné avec elle une grande portion des principaux muscles de la cuisse, et un bout de cinq ou six travers de doigt de long de l'artère crurale (1).
Ces plaies ont pour caractères distinctifs l'extrême irrégularité de leur
(I) Rpnoinont, Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, in-i, t, II, p, 79.
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surface, l'absence presque complète d'écoulement sanguin, le peu d'intensité de la douleur qui les accompagne.
L'irrégularité de la plaie est due à l'inégale résistance^ et surtout ù l'inégale rétractilité des divers tissus. Les surfaces articulaires, tirées en sens contraires, s'écartent, les ligaments se rompent d'abord, ensuite les tendons, puis les muscles, les nerfs, et enfin, en dernier lieu, la peau et les vaisseaux ; l'avulsion n'est donc point instantanée, mais successive, et procède dans l'ordre de résistance des divers tissus. Les muscles, étant puissamment contractés au moment de Télongation, sont rarement interrompus dans leur continuité; la séparation s'opère le plus souvent à l'insertion des fibres musculaires sur l'extrémité épanouie des tendons, de telle sorte que les tissus fibreux restent d'un côté et le corps du muscle du côté opposé; le tendon demeure ordinairement appendu à la partie arrachée. On trouve à la suite du mémoire déjà cité de Morand une figure représentant des phalanges arrachées avec leurs tendons. Nous avons déposé au musée Dupuytren plusieurs pièces de ce genre. En général, les saillies se trouvent sur l'organe emporté, et les enfoncements sur le moignon.
Le mode de dilacération des artères explique de la manière la plus satisfaisante l'absence de l'hémorrhagie ; les deux tuniques internes, très fragiles, se déchirent promptement, pendant que l'interne, plus extensible, se laisse allonger en un tube qui s'étrangle vers la partie moyenne, s'etfde de plus en plus, et se rompt enfin pour se tordre ensuite sur elle-même, tandis que le vaisseau redevenu libre se rétracte au milieu des tissus.
La peau, après s'être laissé allonger et distendre comme les vaisseaux, se déchire comme eux très inégalement : tantôt elle recouvre largement la plaie ; tantôt les tendons et les muscles la débordent; quelquefois elle est divisée très haut d'un côté et très bas du côté opposé.
Par l'absence de l'hémorrhagie et des douleurs, ces plaies se rapprochent de celles qui succèdent à l'action des projectiles ; mais le défaut de toute contusion et de toute stupeur les en distingue éminemment; souvent elles se cicatrisent, en partie au moins, par première intention, et, lorsqu'elles suppurent, la guérison est prompte et souvent exempte de tout accident, soit local, soit général ; la mutilation qu'elles occasionnent est le seul côté fâcheux qu'elles présentent.
Le traitement des plaies par arrachement consiste, pour les plaies avec avulsion complète, à régulariser leurs surfaces en excisant les lambeaux les plus irréguliers, à réséquer une partie de l'os, lorsqu'il est dénudé ou menacé de faire saiUie au-dessus des parties molles, à réunir ensuite par première intention.
On peut rapprocher des plaies que nous venons de décrire ces déchirures des parties molles qui s'opèrent'quelquefois par le fait d'une
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distension exti'èuie dans le voisinage de certaines articulations. Nous avons un exemple fréquent de cette variété des plaies par arrachement dans les solutions de continuité qui se niontrent sur les parties latérales de l'articulation tibio-tarsienne à la suite des luxations du pied en dedans. La peau est alors divisée transversalement au niveau de la malléole interne; la solution de continuité est rectiligne et aussi nette que celle qu'aurait pu produirtî un instrument tranchant. On observe aussi des plaies de cette nature autour du poignet, mais beaucoup plus rarement. Ces plaies, ordinairement bornées aux téguments, intéressent (luelquet'ois les aponévroses sous-cutanées, les gaines fibreuses, les tendons, les ligaments, enfin les vaisseaux et les nerfs; elles sont remarquables par leur régularité et Tintensité des accidents inflammatoires qui ne tainient pas à se développer lorsqu'elles pénètrent jusque dans rarticulation voisine. Elles diffèrent alors essentiellement de celles que nous avons étudiées précédemment; malgré leur simplicité apparente, elles entraînent fréquemment les plus grands dangers; la mort en est souvent la conséquence.
Le traitement de ces plaies est celui qui convient à la plupart de§ blessures articulaires, c'est-à-dire la réunion immédiate et les antiphlogistiques locaux ou généraux, ou mieux encore les irrigations continues d'eau froide.
ARTICLE Vin.